Les études andines
Deler J.-P., Mesclier É. (2004). Los Andes y el reto del espacio mundo : homenaje a Olivier Dollfus. Lima : Institut français d’études andines (IFEA), Instituto de estudios peruanos (IEP), Embajada de Francia en Lima, 419 p.
Page I
Citer cet article
- AMILHAT SZARY, Anne-Laure,
- Amilhat Szary, Anne-Laure.
- Amilhat Szary, A.-L.
https://doi.org/10.3917/eg.371.0089a
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- Amilhat Szary, A.-L.
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https://doi.org/10.3917/eg.371.0089a
Notes
-
[1]
• Murra J.V. (1975). Formaciones economicas y políticas del mundo andino. Lima : IEP.
• Murra J.V. (1985). El Archipiélago Vertical revisite. In Masuda, Shimada, Morris (dir.), Andean Ecology and Civilization. An interdisciplinary Perspective on Andean Ecological Complementary. Tokyo : University of Tokyo Press.
• Murra J.V. (1992). « Le contrôle vertical d’un nombre maximum d’étages écologiques et le modèle en archipel et quinze ans après, un bilan de la notion d’archipel ». In Morlon P. (dir.), Comprendre l’agriculture paysanne dans les Andes centrales. Pérou-Bolivie.
Paris : INRA, p.124-140.
• Troll C. (1931). «Die geographische Grundlagen der Andinen Kulturen und des Inkareiches». Ibero-Amerikanisches Archiv, 5, p. 258-294.
1 Ce livre est paru peu de temps avant la disparition d’Olivier Dollfus (1931-2005) et en cela ses auteurs ont eu de la chance : celle que ce témoignage d’amitié et d’estime, cet hommage au parcours scientifique et à l’humanité chaleureuse de l’ami et collègue puisse être connu de son destinataire, qu’une maladie douloureuse affectait depuis des années. Pour autant, ce n’est pas un ouvrage de circonstance, tant l’influence d’Olivier Dollfus a pu être marquante. Il s’agit en effet, d’un homme dont la trajectoire scientifique s’étend d’une aire culturelle au monde. Il fut à la fois le spécialiste des Andes qu’il n’a cessé d’arpenter depuis ses années de thèse, où son investissement à la direction de l’Institut français d’études andines de Lima (IFEA) s’est traduit par la création d’une « école », et un spécialiste du monde, théorisé en « système » dans les années 1990. C’est au géographe qui savait interroger les formes du relief comme celles de la société que ce livre rend hommage. Son titre reprend ainsi les mots-clés des ouvrages les plus diffusés d’O. Dollfus, petits livres accessibles et denses : El reto del espacio andino (1981) [titre jouant sur le mot reto, signifiant à la fois filet et défi], Territorios andinos : reto y memoria (1991), la Mondialisation (1997), auxquels il faut certainement ajouter la co-signature du premier tome de la Géographie Universelle dirigée par Roger Brunet qui mit en orbite la notion complexe de système Monde (1990). Dans sa forme même ce nouvel ouvrage rend compte des engagements personnels d’Olivier Dollfus : il est édité par l’IFEA, en espagnol par choix, celui d’écrire dans la langue de l’aire culturelle travaillée et de rendre possible la lecture des études rassemblées aux chercheurs et amis latino-américains.
2 Los Andes y el reto del espacio mundo rend explicite par son titre ce lien entre la cordillère sud-américaine et le processus de mondialisation, fondamental et structurel dans la trajectoire intellectuelle d’Olivier Dollfus. Celui qui avait commencé sa carrière par une thèse de géomorphologie, Les Andes centrales du Pérou et leurs piémonts, entre Lima et le Péréné (1965), était un fin connaisseur des modes de vie andins, dont les anthropologues avaient mis en évidence le fonctionnement en archipel [1]. Cette métaphore, celle d’îles reliées, qui ne fonctionnent pas nécessairement en isolats semblait la mieux à même de rendre compte de la réalité territoriale des communautés montagnardes de cette partie du monde. Les parcelles d’une même communauté, voire d’une famille, y sont traditionnellement dispersées à différents étages écologiques et les assolements gérés de façon collective en fonction des contraintes d’altitude et de climat, au sein d’un système qui permet la gestion de territoires communautaires discontinus. Les anthropologues ont insisté sur la notion corrélée de contrôle vertical de la production liée à ces modes d’habiter, permettant aux populations andines de diversifier leur accès aux ressources, sur les pentes d’une part, et jusqu’à la côte Pacifique ou la forêt amazonienne d’autre part, grâce à des circuits d’échanges réguliers. La traduction territoriale de cette organisation sociale originale est unique et très spécifique. Il revient à Olivier Dollfus d’avoir perçu la fertilité de la notion d’archipel dans l’émergence d’un monde en réseau, passerelle sémantique vers la compréhension du processus de mondialisation dont il vit les prémisses dès les années 1980 et qui lui permit de mettre en exergue le fonctionnement réticulaire de l’espace.
3 Le contenu de l’ouvrage est inégal, sans doute pour laisser la place à l’amitié tout autant qu’à l’exigence scientifique, selon la volonté de ses coordinateurs scientifiques Évelyne Mesclier et Jean-Paul Deler, respectivement anciens élèves et collègues. On en parcourra les chapitres avec une attention inégale, comme souvent dans les mélanges offerts à une personnalité scientifique. Le recueil réussit cependant à lier les souvenirs personnels au travail sur la mémoire, thème filé de façon parfois inédite par les contributeurs. Ainsi Bernard Francou, spécialiste des variations glaciaires et de l’impact des changements climatiques sur les glaciers tropicaux, s’aventure vers l’analyse des récits de voyage, du xvii e au xx e siècle : il y explore les discours anciens portés sur les paysages englacés des Andes pour compléter de façon originale les méthodes de datation qu’il travaille plus communément. Le souci de relier les hommes des Andes à leur environnement est également présent dans de nombreux chapitres du livre, notamment dans celui de Xavier Bellenger consacré aux sanctuaires des îles du lac Tititaca, compris dans une perspective de géo-anthropologie historique : il étudie ces monuments marqueurs d’un quotidien qui intègre le sacré pour mettre en évidence l’« art de déplacer les montagnes ».
4 De nombreux chapitres participent par ailleurs du développement récent d’une révision critique des catégories fondatrices de la compréhension de l’univers andin, celle de communauté (cf. le texte de Isabelle Lausent-Herrera) et surtout celle d’« archipel andin » (textes d’Yves Poinsot sur l’accessibilité en montagne et d’Évelyne Mesclier sur la mobilité des paysans péruviens répondant aux sollicitations des marchés mondiaux) ou plus généralement celle de mobilité (cf. le texte de Pierre Gondard sur les voies de communication dans les pays andins). De façon exemplaire, le chapitre de J.-P. Deler sur les villes andines et leur insertion dans l’archipel mégalopolitain mondial fait le lien entre les étapes de la carrière intellectuelle d’Olivier Dollfus et l’évolution de l’univers qu’il connaissait si bien, constituant une excellente mise au point sur ce thème, abondamment illustrée de cartes inédites.
5 Les thématiques couvertes au fil des chapitres sont diverses et permettent d’aborder de nombreux enjeux des réalités andines contemporaines, de l’élevage au tourisme. D’une façon peu surprenante pour qui connaissait l’œuvre d’Olivier Dollfus, le tribut rendu à l’analyse morphologique et naturaliste est faible au regard de cette diversité du regard social, et de l’insistance de tous les contributeurs sur leur respect du regard humaniste transmis par Olivier Dollfus. Le spécialiste enfin sera sensible à l’effort de réflexion épistémologique développé au fil des contributions, permettant de brosser le panorama de près d’un demi-siècle de recherches andines et de soulever des questions méthodologiques d’une grande actualité.— Anne-Laure Amilhat-Szary , université de Grenoble