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Article de revue

Entre plaisir et réalité : l'argent dans la cure analytique

Pages 51 à 57

Citer cet article


  • Garcia, J.-P.
(2011). Entre plaisir et réalité : l'argent dans la cure analytique. Empan, 82(2), 51-57. https://doi.org/10.3917/empa.082.0051.

  • Garcia, Jean-Pierre.
« Entre plaisir et réalité : l'argent dans la cure analytique ». Empan, 2011/2 n° 82, 2011. p.51-57. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-empan-2011-2-page-51?lang=fr.

  • GARCIA, Jean-Pierre,
2011. Entre plaisir et réalité : l'argent dans la cure analytique. Empan, 2011/2 n° 82, p.51-57. DOI : 10.3917/empa.082.0051. URL : https://shs.cairn.info/revue-empan-2011-2-page-51?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/empa.082.0051


Notes

  • [1]
    S. Freud, « Lettre à Fliess du 24 janvier 1897 », La naissance de la psychanalyse, Paris, puf, 1956, p. 166.
  • [2]
    S. Freud, « Rêves dans le folklore » (1911), Résultats, idées, problèmes, I, Paris, puf, 1984, p. 153.
  • [3]
    S. Freud, « Sur les transformations des pulsions, particulièrement dans l’érotisme anal » (1917), La vie sexuelle, Paris, puf, 1969, p. 107.
  • [4]
    S. Freud, « l’homme aux loups » (1918), Cinq psychanalyses, Paris, puf, 1966.
  • [5]
    S. Ferenczi, « Ontogenèse sur l’intérêt pour l’argent » (1914), Psychanalyse II (1913-1919), Paris, Payot, 1970, p. 142.
  • [6]
    S. Freud, « L’homme aux loups » (1918), Cinq psychanalyses, Paris, puf, 1966, p. 379.
  • [7]
    S. Freud, La technique psychanalytique, Paris, puf, 1953.
  • [8]
    S. Freud, « Le problème économique du masochisme », G.W. XIII, p. 378.
  • [9]
    S. Freud, « Le moi et le ça », G.W. XIII, p. 278.
  • [10]
    S. Freud, « Lettre à Fliess du 16 janvier 1898 », La naissance de la psychanalyse, Paris, puf, 1956, p. 216.
  • [11]
    A. Camus, Le mythe de Sisyphe, Paris, Gallimard, 1942.
  • [12]
    H. Deutsch, « Le masochisme féminin dans ses rapports à la frigidité », dans Féminité mascarade, Paris, Le Seuil, 1994, p. 220.
  • [13]
    S. Freud, « Psychologie collective et analyse du moi », ch. X, G.W. XIII, p. 142.

1L’argent « sonnant et trébuchant », ou sous une forme moins concrète, est à l’origine de nombreuses questions. Il est possible d’en saisir les enjeux pragmatiques ou disons sa symbolique universelle. Il est bien moins aisé de décrypter la forme singulière que lui attribue chaque sujet. On connaît l’importance de la thématique de l’argent dans l’œuvre de Marx. Ce dernier s’est notamment posé la question de la place de l’argent et des raisons de son existence. Dans l’introduction du Capital, Marx nous dit que la forme valeur qui a pour figure achevée la forme monnaie est à la fois très simple et dépourvue de contenu, mais pour autant, depuis plus de deux mille ans, l’esprit humain s’évertue à percer son secret.

2Freud aurait-il découvert le secret de cet argent après lequel nous courons tous, et dont l’importance semble toujours grandissante ?

3Dans la théorie psychanalytique, par un mécanisme de déplacement, l’argent est en quelque sorte le devenir, la forme métaphorisée de l’excrément, comme en témoigne la pensée de Freud dans cet extrait d’une lettre adressée à Fliess, le 24 janvier 1897 : « J’ai lu un jour que l’or donné par le diable à ses victimes se transforme immanquablement en excrément ; le jour suivant, M.E., parlant du désir d’argent de sa bonne d’enfant, me dit tout à coup (par le détour de Cagliostro – alchimiste) que l’argent de Louise était toujours excrémentiel. Donc, dans les histoires de sorcières, l’argent ne fait que se transformer en la matière dont il était sorti [1]. » C’est également dans le symbolisme du rêve que Freud va repérer ce même déplacement : « Dans les rêves de folklore, l’or est connu de la façon la plus univoque comme symbole des excréments [2]. »

4Les premières « possessions autonomes » de l’enfant sont ses fèces. Il peut les retenir le plus longtemps possible, c’est-à-dire faire le choix d’une attitude narcissique, ou les donner, les « offrir », et faire alors le choix d’une attitude d’amour à l’égard de l’objet. Il manifeste dans ce mouvement autoérotique une certaine maîtrise et une non moins certaine puissance. Grâce à ses excréments, il a le pouvoir de contenter sa mère ou de la mettre en colère, faisant ainsi la merveilleuse découverte de sa capacité à influer sur son environnement. Ces fèces, qui ne sont rien en elles-mêmes, prennent uniquement un sens dans la mesure où elles représentent un enjeu. L’objet de cet enjeu peut se métaphoriser par le travail de culture et des processus de secondarisation en cadeau et en argent. Par une étrange formation réactionnelle se produirait ainsi une transformation de ce qui a le moins de valeur en ce qui a le plus de valeur.

5Ce changement d’état de la nature à la culture aurait comme conséquence, entre autres, d’ôter à ces matières ce qui les trahit le plus souvent, c’est-à-dire l’odeur, puisque, dit-on, l’argent n’en a pas. Bien que l’on puisse dire d’une personne faisant la démonstration de sa richesse « qu’elle pue le fric ». On voit là comment une expression « populaire » retrouve « instinctivement » l’explication freudienne des origines de l’argent.

6L’argent, toujours en suivant la pensée de Freud, s’inscrit dans une série partant de l’excrément au pénis en passant par le cadeau et l’enfant : « Dans les productions de l’inconscient, les concepts d’excrément (argent, cadeau), d’enfant et de pénis se séparent mal et s’échangent facilement entre eux [3]. »

7Dans le cas de « l’homme aux loups [4] », Freud va théoriser la question du statut symbolique de l’argent. Il montre que lorsque l’organisation prégénitale est dominante et que l’érotisme anal n’a pas été réélaboré dans l’organisation génitale, alors l’argent devient un support d’investissement libidinal excessif, condensant aussi bien les objets prégénitaux que les objets génitaux.

8On pourrait déjà retenir ici que les fèces sont pour l’enfant un champ d’expérimentation de la relation d’objet. Dans la forme prise par cette relation d’objet se structure notre rapport à cette métaphore de l’excrément qu’est l’argent. Ce rapport à l’argent, conséquence d’une analité structurante pour le moi dans sa capacité à intégrer la perte et le don, ou au contraire défaillante, se manifestera de façon plus ou moins pathologique et trouvera dans ce stade anal, succédant à celui de l’oralité, les origines de l’avarice la plus sévère à la prodigalité la plus extrême. Ferenczi en témoigne dans son article « Ontogenèse sur l’intérêt pour l’argent » en disant : « Les matières fécales ainsi retenues sont réellement les premières “économies” de l’être de devenir, et comme telles restent en corrélation permanente avec toute activité physique ou mentale qui a quelque chose à voir avec l’action d’amasser, d’accumuler et d’épargner [5]. »

9Ainsi la question de l’argent dans la psychanalyse est un sujet complexe dépassant le simple fait de la rémunération. Partant du principe que « tout travail mérite salaire », cette « fonction rémunératrice » de l’argent en est pourtant un de ses aspects. De ce fait, le psychanalyste, en recevant de l’argent de son patient, permet d’évacuer l’idée, au moins en partie, que le thérapeute puisse réaliser un autre profit tel qu’une jouissance obscure ou un désir pervers.

10L’argent est donc à prendre en considération par l’analyste et le patient, d’une part pour ce qu’il est du point de vue de la réalité extérieure, et d’autre part dans ce qu’il peut symboliser du point de vue de l’inconscient et en tant que témoignage de l’organisation psychique de l’analysant. Il participe donc à la fois du principe de réalité et du principe de plaisir, d’où l’importance de la question de l’argent d’un point de vue thérapeutique. Freud avait très tôt compris la portée du paiement dans la cure, il l’exprime dans son observation de « L’homme aux loups » lorsqu’il écrit : « Nous sommes habitués à ramener l’intérêt qu’inspire l’argent, dans la mesure où il est de nature libidinale et non de nature rationnelle, au plaisir excrémentiel, et à réclamer de l’homme normal qu’il garde ses rapports à l’argent entièrement libres d’influences libidinales et qu’il les règle suivant les exigences de la réalité [6]. »

11De nos jours, cette réalité est différente de celle des années 1900. Notre société actuelle, centrée sur l’économie capitaliste, n’aide pas à considérer l’argent d’une façon rationnelle. Elle autorise au contraire, par l’excessivité de son investissement, par l’importance de certaines sommes échappant à notre capacité de représentation, à favoriser, sous couvert de ce système, son expression pathologique. La question du profit dans sa priorité balaye la plupart du temps toute réglementation éthique, instaurant une dimension quasiment religieuse où les comportements les plus « intégristes » font figures d’idéaux.

« Le temps, c’est de l’argent »

12Dans le processus analytique, l’importance du cadre n’est plus à démontrer. Celui-ci est l’espace tiers garantissant la possibilité du travail analytique, une loi primordiale sur laquelle les deux acteurs, patient et analyste, peuvent s’appuyer, se référer et se protéger. Le nombre de séances, le prix convenu pour celles-ci et leur durée sont des éléments du cadre.

13Concernant la durée, deux modèles aujourd’hui s’opposent. Les analystes fidèles au modèle freudien proposent des séances à durée fixe, les analystes lacaniens préconisent le principe des séances à durée variable. Dans le cas des séances dites à durée variable (dont on observe que la variabilité s’exerce toujours dans le sens d’une réduction de la durée), c’est l’analyste qui possède la maîtrise du temps : il peut en donner ou pas. Garder le patient ou l’expulser. Il n’est pas difficile alors de comprendre toutes les similitudes avec la question de l’analité. L’analyste, dans un mouvement inverse de l’enfant et de ses fèces, va garder le patient, exprimant ainsi son intérêt, qui ne passera jamais pour autre chose que de l’amour, ou l’expulser dans un mouvement sadique, manifestant ainsi son rejet, purement et simplement. Dans les deux cas, le patient, victime soit de la haine, soit de l’amour, paiera le prix, celui de la séance, ce prix sera là toujours le même !

14Comment alors ne pas supposer l’analyste dans le pur principe de plaisir et non dans une réalité partageable, convenue ? Comment interpréter le transfert dans une telle bruyance du contre-transfert ? Comment ne pas voir dans cette démonstration de toute-puissance l’analogie avec l’économie capitaliste où la règle consumériste prévaut sur toute considération éthique ? L’analysant soupçonnera que son analyste voudra ou pourra « gagner plus en travaillant moins », puisque « le temps, c’est de l’argent ». Que devient alors cette règle fondamentale qui est celle de l’abstinence ?

15C’est bien de cette équivalence entre le temps, l’argent et la sexualité dont parle Freud à propos du paiement des séances : « Un autre point à discuter, au début du traitement, est celui du paiement des honoraires du médecin. L’analyste ne conteste pas que l’argent doive, avant tout, être considéré comme un moyen de vivre et d’acquérir de la puissance, mais il prétend qu’en même temps d’importants facteurs sexuels jouent leur rôle dans l’appréciation de l’argent et c’est pourquoi il s’attend à voir les gens civilisés traiter de la même façon les questions d’argent et les faits sexuels, avec la même duplicité, la même pruderie et la même hypocrisie. C’est pourquoi le médecin décide de prime abord de ne pas abonder dans ce sens, mais de traiter devant le patient des questions d’argent avec autant de franchise naturelle qu’il en exige lui-même de son patient en ce qui touche la sexualité. En parlant volontairement de ses honoraires, en évaluant le prix du temps qu’il consacre à son malade, le praticien montre à ce dernier qu’il renonce à toute fausse honte [7]. »

16Cette question me paraît d’autant plus fondamentale que la fonction du paiement dans la cure est une fonction de maintien du moi du patient dans le principe de réalité, c’est aussi la raison pour laquelle les séances ratées sont dues. Sans cela, la régression, condition nécessaire au travail analytique, devient inutilisable. La gratuité entraînerait cette même difficulté. Pour Freud, le paiement est un moyen de lutter contre la résistance de l’inconscient. Il s’agit de faire échouer la tendance à la répétition qui amène le patient à vivre la situation analytique comme une réédition conforme à la situation vécue ou fantasmée dans l’enfance.

« Un patient est battu »

17Que penser alors d’un procédé qui va favoriser la répétition du fantasme « un enfant est battu » dans la réalité du processus analytique en maintenant le refoulement et en créant de la souffrance ?

18Il faut des pauvres pour que des riches existent, il faut aussi une position masochiste pour pouvoir exercer une position sadique. Dans son texte « Un enfant est battu », Freud nous dit que la représentation fantasmatique de ce scénario est très fréquente parmi les patients qui demandent une analyse et probablement chez chacun de nous. La surdétermination du fantasme, dont Freud date l’apparition à la fin de la quatrième ou cinquième année, ne fait pas de doute. Winnicott le confirmera à la suite de Freud en disant que la thèse est en partie construite sur l’idée qu’un fantasme de ce genre est surdéterminé, et on considère comme allant de soi que la cruauté ainsi organisée ne manque pas d’être associée avec une fixation au stade anal.

19Dans l’expression de ce fantasme, il s’agit de savoir qui bat et qui est battu : est-ce l’auteur du fantasme ? un autre enfant ? Est-ce un adulte qui bat ? etc. Rappelons les trois temps du fantasme :

  • le père bat un autre enfant (haï par moi) ;
  • je suis battu par le père (ce deuxième mouvement, le plus important, n’est jamais remémoré, jamais rendu conscient, mais résulte d’une construction dans l’analyse) ;
  • la personne qui bat n’est pas le père mais un substitut ou une personne indéterminée qui bat un autre enfant.
Si nous reprenons ce premier mouvement dans le cadre de la cure, cela devient : l’analyste (le père) n’aime pas les autres patients (mes frères et mes sœurs), il n’aime que moi. Ce désir incestueux, nous dit Freud, est condamné au refoulement, qui va être accompagné d’une culpabilité vraisemblablement à cause de la persistance de ce désir dans l’inconscient. Il provoque ainsi le deuxième temps du fantasme exprimant la punition de ce désir incestueux : non, il ne m’aime pas car il me bat, autrement dit il me met à la porte en interrompant la séance. Il aborde ensuite la troisième phase dans laquelle l’enfant, auteur du fantasme, n’intervient plus ou est simplement spectateur. Ce fantasme se présente à nouveau sous une forme sadique mais la satisfaction qu’il apporte est une satisfaction masochiste puisqu’il a récupéré l’investissement libidinal de l’élément refoulé, c’est-à-dire que les autres enfants ne sont que des substituts de l’auteur du fantasme. Nous envisagerons plus loin de quelle façon il peut venir s’inscrire dans la réalité de ce cadre.

20Nous voyons là l’importance de cette représentation en tant que mouvement « préhistorique » de l’œdipe. Le principe des séances à durée variable mettra en échec toute construction et dépassement puisque l’adulte qui bat est ici l’analyste prenant la place d’une imago inconsciente mais indépassable, parce que s’incarnant dans l’ici et maintenant de la séance.

21Le sentiment de culpabilité à l’origine de cette position masochiste (le passage du sadisme au masochisme passant par le sentiment de culpabilité et son refoulement) va être entretenu par l’analyste représentant le surmoi cruel du patient, patient qui va se retrouver dans la position de ce « petit enfant, en détresse et dépendant », mais aussi de « l’enfant méchant [8] » (puisqu’il est battu). Cette situation ne peut que favoriser la réaction thérapeutique négative par « la satisfaction de ce sentiment de faute qui s’oppose vigoureusement à la guérison et se cabre contre celle-ci [9] », réussir son masochisme passant par la mise en échec de ce que le masochiste entreprend, ici la cure analytique. Il n’est pas étonnant alors de constater les conséquences néfastes de cette façon de conduire une cure. Ces analyses sont interminables ou durent (contrairement aux séances) trop longtemps.

22Le cadre de la séance n’a pas pour fonction de créer de la souffrance, que ce soit par le paiement ou par la durée des séances, car si tel est le cas, la relation analytique devient sexualisée et c’est à ne pas confondre avec la frustration nécessaire au bon déroulement du processus. L’argent (associé à la durée) a précisément cette fonction de médiation, de tiers dans toute sa dimension symbolique, il permet une tempérance transférentielle.

« L’argent ne fait pas le bonheur »

23Le désir se différencie du besoin car la manière d’atteindre la satisfaction n’est pas liée à un objet réel mais à une trace mnésique. Le désir est une trace, un mouvement qu’aucun objet d’aucune sorte ne peut venir combler. Cette trace mnésique, conséquence de la première expérience de satisfaction, constitue la première représentation du processus pulsionnel et oriente la recherche vers l’objet réel portant la marque du fantasme.

24Ce désir toujours insatisfait, constitutif de notre condition d’humain, fait pourtant le bonheur de notre société consumériste en pointant des objets propres à le satisfaire pleinement et durablement, créant ainsi une confusion entre besoin et désir. L’argent va venir occuper cette trace, il va venir incarner ce mouvement d’illusion. Il est en somme une « super illusion » puisqu’il permet d’obtenir tous les objets. Quelques-uns d’entre nous ne peuvent avoir le luxe d’entretenir cette illusion : ce sont les riches. Eux savent bien, mais la plupart du temps pour leur malheur, toute l’impuissance de l’argent à répondre aux exigences du désir. Il est frappant aussi de voir que des personnes n’ayant pas la culture de la possession de l’argent – je pense aux gagnants de ces innombrables jeux – se retrouvent très rapidement confrontés d’une façon violente à cette immense déception et à cette vérité bien banale : « l’argent ne fait pas le bonheur ». Cela, nous dit Freud, parce que « le bonheur est la satisfaction après coup d’un désir pré-historique. C’est la raison pour laquelle la richesse y contribue aussi peu. L’argent n’a pas fait l’objet d’un désir infantile [10] ».

25Imaginer pouvoir satisfaire son désir, c’est se projeter tout-puissant, et si l’argent soutient si parfaitement ce mouvement, c’est qu’il représente, là aussi de façon illusoire, un rempart contre la castration. Avoir de l’argent, c’est pouvoir s’entourer d’objets fiables, sécurisants, valorisants. Une attente bien vaine lorsque l’on sait (mais qui ne le sait pas ?) que les voitures les plus luxueuses peuvent tomber en panne et que les avions les plus sophistiqués se perdent à tout jamais dans l’immensité des mers.

26Se confronter au processus analytique, c’est également pouvoir faire l’épreuve de la castration, c’est-à-dire de savoir, mais de ce savoir particulier, intime, pas seulement intellectuel, qu’il n’y a pas d’objets du désir mais seulement des objets soutenant le désir. C’est apprendre que : « La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme [11]. » Sur ce point, Freud rencontre Hegel, tous deux énoncent que le désir est toujours celui d’un autre désir et qu’il ne peut se fixer sur aucun objet. Or si le protocole de la séance place l’analyste dans une représentation de la toute-puissance, alors le patient est maintenu dans une position quasiment érotomaniaque, caractérisée par l’inaccessibilité d’un analyste dont il faudra maintenir une idéalisation permanente (donc l’aimer) pour pouvoir supporter la souffrance induite par les interruptions soudaines. Une solution existe bien pour le patient, qui est de s’échapper de ce processus par un passage à l’acte : devenir lui-même analyste ! C’est en somme le troisième temps du fantasme « un enfant est battu » : la personne qui bat n’est pas le père mais un substitut, ici l’analysant, ou une personne indéterminée qui bat un autre enfant ! Cette forme de passage du divan au fauteuil est également la conséquence de ce que Hélène Deutsch, posant la question du masochisme féminin, désigne par « le désir d’être châtrée ». Ce désir correspond à « une position pulsionnelle libidinale tournée vers le père [12] ». Il donnera ensuite le désir d’enfant, ici d’avoir des patients qui, en fin de compte, sur le divan sont toujours des enfants.

27Je dirai pour conclure que l’argent dans la séance ne peut en aucun cas soutenir un geste masochiste maintenant le patient dans une position passive. Bien au contraire, le paiement est la forme active que prend l’analysant au regard de la responsabilité de son histoire. Cette notion de responsabilité est fondamentale au bon déroulement du processus analytique. Sans elle, aucune cure, et encore moins aucune fin de cure, n’est envisageable si ce n’est dans un passage à l’acte (arrêt brutal, passage du divan au fauteuil…). Cela, Freud l’avait déjà montré en abandonnant l’hypnose lorsqu’il écrit : « Par ses mesures, l’hypnotiseur éveille chez le sujet un morceau de cet héritage archaïque qui s’est rencontré aussi chez les parents et a éprouvé dans la relation au père une reviviscence individuelle, la représentation d’une personnalité surpuissante et dangereuse envers laquelle on ne pouvait se présenter que de façon passive-masochiste, envers laquelle on devait perdre son vouloir [13]. »

28C’est ici qu’il s’agira pour le psychanalyste de prendre aussi sa responsabilité, d’autant plus quand on sait le lien que Freud n’a pas manqué de faire, je le rappelle, entre le maintien de la position masochiste et la réaction thérapeutique négative.

Monnaie

De bon aloi, les espèces sonnantes et trébuchantes, marqué au coin du bon sens, avoir maille à partir, pile ou face, faux comme un jeton, valoir son pesant d’or, n’avoir pas un sou vaillant, avoir du bien au soleil, mettre à gauche.
Ça circule sur le Net…
Ce mois de janvier 2011 est très spécial. Il y a 5 samedis, 5 dimanches,
5 lundis en un seul mois. Cela arrive tous les 823 ans. On appelle ces mois les sacs d’argent.

Bibliographie

  • Camus, A. 1942. Le mythe de Sisyphe, Paris, Gallimard.
  • Deutsch, H. 1994. Féminité mascarade, Paris, Le Seuil.
  • Ferenczi, S. 1970. Psychanalyse II (1913-1919), Paris, Payot.
  • Freud, S. 1953. La technique psychanalytique, Paris, puf.
  • Freud, S. 1956. La naissance de la psychanalyse, Paris, puf.
  • Freud, S. 1966. Cinq psychanalyses, Paris, puf.
  • Freud, S. 1969. La vie sexuelle, Paris, puf.
  • Freud, S. 1984. Résultats, idées, problèmes, I, Paris, puf.

Mots-clés éditeurs : abstinence, cadre, fèces, illusion, masochisme, principe de plaisir/principe de réalité, stade anal

Date de mise en ligne : 26/06/2011

https://doi.org/10.3917/empa.082.0051