Les sourds, Internet et le lien social
Pages 100 à 106
Citer cet article
- JOHN, Catherine,
- MAUTRET-LABBÉ, Christine
- et PALACIOS, Poupée,
- John, Catherine.,
- et al.
- John, C.,
- Mautret-Labbé, C.
- et Palacios, P.
https://doi.org/10.3917/empa.076.0100
Citer cet article
- John, C.,
- Mautret-Labbé, C.
- et Palacios, P.
- John, Catherine.,
- et al.
- JOHN, Catherine,
- MAUTRET-LABBÉ, Christine
- et PALACIOS, Poupée,
https://doi.org/10.3917/empa.076.0100
1L’avènement puis la généralisation de l’utilisation d’Internet dans les années 1990 ont été un progrès sans précédent, depuis la création de la Langue des signes française (lsf), qui a sorti nombre de déficients auditifs de l’isolement où ils étaient plongés, dès lors qu’ils n’étaient plus en lien direct avec leur communauté. Rappelons qu’une personne sourde ne pouvait communiquer avec l’extérieur que par écrit, jusqu’à l’arrivée du Minitel en 1982.
2Pour bien saisir l’importance d’Internet dans la vie d’une personne sourde, il convient de tracer les grandes lignes des caractéristiques du développement psychique d’un enfant sourd. Rappelons que des cinq sens, l’ouïe et la peau sont particulièrement sollicités durant la vie intra-utérine, que l’oreille interne est formée dès 4 mois et que le fœtus se développe dans une enveloppe sonore dont on connaît bien les caractéristiques, qui fait plus ou moins défaut en cas de surdité. À la naissance, les autres organes des sens entrent en jeu (vue, goût, odorat), venant étayer et complexifier l’enveloppe sensorielle du nourrisson. Pour quelques mois, les perceptions visuelles sont essentiellement orientées vers le plafond, et dépendent de la position proposée et du niveau de stimulation apporté, mais cette restriction du champ visuel est suppléée par les perceptions sonores, par l’enveloppe sonore qui crée un continuum entre le contact direct avec la mère et son éloignement. La disparition de la mère du champ visuel du bébé est relayée par les sons qui maintiennent l’enfant en lien avec elle.
3Le bébé sourd perd brutalement le contact avec sa mère dès lors qu’elle sort de son champ visuel ; l’arrivée de sa mère, ou un contact physique, non anticipés par les bruits de son pas, sont des irruptions non moins brutales. Le monde environnant est donc imprévisible, fait d’apparitions et de disparitions brusques.
4Les défaillances de l’enveloppe sonore ont pour conséquence une perturbation sévère des premières interactions, la perception d’un monde extérieur volontiers menaçant, persécuteur, tout concourant à l’installation d’une relation d’objet particulière assortie d’insécurité. Tout le monde sonore est étranger ; un pan entier de la réalité échappe. C’est ensuite tout le système représentatif qui est modifié, puisque le langage oral ne peut s’installer normalement, voire ne s’installe pas du tout. Le système représentatif est différent, quantitativement et qualitativement, selon les capacités adaptatives des parents, en particulier dans la mise en place d’une communication mimo-gestuelle riche, vivante, ou mieux, de la lsf.
5Dans la lsf, le corps est le vecteur principal des émotions et du langage. Selon l’expression du visage, selon la posture corporelle, le discours, c’est-à-dire l’enchaînement des signes, prend sens. La lsf n’est pas seulement un signe pour un mot, elle a aussi sa syntaxe propre, et son utilisation est colorée de théâtralisme qui ne peut que capter l’attention et mobiliser les affects, comme le ferait une intonation de voix venant étayer la stabilité des premières représentations mentales. Les signes peuvent faire le lien avec le français écrit, l’introduire, dans la mesure où la première lettre d’un mot peut être utilisée en dactylologie pour le désigner. (Le R en dactylologie signifie, selon le mouvement associé et l’expression du visage, « rêve », « rare », « retour »…)
6Nous souhaitions mettre en exergue, par ces réflexions préalables, à quel point la personne sourde est captive des informations visuelles dans son rapport au monde, et à quel point elle peut être isolée, dès lors qu’elle est coupée de la communauté de ses pairs. En effet, même si la pratique de la lsf tend à se répandre, sa pratique « fluide » reste rare ; or, elle peut être le seul moyen pour une personne sourde ayant un petit niveau de lecture d’accéder à la totalité d’un message, avec toutes ses nuances. Nous essaierons de montrer comment, dans la pratique quotidienne des professionnels du cesda, l’usage d’Internet est non seulement d’une grande richesse, mais également un outil « thérapeutique ».
7Internet est devenu un outil de communication essentiel pour les sourds qui l’utilisent, d’une importance bien supérieure à celle du téléphone pour les entendants. La webcam favorise un échange authentique, en lien avec les émotions. L’expression des affects est reçue visuellement par l’interlocuteur, au même titre que l’intonation de voix vient renseigner sur le ressenti. L’utilisation des webcams permet un échange riche, lorsqu’il est en lsf, puisqu’un vrai dialogue s’instaure par caméra interposée.
8Le nourrisson, grâce aux interactions précoces avec l’objet maternel, apprend rapidement à se servir de la modulation de sa voix pour transmettre ses émotions. La mère « suffisamment bonne » décode rapidement ces informations, répond aux attentes du bébé et une communication se met en place, prémices du langage.
9L’intonation, la prosodie, mais aussi l’expression associée importent autant que le contenu du message, lui donnent corps bien avant que les mots ne soient compris. Lors d’un échange téléphonique, l’intonation de voix devient le marqueur essentiel de notre état émotionnel pour notre interlocuteur, qu’en aucun cas un message écrit ne peut traduire dans toutes ses nuances.
10Nous avons essayé de faire percevoir qu’en lsf, c’est le corps qui est le vecteur principal des émotions et du langage. Selon l’expression du visage, la posture, le discours prend sens et est reçu dans sa complexité. Les conséquences pour les sourds géographiquement isolés, ainsi que le sont beaucoup d’enfants et d’adolescents qui ne rentrent que le week-end dans leur famille, sont primordiales ; là où, par le passé, se succédaient de longues périodes de ruptures et de retrait du monde (les vacances d’été étaient souvent très douloureuses), un lien social persiste et continue à se construire, à s’enrichir. « Les week-ends, je suis seul dans ma chambre. Je m’ennuie. Les repas de famille, c’est affreux, je ne comprends rien. Je suis en bout de table et j’attends que ça passe. Personne ne s’intéresse à moi. Alors, je vais sur mms pour discuter avec mes amis. J’y passe mes journées et mes soirées. »
11Ces adolescents sont en lien avec des sourds de toute la France, dont certains ne leur sont connus que par le Net ; c’est le mode de communication qui prime, celle au sein de la famille étant bien souvent pauvre, réduite aux nécessités du quotidien, teintée de frustrations et d’incompréhensions ; il est bien difficile pour des parents d’accéder à un bon niveau de pratique de la lsf, plus encore de l’entretenir et de le faire évoluer quand leur enfant est absent toute la semaine… La pauvreté des échanges, très archaïques (gestes simples, pointages…), renvoie aux enfants et adolescents une image infantilisante et dévalorisante d’eux-mêmes, venant renforcer une fragilité narcissique constante. Ils expriment avec force le sentiment d’être assimilés à des « débiles mentaux », ou aux animaux. Ainsi parle un adolescent : « Je pense que ma mère a l’impression que le chien la comprend mieux que moi. » Un vécu d’exclusion de la vie de famille, de marginalité, est constant. « Moi, on me force depuis tout petit à faire de l’orthophonie pour que je parle. Je n’y arrive pas, je suis ridicule. Mais eux, ils n’ont jamais fait d’efforts pour parler la lsf. ».
12Ce lien par Internet avec les sourds « du monde entier » vient étayer la construction identitaire par le renforcement de l’inscription dans la communauté, qui n’a rien de virtuel et qui, avec sa culture propre, ses réseaux, sa richesse, permet de rompre avec l’isolement de la personne sourde éloignée de ses pairs. L’introduction dans la communauté est un nouveau baptême : un signe lié à une caractéristique physique est attribué collégialement au nouvel arrivant. Le prénom de l’état civil n’est utilisé que pour décliner officiellement son identité.
13« Quand j’étais petite, je pensais que j’étais la seule sourde au monde. J’étais seule dans la classe à avoir un implant cochléaire. Je ne savais pas qu’on pouvait parler avec les mains. Un jour, j’ai rencontré des sourds qui signaient. Cela m’a fascinée. Mais mes parents ne voulaient pas que je signe, ils avaient peur que je ne parle plus. Quand je suis devenue plus grande, j’ai commencé à faire des recherches Internet et j’ai trouvé des sites pour échanger avec d’autres sourds. Je n’étais plus seule. »
14Il est bien évident que si cette identité « sourde » n’est pas portée psychiquement par la famille, accompagnée, encouragée, les remaniements de l’adolescence amènent une grande fragilité à un équilibre précaire entre deux « mondes » : celui des entendants auquel il faut rester loyal et celui des sourds qui répond aux aspirations identitaires profondes. C’est à l’adolescence que surviennent les refus de poursuivre la rééducation orthophonique, voire qu’un sourd s’approprie la lsf, même lorsqu’il a un bon niveau de langage oral, venant par là même signifier les failles d’un mode de communication qui n’est pas le reflet de sa structuration psychique. L’exemple suivant l’illustre bien : Caroline est une adolescente scolarisée dans un établissement accueillant des enfants sourds. Elle est implantée, et ses parents revendiquent un usage exclusif de l’oral. Elle-même est bilingue et exprime fréquemment son impression de vivre dans deux mondes séparés. Celui de la semaine avec ses amis sourds, et celui du week-end avec sa famille et ses amis entendants. Chaque retour de week-end est rapidement l’expression du conflit de loyauté envers ses parents, et voit éclore divers symptômes de type phobique, des crises d’angoisse, des insomnies… Elle décide brusquement de couper les ponts avec la communauté sourde en quittant l’école et explique :
15« Moi, je ne suis pas comme eux, je ne suis pas sourde. D’ailleurs mon petit copain, il est entendant. Le week-end, je ne suis qu’avec des entendants.
16– Et tu te sens mieux avec eux ?
17– Non, je ne comprends rien quand ils parlent, alors je fais semblant. Mais mes parents préfèrent que je sois avec les entendants. »
18Cette jeune fille, longtemps absente du fait de ses symptômes à expression somatique, reste néanmoins « branchée sur Internet » pour communiquer avec ses camarades. Elle participe donc à la vie de son groupe d’internat sans être physiquement présente, ce qui la maintient dans cet « entre-deux », tout en conservant un réseau relationnel qui lui permette de poursuivre sa construction identitaire.
19L’utilisation de la lsf en présence des entendants est source d’une grande jouissance : celle de pouvoir exclure ceux qui ont exclu, mais aussi celle de pouvoir se soustraire au contrôle parental, d’introduire une distance dans une relation souvent surprotectrice du fait de la surdité ; celle enfin de « montrer » sa singularité sous un autre angle que celui du manque. Il s’agit donc autant de se distancier que de se distinguer, de se restaurer narcissiquement. « Avec la web, on signe et mes parents ils ne comprennent rien, ça les énerve… c’est trop bien. »
20Internet ne facilite pas seulement la communication entre personnes sourdes, mais aussi entre sourds et entendants, entravée dans la vie quotidienne. Les sites de chat, les blogs permettent une relation qui fait abstraction de la surdité ou qui la met en exergue selon le choix de chacun de cacher cette singularité ou de l’utiliser pour susciter la curiosité de l’autre. « Moi, quand je vais sur les sites d’échanges entre ados, je ne dis pas que je suis sourde. Je fais comme si j’étais comme eux et du coup, ils se comportent différemment. Sinon ce ne serait pas pareil… » « Sur Internet, on peut échanger. Comme ça, ils m’expliquent comment ils voient le monde et moi, comment je le vois. Dans la vraie vie, on leur fait peur. Du coup, ils se moquent de nous. Ils imitent les singes en nous voyant faire les signes, ils nous prennent pour des tarés. Là, ils sont curieux. Ils veulent savoir si nous aussi on va en boîte, si on aime s’amuser… »
21L’utilisation des webcams permet aux adolescents sourds de se comporter en adolescents cherchant en permanence à rester en lien avec leurs pairs. Comme la plupart, ils se précipitent sur Internet pour poursuivre une conversation démarrée ailleurs. La webcam rend possible de s’adresser à plusieurs interlocuteurs, donc de rester en groupe… à distance, avec une richesse d’échange bien supérieure à celle du chat.
22Les dangers d’Internet sont ceux que l’on rencontre chez les adolescents d’une manière générale, sans doute majorés par l’avidité au contact des jeunes sourds et la difficulté pour leurs parents d’assurer un contrôle, dès lors que le contenu des échanges leur échappe.
23Nous avons tenté d’expliquer en quoi l’absence d’enveloppe sonore depuis la naissance affecte la relation d’objet et produit une insécurité interne constante. L’enfant sourd vit la précarité du lien à l’autre à longueur de journée. La nécessité d’un accueil en internat, dès lors que l’enfant relève d’une éducation spécialisée, va de pair avec une vigilance particulière quant au maintien d’un lien stable et régulier avec la famille, ce que permet Internet, avec une qualité relationnelle qui fait défaut à la communication par téléphone.
24De fait, les communications sms nécessitent un maniement suffisant de l’écrit, qui n’est accessible qu’aux plus grands, et ont le désavantage d’être vides d’affects. Certes, les parents ont la possibilité de téléphoner à l’internat, mais cela suppose la présence d’un tiers, qui traduit… donc trahit ! Aussi attentif que puisse être l’éducateur au message parental et à sa traduction en signes, il ne peut éviter d’être directement interpellé par le parent qui s’adresse à l’adulte responsable de son enfant. Lui qui attend la traduction en signes du message parental n’est pas dupe ; frustré, blessé de ne recevoir que ce qu’il perçoit comme un message tronqué, il s’enferme dans sa défiance de l’autre, celui qui vole et viole son moment d’intimité avec sa mère.
25« Bonsoir Madame, je vous appelle car Jules voulait avoir de vos nouvelles. Il voulait vous dire que vous lui manquiez. » L’enfant explique en lsf que sa mère lui manque beaucoup, ainsi que sa famille. L’éducateur traduit puis se tourne vers l’enfant : « Maman dit que tu lui manques toi aussi » (sourire ravi de l’enfant). L’éducateur suspend les signes et poursuit la conversation téléphonique, malgré les regards interrogateurs de Jules, puis raccroche. À l’enfant, en attente, il dit : « Maman te dit au revoir et à vendredi ». Courte phrase résumant une longue conversation ; toute l’épaisseur de l’échange entre l’enfant et sa mère est gommée, ramenée à l’expression d’un manque. De surcroît, l’adulte a « oublié » Jules dans son échange entre adultes. Comment dès lors s’inscrire dans une relation de confiance ?
26Un soir, un adolescent très en colère suite à une conversation téléphonique entre ses parents, l’éducateur et lui-même exprime que si ses parents ont opposé un refus à sa demande, c’est que l’éducateur a trahi son discours, et n’a pas su défendre sa cause. Il conclut : « Ce ne sont pas mes parents qui ont décidé, c’est l’éducateur. »
27Ces affres du lien téléphonique avec les parents sont en partie évitées par l’usage des webcams. Les enfants et adolescents peuvent convenir d’une heure de connexion avec leurs parents et ainsi échanger sans l’intermédiaire d’un tiers. Si la communication entre les jeunes et leurs parents reste souvent pauvre quant au contenu apparent – car bien des parents ne parlent pas ou peu la lsf –, elle est néanmoins chargée en affects, ne serait-ce que parce que le lien visuel est le lien le plus rassurant, le plus chargé en informations qui nous échappent. Les parents peuvent faire venir les frères et sœurs, l’animal de compagnie. L’enfant peut se saisir de la caméra et présenter ses amis, son lieu de vie. De surcroît, la communication par webcam fournit la matière aux échanges du week-end, étaye concrètement la continuité du lien et amenuise le vécu de dépossession que vivent les parents dont l’enfant est en internat, pris en charge par des professionnels supposés savoir.
28Un soir, Arthur est impatient que son tour de webcam arrive. Il nous explique que sa maman, également sourde, doit le contacter. Les rencontres entre Arthur et sa mère sont rares, car sa garde a été confiée à son père. Sa mère, très immature, était en grande difficulté dans sa fonction et Arthur a dû souvent la suppléer et prendre en charge sa jeune sœur, se trouvant ainsi prématurément propulsé en position d’adulte. Le départ brutal de sa mère, après qu’elle a rencontré un autre homme, a généré chez lui souffrance et culpabilité, qu’il ne peut exprimer autrement que par les symptômes témoins d’une lutte permanente contre un effondrement dépressif. Compte tenu de l’éloignement maternel, des échanges hebdomadaires par webcam sont institués. L’internat est donc le seul lieu où Arthur est en lien régulier avec sa mère, qui, lors des échanges, se montre chaleureuse et aimante. Elle s’intéresse à son enfant et lui réassure son amour. Elle promène la caméra dans l’appartement, lui montrant son nouveau bébé et son quotidien. Ces moments de rencontre sont des moments essentiels pour Arthur.
29L’utilisation de l’informatique, d’Internet en particulier, fascine l’enfant sourd, plus encore que l’enfant entendant ; d’une part, c’est un outil rapidement familier et prévisible, donc sécurisant, contrairement au monde environnant ; d’autre part, il s’appuie sur ses capacités visuelles.
30L’acquisition de la lecture reste très problématique pour l’enfant sourd, surtout s’il ne peut s’appuyer sur l’analyse phonémique des mots, le français écrit étant un code phonographique. L’apprentissage de la lecture se fait donc de façon similaire à celui d’une langue idéographique et est plus utilisé pour écrire, pour des nécessités de communication. Le rapport à la lecture et à l’écrit reste en général pragmatique. On comprend donc aisément l’intérêt d’un étayage par Internet pour relancer le désir d’apprendre (orthographier correctement ou identifier un mot prennent un sens car servant de point de départ à une démarche de recherche). Le recours à Google-image, par exemple, permet la création pour chaque enfant d’un dictionnaire visuel beaucoup plus riche, nuancé et surtout personnalisé, c’est-à-dire prenant en compte l’investissement affectif de celui-ci pour un mot donné, ce que ne permet pas un dictionnaire papier.
Les enseignants l’utilisent par ailleurs comme support d’un lien tout au long de l’année avec d’autres établissements accueillant des sourds, pour des échanges autour d’une thématique ou pour des activités plus créatives : coécriture d’une histoire par exemple. Il peut aussi s’agir d’accompagner un jeune sourd dans la création d’un blog, et de l’étayer dans les relations interactives qui en résultent. Internet est enfin un précieux outil d’enrichissement des connaissances puisque l’information donnée peut être visuelle, avec sous-titrage, et traduite, commentée en signes par l’enseignant.
Internet propose une multitude de services qui facilitent considérablement le quotidien, et surtout qui permettent à la personne sourde de ne plus dépendre systématiquement d’un tiers pour certaines démarches administratives, la plupart des documents étant téléchargeables. Celle-ci peut également être en lien direct avec son banquier, son assureur, etc.
Depuis la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, les services publics et les communications en ligne doivent être accessibles à tous, et notamment aux personnes sourdes et malentendantes. Deux opérateurs reconnus proposent leurs services depuis cette loi : Viable France et WebSourd sont des acteurs majeurs dans le développement national de l’accessibilité à la citoyenneté des sourds, s’appuyant sur les technologies de l’information et la langue des signes. Leurs recherches ont abouti à la mise en place de divers services rendant possible ce qui jusque-là relevait du parcours du combattant, avec son lot de frustrations, de rancœur, de retrait du monde. Pour exemple, en février 2009, la caf de Bordeaux a mis en fonction un accueil en lsf, via un dispositif de visio-interprétation conçu par WebSourd ; les agents d’accueil se mettent ainsi en contact visuel et sonore par webcam avec un interprète qui traduit le message à la personne sourde. La création d’un accueil en lsf à l’aéroport de Toulouse-Blagnac et à la médiathèque constitue un autre exemple et repose sur le même principe.
En conclusion, voici le témoignage de Poupée Palacios, enseignante sourde :
« Je crois tout simplement que le support Internet correspond bien à l’attente des sourds et les rend un peu plus “autonomes” et “responsables”. L’évolution ne s’arrête pas là, et se poursuit, aidant les sourds à progresser dans leur “comportement social et de communication”. Quant à l’écrit, la majorité des sourds sont illettrés mais prennent conscience de leurs difficultés et s’accrochent pour se “débrouiller” malgré l’enseignement parfois inadapté. Enfin, les sourds se disent avec soulagement : “Enfin une technologie qui est faite pour nous ! vive la lsf ! Il a fallu attendre des années pour en arriver là !” Elle est accessible et compense le manque, de sorte que les sourds se sentent moins différents. Cela suppose qu’ils maîtrisent la lsf pour être citoyens à part entière et autonomes ! »
Bibliographie
- Laborit, E. 1998. Le cri de la mouette, Paris, Robert Laffont.
- Meynard, A. 2008. Surdité, l’urgence d’un autre regard. Pour un véritable accueil des enfants sourds, Toulouse, érès.
- Rey, M. 1995. La psychopathologie de certains enfants sourds, Nouveau traité de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, II, Paris, puf, p. 921-930.
- Virole, B. 2000. Psychologie de la surdité, Paris, Bruxelles, De Boeck université.
Mots-clés éditeurs : communication, Internet, lien, LSF, surdité
Date de mise en ligne : 01/01/2010
https://doi.org/10.3917/empa.076.0100