Chapitre 2. Mettre un terme à la déflation et assurer une expansion autonome
Pages 49 à 76
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Notes
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[1]
Il s’agit de la moyenne de toutes les entreprises mentionnées par le ministère des finances dans le Financial Statements Statistics of Corporations by Industry.
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[2]
La rémunération des salariés, corrigée à l’aide de l’IPC, a baissé de 0.6 pour cent en 2003, contre 2.5 pour cent en 2002.
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[3]
En juillet 2004, la hausse des prix de l’essence et du riz a majoré l’IPC de 0.3 pour cent (d’une année sur l’autre). Néanmoins, l’indice global a continué de baisser à un taux de 0.3 pour cent.
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[4]
Une analyse des 11 épisodes précédents de redressement économique au Japon montre que la phase d’accélération initiale du cycle dure 12-18 mois (Jerram, 2004). Vient ensuite une seconde phase de la reprise, caractérisée par une croissance plus modérée.
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[5]
Bien qu’instable, cet indicateur semble indiquer que l’investissement des entreprises continuera de croître. Les commandes de machines ont diminué aux premier et troisième trimestres de 2004, mais elles sont montées en flèche au second trimestre et les perspectives d’évolution pour le quatrième trimestre sont positives.
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[6]
La corrélation positive a été rompue en 2002, lorsqu’une augmentation des marges bénéficiaires s’est accompagnée d’une diminution plus rapide des salaires réels. En 2003, une nouvelle amélioration des bénéfices a aidé à freiner la diminution des salaires réels.
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[7]
Un rétrécissement (élargissement) de l’écart de production devrait conduire à une accélération (décélération) de l’inflation. L’inflation pourrait donc devenir positive avant que l’écart de production ne soit entièrement comblé. Un écart positif – indiquant que l’économie tourne au-delà de son rythme potentiel – semblerait suffisant pour assurer une inflation positive.
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[8]
De fait, avant le passage à la méthodologie des indices en chaîne, la croissance potentielle était estimée à non moins de 2.0-2.5 pour cent, ce qui signifie que l’écart de production est encore important, à 5-6 pour cent (Matsuoka, 2004). En revanche, la croissance potentielle est estimée à 1.0 pour cent seulement par d’autres experts. L’Office du Premier ministre a publié une estimation de la croissance potentielle de 0.9 pour cent au troisième trimestre 2004.
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[9]
Ces estimations ont été faites avant la révision des comptes nationaux du Japon en décembre 2004, qui s’est traduite par l’utilisation d’indices en chaîne. Faute de données fondées sur les indices en chaîne pour le stock de capital, il n’est pas possible d’obtenir une estimation cohérente de la croissance potentielle à l’heure actuelle.
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[10]
Autrement dit, l’économie se trouve sur une partie très plate de la courbe de Phillips, qui illustre la relation inverse entre diminution de l’emploi et inflation. Ibaragi et Mourougane (2003) montrent qu’à des taux très bas d’inflation ou de déflation, la courbe de Phillips est presque plate. Une réduction du taux de chômage et/ou de l’écart de production n’a donc guère d’effet sur le niveau des prix.
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[11]
La base monétaire est constituée par les billets de banque et les pièces en circulation et les soldes des comptes courants à la Banque du Japon.
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[12]
La fragilité financière en 1997 a été un facteur déterminant de l’arrêt de l’expansion qui avait commencé à la fin de 1993.
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[13]
De fait, la Banque du Japon a déclaré que les conditions ci-dessus sont des conditions nécessaires. Il peut cependant y avoir des cas dans lesquels la Banque jugera bon de maintenir l’assouplissement quantitatif même après que ces deux conditions auront été remplies.
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[14]
La troisième solution – annulation pure et simple de la dette par l’État – n’est pas un choix plausible.
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[15]
Cette estimation, établie par Standard & Poor’s, a été publiée dans le Nihon Keizai Shimbun du 11 juillet 2004. Une perte de cette ampleur représenterait environ 15 pour cent des fonds propres de catégorie I.
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[16]
Communiqué de presse de la Banque du Japon, « La situation économique et monétaire actuelle », 18 février 2004.
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[17]
Les facteurs spéciaux sont la titrisation, les passations de prêts par profits et pertes et facteurs connexes et les effets de taux de change.
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[18]
Ce total comprend 65 banques régionales de catégorie I, 51 banques régionales de catégorie II, 321 banques Shinkin et 189 coopératives de crédit.
1L’économie japonaise connaît un taux de croissance de l’ordre de 1 pour cent par an depuis 1992 dans un contexte de déflation, de baisse des prix des actifs et de contraction du crédit bancaire. Ces conditions défavorables ont persisté tout au long des deux phases de reprise qui ont commencé l’une en 1993 et l’autre en 1999. L’expansion actuelle, qui a débuté en 2002, a aidé à freiner la déflation, telle qu’elle est mesurée par l’indice des prix à la consommation, pour la ramener à un taux stable, proche de zéro. Il existe toutefois un certain nombre de risques qui pourraient compromettre une expansion durable, notamment un renchérissement du pétrole et une décélération des échanges mondiaux, en particulier en Chine, qui est une source essentielle de demande pour le Japon. Le présent chapitre examine les forces motrices de la reprise en cours afin de déterminer si elle sera suffisamment solide et durable pour mettre un terme aux facteurs défavorables persistants qui freinent l’économie japonaise depuis l’éclatement de la bulle économique au début des années 90. L’analyse porte ensuite sur le rôle de la politique d’assouplissement quantitatif dans le soutien de l’expansion et sur l’orientation qui pourrait être donnée à la politique monétaire une fois que la déflation aura cessé. La troisième section est consacrée à un examen du secteur bancaire visant à déterminer s’il s’est suffisamment assaini pour étayer une expansion durable. La dernière section propose une évaluation générale.
2Il ressort de ce chapitre que l’établissement d’une reprise auto-entretenue dépendra pour une grande part de l’évolution du marché du travail, où les salaires nominaux continuent de baisser. Néanmoins, compte tenu de la vigueur de l’investissement des entreprises, l’expansion japonaise semble devoir se poursuivre jusqu’à la fin de 2006, malgré des évolutions défavorables comme l’augmentation des prix du pétrole et une légère décélération des échanges mondiaux, comblant ainsi l’écart de production et mettant un terme à la déflation. La politique d’assouplissement quantitatif devrait être maintenue afin de soutenir l’expansion jusqu’à ce que l’inflation soit suffisamment élevée pour rendre négligeable le risque d’un retour à la déflation. Poser un taux d’inflation largement positif – et non pas simplement supérieur à zéro – comme condition pour modifier l’orientation actuelle de l’action monétaire rassurerait les marchés quant à la poursuite de la politique d’assouplissement quantitatif et réduirait le risque d’une hausse prématurée des taux d’intérêt à long terme, qui aurait une incidence défavorable sur l’activité économique, le secteur bancaire et l’équilibre budgétaire. Un léger dépassement de l’objectif d’inflation coûtera sans doute moins cher qu’un redressement précoce et abrupt de la courbe des rendements. La diminution continue du volume des prêts improductifs et l’amélioration de la rentabilité du secteur bancaire sont des évolutions qui vont dans le bon sens. Cependant, pour inverser l’actuelle contraction du crédit au secteur des entreprises, il faut poursuivre les efforts en vue d’améliorer la santé des banques, notamment renforcer leurs fonds propres. Cela devrait s’appliquer aussi aux banques régionales, qui progressent moins vite que les grandes banques.
La reprise au Japon est-elle autonome?
3L’expansion en cours est plus marquée que celles des années 90 (graphique 2.1), le taux de croissance de la production s’établissant à un peu plus de 2 pour cent par an depuis 2002. Cette expansion diffère sensiblement des précédentes à trois égards. En premier lieu, le secteur public a apporté une contribution négative à l’expansion au cours de la reprise actuelle, en raison principalement de compressions draconiennes de l’investissement public (partie B). En deuxième lieu, le fléchissement de la demande publique a été compensé par la demande intérieure privée, qui progresse à un rythme annuel de 2½ pour cent depuis 2002 (partie C). Enfin, à la différence des années 90, la demande extérieure a joué un rôle positif, contribuant pour un tiers à la croissance (partie D). En dépit de nombreux indicateurs positifs, le ralentissement de l’activité observé au deuxième trimestre 2004 et d’autres signes de faiblesse apparus depuis font craindre un essoufflement de l’expansion. Dans la présente section, nous examinerons les facteurs qui ont tiré la reprise et nous chercherons à savoir si celle-ci a des chances d’être durable. Cette évaluation est indispensable pour déterminer si la déflation va continuer et s’il est possible d’opérer un assainissement budgétaire plus ambitieux sans stopper prématurément l’expansion.
Comparaison de la reprise actuelle avec celles des cycles passés
Comparaison de la reprise actuelle avec celles des cycles passés
Variation sur les dix trimestres suivant le creux (T0)1. Le début de la reprise actuelle – t= 0 dans les graphiques– est le premier trimestre 2002.
Facteurs à l’origine de la forte expansion
4Le taux d’expansion des exportations, supérieur à 10 pour cent depuis le milieu de 2003, a joué un rôle majeur dans cette reprise. La Chine (y compris Hong-Kong, Chine) est le principal marché, représentant un tiers de la progression des exportations japonaises au cours de la présente phase d’expansion, soutenue par une vigoureuse demande des autres pays d’Asie (graphique 2.2). L’effet positif du développement des exportations sur les bénéfices a été amplifié par la restructuration des entreprises qui a réduit les coûts, par le biais notamment de compressions de l’emploi et des salaires, et par une amélioration des bilans. De fait, le désendettement a ramené les exigibilités du secteur des entreprises non financières d’un sommet de 200 pour cent du PIB à environ 170 pour cent actuellement, niveau proche de ce qu’il était durant la période de la bulle [1] Ces facteurs ont aidé à doper les bénéfices de plus d’un quart sur les années 2002 et 2003. Une rentabilité plus élevée et une hausse des taux d’utilisation des capacités ont «tiré» l’investissement à un taux annuel de 6 pour cent. Les dépenses d’équipement ont aussi été encouragées par des possibilités d’investissement rentable fondées sur le progrès des technologies de l’information.
Croissance des exportations japonaises par région
Croissance des exportations japonaises par région
Pourcentage de variation en glissement annuel, dollars des États-Unis5Si l’emploi a continué de se contracter au début de la reprise, l’évolution positive du secteur des entreprises a rejailli sur le marché du travail au premier semestre 2004, inversant le déclin tendanciel (graphique 2.1, partie E). Par conséquent, le taux de chômage est redescendu d’un sommet de 5.5 pour cent au début de 2003 à moins de 5 pour cent, encore que la diminution de la population d’âge actif et du taux d’activité y aient aussi contribué. Malgré tout, les salaires nominaux continuent de baisser d’une année sur l’autre (encadré 2.1).
Encadré 2.1. Pourquoi les salaires continuent-ils de baisser ?
Évolutions sur le marché du travail
Évolutions sur le marché du travail
Salaires moyens et contribution du facteur temps partiel Variations en glissement annuel- L’expansion économique a été inégale, les petites entreprises ayant du retard sur les grandes. Par conséquent, les paiements de primes ont diminué dans les entreprises de moins de 500 salariés.
- Les paiements de primes aux salariés de la fonction publique ont été réduits de près de 7 pour cent, ce qui a contribué pour un sixième environ à la diminution globale des primes d’été en 2004.
6L’amélioration du marché du travail a ralenti la baisse des rémunérations des salariés et renforcé la confiance des consommateurs, moins préoccupés au sujet de la sécurité de l’emploi [2]. Dans ce contexte, le taux d’épargne déjà bas des ménages semble avoir encore diminué en 2004 (graphique 2.4). Ces facteurs ont soutenu la consommation privée, qui a aussi profité de la souplesse des conditions monétaires. La période prolongée de taux d’intérêt zéro a favorisé la consommation et non l’investissement en actifs financiers offrant des rendements peu élevés. La consommation privée croît à un taux annuel de 1.2 pour cent depuis 2002, et représente environ un tiers de l’expansion de la demande globale depuis le début de la reprise.
Taux d’épargne des ménages
Taux d’épargne des ménages
En pourcentage du revenu disponible des ménages11. Prévision OCDE pour 2003 et 2004.
2. Moyenne simple des pays pour lesquels des données sont disponibles.
7En dépit d’un taux de croissance sans égal depuis les années 80, le taux de déflation, mesuré par l’indice des prix à la consommation, est resté à peu près constant depuis le premier semestre 2003 (graphique 1.1). De fait, la baisse en glissement annuel s’est même accélérée légèrement au deuxième trimestre 2004 pour atteindre 0.3 pour cent, malgré la flambée des prix du pétrole et une mauvaise récole de riz, ce qui montre à quel point la déflation s’est enracinée au bout de six ans (encadré 1.2) [3].
Perspectives de croissance durable
8Le retour de la croissance à un rythme plus soutenable depuis le premier trimestre 2004 est typique des phases d’expansion économique [4]. Le schéma habituel sera sans doute renforcé par la dégradation des termes de l’échange due à la montée des prix du pétrole et au ralentissement de l’expansion sur les marchés extérieurs. Par conséquent, la croissance pourrait revenir à moins de 1 pour cent au second semestre 2004, ce qui donnerait un taux d’environ 3 pour cent pour l’année (tableau 2.1).
Perspectives à court terme1
Perspectives à court terme1
9L’expansion devrait se révéler solide du fait des conditions monétaires accommodantes, du développement continu des échanges mondiaux et du rebond de l’investissement. De fait, des bénéfices en hausse (graphique 2.5) et des bilans de meilleure qualité dans le secteur des entreprises favoriseront les dépenses d’équipement, comme le laissent entrevoir les commandes de machines (encadré 2.2) [5]. Les toutes dernières enquêtes révèlent une amélioration générale de la confiance parmi les entreprises de toutes tailles, aussi bien dans le secteur des services que dans le secteur manufacturier. La réduction de la capacité de production et le vieillissement du stock de capital devraient contribuer à encourager les entreprises à investir dans des équipements neufs et à adopter de nouvelles technologies. Par ailleurs, la demande étrangère aidera à soutenir l’investissement des entreprises. La croissance des marchés d’exportation du Japon restera probablement supérieure à 10 pour cent en 2005 et 2006, malgré un léger ralentissement en Chine. Une nouvelle progression de l’investissement des entreprises devrait compenser de nouvelles compressions dans le secteur public.
Croissance des salaires réels et rapport des bénéfices aux ventes
Croissance des salaires réels et rapport des bénéfices aux ventes
1. Bénéfices courants en proportion des ventes de toutes les industries.2. Salaires dans les entreprises de cinq salariés ou plus, corrigés de l’IPC.
10La capacité du Japon d’atteindre une croissance économique autonome dépendra pour une grande part de la consommation privée. Il faudra sans doute une amélioration des revenus pour soutenir encore l’expansion de la consommation, compte tenu en particulier des récentes baisses du taux d’épargne. De fait, on estime maintenant que le taux d’épargne est à moins de la moitié de son niveau de 1999 et inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE (graphique 2.4). L’augmentation persistante de la proportion de travailleurs non réguliers continuera sans doute d’exercer une pression à la baisse sur les salaires (graphique 2.3). Cependant, corrigés de l’inflation, les salaires ont augmenté de 3.2 pour cent par an depuis leur creux de l’automne 2003 (graphique 2.1, partie F). Étant donné la corrélation qui existe entre les marges bénéficiaires et les salaires réels (graphique 2.5), une nouvelle hausse de la rentabilité des entreprises devrait favoriser la progression des salaires [6]. En somme, une expansion continue de la consommation privée, accompagnée d’une contribution plus faible mais toujours positive de la demande extérieure, soutiendra probablement la croissance à un taux annuel de 1½ pour cent en 2005 et 2006.
Encadré 2.2. Investissement des entreprises et stock de capital
En particulier, l’élévation du coefficient de capital a été imputable principalement à une contraction de la production. Les entreprises ont reporté les investissements nouveaux, laissant l’âge moyen du stock de capital passer de moins de dix ans en 1990 à 12 ans aujourd’hui et réduisant la capacité de production de 10 pour cent par rapport à son sommet (graphique 2.6). Le vieillissement du stock de capital en période de rapide progrès technologique a offert des possibilités d’investissement rentable que les entreprises, ayant abaissé leurs coûts et amélioré leurs bilans, ont été en mesure de mettre à profit. Par ailleurs, les entreprises ont intensifié sensiblement la mise au rebut des équipements existants (partie C), la contrepartie du rejet accéléré des prêts improductifs. Du fait du taux accru de mise au rebut, l’expansion du stock de capital s’est ralentie à moins de 2 pour cent en 2002 et 2003, malgré la progression de l’investissement des entreprises. L’accélération de la mise au rebut et le vieillissement du stock de capital laissent entrevoir une possibilité de croissance continue de l’investissement pour étayer la reprise en 2005 et 2006. Enfin, d’aucuns craignent que, comme dans les autres pays de l’OCDE, la sous-traitance au profit des économies à bas coûts ne réduise l’investissement national. Cependant, les investissements directs japonais à l’étranger ont diminué, revenant d’une moyenne annuelle de 5 600 milliards de yens dans les années 90 (1 pour cent du PIB) à 4000 milliards depuis 2000. La Chine en a représenté une part relativement faible, encore que celle-ci soit passée à 8 pour cent en 2003 (graphique 6.4). L’effet net de l’intégration plus poussée avec la Chine sur l’investissement au Japon est probablement positif. De fait, le redressement de l’investissement a été tiré par les grands fabricants en réponse à une augmentation rapide des exportations, principalement sous la houlette de la Chine.
Investissement et croissance du stock de capital
Investissement et croissance du stock de capital
11Un certain nombre de menaces potentielles pèsent, toutefois, sur la durabilité de la reprise. Dans le secteur extérieur, un ralentissement brutal de l’activité en Chine et un nouveau renchérissement des prix du pétrole constituent peut-être les deux risques principaux. S’il est vrai que la Chine a joué un rôle clé dans cette expansion, comme indiqué plus haut, l’effet direct est limité car les exportations à destination de la Chine représentent moins de 3 pour cent du PIB du Japon. De plus, la modération des expéditions vers la Chine a été, jusqu’à présent, compensée par des ventes plus importantes à d’autres pays, en particulier en Asie (graphique 2.2), même si la croissance de leurs importations pourrait finalement dépendre de la Chine. En somme, un ralentissement plus marqué que prévu de la croissance en Chine freinerait certainement l’expansion actuelle mais ne la stopperait pas. Quant aux prix du pétrole, l’évolution structurelle a rendu le Japon beaucoup moins sensible aux chocs sur les prix, tant par rapport au passé qu’en comparaison des autres grandes économies (encadré 2.3). Un risque intérieur majeur pour l’expansion est l’essoufflement de l’augmentation tendancielle des salaires (correction faite des variations saisonnières), qui saperait la consommation privée. Un autre risque réside dans une possible hausse notable des taux d’intérêt, qui poserait des problèmes de financement du déficit public et aurait des effets défavorables sur le secteur des entreprises. Malgré la réduction globale de la dette, la divergence s’est accentuée dans la répartition de la dette dans le secteur des entreprises (tableau 2.2). Les entreprises qui ont un ratio d’endettement supérieur de plus d’un écart-type à la moyenne représentent 36 pour cent de la capitalisation boursière et 31 pour cent de l’emploi au Japon, contre 19 et 16 pour cent, respectivement aux États-Unis. Le Japon est donc peut-être plus vulnérable que ses principaux partenaires commerciaux à une hausse des taux d’intérêt dans le court terme. Cependant, dans le long terme, des taux d’intérêt plus élevés pourraient se révéler favorables en évinçant les entreprises faibles qui sapent les perspectives des entreprises prospères.
Vulnérabilité à une hausse des taux d’intérêt
Vulnérabilité à une hausse des taux d’intérêt
Encadré 2.3. Le Japon est-il vulnérable à un renchérissement du pétrole?
- Les importations de combustibles minéraux, après avoir culminé à 7 pour cent du PIB dans le sillage du deuxième choc pétrolier, sont revenues dans une fourchette de 1 à 2 pour cent au cours des 18 années passées (graphique 2.7). L’intensité énergétique de l’économie japonaise est nettement moindre qu’en Amérique du Nord (partie B).
- La répercussion de la hausse des prix du pétrole brut sur l’indice des prix à la consommation est plus faible que dans les autres pays (tableau 2.3). Au milieu de 2004, la hausse des prix du pétrole depuis le début de 2003 ne s’était répercutée qu’à hauteur de 10 pour cent sur les prix à la consommation. Cela s’explique en partie par le fait que le recours à des contrats d’importation à long terme a limité l’augmentation des prix à l’importation du pétrole à 16 pour cent seulement – la moitié de la hausse des prix du brut en yens. La différence restante laisse penser que les entreprises du secteur de l’énergie avaient des marges suffisantes pour s’ajuster à des prix du pétrole plus élevés et qu’elles ont peut-être eu des difficultés à relever leurs prix dans une économie encore déprimée.
Intensité énergétique de l’économie japonaise
Intensité énergétique de l’économie japonaise
1. Sur la base des récentes parités de pouvoir d’achat.Répercussion de la hausse des prix du pétrole sur les prix à la consommation
Répercussion de la hausse des prix du pétrole sur les prix à la consommation
12En dépit de ces risques, l’expansion actuelle devrait continuer assez longtemps pour sortir le Japon de la déflation. Les marchés financiers comptent sur une hausse des prix à partir en 2005, tandis que, d’après une enquête de la Banque du Japon, 40 pour cent des consommateurs pensent que l’inflation sera positive d’ici au milieu de 2005, 6 pour cent seulement s’attendant à ce que les prix continuent de baisser (tableau 2.4). En outre, la hausse de l’indice des prix des produits des entreprises nationales pourrait laisser présager une inflation plus forte.
Anticipations de prix
Anticipations de prix
Anticipations de prix des consommateurs sur une année13Selon la théorie économique, la fin de la déflation coïnciderait avec la disparition de l’écart de production [7]. Cependant, calculer de façon précise l’écart de production, qui dépend d’une estimation du taux potentiel de croissance, est exceptionnellement difficile au Japon après une décennie de stagnation de l’activité [8]. La faible demande qui a caractérisé la période prolongée de stagnation tend à fausser à la baisse les estimations des gains de productivité du travail et, partant, du potentiel de croissance de la production. Sur la base de la dernière estimation du Secrétariat de l’OCDE concernant le taux potentiel d’expansion économique du Japon, à 1½ pour cent sur la période 2003-06, l’écart de production serait comblé au second semestre 2005 [9] La persistance d’un écart de production et le taux plus élevé de croissance potentielle sembleraient indiquer que le Japon a davantage de chances d’avoir une forte croissance de la production avant d’arriver au plein emploi et de se trouver confronté à des pressions inflationnistes. Un autre élément d’incertitude tient au fait que, même avec la disparition de l’écart de production, il faudra peut-être longtemps avant que l’inflation devienne positive. La période prolongée de déflation a créé une inertie considérable dans la détermination des prix et, par conséquent, la relation normale entre l’écart de production et l’inflation n’est peut-être plus valide [10]. La fin de la déflation dépendra aussi de l’orientation de la politique monétaire.
Le rôle de la politique monétaire
14Dans le cadre de la politique d’assouplissement quantitatif mise en œuvre à partir de mars 2001, la Banque du Japon conduit l’action monétaire en fixant un objectif pour les soldes des comptes courants à la banque centrale. L’objectif, fixé initialement à 5 000 milliards de yens, a été relevé progressivement jusqu’à 30 000-35 000 milliards de yens (6-7 pour cent du PIB) en janvier 2004 (graphique 2.8). Pour atteindre cet objectif, la Banque achète 1 200 milliards de yens d’obligations publiques par mois, ce qui fait qu’environ un quart du déficit budgétaire de l’État est effectivement financé par la banque centrale. Par ailleurs, la Banque du Japon assure une liquidité suffisante sur les marchés monétaires afin de maintenir à zéro les taux d’intérêt à court terme.
Encours des soldes courants à la Banque du Japon
Encours des soldes courants à la Banque du Japon
1.Note : Les pointillés indiquent l’objectif de la Banque du Japon.15La politique d’assouplissement quantitatif a renforcé la base monétaire de 63 pour cent depuis 2001 [11]. Cependant, le rythme de la croissance est revenu de 12 pour cent en 2002 et 2003 à 8 pour cent au cours des trois premiers trimestres de 2004 (graphique 2.9). La décélération résulte de la décision de laisser inchangé l’objectif en matière de soldes courants, à 30 000-35 000 milliards de yens depuis le début de 2004, et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, la vigoureuse expansion économique observée au premier semestre l’année a fait paraître inutile un nouveau relèvement de l’objectif. Deuxièmement, l’assainissement du secteur bancaire a accru la stabilité du marché des capitaux. Troisièmement, un nouveau relèvement de l’objectif aggraverait le choc négatif lorsque la politique monétaire sera de nouveau fondée sur les taux d’intérêt.
Base monétaire, masse monétaire et production nominale
Base monétaire, masse monétaire et production nominale
Pourcentage de variation en glissement annuel16La déflation, on l’a vu plus haut, persiste plus de trois ans après la mise en œuvre de l’assouplissement quantitatif. De fait, l’indice des prix à la consommation continue de baisser, tandis que l’indice implicite des prix du PIB s’est accéléré, passant de 1.3 pour cent en 2001 à 1.9 pour cent au premier semestre 2004. Pendant ce temps, la baisse de l’indice tendanciel des prix à la consommation (IPC), de 0.8 pour cent en 2001, s’est ralentie pour revenir à peu près à la moitié de ce taux au premier semestre 2004. Si l’assouplissement quantitatif n’arrive pas à enrayer la déflation, c’est à cause de la faiblesse du rééquilibrage des portefeuilles face à l’augmentation brutale de la liquidité. Du fait du niveau extrêmement bas des taux d’intérêt, l’argent est un proche substitut des actifs financiers. En d’autres termes, le coût d’opportunité de la liquidité (c’est-à-dire la liquidation des actifs à risques) est pratiquement nul. L’effet de rééquilibrage des portefeuilles a aussi été affaibli par le fait que la capacité de prise de risques des ménages, des entreprises et des institutions financières était amoindrie dans le contexte de la baisse des prix des actifs et de l’augmentation de la valeur réelle de leur dette. En particulier, le problème des prêts improductifs du secteur bancaire, conjugué à la faiblesse de la demande de prêts du secteur des entreprises, a engendré une contraction continue du crédit bancaire. Le canal du crédit étant effectivement bloqué, l’incidence de la détente monétaire a été atténuée.
17Même si l’assouplissement quantitatif n’a pas réussi, jusqu’à présent, à stopper la déflation, il a eu certains effets positifs importants. En premier lieu, il a soutenu les banques, aidant ainsi à maintenir la stabilité du système financier [12]. En deuxième lieu, il a aidé à maintenir les taux d’intérêt à long terme à un niveau sans précédent, de moins de 2 pour cent ces quelques dernières années, dopant ainsi l’activité économique. On l’a vu, les taux d’intérêt peu élevés ont eu un effet intertemporel qui a encouragé la consommation privée en érodant le rendement de l’épargne. Les effets positifs de l’assouplissement quantitatif, conjugués aux progrès de la restructuration des entreprises et à la vigueur de la demande extérieure, ont étayé l’expansion actuelle, qui semble devoir se poursuivre assez longtemps pour combler l’écart de production et mettre fin à la déflation.
La politique monétaire durant la transition vers une inflation positive
18En octobre 2003, la Banque du Japon a promis de maintenir sa politique d’assouplissement quantitatif jusqu’à ce que deux conditions soient remplies :
- L’inflation, mesurée par l’IPC tendanciel, doit être nulle ou positive pendant quelques mois.
- De «nombreux » membres du Conseil de la politique monétaire doivent prévoir que l’IPC tendanciel sera supérieur à zéro au cours de la période couverte par les prévisions
19Le choix du moment où l’on sortira de l’assouplissement quantitatif est une décision importante, car un durcissement prématuré des conditions monétaires risquerait de faire retomber l’économie dans la déflation. Par exemple, si la levée de la politique actuelle se traduisait par une baisse de ½ point du taux d’inflation alors qu’il n’était que de ¼ pour cent, la déflation reprendrait. En revanche, prolonger l’assouplissement quantitatif trop longtemps pourrait déclencher une inflation virulente et durable. Comme indiqué plus haut, la politique de la Banque du Japon a fortement accru la base monétaire, ce qui, dans des conditions normales, aurait conduit à un accroissement correspondant de la production nominale. Cependant, cela ne s’est pas produit en raison d’une «trappe à liquidité», par le jeu de laquelle les problèmes du secteur bancaire et l’incidence de la baisse des prix des actifs ont empêché la production d’augmenter avec l’expansion de la base monétaire. De ce fait, le rapport de la base monétaire au PIB a fait un bond, passant d’une moyenne d’environ 8 pour cent dans le passé à plus de 20 pour cent (graphique 2.9, partie B).
20Avec l’amélioration de la situation économique au Japon et le redressement en cours dans le secteur bancaire, les conditions requises pour la mise en action de la trappe à liquidité semblent se dissiper. Le plus important à cet égard est peut-être le fait que le niveau des taux d’intérêt réels, qui étaient trop élevés durant les périodes de récession étant donné la valeur limite nulle fixée pour les taux nominaux et la déflation, ne sont plus forcément inappropriés dans un contexte de reprise de l’activité. On peut considérer qu’il s’agit d’une phase de transition entre la déflation et l’inflation, au cours de laquelle la politique monétaire commence de reprendre de l’influence sur le rythme de la croissance économique. Ainsi, comme le multiplicateur monétaire recommence à fonctionner, le PIB nominal pourrait évoluer vers un alignement plus normal avec la base monétaire (Lebow, 2004). Si cet ajustement devait s’opérer à travers une progression du PIB et non à travers une contraction de la base monétaire, l’inflation pourrait marquer une brusque accélération (tableau 2.5). Par exemple, avec une base monétaire constante (de 108 000 milliards de yens), il faudrait que le PIB nominal soit multiplié par 2.7 pour que le ratio revienne à 8 pour cent comme dans le passé. Étant donné que le taux potentiel de croissance réelle est d’environ 1½ pour cent, il faudrait que l’augmentation du PIB nominal résulte pour l’essentiel de l’inflation. Si l’ajustement était achevé en cinq ans, le taux moyen d’inflation atteindrait non moins de 20 pour cent (cas 1 dans la partie A). Même si le ratio base monétaire/PIB restait supérieur à la moyenne du passé, à un niveau de 10 pour cent, il faudrait un taux d’inflation de 15 pour cent par an pour atteindre ce ratio, en supposant que la base monétaire ne se réduise pas (cas 1 dans la partie B). S’il est vrai que ces chiffres sont des estimations grossières sujettes à une incertitude considérable, il est tout à fait possible que le taux d’inflation soit élevé si la base monétaire reste à son niveau actuel.
Ajustement de la base monétaire
Ajustement de la base monétaire
21Il serait bénéfique, pour un pays qui a un niveau élevé de dette publique, d’autoriser pour une durée limitée un taux d’inflation relativement élevé. Pour alléger la charge de la dette publique, il faudra, en fin de compte, recourir à l’inflation ou à des mesures budgétaires, qui pourraient aussi imposer des coûts d’efficience en raison des effets de distorsion inhérents à la fiscalité [14]. De plus, une inflation plus forte allégerait la charge pour les débiteurs, ce qui aiderait le secteur bancaire. Cependant, l’inflation aurait aussi des effets défavorables pour certains, notamment les détenteurs de titres d’emprunt publics, du fait de l’effondrement des prix des obligations. De surcroît, un taux d’inflation plus élevé impose des coûts d’efficience notables et génère aussi des anticipations inflationnistes qu’il serait difficile d’inverser. Par conséquent, une banque centrale indépendante qui s’est engagée à assurer la stabilité des prix – comme la Banque du Japon– sera certainement obligée de réduire la base monétaire lors que le multiplicateur monétaire commencera de fonctionner normalement.
22La contraction monétaire nécessaire pour maîtriser l’inflation devra probablement être de grande ampleur. Par exemple, pour limiter l’inflation à 4½ pour cent par an (tableau 2.5, cas 3), il faudrait que la monnaie centrale revienne dans une fourchette de 40 000-54 000 milliards de yens (8-11 pour cent du PIB) sur cinq ans. La Banque du Japon, avec plus de 90 000 milliards d’obligations publiques à son bilan, serait certainement capable de procéder à des opérations d’open market à cette échelle pour réduire la liquidité. Cela pourrait cependant avoir une incidence considérable sur les prix des obligations. Les émissions nettes d’obligations de l’État se sont élevées à environ 50 000 milliards de yens (10 pour cent du PIB) en 2003, un quart de ce montant étant financé par la politique d’assouplissement quantitatif de la Banque du Japon. Avec la normalisation de la politique monétaire, ces achats prendraient fin. Si la banque centrale commençait aussi à vendre une partie de son portefeuille d’obligations publiques pour réduire l’excédent monétaire, l’effet serait encore plus grand. Dans l’exemple cité plus haut (cas 3 du tableau 2.5), cela ferait 40 000-54 000 milliards de yens sur cinq ans, soit non moins de 11 000 milliards de yens par an. L’effet du passage de la banque centrale du statut de gros acheteur à celui de gros vendeur, qui représenterait près de 25 000 milliards de yens (5 pour cent du PIB), pourrait avoir des répercussions non négligeables sur les prix des obligations.
23Le secteur bancaire, en particulier, pourrait être touché par une variation de grande ampleur des prix des obligations. Depuis la mise en œuvre de la politique d’assouplissement quantitatif en 2001, les détentions d’obligations publiques des banques sont passées de 12 à 15 pour cent du total de leurs actifs. En 2003, les pertes latentes sur obligations se sont chiffrées à près de 1000 milliards de yens (7 pour cent de leurs fonds propres de catégorie I), encore que la hausse du rendement des obligations à dix ans – à 120 points de base, contre 110 points de base l’année budgétaire précédente– ait été très peu marquée (graphique 2.10). Selon une estimation, une hausse de 100 points de base des taux d’intérêt à long terme se traduirait par une perte en capital de 2 100 milliards de yens pour les grandes banques [15]. Plusieurs facteurs pourraient toutefois limiter l’impact. Premièrement, les banques s’emploient à gérer le risque de taux d’intérêt par des opérations de couverture, et l’Agence des services financiers, en tant qu’autorité de tutelle, surveille leurs pratiques de gestion des risques. Deuxièmement, des taux d’intérêt plus élevés s’accompagneraient vraisemblablement d’une plus forte croissance de la production, ce qui tendrait à faire monter les prix des actions et des terrains (encadré 2.4). De fait, en 2003, les plus-values réalisées sur actions ont atteint 5 000 milliards de yens, bien plus que les pertes sur obligations (partie B).
Plus-values en capital des grandes banques
Plus-values en capital des grandes banques
Gérer la sortie de la politique d’assouplissement quantitatif
24Les rendements obligataires se sont révélés sensibles aux variations de la conjoncture économique. Ainsi, après l’annonce, en juin 2004, d’une croissance économique exceptionnellement forte au premier trimestre de l’année, les rendements des obligations à dix ans ont bondi de 40 points de base par semaine, par anticipation de la levée possible de l’assouplissement quantitatif. Les détenteurs d’obligations sont largement incités à quitter le marché avant la réorientation de la politique d’assouplissement quantitatif afin d’éviter des pertes en capital. Comme indiqué plus haut, la seconde condition nécessaire pour la levée de l’assouplissement quantitatif est partiellement remplie. Quand la première condition sera remplie, ce qui est prévu en 2005, cela aura sans doute une incidence majeure sur les taux d’intérêt et le marché obligataire. Outre le risque de pertes considérables dans le secteur bancaire, une forte hausse des taux d’intérêt à long terme aurait des conséquences négatives pour l’activité économique et pour la situation budgétaire (chapitre 3).
25Il serait donc souhaitable d’éviter une correction des taux d’intérêt à long terme et des prix des obligations jusqu’à ce que la croissance du PIB nominal soit solide et durable. Le fait d’empêcher une variation prématurée aiderait les banques, qui ont réalisé des bénéfices d’exploitation en 2003 pour la première fois depuis dix ans, 0 en leur donnant davantage de temps pour renforcer leur bilan. Cela maintiendrait aussi les coûts du service de la dette publique à leur bas niveau actuel.
26La Banque du Japon pourrait limiter le risque d’une hausse précoce des taux à long terme en fixant un taux d’inflation nettement supérieur à zéro comme condition pour ce changement de régime. Par exemple, un membre du Conseil de la politique monétaire a déclaré qu’avant la suppression de l’assouplissement quantitatif il faudrait que le taux d’inflation soit d’au moins 1 pour cent [16]. Même si les autorités de la Banque du Japon ont assuré aux marchés qu’elles seraient très prudentes en matière de réorientation de la politique monétaire, la situation actuelle laisse ouverte la possibilité de lever l’assouplissement quantitatif alors que l’inflation n’est que légèrement supérieure à zéro. Fixer comme condition un taux largement positif donnerait confiance aux agents en leur assurant que la politique monétaire ne sera pas durcie avant que la déflation soit définitivement terminée, aidant ainsi à guider les anticipations du marché.
27Cependant, depuis qu’elle est devenue indépendante en 1998, la Banque du Japon a souvent rejeté le système de fixation d’objectifs d’inflation, pour plusieurs raisons (Ito, 2004). Premièrement, elle a fait valoir qu’une stratégie de fixation d’objectifs d’inflation n’était pas appropriée pour passer de la déflation à l’inflation. Deuxièmement, cela nuirait à la crédibilité de la Banque, qui ne dispose d’aucun moyen lui permettant d’atteindre un objectif d’inflation. Troisièmement, si l’objectif d’inflation était crédible, le taux d’intérêt à long terme augmenterait immédiatement, sapant ainsi l’expansion. Cependant, fixer un taux d’inflation précis comme critère pour la levée de l’assouplissement quantitatif est quelque chose de différent de la stratégie habituelle de fixation d’objectifs d’inflation. Au lieu d’exiger une action préventive visant à atteindre un résultat particulier en matière d’inflation, cela servirait de déclencheur permettant une réorientation de la politique monétaire. Cette stratégie rassurerait les marchés quant au fait que la fin de l’assouplissement quantitatif n’est pas imminente, ce qui retarderait et, espère-t-on, désamorcerait les effets négatifs potentiels sur la situation budgétaire, le secteur bancaire et l’expansion économique
Encadré 2.4. La déflation foncière continue
Les prix des terrains continuent de baisser
Les prix des terrains continuent de baisser
Pourcentage de variation en glissement annuelConscient de l’importante incidence économique des prix des terrains, le gouvernement s’emploie à résoudre le problème à l’aide de diverses mesures. Premièrement, il a cherché à revitaliser les centres urbains en déréglementant les codes de planification et de construction et en offrant une aide financière. Deuxièmement, les taxes sur la propriété foncière et les transactions ont été allégées [2]. Ces mesures semblent toutefois avoir touché principalement les transactions foncières et les réaménagements urbains dans les centres des grandes agglomérations. De fait, les évolutions structurelles, comme la transition en cours vers une économie fondée sur les services, l’afflux croissant de la population rurale vers les grands centres urbains et le développement de grands centres commerciaux de banlieue, sont autant de facteurs qui tendent à réduire les prix des terrains dans les villes régionales. Il est donc probable que la déflation des prix des terrains dans tout le pays persistera bien après la fin de la déflation générale des prix.
Redresser le secteur bancaire
28La santé du secteur bancaire s’est améliorée notablement ces dernières années, du fait d’une meilleure supervision et de la vigueur de l’expansion économique. Le plus important est peut-être le fait que les banques ont réalisé un bénéfice d’exploitation en 2003, pour la première fois depuis dix ans (tableau 2.6). Le retour à la rentabilité a résulté d’une diminution des pertes sur les prêts, qui s’élevaient au total à 100 000 milliards de yens (20 pour cent du PIB) au cours de la décennie passée. La diminution des pertes sur les prêts reflète une réduction des prêts improductifs (graphique 2.12) au cours des années précédentes ainsi qu’une hausse des prix de ces prêts sur les marchés secondaires. Avec une croissance économique plus rapide qui génère moins de prêts douteux, le rapport des prêts improductifs au crédit total des grandes banques est revenu d’un sommet de 8.4 pour cent en mars 2002 à 4.7 pour cent en septembre 2004. L’objectif du gouvernement de ramener le ratio de créances improductives des grandes banques à la moitié environ du niveau de mars 2005 est donc presque atteint.
Bilan du secteur bancaire japonais1
Bilan du secteur bancaire japonais1
En milliers de milliards de yensPrêts improductifs dans le secteur bancaire
Prêts improductifs dans le secteur bancaire
29La diminution des prêts improductifs a coïncidé avec le renforcement de la supervision prudentielle. L’Agence des services financiers a mené cinq séries d’inspections spéciales auprès des gros emprunteurs, qui ont abouti au déclassement d’un montant important de prêts (tableau 2.7). Cependant, les pertes résultant de la liquidation de ces prêts à la suite de l’inspection de septembre 2004 n’ont représenté que le tiers du niveau de mars 2003, en dépit de l’augmentation du nombre de sociétés ayant fait l’objet d’un déclassement. L’inspection de septembre 2004 révèle une polarisation de la situation des gros emprunteurs. Les résultats des inspections régulières de l’Agence des services financiers font apparaître un écart moins important avec l’auto-évaluation des grandes banques. Au cours des inspections d’octobre 2003, l’Agence a fait état d’un montant de prêts classés supérieur de 6 pour cent seulement à l’auto-évaluation des banques, alors que les écarts étaient respectivement de 36 et 10 pour cent lors des première et deuxième séries.
Résultats des inspections spéciales auprès des gros emprunteurs
Résultats des inspections spéciales auprès des gros emprunteurs
En milliers de milliards de yens30Même si la réduction des coûts liés aux prêts improductifs, conjuguée à un accroissement des revenus de commissions, a dopé les bénéfices, la faible rentabilité intrinsèque des banques japonaises reste préoccupante. Le niveau peu élevé des bénéfices n’est pas dû à des coûts d’exploitation élevés puisqu’il y a eu une importante rationalisation du secteur bancaire au cours de la décennie passée. Il reflète plutôt la faiblesse des marges d’intérêt sur les prêts. De ce fait, le rapport du revenu net d’intérêts aux actifs est relativement bas au Japon, ce qui rend les banques vulnérables à toute augmentation imprévue des créances improductives ainsi qu’aux variations sur le marché des obligations publiques.
31Malgré l’évolution positive des bénéfices et des prêts improductifs, les préoccupations demeurent quant à la qualité du capital des banques. Le ratio de fonds propres, de 11.4 pour cent en mars 2004, est largement supérieur à la norme de 8 pour cent fixée par la BRI (tableau 2.8). Cependant, les «actifs d’impôts reportés » ont représenté près d’un tiers des fonds propres de catégorie I des banques opérant à l’échelle internationale en mars 2004. Ces actifs – déductions fiscales futures que les banques sont autorisées à compter comme actif – dépendent des bénéfices futurs. Du fait des années de pertes accumulées par les banques, il y a là une source de préoccupation. Sans ces actifs, le ratio de fonds propres des grandes banques aurait été nettement inférieur, à 9.5 pour cent. Les actifs d’impôts reportés ont diminué depuis 2003, le retour aux bénéfices d’exploitation ayant permis aux banques de réaliser une partie de ces actifs afin de réduire leurs impôts. Néanmoins, un traitement rigoureux et transparent des actifs d’impôts reportés, s’appuyant sur des prévisions réalistes du revenu futur, demeure nécessaire. De plus, le traitement de ces actifs dans les fonds propres devrait être réexaminé. On peut douter du bien-fondé d’autoriser les institutions les plus fragiles à comptabiliser les actifs d’impôts reportés dans les fonds propres, étant donné qu’ils disparaîtraient en cas de faillite et seraient donc indisponibles pour protéger les déposants. De fait, l’Agence des services financiers, en sa qualité d’organisme de tutelle, prévoit un traitement réglementaire spécifique des actifs d’impôts reportés pour le calcul des ratios de fonds propres au printemps 2005, compte tenu du rapport de juin 2004 du Conseil du système financier. Outre les actifs d’impôts reportés, les fonds publics représentent près d’un cinquième des fonds propres de catégorie I des banques. Au total, cela indique que l’actionnariat représente une part relativement limitée du capital.
Fonds propres du secteur bancaire1
Fonds propres du secteur bancaire1
En milliers de milliards de yens32Malgré l’amélioration des bilans des banques et le rebond de l’investissement, le crédit bancaire continue de se contracter, quoiqu’à un rythme un peu plus lent (graphique 1.8). Après correction des facteurs spéciaux, la diminution s’est établie à 1.2 pour cent en août 2004 par rapport à l’année précédente [17]. L’amélioration a toutefois été due, en partie, à un recours accru des ménages à l’emprunt, qui s’accroît à un rythme de 5 pour cent du fait que les banques accordent des prêts au logement à la place d’une institution financière du secteur public. Par contre, les concours bancaires au secteur des entreprises continuent de diminuer fortement, à un taux de 6 pour cent. Étant donné le degré de dépendance des petites entreprises à l’égard du financement bancaire, il faudra probablement, pour soutenir une expansion économique générale, une inversion de la contraction du crédit bancaire.
33Un second aspect préoccupant est la position affaiblie des banques régionales, qui, en tant que groupe, se retrouvent avec des bénéfices et des ratios de fonds propres moins élevés et des montants plus importants de prêts improductifs (tableau 2.9). Bien que les banques régionales représentent un tiers de l’encours total des prêts improductifs, les responsables de la supervision financière n’ont pas imposé d’objectifs pour la réduction de leurs créances douteuses, contrairement à ce qui est imposé aux grandes banques. La différence dans la supervision reflète la priorité donnée au soutien du rôle des banques régionales dans le financement des petites et moyennes entreprises (PME). De plus, en août 2003, 626 institutions financières [18] ont été obligées de soumettre des plans en vue de revigorer les PME et d’activer les économies régionales, dans le cadre du Programme d’action pour le renforcement des services bancaires sur mesure. L’Agence des services financiers suit la mise en œuvre de ces plans sur une base semestrielle. Afin d’assurer le fonctionnement ordonné de l’activité de crédit, le gouvernement a récemment mis en place un cadre pour les injections de fonds publics dans les banques régionales, sous réserve de soumission d’un plan de renforcement de la gestion comportant des objectifs chiffrés de rentabilité et des mesures visant à dynamiser les économies régionales.
Comparaison des grandes banques et des banques régionales
Comparaison des grandes banques et des banques régionales
Mars 2004Évaluation générale
34L’expansion en cours semble devoir se poursuivre jusqu’à la fin de 2006, ce qui en ferait la plus longue depuis l’éclatement de la bulle au début des années 90. Le taux de croissance, voisin de 2 pour cent par an depuis 2002, a été dopé par le dynamisme des exportations, grâce, en partie, à la Chine. Les effets positifs sur les bénéfices des entreprises, conjugués au progrès de leur restructuration, ont étayé un redressement de l’investissement dans le secteur des entreprises. La consommation privée a été aussi une source de croissance, grâce en partie à une nouvelle baisse du taux d’épargne des ménages. Malgré le ralentissement de l’expansion des échanges mondiaux et le renchérissement du pétrole, la vigueur de la demande intérieure devrait soutenir la reprise à un rythme de l’ordre de 1½ pour cent. L’expansion actuelle mettra sans doute un terme à la déflation, telle qu’elle est mesurée par l’indice des prix à la consommation.
35Même avec la fin de la déflation, la Banque du Japon devrait maintenir sa politique d’assouplissement quantitatif jusqu’à ce que l’inflation soit suffisamment élevée pour que le risque d’un retour à la déflation soit minime. La banque centrale a promis de poursuivre sa politique actuelle au moins jusqu’à ce que l’indice de base des prix à la consommation (qui exclut l’alimentation mais inclut l’énergie) soit nul ou positif et le Conseil de la politique monétaire prévoit qu’il sera positif au cours de la période de prévision. Ces conditions ne sont pas suffisamment ambitieuses, toutefois, car elles laissent la possibilité de lever la politique d’assouplissement quantitatif lorsque l’inflation sera positive mais encore proche de zéro. Un durcissement précoce de l’action monétaire risquerait de faire retomber l’économie dans la déflation. Il se pourrait aussi, si la politique d’assouplissement quantitatif se prolongeait trop longtemps, que l’importante expansion de la base monétaire entraîne une inflation durable et virulente. Cependant, un retour à la déflation coûterait plus cher qu’un dépassement à court terme du niveau optimal d’inflation.
36La sortie de l’assouplissement quantitatif risque de s’accompagner d’une hausse marquée des taux d’intérêt à long terme, ce qui pourrait avoir des répercussions défavorables sur l’économie, la situation budgétaire et les banques. Cela pourrait se produire même avant toute réorientation de l’action monétaire du fait que les détenteurs d’obligations vendent afin d’éviter des pertes. Fixer un seuil d’inflation plus élevé, peut-être de 1 pour cent, comme condition pour modifier la politique monétaire aiderait à guider les anticipations du marché et à empêcher une réaction prématurée. Par ailleurs, une stratégie claire de communication sur les modalités de la sortie aiderait peut-être à réduire au minimum les coûts. En tout cas, un seuil d’inflation plus élevé retarderait la normalisation des taux d’intérêt et donnerait ainsi davantage de temps aux banques pour améliorer leur situation financière.
37De fait, la santé du secteur bancaire s’est notablement améliorée au cours de cette expansion. Les prêts improductifs des grandes banques diminuent conformément à l’objectif fixé par les autorités, tandis que le secteur bancaire a retrouvé sa rentabilité. Malgré le redressement des banques et la vigueur de l’investissement des entreprises, le crédit bancaire au secteur des entreprises continue de se contracter. Étant donné l’importance des banques dans le financement, surtout pour les petites entreprises, une expansion économique durable nécessitera probablement une inversion de la contraction tendancielle du crédit bancaire. Les responsables de la supervision financière devraient donc continuer de faire pression sur les banques pour qu’elles réduisent encore leurs créances douteuses et renforcent leurs fonds propres. Cela devrait aussi s’appliquer aux banques régionales.
Références
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