Article de revue

Pollution de l’air et consommation de bois au Burkina Faso

Pages 95 à 101

Citer cet article


  • De Vreyer, P.,
  • Djemaï, É.
  • et Thivillon, T.
(2023). Pollution de l’air et consommation de bois au Burkina Faso. Revue d'économie du développement, . 31(3), 95-101. https://doi.org/10.3917/edd.373.0095.

  • De Vreyer, Philippe.,
  • et al.
« Pollution de l’air et consommation de bois au Burkina Faso ». Revue d'économie du développement, 2023/3-4 Vol. 31, 2023. p.95-101. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-d-economie-du-developpement-2023-3-page-95?lang=fr.

  • DE VREYER, Philippe,
  • DJEMAÏ, Élodie
  • et THIVILLON, Thomas,
2023. Pollution de l’air et consommation de bois au Burkina Faso. Revue d'économie du développement, 2023/3-4 Vol. 31, p.95-101. DOI : 10.3917/edd.373.0095. URL : https://shs.cairn.info/revue-d-economie-du-developpement-2023-3-page-95?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/edd.373.0095


Notes

  • [1]
    La liste des auteurs suit l’ordre alphabétique. Nous remercions le Centre Muraz pour la collaboration et la collecte des données ainsi que notre assistante de recherche Macoura Doumbia. Financement : Programme PAIRES (IRD AFD).
  • [2]
    Les détails sont disponibles dans le plan d’analyse (De Vreyer et al., 2022).
  • [3]
    Particules de moins de 2,5 microns.
  • [4]
    Les recommandations mondiales de l’OMS relatives à la qualité de l’air pour l’exposition individuelle aux \({PM_{2.5}}\) sont de 5 \({\mu g/m^3}\) pour l’exposition moyenne annuelle et de 15 \({\mu g/m^3}\) pour l’exposition moyenne sur 24 heures (World Health Organization, 2021).
  • [5]
    Le niveau d’exposition estimé pour une consommation égale à 0 est de 57,4 g/m3 .

1. Introduction

1 En 2021, un tiers de la population mondiale, soit environ 2,3 milliards de personnes, utilisait essentiellement des combustibles solides pour cuire des aliments (IEA et al., 2022). Les récentes vagues de l’étude Global Burden of Diseases (GBD) ont montré que la pollution de l’air des ménages, notamment due à la combustion du bois, du charbon de bois ou des résidus agricoles, est un problème de santé publique majeur. Cette pollution a été responsable de 2,3 millions de décès en 2019 selon les estimations de Bennitt et al. (2021). L’une des limites des simulations issues de l’étude GBD est qu’elles ne peuvent s’appuyer que sur un faible nombre de travaux pour estimer les niveaux d’exposition individuelle aux polluants atmosphériques dans les pays d’Afrique subsaharienne (Bede-Ojimadu et Orisakwe, 2020).

2 Dans ce court article, nous présentons des résultats issus de l’une des plus importantes campagnes de mesure de l’exposition aux particules fines et des consommations de combustible des ménages conduites en Afrique subsaharienne à ce jour. Nous évaluons la relation entre la pollution de l’air et la consommation de bois pour la cuisson. Les deux variables clés de l’analyse sont mesurées à l’aide d’un dispositif de collecte de données original auprès d’environ 800 ménages.

3 L’article est structuré comme suit : la section 2 présente les données et les méthodes. La section 3 décrit les résultats. La dernière section conclut.

2. Données et méthodes

Données

4 L’étude a été menée dans trois villes moyennes de la région Centre-Sud au Burkina Faso : Kombissiri, Manga et Pô. Nous avons enquêté sur environ 800 ménages en juin 2021, juste avant le début de la saison des pluies. L’échantillonnage a été réalisé de façon aléatoire en tirant des points GPS et en suivant une procédure pour identifier un ménage par point GPS. Les ménages éligibles pour faire partie de l’étude étaient ceux qui ne disposaient ni de gaz ni d’électricité pour cuisiner au moment de la première enquête entre décembre 2019 et mars 2020. [2] Notre analyse dans cet article repose sur un échantillon de 782 ménages pour lesquels nous disposons de données sur l’exposition aux particules fines et sur la consommation de bois, une fois les valeurs extrêmes supprimées (valeurs supérieures au 99e percentile de chaque distribution). 84,9 % des ménages enquêtés déclarent que le bois est le principal combustible utilisé au cours des sept jours précédant l’enquête, suivi du charbon de bois pour 14,4 % des ménages. Seulement 31,3 % des ménages sont dirigés par un chef de ménage ayant été scolarisé.

Mesures

5 Nos deux variables d’intérêt sont l’exposition individuelle aux particules fines et la consommation de bois du ménage.

6 Dans chaque ménage, une personne en charge des activités de cuisson a été désignée pour porter un équipement de mesure de la qualité de l’air par méthode gravimétrique pendant 24 heures consécutives. L’enquête révèle des niveaux considérables d’exposition aux particules fines PM 2.5[3]. Le niveau moyen mesuré dans notre échantillon de personnes en charge des activités de cuisson est de 171,7 \(\mu g/{m^3}\) soit plus de 11 fois les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé pour une exposition de 24 heures aux \({PM_{2.5}}\). [4] Il est probable que le niveau d’exposition soit moindre pour les autres membres du ménage ne cuisinant pas.

7 La consommation de bois a été pesée par l’enquêteur. Le dispositif d’enquête demandait aux ménages de préparer l’équivalent d’une journée de consommation de tous les combustibles nécessaires à la cuisson. Chaque combustible a été pesé à 24 heures d’intervalle pour mesurer le stock initial et le stock restant, la différence correspondant à la consommation. Nous nous focalisons ici sur la consommation de bois qui est le combustible dont la combustion est la plus émettrice de particules. La consommation moyenne est de l’ordre de 5,2 kg par ménage.

3. Résultats

8 Dans le graphique 1, nous présentons une analyse descriptive de la relation entre l’exposition aux particules fines, d’une part et, d’autre part, trois caractéristiques clés de l’utilisation du bois par les ménages que sont les quantités consommées, la fréquence des évènements de cuisson au bois et les caractéristiques du lieu où sont menées les activités de cuisson. Plusieurs résultats sont mis en lumière par ce graphique :

  1. le nuage de points illustre la relation entre la consommation de bois du ménage et l’exposition personnelle aux \({PM_{2.5}}\) des cuisiniers de notre échantillon (panel a). La variable dépendante est exprimée en log et la régression par les moindres carrés ordinaires indique que l’exposition aux \({PM_{2.5}}\) augmente de 7,2 % pour chaque augmentation de 1 kg de la consommation de bois [5]. Le coefficient est significativement différent de zéro. Il est important de noter que le R-carré de cette régression est de 0,053, ce qui suggère la présence de nombreuses autres sources d’exposition en plus des fumées de bois générées par le ménage ;
  2. l’exposition des personnes en charge des activités de cuisson est également associée à la fréquence des activités de cuisson au bois (panel b). L’intervalle interquartile de l’exposition aux \({PM_{2.5}}\) est environ quatre fois plus élevé chez les participants qui ont cuisiné au moins trois fois avec du bois pendant la période de prélèvement de 24 heures que chez ceux qui n’ont pas utilisé de bois pendant la même période. Bien que cela puisse simplement refléter une relation linéaire entre la fréquence d’utilisation du bois et la consommation de bois, cela pourrait également signifier que le fait d’allumer fréquemment un réchaud à bois augmente la probabilité d’être confronté à des pics de fumée qui entraînent des niveaux d’exposition extrêmes. Cela se reflète dans l’amplitude de la valeur maximale pour les participants qui ont cuisiné au bois plusieurs fois au cours de la période de prélèvement ;
  3. enfin, le panel c décrit l’association entre le type d’espace utilisé pour les activités de cuisson et l’exposition des cuisiniers. 34 % des ménages enquêtés ont une cuisine fermée (qu’ils utilisent au moins occasionnellement). Entre 100 \({\mu g/m^3}\) et 1500 \({\mu g/m^3}\), la fonction de distribution cumulative de l’exposition aux \({PM_{2.5}}\) pour les ménages qui n’ont pas accès à un espace de cuisson fermé domine la distribution pour les ménages qui utilisent un espace de cuisson fermé au moins occasionnellement. Cela pourrait indiquer que les personnes qui cuisinent toujours à l’extérieur sont moins susceptibles d’être confrontées à des pics de fumée et souligne le rôle important de l’environnement de cuisson dans le niveau d’exposition des cuisiniers.
Graphique 1

Représentations graphiques de la relation entre la consommation de bois du ménage et l’exposition individuelle aux particules fines

Description de l'image par IA : Graphiques montrant la consommation de bois et l'exposition aux particules fines.

Représentations graphiques de la relation entre la consommation de bois du ménage et l’exposition individuelle aux particules fines

4. Conclusion

10 Cette étude quantifie l’ampleur de la relation entre la consommation de bois pour cuisiner et les niveaux d’exposition aux particules fines au Burkina Faso. Les données collectées dans ce projet et mobilisées dans l’analyse sont originales. Il s’agit de la première base de données combinant mesures d’exposition aux particules fines et de consommation de bois pour un si grand échantillon de ménages. Les résultats présentés confirment qu’utilisation du bois de chauffe et exposition aux particules fines sont corrélées dans le contexte africain. Ils soulignent également que l’association entre consommation de bois et exposition aux PM2.5 ne dépend pas uniquement des volumes consommés. Elle est en partie déterminée par les préférences et contraintes du ménage qui influent sur la fréquence du recours au bois ou sur le type de lieu dans lequel il est utilisé. Ces déterminants potentiels de l’exposition méritent d’être pris en compte dans les stratégies de lutte contre la pollution de l’air domestique liée aux combustibles solides. L’article présenté lors de la conférence ICDE 2023 (De Vreyer et al., 2023) explore la relation entre la pollution de l’air et le risque de développer des maladies pulmonaires, par le prisme de l’infection au COVID-19.

Références

  • BEDE-OJIMADU, O. and O.E. ORISAKWE (2020). “Exposure to Wood Smoke and Associated Health Effects in Sub-Saharan Africa: A Systematic Review”, Annals of Global Health, 86(1), 32.
  • BENNITT, F.B., WOZNIAK S.S., CAUSEY, K., BURKART, K., BRAUER, M. and GBD Risk Factor Collaborators (2021). “Estimating Disease Burden Attributable to Household Air Pollution: New Methods within the Global Burden of Disease Study”, Lancet Global Health, 9(S1), S18.
  • DE VREYER, P., DJEMAÏ, E. and T. THIVILLON (2022). “A Randomized Evaluation of the Demand for LPG Stoves and of the Associated Effects on Household Air Pollution, Greenhouse Gas Emissions and Well-being in Burkina Faso”, Social Science Registry: AEA RCT Registry. May 10, 2022 [https://doi.org/10.1257/rct.5024-4.0].
  • DE VREYER, P., DJEMAÏ, E., THIVILLON, T., SANA, A., BADOLO, H., BERTHÉ, A. and D. KANIA (2023). “Wood Fuel Cooking, Air Pollution, and the Risk of COVID-19 Infection in Burkina Faso”, mimeo.
  • IEA, IRENA, UNSD, WORLD BANK and WHO (2022). Tracking SDG 7: The Energy Progress Report, Washington DC: World Bank.
  • WORLD HEALTH ORGANIZATION (2021). WHO Global Air Quality Guidelines. Particulate Matter (PM2.5 and PM10), Ozone, Nitrogen Dioxide, Sulfur Dioxide and Carbon Monoxide, Geneva: World Health Organization, 300 p.

Mots-clés éditeurs : Afrique., mode de cuisson, pollution de l’air

Date de mise en ligne : 23/04/2024

https://doi.org/10.3917/edd.373.0095