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II. Baudrillard : des objets à la réalité intégrale

Pages 43 à 70

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  • Marion, G.
  • et Sitz, L.
(2015). II. Baudrillard : des objets à la réalité intégrale. Dans
  • É. Rémy
  • et P. Robert-Demontrond
Regards croisés sur la consommation : Tome 2 – Des structures au retour de l’acteur (p. 43-70). EMS Éditions. https://doi.org/10.3917/ems.remye.2015.01.0043.

  • Marion, Gilles.
  • et al.
« II. Baudrillard : des objets à la réalité intégrale ». Regards croisés sur la consommation Tome 2 – Des structures au retour de l’acteur, EMS Éditions, 2015. p.43-70. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/regards-croises-sur-la-consommation-tome-2--9782847698381-page-43?lang=fr.

  • MARION, Gilles
  • et SITZ, Lionel,
2015. II. Baudrillard : des objets à la réalité intégrale. In :
  • RÉMY, Éric
  • et ROBERT-DEMONTROND, Philippe,
Regards croisés sur la consommation Tome 2 – Des structures au retour de l’acteur. Caen : EMS Éditions. Versus, p.43-70. DOI : 10.3917/ems.remye.2015.01.0043. URL : https://shs.cairn.info/regards-croises-sur-la-consommation-tome-2--9782847698381-page-43?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ems.remye.2015.01.0043


Notes

  • [1]
    Notamment à San Diego où se retrouvent simultanément Jean-François Lyotard, Louis Marin, Michel de Certeau et Fredric Jameson.
  • [2]
    S’affirment alors les descriptions fondées sur l’émergence de segments de marchés construits par les spécialistes du marketing (Cf. les historiographies de Boorstin, 1973 [1991] ; Tedlow, 1990 ; Cohen, 2003 et Applbaum, 2004), tandis que la critique insiste sur la persistance des différences de classe.
  • [3]
    Le plaidoyer d’Albou (1967) est un exemple typique. Et cet enthousiasme ne se manifeste pas seulement dans les discours. Ainsi, par exemple, les marketers français, qui vont créer la « grande distribution » et l’hypermarché, vont écouter Bernardo Trujillo à Dayton aux États-Unis. Lequel, au moyen de quelques phrases fortes (« no parking, no business » ou « empilez haut et vendez à bas prix »), énonce les quatre points clés du succès : libre-service, prix bas, parking et spectacle. Nous verrons que l’hypermarché est chez Baudrillard une référence clé de l’hyperréalité.
  • [4]
    Cf. l’historiographie de Horowitz, 2004.
  • [5]
    La contre argumentation des libéraux ne tarde pas à voir le jour. Par exemple Hayek (1961, 347) : « L’argument du Professeur Galbraith pourrait aisément être employé, sans modification des termes essentiels, pour démontrer l’inutilité de la littérature ou de toute autre forme d’art ». Pour Hayek, peu de besoins sont absolus. Si c’était le cas, tous les produits de la littérature, de la musique, de la peinture et de l’art, dont la production provoque la demande, seraient de faible valeur.
  • [6]
    En clair, la combinaison des éléments de ce que les spécialistes appellent le marketing mix.
  • [7]
    Dans l’entretien accordé à L’Yvonnet (2001a, 35), Baudrillard déclare garder un souvenir admirable de l’astre éteint du situationnisme, mais il fait sienne la critique adressée à La Société du Spectacle par Debray (1995, 7) : « le contresens inaugural sous lequel Debord a placé sa dissertation “Tous ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation” (fragment 1). Ce n’est pas là un diagnostic […] on a assisté à l’évolution inverse : tout ce qui avait été éloigné dans et par la représentation doit être désormais vécu en direct ».
  • [8]
    Il semble indiquer, par avance, ses réserves sur le travail minutieux que Bourdieu livrera dans La Distinction (1979) : « Réduire tous les secteurs de signes distinctifs à une synchronie, en relation univoque avec la situation sur l’échelle sociale (ou avec la trajectoire), serait sans doute liquider tout un champ de contrastes, d’ambiguïtés, de disparités très riche » (1972, 18). Dans une note de bas de page, Bourdieu fait l’une de ses rares références à Baudrillard en considérant Le système des objets comme « un test projectif déguisé en analyse phénoménologico-sémiologique » (1979, 84).
  • [9]
    En cela, il sera rejoint par Certeau (1980).
  • [10]
    Il parle de science économique mais les formules qu’il critique sont bien celles du marketing : « Tel sujet achète tel ou tel objet en fonction de ses choix et de ses préférences » (1972, 71) ou encore « les gens se trouvent a posteriori et comme miraculeusement avoir besoin de ce qui est produit et offert sur le marché (et donc, pour qu’ils en aient besoin il fallait qu’il y eût déjà en eux la postulation virtuelle) ».
  • [11]
    Il a lu le premier chapitre de Âge de pierre, âge d’abondance publié en octobre 1968 dans Les Temps Modernes.
  • [12]
    Signalons, au passage, que cette critique ignore l’analyse de la valeur faite par les marginalistes (notamment Léon Walras) qui adoptent une conception très large de l’utilité (cf. le texte de J. J. Goux en annexe de Leonelli, 2007).
  • [13]
    Soit, pour prendre un exemple infime : une montre donne l’heure (valeur d’usage), coûte plus ou moins cher (valeur d’échange), se différencie d’autres montres et permet à son possesseur de se différencier (valeur signe), et peut être offerte pour un anniversaire (échange symbolique).
  • [14]
    Ce processus de personnalisation, déjà esquissé dans Le Système des objets en utilisant Riesman (1950) : « Le produit le plus demandé aujourd’hui n’est plus une matière première, ni une machine, mais une personnalité » (1968, 181), désigne ce que les études contemporaines appellent le projet identitaire des consommateurs (Schau et al., 2009, par exemple).
  • [15]
    Le symbole, dans sa conception de l’échange symbolique, est une alternative radicale au signe. Le symbolique ne désigne pas chez lui l’imaginaire comme dans l’acception courante et notamment chez les auteurs de langue anglaise. Il ne rend pas compte, non plus, de la place des objets dans le processus de symbolisation tel que le définit Tisseron (1999, 21) : « le chemin qui mène des sensations, des émotions et des états du corps éprouvés dans certaines expériences fortes à la création de représentations qui, à la fois, témoignent de ces états, permettent de les rappeler et rentrent dans une dynamique relationnelle […] Certains objets y contribuent d’autres s’y opposent ».
  • [16]
    Dès 1980, il prend ses distances avec l’un des thèmes centraux de Baudrillard : « Aux foules, il resterait seulement la liberté de brouter la ration de simulacres que le système distribue à chacun. Voilà précisément l’idée contre laquelle je m’élève : pareil représentation des consommateurs n’est pas recevable » (Certeau, 1990, 240).
  • [17]
    Ce qui conduit notamment aux travaux rassemblés dans Journal of Material Culture.
  • [18]
    Ainsi, dans un texte initialement publié comme une chronique dans Le Monde, il interprétera les attentats suicides du 11 septembre 2001 comme un choc symbolique : « Tel est l’esprit du terrorisme […] déplacer la lutte dans la sphère symbolique, où la règle est celle du défi, de la réversion, de la surenchère […] Défier le système par un don auquel il ne peut pas répondre sinon par sa propre mort et son propre effondrement » (2002a, 25).
  • [19]
    Plus précisément en marketing, la masse est ce qui se trouve « représenté » dans un échantillon dit « représentatif », constitutif d’une micro population sur laquelle reposent les études visant à mettre au jour la « voix » du consommateur.
  • [20]
    De même que c’est la langue qui donne sa forme à la pensée. Cette dernière ne peut être saisie que formée dans la langue. « A strictement parler, la pensée n’est pas une matière à laquelle la langue prêterait forme puisqu’à aucun moment ce “contenant” ne peut être imaginé vide de son “contenu”, ni le “contenu” comme indépendant de son “contenant”. » (Benveniste, 1966, 64). La forme linguistique est la condition de réalisation de la pensée.
  • [21]
    C’est là un exemple typique de sa stratégie de réflexion : retenir une hypothèse et la pousser le plus loin possible de manière radicale.
  • [22]
    Ce qu’il vise c’est l’émancipation de l’art des règles de la représentation et, en conséquence, le recyclage permanent, le kitsh, le plagiat, le banal, la simulation… et, ainsi, le déplacement de l’esthétique dans la publicité, le design, la mode, les objets et le corps.
  • [23]
    « Il y a un malentendu bien sûr, c’est la raison pour laquelle j’hésitais jusque-là à parler de Matrix. Le staff des Wachowski m’avait d’ailleurs contacté après le premier épisode pour m’impliquer dans les suivants, mais ce n’était vraiment pas concevable. Au fond, c’est un peu la même méprise qu’avec les artistes simulationnistes à New York dans les années 1980. Ces gens prennent l’hypothèse du virtuel pour un état de fait et la transforment en fantasme visible. […] Matrix donne l’image d’une toute-puissance monopolistique de la situation actuelle, et collabore donc à sa réfraction. Au fond, sa dissémination à l’échelle mondiale fait partie du film lui-même. Là, il faut reprendre Mc-Luhan : le message, c’est le médium. » (Le Nouvel Observateur, 12 juin 2003, n°2014).
  • [24]

Nous proposons ici une lecture intéressée, et donc partielle, de sa vision des sociétés contemporaines. Intéressée, parce que nous allons privilégier son regard sur le monde des objets, de la technique et des médias. Partant du plus concret, les objets, il se tourne en effet progressivement vers le plus abstrait, qu’il appellera les simulacres et le monde de la simulation, puis Réalité Intégrale. Partielle, car nous porterons peu notre attention sur le photographe, le pataphysicien ou le commentateur de l’art contemporain. Nous cherchons surtout à repérer les thèmes centraux de sa réflexion à propos de la société de consommation, de la généalogie de la valeur et, finalement, de ce que Morin (2004, 55) appelle sa fascination pour « le problème de la faible réalité de la réalité ». Préalablement, nous esquissons le contexte de ses premiers ouvrages.
Dans la lignée de Lefebvre, la première réflexion de Baudrillard est liée à la critique de la vie quotidienne face à la société, ou la culture, de consommation, c’est-à-dire le processus « de la production, de la diffusion, de l’achat et de l’usage d’un nombre croissant de biens par une proportion croissante d’hommes et de femmes prenant progressivement l’identité de “consommateurs” » (Chessel, 2012, 3). Un thème qui se déploie au cours des années 1960 et trouvera en France son point d’orgue dans les événements de mai 1968. Repérer les contours de cette évolution historique n’est cependant pas simple. Les historiens s’accordent sur une rupture survenue en Europe, ver…


Date de mise en ligne : 18/07/2019

https://doi.org/10.3917/ems.remye.2015.01.0043

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