3. Racisme et nationalisme
Pages 54 à 92
Citer ce chapitre
- BALIBAR, Étienne
- et WALLERSTEIN, Immanuel,
- Balibar, Étienne.
- et al.
- Balibar, É.
- et Wallerstein, I.
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- Balibar, É.
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- et WALLERSTEIN, Immanuel,
Notes
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[*]
Un extrait de ce texte a paru dans la revue M, n° 18, décembre 1987-janvier 1988.
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[1]
L’exposé récent le plus argumenté est celui de René Gallissot, Misère de l’antiracisme, Éditions Arcantére, Paris, 1985.
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[2]
Tel était déjà l’objectif de Ruth Benedict dans Race and Racism, 1942 (rééd. Routledge and Kegan Paul, Londres, 1983). Toutefois R. Benedict ne distingue pas vraiment entre nation, nationalisme, culture, ou plutôt elle tend à « culturaliser » le racisme au travers de son « historisation » comme aspect du nationalisme.
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[3]
Cf. par exemple Raoul Girardet, article « Nation : 4. Le nationalisme », Encyclopaedia universalis.
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[4]
Comme je l’ai soutenu dans une précédente étude : « Sujets ou citoyens ? - Pour l’égalité », Les Temps modernes, mars-avril-mai 1984 (n° spécial L’Immigration maghrébine en France).
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[5]
La catégorie de délire vient spontanément sous la plume quand on tente de décrire le complexe raciste, en raison de la façon dont le discours raciste dénie le réel tout en projetant des scénarios d’agression et de persécution. Pourtant elle ne peut être employée sans correctifs — d’une part parce qu’elle risque de masquer l’activité de pensée que comporte toujours le racisme, d’autre part parce que la notion d’un délire collectif est à la limite de la contradiction dans les termes.
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[6]
Chacune des classes des « nouvelles » nations de l’ancienne humanité coloniale projette ainsi sa différence sociale avec les autres en termes ethnico-culturels.
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[7]
Benedict Anderson, Imagined Communities, Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, Verso Editions, Londres, 1983, p. 129 sv.
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[8]
Cette structure spéculaire me paraît essentielle : pour les « sous-développés », les « sur-développés » sont ceux qui plus que jamais pratiquent le mépris raciste ; pour les « sur-développés », les « sous-développés » se définissent notamment par la façon dont ils se méprisent mutuellement. Pour tous, le racisme est « chez l’autre » ; ou mieux : l’autre est le lieu du racisme. Mais le tracé des frontières entre « sur-développement » et « sous-développement » a commencé à se déplacer de façon incontrôlable : nul ne peut dire exactement qui est l’autre.
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[9]
D’où les embarras de la « pédagogie de la mémoire » par laquelle les organisations antiracistes tentent de faire face à la menace actuelle, surtout si elles croient que la prégnance du modèle nazi provient de l’occultation du génocide. Les entreprises « révisionnistes » fonctionnent à cet égard comme un véritable leurre, puisqu’elles sont essentiellement une façon de parler sans cesse des chambres à gaz, sur le mode très ambivalent de la dénégation. Dénoncer l’occultation du génocide nazi par des racistes qui sont vraiment antisémites ne suffira malheureusement pas à frayer la voie pour la reconnaissance collective de ce qu’il y a de commun à l’antisémitisme et à l’anti-arabisme. Mais démasquer la nostalgie du nazisme dans le discours des « chefs » ne suffira pas non plus à éclairer la « masse » des racistes ordinaires sur le déplacement d’objet qu’ils effectuent quotidiennement, et qui pourtant a lieu, pour l’essentiel, à leur insu. Du moins aussi longtemps que cette indispensable pédagogie ne s’étendra pas jusqu’à une explicitation complète du racisme contemporain comme système de pensée et comme rapport social, condensé de toute une histoire.
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[10]
Pour une analyse à la fois obstinée et nuancée de cette contradiction, il n’est que juste de renvoyer à l’ensemble de l’œuvre de Maxime Rodinson, et en particulier aux textes recueillis dans Marxisme et monde musulman, Paris, Éditions du Seuil, 1972, et dans Peuple juif ou problème juif ?, Maspero, 1981.
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[11]
La question matricielle des historiens libéraux du nationalisme (soit comme « idéologie », soit comme « politique ») est : où et quand passe-t-on du « nationalisme libéral » au « nationalisme impérialiste » ? Cf. Hannah Arendt, L’Impérialisme, 2e partie de The Origins of Totalitarianism, trad. fr. Fayard, Paris, 1982, et Hans Kohn, The Idea of Nationalism. A Study of its Origins and Background, New York, 1944. Leur réponse commune est : entre les révolutions « universalistes » du xviii e siècle et le « romantisme » du xix e siècle, d’abord allemand, puis étendu à toute l’Europe et finalement au monde entier au xx e siècle. Mais, à y regarder de plus près, il s’avère que la Révolution française contiendrait déjà en elle-même la contradiction des deux aspects : c’est donc elle qui a fait « déraper » le nationalisme.
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[12]
Cf. les mises en garde de Tom Nairn, dans « The Modern Janus », New Left Review, n° 94, 1975 (repris dans The Break-Up of Britain, NLB, Londres, 1977). Voir la critique de Eric Hobsbawm, « Some Reflections on The Break-Up of Britain », New Left Review, n° 105, 1977.
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[13]
Ce qui n’est pas seulement une position marxiste, mais aussi la thèse d’autres penseurs « économistes » de tradition libérale cf. Ernest Gellner, Nations and Nationalism, Oxford, 1983.
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[14]
C. Guillaumin, L’Idéologie raciste Genèse et langage actuel, Mouton, Paris-La Haye, 1972 M Rodinson, « Quelques thèses critiques sur la démarche pohakovienne », in Le Racisme, mythes et sciences (sous la dir de M Olender), Éd. Complexe, Bruxelles, 1981 Également, M Rodinson, article « Nation : 3. Nation et idéologie », Encyclopaedia universalis.
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[15]
On comparera utilement avec Erving Goffman, Stigma. Notes on the Management of Spoiled Identity, Penguin Books, 1968.
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[16]
Cf. L. Dumont, Essais sur l’individualisme, Éditions du Seuil, 1983.
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[17]
Cf. le débat entre Tom Nairn et Benedict Anderson, dans les ouvrages cités, à propos des rapports entre « nationalisme », « patriotisme », et « racisme ».
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[18]
Cf. l’excellente présentation de P. Ayçoberry, La Question nazie. Essai sur les interprétations du national-socialisme ; 1922-1975, Paris, Éditions du Seuil, 1979.
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[19]
Entre autres exposés récents, Benedict Anderson, op. cit., qui rapproche heureusement les pratiques et les discours de la « russification » et de l’« anglicisation ».
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[20]
Cf. Léon Poliakov, Histoire de l’antisémitisme, nouv. édition (Le Livre de poche Pluriel), tome II, p. 259 sv. ; Madeleine Rebérioux, « L’essor du racisme nationaliste », in Racisme et société (sous la dir. de P. de Comarmond et Cl. Duchet), Paris, Maspero, 1969.
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[21]
Cf. R Ertel, G. Fabre, E. Marienstras, En marge. Les minorités aux États-Unis, Paris, Maspero, 1974, p. 287 sv.
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[22]
Bipan Chandra, Nationalism and Colonialism in Modern India, Orient Longman, New Delhi, 1979, p. 287 sv.
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[23]
Cf. Haroun Jamous, Israel et ses juifs. Essai sur les limites du volontarisme, Paris, Maspero, 1982.
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[24]
On a souvent cru pouvoir affirmer que le nationalisme, à la différence des autres grandes idéologies politiques du xix e et du xx e siècle, manquait de théorie, et de théoriciens (cf. B. Anderson, op cit ; Isaiah Berlin, « Nationalism — Past Neglect and Present Powers », in Against the Current, Essays in the History of Ideas, Oxford, 1981). C’est oublier que très souvent le racisme fournit ses théories au nationalisme, de même qu’il lui fournit un imaginaire quotidien, figurant ainsi aux deux pôles du « mouvement idéologique ».
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[25]
Cf les réflexions de M. Rodinson sur la fonction du kérygme dans les mouvements idéologiques : « Nature et fonction des mythes dans les mouvements socio-politiques d’après deux exemples compares : communisme marxiste et nationalisme arabe », in Marxisme et monde musulman, op. cit., p 245 sv.
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[26]
L’introduction du thème « pessimiste » de la dégénérescence dans le social-darwinisme, alors qu’il n’a évidemment rien à faire dans la théorie darwinienne de la sélection naturelle, est une étape essentielle dans l’exploitation idéologique de l’évolutionnisme (jouant sur le double sens de la notion d’hérédité). Tout racisme n’est pas « pessimiste » catégoriquement, bien qu’il le soit nécessairement hypothétiquement : la race (la culture) supérieure est perdue (et la civilisation humaine avec elle) si elle finit par être « submergée » dans l’océan des barbares, des inférieurs. Variante différentialiste : toutes les races (cultures) sont perdues (et donc la civilisation humaine) si elles se noient réciproquement dans l’océan de leur diversité, si l’« ordre » qu’elles constituent ensemble se dégrade dans l’entropie de la « culture de masse » uniformisée. Le pessimisme historique entraîne une conception volontariste ou decisionniste de la politique : seule une décision radicale, traduisant l’antithèse de la volonté pure et du cours des choses, donc celle des hommes de la volonté et des hommes de la passivité, peut contrecarrer, voire inverser la décadence. D’où la dangereuse proximité qui s’établit lorsque le marxisme (et plus généralement le socialisme) pousse sa représentation du déterminisme historique jusqu’au catastrophisme, qui appelle à son tour une conception « décisionniste » de la révolution.
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[27]
Cf. en particulier les travaux de Michèle Duchet, Anthropologie et histoire au siècle des Lumières, Paris, Maspero, 1971, ainsi que « Racisme et sexualité au xviii e siècle », in L. Poliakov et al., Ni juif ni grec. Entretiens sur le racisme (II), Mouton, Paris-La Haye, 1978 ; « Du noir au blanc, ou la cinquième génération », in L. Poliakov et al., Le Couple interdit. Entretiens sur le racisme (III), ibid., 1880.
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[28]
Cf. Louis Sala-Molins, Le Code noir ou le calvaire de Canaan, PUF, Paris, 1987.
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[29]
Le différentialisme déplace la discrimination, en la transférant de l’apparence immédiate des groupes classés vers les critères de classement, il est un racisme de « seconde position » ; de même qu’il déplace la naturalité des « races » vers la naturalité des « attitudes racistes » ; cf. dans ce volume mon étude : « Y a-t-il un néo-racisme ? », dans laquelle je tire profit des analyses récentes du discours raciste en France et en Angleterre (C. Guillaumin, V. de Rudder, M. Barker, P.A. Taguieff).
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[30]
Sur la nature comme « Mère fantasmatique » dans les idéologies racistes et sexistes, cf. C. Guillaumin, « Nature et histoire. A propos d’un “matérialisme” », in Le Racisme, mythes et sciences, op. cit. Sur la généalogie et l’hérédité, cf. Pierre Legendre, L’Inestimable Objet de la transmission, Fayard, Paris, 1985.
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[31]
Voir la façon dont la sociobiologie hiérarchise les « sentiments altruistes » : d’abord la famille immédiate, ensuite la parentèle — kin altruism —, enfin la communauté ethnique qui est censée en représenter l’extension. Cf. Martin Barker, The New Racism. Conservatives and the Ideology of the Tribe, Junction Books, Londres, 1981.
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[32]
Cf. A. Finkielkraut, La Défaite de la pensée, Gallimard, 1987.
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[33]
Sur la pensée nazie comme esthétisation de la politique, cf. Philippe Lacoue-Labarthe, La Fiction du politique, Christian Bourgois, Paris, 1988. Pierre Ayçoberry (La Question nazie, op. cit., p. 31) note que l’esthétique nazie « a pour fonction d’effacer les traces de la lutte des classes en situant chaque catégorie bien à son rang dans la communauté raciale : le paysan enraciné, l’ouvrier athlète de la production, la femme au foyer ». Cf. également A.G. Rabinbach, « L’esthétique de la production sous le IIIe Reich », in Le Soldat du travail, textes réunis par L. Murard et P. Zylberman, Recherches, n° 32/33, semptembre 1978.
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[34]
L’Idéologie raciste…. op. cit., p. 6.
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[35]
De là toute une casuistique : s’il faut admettre que la nationalité française inclut d’innombrables générations successives de migrants et de descendants de migrants, leur incorporation spirituelle se justifiera par leur capacité d’être assimilés, entendue comme une prédisposition à la francité, mais la question pourra toujours se poser (comme autrefois pour les conversos devant l’Inquisition) de savoir si cette assimilation n’est pas de surface, du semblant.
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[36]
Le « sur-sens » dont parle de son côté Hannah Arendt dans la conclusion de The Origins of Totalitarianism n’est pas rapporté par elle à un processus d’idéalisation, mais à la contrainte terroriste qui serait inhérente au délire de « cohérence idéologique » ; moins encore à une variété d’humanisme, mais à l’absorption de la volonté humaine dans le mouvement anonyme de l’Histoire ou de la Nature, que les mouvements totalitaires se proposent d’« accélérer ».
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[37]
Sur Gobineau, cf en particulier l’étude de Colette Guillaumin, « Aspects latents du racisme chez Gobineau », in Cahiers internationaux de sociologie, vol. XLII, 1967
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[38]
Un des exemples les plus purs dans la littérature contemporaine nous est founi par l’œuvre d’Ernst Junger cf. par exemple Le Nœud gordien, trad. fr Christian Bourgois, 1970
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[39]
Cf W. Reich, Les Hommes dans l’État, trad. fr., Payot, Paris, 1978.
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[40]
J’ai tenté de développer cette position dans quelques articles de « circonstance » : « Suffrage universel » (en coll. avec Yves Benot), Le Monde, 4 mai 1983 ; « Sujets ou citoyens ? — Pour l’égalité », art. cit., « La société métissée », Le Monde, 1er décembre 1984 ; « Propositions sur la citoyenneté », in La Citoyenneté, ouvr coordonné par C. Wihtol de Wenden, Edilig-Fondation Diderot, Paris, 1988.
Les organisations racistes refusent le plus souvent d’être désignées comme telles, en se revendiquant du nationalisme et en proclamant l’irréductibilité des deux notions. N’est-ce qu’une tactique de couverture, ou bien le symptôme d’une peur des mots inhérente à l’attitude raciste ? En fait, les discours de la race et de la nation ne sont jamais bien éloignés, ne serait-ce que sous la forme d’une dénégation : ainsi la présence des « immigrés » sur le sol national serait la cause d’un « racisme antifrançais ». L’oscillation du vocabulaire nous suggère alors d’elle-même que, du moins dans un État national qui n’a plus à se constituer, l’organisation du nationalisme en mouvements politiques particuliers recouvre inévitablement le racisme.
Une partie au moins des historiens en a tiré argument pour montrer que celui-ci — comme discours théorique et comme phénomène de masse — se développe « dans le champ du nationalisme », omniprésent à l’époque moderne. Ainsi le nationalisme serait, sinon la cause unique du racisme, en tout cas la condition déterminante de sa production. Ou encore : les explications « économiques » (par l’effet des crises) ou « psychologiques » (par l’ambivalence du sentiment de l’identité personnelle et de l’appartenance collective) n’auraient de pertinence que dans la mesure où elles éclairent des présupposés ou des effets en retour du nationalisme.
Une telle thèse, sans doute, confirme que le racisme n’a rien à voir avec l’existence de « races » biologiques objective…
Date de mise en ligne : 14/09/2017
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