6. Démocratie participative, démocratie délibérative : l’histoire contrastée de deux catégories émergentes
- Par Yves Sintomer
Pages 113 à 134
Citer ce chapitre
- SINTOMER, Yves,
- BACQUÉ, Marie-Hélène
- et SINTOMER, Yves,
- Sintomer, Yves.
- Sintomer, Y.
- M. Bacqué
- et Y. Sintomer
https://doi.org/10.3917/dec.bacqu.2011.01.0113
Citer ce chapitre
- Sintomer, Y.
- M. Bacqué
- et Y. Sintomer
- Sintomer, Yves.
- SINTOMER, Yves,
- BACQUÉ, Marie-Hélène
- et SINTOMER, Yves,
https://doi.org/10.3917/dec.bacqu.2011.01.0113
Notes
-
[1]
Je remercie Julien Talpin pour sa lecture attentive du texte et ses suggestions.
-
[2]
Cf. les contributions d’Hélène Hatzfeld et Rémi Lefèvre dans ce volume.
-
[3]
Cf. la contribution de Marie-Hélène Bacqué et Carole Biewener dans ce volume.
-
[4]
Ces points faibles se retrouvent de façon un peu différente chez Poulantzas [1978].
-
[5]
La modification la plus marquante concerne la suppression de la référence à Poulantzas dans cette section.
-
[6]
Recherche Google effectuée le 29/07/2010, avec les versions linguistiques concernées, uniquement pour les pages dans la langue en question et en cherchant l’expression exacte. En italien, deux expressions coexistent, democrazia partecipativa et democrazia partecipata, dont les résultats sont additionnés ; en anglais, les peu nombreuses occurrences de participative democracy ont également été additionnées à celles, 13 fois plus nombreuses, de participatory democracy.
-
[7]
Significativement, le terme n’apparaît pas chez David Held (1987).
-
[8]
La thématique a une diffusion antérieure à ces années par le biais de publications préalables et à travers l’enseignement de Rawls.
-
[9]
Traduit deux ans plus tard en anglais, l’article aura une répercussion importante dans le monde anglo-saxon.
-
[10]
Cf. la note 6.
-
[11]
Dans la variante rawlsienne, la délibération renvoie la dynamique dialogique de l’échange de raisons dans l’espace public, mais aussi, en particulier dans la « position originelle » qui permet de fonder les principes de justice, à une décision personnelle prise que les citoyens prennent après avoir été convenablement informé mais sans qu’il y ait eu à proprement parler discussion (il suffit que des points de vue contradictoires aient pu être entendus sur la question sans qu’il y ait nécessairement échange et débat entre ces points de vue). Telle quelle, cette conception n’aura guère de postérité dans les théories de la démocratie délibérative – même si, récemment, Bernard Manin [2004] l’a en partie reprise. Ce sont plutôt les variantes néo-habermassiennes ou celles venues des sciences politiques qui connaîtront un réel succès
-
[12]
Par ailleurs, une série d’espaces délibératifs fortement valorisés par certains philosophes de la délibération à la suite de John Rawls et de Jürgen Habermas, comme les cours constitutionnelles ou les comités de sages, tiennent leurs débats à huis clos et semblent ont assez éloignés d’une dynamique de démocratie participative.
-
[13]
Des problématiques assez proches se développent dans le domaine « STS » (Science and technology studies) (cf. les contributions de Dominique Pestre et Brice Laurent dans cet ouvrage). Les décalages entre théoriciens politiques et sociologues ou historiens des sciences expliquent sans doute qu’en France, elles aient été thématisées avec la notion de « démocratie technique » ou « dialogique » [Callon, Lascoumes, Barthes, 2001] plutôt qu’en référence à la démocratie délibérative.
-
[14]
Sa diffusion au-delà du monde académique dépend aussi des différences sémantiques entre les langues. En anglais, la deliberative democracy peut suivre l’acception courante du terme deliberation : elle implique avant tout l’idée qu’une discussion éclairée doit constituer le centre de la dynamique démocratique et ne se situe pas sur le terrain de l’opposition entre décision et consultation. Globalement, les usages français et espagnols vont dans le même sens. À l’inverse, l’importation du terme est plus malaisée en italien et en portugais, car l’usage académique, calqué sur l’anglais, s’oppose à l’acception populaire de l’adjectif deliberativo, qui renvoit presque exclusivement à la prise de décision. Le problème est inverse en allemand, où le sens de l’adjectif dans la langue quotidienne est si lié à l’idée d’un mécanisme purement consultatif qu’il n’est pas propice à la diffusion populaire du concept.
À première vue, les notions de « démocratie participative » et de
« démocratie délibérative » semblent proches, au point d’être parfois utilisées comme des synonymes. La seconde met l’accent sur la mise en discussion publique des grands thèmes politiques et l’ouverture de cette
discussion à de « simples citoyens » ; la première insiste quant à elle sur
l’implication de ces « citoyens ordinaires », tout en mettant en avant de
nouveaux dispositifs permettant la création d’espaces publics divers. Les
deux termes émergent sur le même terrain : la démocratie représentative
s’est largement imposée idéologiquement contre les régimes autoritaires
tout en suscitant un large désenchantement parmi les populations ; les théories politiques classiques (républicaines, libérales, socialistes) sont confrontées au besoin d’un profond renouvellement. Les notions de démocratie
participative et de démocratie délibérative semblent aller de pair avec
d’autres : démocratie procédurale, démocratie de proximité, neighbourhood
democracy, community democracy, gouvernance participative, kooperative
Demokratie, etc. Inversement, elles semblent s’opposer à d’autres : démocratie représentative, libérale ou parlementaire, démocratie directe, démocratie d’opinion. Elles semblent par ailleurs prendre la suite d’autres
notions, aujourd’hui démodées : autogestion, démocratie associative, démocratie communicationnelle, démocratie forte.
Pourtant, une tension conceptuelle est immédiatement perceptible : valoriser la délibération ne conduit-il pas à relativiser la participation, ne serait-ce que parce que plus le nombre des participants à la discussion augmente
et plus il est difficile de parvenir à une délibération de qualité …
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