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Introduction. Penser la violence politique

Pages 7 à 28

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  • Crettiez, X.
(2010). Introduction. Penser la violence politique. Dans
  • X. Crettiez
  • et L. Mucchielli
Les violences politiques en Europe : Un état les lieux (p. 7-28). La Découverte. https://doi.org/10.3917/dec.crett.2010.01.0007.

  • Crettiez, Xavier.
« Introduction. Penser la violence politique ». Les violences politiques en Europe Un état les lieux, La Découverte, 2010. p.7-28. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/les-violences-politiques-en-europe--9782707164582-page-7?lang=fr.

  • CRETTIEZ, Xavier,
2010. Introduction. Penser la violence politique. In :
  • CRETTIEZ, Xavier
  • et MUCCHIELLI, Laurent,
Les violences politiques en Europe Un état les lieux. Paris : La Découverte. Recherches, p.7-28. DOI : 10.3917/dec.crett.2010.01.0007. URL : https://shs.cairn.info/les-violences-politiques-en-europe--9782707164582-page-7?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/dec.crett.2010.01.0007


Notes

  • [1]
    Ce colloque fait partie d’un vaste programme européen, Crimprev [www.crimprev.eu], qui a débuté à Bruxelles en février 2007 et s’est achevé à Londres en juin 2009. Le colloque de Nice a réuni vingt et un chercheurs européens (français, italiens, espagnols, allemands, anglais et hollandais). Il constitue l’un des six axes de recherche du deuxième volet de ce programme européen, volet intitulé « Factors of deviant behavior » et dirigé par Laurent Mucchielli (CNRS-CESDIP).
  • [2]
    On distinguera classiquement le terrorisme à vocation révolutionnaire (TVR) du terrorisme à vocation nationaliste (TVN), du terrorisme transnational (TT), du terrorisme fondamentaliste (TF), du terrorisme d’État (TE) et enfin le terrorisme d’organisation secrète (TOS). Voir Bigo, Hermant [1986, p. 23sqq.].
  • [3]
    Karyotis [2007].
  • [4]
    Voir les analyses d’Olivier Roy [2001].
  • [5]
    Cette acception weberienne lie l’État à la violence, d’aucuns diraient au monopole de la force tant la puissance publique en démocratie se doit de masquer son usage de la violence derrière le droit et son acceptation populaire. C’est en fait la force de l’État, reconnu par tous et encadré par ses propres normes, qui lui permet d’agir sans trop de violence. « En ce sens, la force est une assurance contre la violence » disait Freund [2004, p. 720].
  • [6]
    On notera que l’un des plus récents ouvrages sur la violence politique en France choisit fort opportunément d’afficher sur sa couverture une photo de gendarmes mobiles opérant un maintien de l’ordre : Braud [2004].
  • [7]
    Parmi les très nombreuses publications en langue française de ces dernières années : Ansart [2008] ; Braud [2004, 1993] ; Bruneteaux [1996] ; Crettiez [2008] ; Duclos [1998] ; Ferenczi, Apter [2000] ; Fillieule [1997] ; Fillieule, Tartakowsky [2008] ; Gueniffey [2000] ; Jobard [2002] ; Kokoreff [2008] ; Michaud [1978] ; Lagrange, Oberti [2006] ; Mucchielli, Le Goaziou [2007] ; Mucchielli [2001] ; Pagès [2003] ; Mucchielli, Robert [2002] ; Sommier [1998, 2008] ; Tilly, Tarrow [2008] ; Wieviorka [1998, 2004] ; Wissler [1994].
  • [8]
    Baudrillard [2002]. Voir également le regard philosophique de Derrida, Habermas [2004].
  • [9]
    C’est dans ce croisement des approches que l’on trouve les études les plus stimulantes sur les phénomènes de violences politiques, singulièrement sous leurs dimensions internationales. La revue Critiques internationales participe pour beaucoup à la diffusion de publications sur la sociologie de l’engagement armé dans des conflits très éloignés du champ occidental qui fut celui de l’expérimentation de la sociologie de l’action collective. On retrouve cette ambition sous la plume d’Isabelle Sommier dont le mémoire d’Habilitation à diriger des recherches en sociologie [2007] puis l’ouvrage sur La Violence révolutionnaire [2008] insistaient sur ce croisement fécond des approches.
  • [10]
    Il est intéressant de constater que le président de la République refusera les explications sur la montée de la délinquance à partir de la crise économique de 2008, faisant le lien entre accroissement de la pauvreté et montée des incivilités, au motif qu’elles apparaissent comme « sociologisantes ». Dans l’esprit présidentiel, la prise en compte des critères sociaux pour expliquer une déviance revient vraisemblablement à vouloir l’excuser, aboutissant ainsi à un rejet de plus en plus sensible – et partagé – de la sociologie, parfois même au-delà de toute logique. Voir l’Express [n˚ 3037, 16 septembre 2009, p. 98].
  • [11]
    Le partage de l’emploi peut assez souvent être à l’origine de nombreux conflits même violents comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire ou en Inde. Voir les analyses en ce sens de Horowitz [2001].
  • [12]
    Lagrange, Oberti [2006], en particulier l’article de Nathalie Kakpo. On retrouve ce phénomène dans d’autres sphères culturelles où la promiscuité a pu être avancée comme grille explicative partielle de la violence politique : Bucaille [2002].
  • [13]
    Ce type d’explication, courante dans les écrits militants, pose un lien de type conséquencialiste entre l’histoire ancienne passée et la contestation actuelle sans expliquer jamais le passage de la mémoire d’une époque à une autre. Sans l’effort sociologique qui consiste à essayer de produire un lien entre l’histoire et le présent, il nous paraît impossible de supputer que des comportements actuels puissent reposer sur une histoire vieille de plusieurs siècles, surtout lorsqu’une histoire plus récente (la Troisième République et l’immédiat après-guerre) propose des attitudes inverses, totalement hostiles à la contestation nationaliste. Il importe ici de s’intéresser au rôle des médiateurs de mémoire, les entrepreneurs politiques qui reformulent l’histoire ou la hiérarchisent à leur tour, opérant des rapprochements qui n’ont rien de naturel.
  • [14]
    Voir également les analyses de Mignon [1998] et Bromberger [1995].
  • [15]
    Voir Crettiez [2010].
  • [16]
    Monjardet [1996].
  • [17]
    Le travail d’Isabelle Sommier présenté dans cet ouvrage est l’un des très rares travaux sur l’ultra-gauche, mouvance complexe et informe pour l’instant en totale déshérence analytique, à l’exception de quelques (bons) travaux de mémoires d’étudiants souvent sympathisants.
  • [18]
    On notera que la réflexion en termes de structures d’opportunités ne facilite pas toujours la compréhension des phénomènes violents. Son absence de systématicité rend délicat l’établissement d’un lien entre tel contexte politique et telle action. Ainsi si la répression peut parfois faciliter l’action violente et susciter de la colère et de la rage, elle peut ailleurs la freiner en imposant une peur contre-productive. Plus généralement, la réflexion en termes de structure des opportunités d’action suppose de la part des acteurs manifestants une réflexivité sur leurs pratiques et une bonne connaissance de leur environnement qui n’est pas toujours garantie. Sur les limites de ce concept, voir Fillieule [2005].
  • [19]
    Crettiez [1999].
  • [20]
    Collectif [1992].
  • [21]
    C’est le cas pour le mouvement syndical paysan tel que décrit par Duclos [1998].
  • [22]
    On soulignera que la sensibilité des médias aux actions protestataires est globalement faible (moins de 5 % des manifestations donnent lieu à une couverture de presse). De nombreux éléments vont servir cette curiosité et offrir une « valeur médiatique » aux actions de rue. Si la violence en est un en rompant avec la routine, elle ne suffit pas. La nature de la manifestation, son lieu, ses cibles, sa cause, les ressources possédées par les manifestants, sa dimension politique ou pas, sont autant d’éléments structurant l’intérêt journalistique : Neveu [1999].
  • [23]
    Plus généralement, « les marges d’autonomie que s’arrogent les forces de police ou que l’autorité politique leur laisse peuvent être déterminantes », Fillieule, Tartakowsky [2008, p. 87].
  • [24]
    Jacques de Maillard, « Les chantiers de réforme de la police », Revue française de science politique, vol. 59, n° 6, 2009.
  • [25]
    Si ce constat a pu être avancé en France, il n’est pas certain qu’il soit concluant pour tous les pays…
  • [26]
    Lagrange [2006].
  • [27]
    Féron [2003].
  • [28]
    Barth [1995].
  • [29]
    Bromberger [1995].
  • [30]
    Bey [1997].
  • [31]
    Sur le mouvement altermondialiste voir Sommier, Fillieule, Agrikoliansky [2008]. Le film de Stuart Townsend, Bataille à Seattle (2008), chronique des manifestations altermondialistes contre l’OMC, propose une remarquable étude des stratégies violentes aux frontières des zones de pouvoir.
  • [32]
    Jobard, Lévy [2009].
  • [33]
    Roché [1994].
  • [34]
    Lapeyronnie [2005]. Du même auteur, voir [2008].
  • [35]
    Collectif [2009]. Se reporter également à l’article d’Isabelle Sommier.
  • [36]
    della Porta [1995].
  • [37]
    Pour un cas extrême de cette tendance, on se reportera à Prazan [2002] et Sommier [2008].
  • [38]
    Bruneau [2001].
  • [39]
    Mac Adam [1986].
  • [40]
    Voir également Akmouche [2006] et Weimann [2006].
  • [41]
    Becker [1985, p. 47].
  • [42]
    Duclos [2010]
  • [43]
    Mac Adam [1986].
  • [44]
    Voir Sommier [2008].
  • [45]
    Voir la présentation que fait de ce concept Traïni [2009].
  • [46]
    Le 30 janvier 1972, des parachutistes britanniques vont tirer sur une foule catholique et tuer 14 civils. Cet événement conduira de très nombreux jeunes catholiques irlandais dans les rangs de l’IRA.
  • [47]
    En mai 1972, une compagnie italienne déverse régulièrement des polluants dans la baie de Bastia sans que l’État n’intervienne, suscitant chez les insulaires une réaction d’indignation forte qui ne sera pas sans lien avec la constitution des premiers mouvements clandestins.
  • [48]
    Goffman [1961].
  • [49]
    Voir Barrois [1994].
  • [50]
    Traïni (dir.) [2009]. Sur l’analyse sociologique des émotions, voir Braud [1996].
  • [51]
    Alcedo Moneo [1994].
  • [52]
    Crettiez [2008].
  • [53]
    Janis [1972].
  • [54]
    Oberschall [2000].
  • [55]
    Voir la très bonne synthèse de Contamin sur la notion de « cadre d’analyse » [2009].
  • [56]
    On se reportera au très beau livre de Piazza [2004].
  • [57]
    C’est là une des conclusions de la table ronde sur le terrorisme tenue lors du congrès de l’Association française de science politique (AFSP) à Grenoble, les 6 et 7 septembre 2009. Notons qu’une telle base est en constitution concernant les violences de masse, sous la responsabilité de Jacques Sémelin [http://www.massviolence.org/].
  • [58]
    Riches [1986]. Voir également Kalyvas [2006].
  • [59]
    Scott [2008].

Les chercheurs réunis dans cet ouvrage, fruit d’un colloque qui s’est déroulé à Nice en juin 2008, se sont tous interrogés sur les raisons à la fois de l’émergence des violences politiques mais aussi de leur pérennité. Qu’il s’agisse des violences ethniques, raciales, idéologiques ou sociales, qu’elles soient contre l’État ou entre communautés, mues par des ambitions politiques, économiques ou identitaires, elles agitent toutes à divers degrés le continent européen. Le terrorisme classique de type idéologique semble régresser au regard de ce qu’a traversé l’Europe dans les années 1960 et 1970, mais il n’est pas certain qu’il ne s’agisse là que d’histoire ancienne, au vu de certaines résurgences pour l’instant très limitées en Grèce ou en Italie. Si le terrorisme à vocation nationaliste n’a pas disparu, il s’épuise également, ne demeurant une vraie menace pour l’ordre public qu’en Espagne. Mais d’autres formes de violences politiques perdurent ou émergent. La violence islamiste qui a frappé en France, en Grande-Bretagne, en Espagne mais aussi en Hollande le cœur des démocraties, fait l’actualité et paraît pour certains prendre le relais d’un terrorisme révolutionnaire dépassé. Fort éloignées de ces formes radicales de violence, les révoltes et autres « violences urbaines » constituent également des registres courants en Europe de contestation polymorphe considérée comme politique par certains. En France comme en Grande-Bretagne, les émeutes dans les quartiers populaires sont devenues assez régulières pour interroger durablement l’accès égal au politique ou un plus juste partage des richesses nationales…


Date de mise en ligne : 25/11/2010

https://doi.org/10.3917/dec.crett.2010.01.0007

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