Chapitre 4. Le genre peut-il tendre la main au sexe ? Pour une approche réflexive
Pages 53 à 63
Citer ce chapitre
- JAUNAIT, Alexandre,
- ABOU, Bérengère
- et BERRY, Hugues,
- Jaunait, Alexandre.
- Jaunait, A.
- B. Abou
- et H. Berry
https://doi.org/10.3917/edmat.abou.2019.01.0053
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- Jaunait, A.
- B. Abou
- et H. Berry
- Jaunait, Alexandre.
- JAUNAIT, Alexandre,
- ABOU, Bérengère
- et BERRY, Hugues,
https://doi.org/10.3917/edmat.abou.2019.01.0053
Notes
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[1]
Alexandre Jaunait est maître de conférences en science politique à l’Université de Poitiers et chargé de cours à Sciences-Po. Il a notamment publié Introduction aux études sur le genre (De Boeck, 2012) avec L. Bereni, S. Chauvin et A. Revillard.
-
[2]
J’utilise ici un pronom épicène visant à équilibrer quelque peu l’écrasante tendance des usages de la langue française à universaliser le pluriel par le masculin.
-
[3]
Étudier la réalité des représentations de ce qui est n’est pas nécessairement contradictoire avec l’idée que certaines choses « sont » indépendamment de notre façon de les penser. Contre l’accusation de « déni de réalité » qui frappe parfois les études sur le genre, une approche critique du réalisme déplace le questionnement vers une dimension épistémique de la réalité (qu’est-ce que le fait de penser des objets comme biologiques, et d’autres pas, fait à la réalité ?) qui est au cœur de la démarche des études sur le genre. La différenciation de deux niveaux de réalité participe du programme de réalisme critique proposé par Frederic Vandenberghe : « Le réalisme critique accepte de tout cœur le relativisme épistémologique, mais pour éviter l’irrationalisme de la multiplication des mondes, il introduit une distinction catégorique entre la dimension intransitive ou ontologique du réel et sa dimension transitive ou épistémique. La dimension intransitive fait référence aux entités du monde qui sont réelles et existent indépendamment de ce que nous pensons (externalisme), tandis que la dimension transitive fait référence aux choses qui sont réelles mais dont l’existence dépend de ce que nous pensons (internalisme) » (Vandenberghe 2014, p. 5).
-
[4]
La période est en effet marquée par les recherches sur les hormones « sexuelles » dont la présence en chacun.e malmène l’idée d’une constitution purement mâle ou purement femelle du sexe biologique.
Lorsque Thierry Hoquet m’a demandé d’écrire un texte sur la manière dont « le sexe est pris en compte par les études sur le genre », je me suis demandé comment j’allais pouvoir reformuler l’histoire de la paire sexe/genre de façon quelque peu renouvelée pour éviter une énième synthèse. La paire sexe/genre est en effet le pivot conceptuel des études sur le genre et permet d’en retracer une genèse désormais classique : dans les années 1950-1960, la clinique étasunienne de la transsexualité et de l’intersexuation produit une distinction conceptuelle entre le sexe biologique et le genre social, distinction reprise dans le champ des études féministes dans les années 1970, et reformulée par les études sur le genre dans les années 1990 pour défaire les représentations du partage nature/culture au moment où les sciences sociales s’aventuraient de façon conquérante dans les domaines de recherche jusque-là réservés aux biologistes. Dans cette dernière période, il ne s’est pas simplement agi d’étendre les domaines d’investigation des sciences sociales (de la construction des rôles de sexe au questionnement sur le dimorphisme sexué lui-même), mais aussi de remettre en cause une frontière épistémologique qui condamnait les sciences sociales à travailler sur ce que la société « fait » d’une réalité préexistante, « vraie », et à cet égard intouchable.
Les travaux des vingt dernières années ont ouvert sur des réflexions d’au moins deux ordres. Tout d’abord, ils ont permis d’interroger la production des faits biologiques comme biologiques, c’est-à-dire, dan…
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