Chapitre 1. Logique informelle
- Par Laurence Bouquiaux
- et Bruno Leclercq
Pages 119 à 159
Citer ce chapitre
- BOUQUIAUX, Laurence
- et LECLERCQ, Bruno,
- Bouquiaux, Laurence.
- et al.
- Bouquiaux, L.
- et Leclercq, B.
Citer ce chapitre
- Bouquiaux, L.
- et Leclercq, B.
- Bouquiaux, Laurence.
- et al.
- BOUQUIAUX, Laurence
- et LECLERCQ, Bruno,
Notes
-
[1]
Georges Kalinowski, Introduction à la logique juridique, Paris, Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence, 1965.
-
[2]
Chaïm Perelman, Logique et argumentation, Bruxelles, Presses universitaires de Bruxelles, 1968, p. 82, p. 86.
-
[3]
Ibid., p. 76.
-
[4]
Chaïm Perelman, Logique et argumentation, op. cit., p. 37.
-
[5]
Chaïm Perelman, Logique et argumentation, op. cit., pp. 79-80.
-
[6]
Chaïm Perelman, Justice et raison, Bruxelles, Presses universitaires de Bruxelles, 1963, p. 209.
-
[7]
John Woods montre que les évidences pour et contre une conclusion en droit ne peuvent être « pesées » par un formalisme tel que celui d’une logique bayésienne (“Should we legalize Bayes’ theorem ?”, in Hansen H. and Pinto R.C. (eds.), Reason Reclaimed: Essays in Honour of J. Anthony Blair and Ralph H. Johnson, Vale Press, 2007, pp. 257-267).
-
[8]
Chaïm Perelman, Justice et raison, op. cit., pp. 123-124.
-
[9]
Chaïm Perelman, Justice et raison, op. cit., p. 208.
-
[10]
Chaïm Perelman, Logique et argumentation, op. cit., p. 82 ; Chaïm Perelman, Justice et raison, op. cit., p. 240.
-
[11]
Chaïm Perelman, Logique et argumentation, op. cit., p. 81.
-
[12]
Cette histoire est notamment rapportée par Diogène Laërce et par Cicéron.
-
[13]
Chaïm Perelman, Justice et raison, op. cit., pp. 252-253.
-
[14]
Chaïm Perelman, Justice et raison, op. cit., p. 16 ; pp. 156-165. Comme le montre Anne-Lise Sibony (Le juge et le raisonnement économique en droit de la concurrence, Paris, LGDJ, 2008, §§ 37-41), trancher un litige en appliquant le droit à un cas particulier – tâche en quoi consiste l’« office du juge » –, ne se résume pas à produire l’inférence nécessaire d’un syllogisme juridique. Ce n’est qu’une fois parvenu au terme de son raisonnement que le juge peut éventuellement lui donner la « forme déductive de la justification » (§§ 20, 196, 586, 593). Dans cette perspective, poursuit Anne-Lise Sibony, le syllogisme juridique semble être lui aussi une « forme rhétorique » (§ 593) puisqu’il sert essentiellement la « motivation » du jugement, c’est-à-dire qu’il sert à « convaincre l’auditoire de la justesse de la décision ».
-
[15]
Voir notamment le volume J.A. Blair and R. Johnson (eds.), Conductive Argument, op. cit.
-
[16]
Chaïm Perelman, Justice et raison, op. cit., p. 145 ; p. 151.
-
[17]
Pour Leo Groarke et Chris Tindale (Good Reasoning Matters !, op. cit., pp. 120-122), ces éléments font partie intégrante de l’analyse d’un raisonnement qui doit précéder son évaluation. C’est pourquoi ils suggèrent de compléter de ce type d’informations le diagramme qui reflète la structure du raisonnement.
-
[18]
Ralph Johnson and J. Anthony Blair, Logical Self-Defense, op. cit. ; J.A. Blair and R. Johnson (eds.), Informal Logic. The first International Symposium, Edgepress, Inverness (California), 1980 ; R. Johnson and J.A. Blair (eds.), New Essays in Informal Logic, op. cit., 1994 ; J. Anthony Blair and Robert Pinto, Reasoning: A Practical Guide, Prentice Hall, 1993 ; Leo Groarke, “Logic, Informal”, Stanford World Wide Web Encyclopedia of Philosophy, 2007, 2011 ; Leo Groarke and Chris Tindale, Good Reasoning Matters !, op. cit. ; H. Hansen and R.C. Pinto (eds.), Fallacies : Classical and Contemporary Readings, Penn State Press, 1995 ; Ralph Johnson, The Rise of Informal Logic, Vale Press, 1996 ; J. Anthony Blair, Groundwork in the theory of argumentation, Dordrecht, Springer, 2012 ; Robert Pinto, Argument, Inference and Dialectic, Kluwer Academic Publishers, 2001 ; Chris Tindale, Acts of Arguing : A Rhetorical Model of Argument, Albany, State University of New York Press, 1999 ; Douglas Walton, Informal Logic : A Pragmatic Approach, 2nd ed., Cambridge, Cambridge University Press, 2008 ; Douglas Walton, The New Dialectic, Toronto, University of Toronto Press, 1998 ; Douglas Walton, Argument Structure : A Pragmatic Theory, op. cit. ; Douglas Walton, Argumentation Schemes for Presumptive Reasoning, Mahwah, N.J., Lawrence Erlbaum Associates, 1996 ; Douglas Walton and Erik Krabbe, Commitment in Dialogue : Basic Concepts of Interpersonal Reasoning, Albany, SUNY Press, 1995.
-
[19]
Quoique informelle au sens où elle considère que la validité d’un raisonnement ne dépend pas exclusivement de sa forme, cette logique prétend toutefois que la validité dépend de règles et procédures générales. Pour cette distinction, cf. E.M. Barth and E. Krabbe (eds.), From axiom to dialogue : A philosophical study of logics and argumentation. Berlin, Walter De Gruyter, 1982, pp. 15-19.
-
[20]
J.A. Blair and R. Johnson (eds.), Informal Logic. The first International Symposium, op. cit., pp. X, 13-23, 4647 ; J. Anthony Blair, Groundwork in the theory of argumentation, op. cit., pp. 120-121.
-
[21]
La logique formelle dit quelles conséquences peuvent être tirées d’une prémisse, mais elle ne dit pas s’il est raisonnable de s’appuyer sur cette prémisse ; elle dit que telle ou telle thèse est logiquement incompatible avec telle ou telle autre, mais ne dit pas pourquoi il serait plus raisonnable de renoncer à celle-ci plutôt qu’à celle-là.
-
[22]
Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, La nouvelle rhétorique. Traité de l’argumentation, Bruxelles, Editions de l’Université de Bruxelles, 1992, p. 2 ; Chaïm Perelman, Éléments d’une théorie de l’argumentation, Bruxelles, Presses universitaires de Bruxelles, 1968, p. 10 ; Chaïm Perelman, Justice et raison, op. cit., pp. 95-96.
-
[23]
« Chaque fois que sur le même sujet deux hommes sont d’un avis différent, il est certain que l’un des deux au moins se trompe ; et même aucun d’eux, semble-t-il, ne possède la vérité ; car si les raisons de l’un étaient certaines et évidentes, il pourrait les exposer à l’autre de telle sorte qu’il finirait par le convaincre à son tour » (René Descartes, Règles pour la direction de l’esprit, in OEuvres et lettres, Paris, La Pléiade, 1953, p. 40).
-
[24]
Chaïm Perelman, Justice et raison, op. cit., p. 149.
-
[25]
Chaïm Perelman, Justice et raison, op. cit., pp. 249-250.
-
[26]
Perelman dénonce en particulier la naïveté des théories qui conçoivent l’évidence comme totalement indépendante du langage (Chaïm Perelman, Justice et raison, op. cit., pp. 196-205).
-
[27]
Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, La nouvelle rhétorique, op. cit., pp. 82-83.
-
[28]
Chaïm Perelman, Éléments d’une théorie de l’argumentation, op. cit., p. 15 ; p. 62. Cf. aussi Chris Tindale, Acts of Arguing, op. cit., pp. 38-40.
-
[29]
A vrai dire, même du point de vue de la logique formelle, un verdict de non validité déductive ne suffit pas à condamner définitivement un raisonnement, car il reste possible que ce qui n’est pas déductivement valide pour une certaine analyse logique – par exemple la logique des propositions – soit déductivement valide pour une analyse logique plus fine – par exemple la logique des prédicats.
-
[30]
John Woods et Douglas Walton (Fallacies : Selected Papers 1972-1982, 2nd edition, Studies in Logic, London, College Publications, 2007, p. 43) s’efforcent de préciser cette notion non déductive de « support logique » en distinguant en elle deux aspects : q supporte r si p(r/q) > 1/2 ET si p(r/q) > p(r) (c’est-à-dire si la probabilité de r étant donné q est supérieure à 50 % et est plus grande que la probabilité de r seul).
-
[31]
Notons déjà que les arguments circulaires nous fourniront, à l’inverse, des exemples d’inférences où une prémisse implique une conclusion sans pour autant lui apporter un réel support argumentatif ; de telles inférences sont alors sont déductivement valides sans pour autant être raisonnables.
-
[32]
Derek Allen, “Assessing inference”, in Blair A. and Johnson R. (eds.), New Essays in Informal Logic, op. cit., pp. 51-54.
-
[33]
J. Anthony Blair, Groundwork in the Theory of Argumentation, op. cit., pp. 72-73.
-
[34]
La « garantie » se présente parfois sous une forme singulière – si, dans tel champ, un tel dit que p, c’est que p est vrai – mais c’est évidemment sa version généralisée qui en fait une véritable garantie (J. Anthony Blair, Groundwork in the Theory of Argumentation, op. cit., pp. 68-70).
-
[35]
Ralph Johnson, The Rise of Informal Logic, op. cit., pp. 127-134 ; Robert Pinto, Argument, Inference and Dialectic, op. cit., pp. 5-6 ; Douglas Walton, Informal Logic, op. cit., p. 160 ; Douglas Walton, Chris Reed, Fabrizio Macagno, Argumentation Schemes, op. cit., pp. 181, 197. Douglas Walton (Fundamentals of Critical Argumentation, New York, Cambridge University Press, 2006) insiste sur le fait que ces garanties ne peuvent même pas être conçues comme des prémisses probabilistes relevant d’une logique inductive.
-
[36]
Douglas Walton, Chris Reed, Fabrizio Macagno, Argumentation Schemes, op. cit., pp. 209, 212-213, 230, 273, 277, 280 ; John Woods, Andrew Irvine, Douglas Walton, Argument. Critical Thinking, Logic and the Fallacies, Toronto, Pearson Education Canada, 2000, p. 36. Douglas Walton (Argument Structure, op. cit., pp. 226-230) fait aussi le lien avec la notion aristotélicienne d’« enthymème », sur laquelle nous allons revenir. Cf. aussi la notion d’ἐικὠξ (Chris Tindale, Reason’s Dark Champions, University of South Carolina Press, 2010, pp. 69-73, 80-81).
-
[37]
J. Anthony Blair (Groundwork in the Theory of Argumentation, op. cit., p. 303) suggère dès lors de distinguer le rôle du schéma d’inférence comme garantie de pertinence d’un argument et son rôle – soumis à l’évaluation critique de son usage en contexte – comme garantie de la suffisance de cet argument.
-
[38]
Robert Pinto, Argument, Inference and Dialectic, op. cit., pp. 27-28, 105-106 ; Douglas Walton, Informal Logic, op. cit., p. 164 ; J. Anthony Blair, Groundwork in the Theory of Argumentation, op. cit., p. 140.
-
[39]
La question de savoir si les garanties – qui sont des principes « substantiels » et non purement analytiques – sont toujours relatives à des champs de savoir particuliers (field-dependent) a partagé les théoriciens de l’argumentation (cf. Ralph Johnson, The Rise of Informal Logic, op. cit., pp. 139-140, 202-204, 210-211 ; Manifest Rationality : A Pragmatic Study of Argument, Mahwah, Lawrence Erlbaum Associates, 2000, pp. 47, 291-307).
-
[40]
Chaïm Perelman, La nouvelle rhétorique, op. cit., pp. 24-25. Cf. aussi Frans Van Eemeren et Rob Grootendorst, La nouvelle dialectique, Paris, Kimé, 1996, pp. 52-53 : souvent, la cible réelle est différente de l’antagoniste officiel.
-
[41]
De ce point de vue, comme le souligne Perelman, l’argumentation « dialectique » (qui intervient dans le cadre de dialogues ou débats) doit être soigneusement distinguée de la logique dialectique hégélienne, qui est un processus impersonnel de synthèse entre thèses opposées (Chaïm Perelman, Justice et raison, op. cit., p. 102). Sur les liens entre dialectique et rhétorique, voir Roland Schmetz, L’argumentation selon Perelman. Pour une raison au coeur de la rhétorique, Presses Universitaires de Namur, 2000, pp. 7-9.
-
[42]
Chaïm Perelman, Éléments d’une théorie de l’argumentation, op. cit., pp. 17-20.
-
[43]
Le silence peut parfois être interprété comme consentement (Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, La nouvelle rhétorique, op. cit., pp. 145-146).
-
[44]
Charles Hamblin, Fallacies, op. cit., p. 232 ; p. 241. Notons que cette préoccupation pour la seule justification interne au raisonnement est aussi ce qui fait la force de la logique formelle et lui permet notamment de se prononcer sur la validité d’un raisonnement même sans connaître la valeur de vérité de ses prémisses ou en les sachant fausses.
-
[45]
Pour une étude de ces schémas d’argumentations complexes, cf. La nouvelle dialectique, op. cit., pp. 84-103.
-
[46]
Charles Hamblin, Fallacies, op. cit., pp. 236-239.
-
[47]
Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, La nouvelle rhétorique, op. cit., pp. 24-25.
-
[48]
Chaïm Perelman, Éléments d’une théorie de l’argumentation, op. cit., p. 27 ; Chaïm Perelman, Justice et raison, op. cit., p. 149.
-
[49]
Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, La nouvelle rhétorique, op. cit., pp. 88-92.
-
[50]
Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, La nouvelle rhétorique, op. cit., p. 10. Un auditoire spécialisé dans la matière en discussion peut parfois faire figure d’auditoire universel (ibid., p. 61).
-
[51]
Chaïm Perelman, Justice et raison, op. cit., p. 153.
-
[52]
Selon Perelman, c’est d’ailleurs en ce sens que l’épistémologie contemporaine réévalue la rationalité scientifique. Le modèle rationaliste qui prévalut d’Emmanuel Kant à Karl Popper mettait en exergue les preuves incontestables (qu’elles soient logiques ou empiriques) permettant aux scientifiques de trancher leurs éventuels désaccords. Mais des philosophes des sciences et théoriciens de la connaissance contemporains tels que Thomas Kuhn, Paul Feyerabend ou Willard Van Orman Quine ont, au contraire, insisté sur l’importance des problèmes de sélection et d’interprétation des données empiriques pertinentes, sur le fait que les preuves dépendent du cadre théorique et méthodologique choisi (choix qui peut faire l’objet de désaccords irréductibles), ou encore sur la nécessité de s’écarter parfois des seules preuves logiques et empiriques au profit d’argumentations plus larges non dépourvues d’éléments rhétoriques voire sophistiques. Loin de se conformer entièrement à l’idéal de la logique démonstrative impersonnelle et éternelle, la science serait donc bien plutôt argumentative de part en part, l’argumentation se faisant cependant çà et là déduction nécessaire (Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, La nouvelle rhétorique, op. cit., p. 155 ; Chaïm Perelman, Éléments d’une théorie de l’argumentation, op. cit., pp. 8-10 ; pp. 14-15 ; Chaïm Perelman, Justice et raison, op. cit., pp. 125-130 ; p. 153). Il convient toutefois de signaler que les philosophes des sciences postérieurs à K. Popper n’adoptent pas tous la conception relativiste de la science que nous décrit Perelman. Pour ne citer que lui, I. Lakatos s’insurge contre les positions kuhniennes : « S’il n’y a, écrit-il, pas de moyen de juger une théorie autrement qu’en évaluant le nombre, la foi et la puissance vocale de ses partisans, alors la vérité se trouverait dans le pouvoir » (cité dans Alan Chalmers, Qu’est-ce que la science ?, Biblio-essais, p. 140).
-
[53]
Cf. la notion d’« environnement cognitif » mobilisée par les théoriciens contemporains de la rhétorique comme Chris Tindale (Acts of Arguing, op. cit., p. 113 ; Rhetorical Argumentation : Principles of Theory and Practice, Cornell, Sage Publications, 2004, pp. 22, 145).
-
[54]
Chris Tindale, Acts of Arguing, op. cit., pp. 9-12, 17 ; Rhetorical Argumentation, op. cit., pp. 34-70. Pour cette raison, on peut même, avec Mikhaïl Bakhtine, parler de « co-construction » d’une argumentation par le locuteur et son auditoire, et ce même si le raisonnement est apparemment monologique (cf. Chris Tindale, Rhetorical Argumentation, op. cit., pp. 12-14, 94-101, 109-112, 185-186).
-
[55]
Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, La nouvelle rhétorique, op. cit., pp. 632-633.
-
[56]
Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, La nouvelle rhétorique, op. cit., pp. 55-58.
-
[57]
Chaïm Perelman, Justice et raison, op. cit., p. 7
-
[58]
Chaïm Perelman, Justice et raison, op. cit., pp. 178-179.
-
[59]
Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, La nouvelle rhétorique, op. cit., p. 100
-
[60]
Chris Tindale, Acts of Arguing, op. cit., p. 72 ; Rhetorical Argumentation, op. cit., pp. 13, 21.
-
[61]
Ralph Johnson, Manifest Rationality, op. cit., pp. 336-340.
-
[62]
Cf. déjà la notion de “destinataire supérieur” (superaddressee) chez Bakhtine. Voir à ce sujet Chris Tindale, Rhetorical Argumentation, op. cit., pp. 125-127.
-
[63]
Chris Tindale, Acts of Arguing, op. cit., pp. 88-90.
-
[64]
J. Anthony Blair, Groundwork in the Theory of Argumentation, op. cit., p. 94.
-
[65]
Dans L’argumentation selon Perelman (op. cit., pp. 47-88), Roland Schmetz montre bien l’importance de cette notion presque antithétique d’« auditoire universel », notion qui permet à Perelman de penser tout à la fois l’exigence rhétorique d’adapter ses stratégies argumentatives au public qu’il convient de convaincre et l’exigence logique de ne présenter que des arguments rationnels. Les deux exigences sont en fait complémentaires ; il faut veiller à convaincre l’auditoire particulier par des arguments qui vaudraient tout aussi bien pour l’auditoire universel (Chris Tindale, Acts of Arguing, op. cit., pp. 17, 86-87).
-
[66]
Leo Groarke and Chris Tindale, Good Reasoning Matters !, op. cit., pp. 197-200.
-
[67]
Chris Tindale,, Acts of Arguing, op. cit., p. 88-91, 118-119 ; Rhetorical Argumentation, op. cit., pp. 140-149.
-
[68]
Ralph Johnson, The Rise of Informal Logic, op. cit., pp. 96-97.
-
[69]
J. Anthony Blair (Groundwork in the Theory of Argumentation, op. cit., p. 95) souligne toutefois qu’il est légitime de montrer à un interlocuteur que, des prémisses que lui-même admet (et que ne partage pas forcément le locuteur), on peut tirer certaines conséquences. Dans ce cas, on produit un argument qui ne vaut pas pour l’auditoire universel mais qui a une valeur ad hominem (cf. infra).
-
[70]
Exemples de David Hackett Fischer, Historian’s fallacies, New York, Harper & Row, 1970, p. 265.
-
[71]
À l’inverse, il se peut que certaines disputes soient « purement verbales », c’est-à-dire qu’elles opposent des interlocuteurs qui sont d’accord sur le fond mais croient ne pas l’être, faute de s’entendre sur les mots (Leo Groarke and Chris Tindale, Good Reasoning Matters !, op. cit., pp. 173-174).
-
[72]
Douglas Walton, Fundamentals of Critical Argumentation, op. cit., pp. 219-220.
-
[73]
Qualifier un fait, c’est le regrouper avec d’autres faits qualifiés de la même façon et le mettre dès lors en bonne ou mauvaise compagnie (Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, La nouvelle rhétorique, op. cit., pp. 169-174). Notons qu’en vertu de tels effets de regroupement une comparaison défavorable peut paradoxalement s’avérer rhétoriquement plus bénéfique à l’aura de ce dernier qu’une comparaison qui lui est favorable : mieux vaut parfois être désigné comme « un champion à peine inférieur à Eddy Merckx » que d’être simplement reconnu comme « le meilleur coureur cycliste de sa génération » (ibid., pp. 328-329).
-
[74]
Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, La nouvelle rhétorique, op. cit., pp. 208-209.
-
[75]
Chaïm Perelman, Éléments d’une théorie de l’argumentation, op. cit., pp. 37-38 ; Chaïm Perelman, Justice et raison, op. cit., p. 144.
-
[76]
« Ce que je dis trois fois est vrai », dit le Bellman dans le premier chant de La chasse au Snark.
-
[77]
Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, La nouvelle rhétorique, op. cit., p. 236.
-
[78]
Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, La nouvelle rhétorique, op. cit., pp. 651 et sq.
-
[79]
Héros de la guerre de Troie, le roi Nestor organisait son armée de façon à entourer ses éléments les moins aguerris de soldats plus sûrs qui pouvaient protéger les deux flancs et prêter main forte au centre s’il menaçait de céder.
-
[80]
Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, La nouvelle rhétorique, op. cit., p. 661 ; p. 666. La rhétorique ancienne, on le sait, faisait d’ailleurs de nombreuses recommandations sur la manière de structurer la présentation de son discours… Par exemple, elle conseillait de commencer par un exorde qui exalte certaines valeurs bien admises et permet ainsi de gagner d’emblée la sympathie de l’auditoire (ibid., p. 656).
-
[81]
Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, La nouvelle rhétorique, op. cit., pp. 212-213.
-
[82]
Paul Grice, « Logic and conversation », in P. Cole and J.L. Morgan (eds.), Speech Acts, New York, Academic Press, pp. 41–58, trad. fr. « Logique et conversation », dans Communication, vol. 30, 1979, pp. 57-72.
-
[83]
C’est par la visée d’un objectif spécifique que Douglas Walton (Argument Structure, op. cit., pp. 11-28) distingue la notion (dialectique et pragmatique) d’argumentation de celle (purement logique) de raisonnement : dans une argumentation, un raisonnement est mis au service de la résolution d’une question particulière. Et puisqu’il y a différents types de questions, il y a aussi différents types d’argumentation : enquête, discussion critique, délibération pratique, négociation,…
-
[84]
Charles Hamblin, Fallacies, op. cit., pp. 257-259. Voir aussi Douglas Walton, Relevance in Argumentation, Mahwah, Lawrence Erlbaum Associates, 2004, pp. 44-46.
-
[85]
Charles Hamblin, Fallacies, op. cit., pp. 125-129.
-
[86]
Ibid., pp. 256-275. Si un locuteur doit toujours se tenir prêt à justifier ses assertions, il ne peut en permanence fournir explicitement toutes les raisons de ce qu’il affirme (et qui est souvent consensuel). De ce point de vue, l’exigence logique de tout expliciter et de tout justifier est tout simplement déraisonnable (Robert Pinto, « Burdens of rejoinder » ; Jonathan Adler, « Conversation and disemblance » in H. Hansen and R.C. Pinto (eds.), Reason Reclaimed, Vale Press, 2007, p. 84, p. 210). D’où le principe selon lequel il ne faut justifier que ce sur quoi l’auditoire émet (ou éventuellement pourrait émettre) des doutes.
-
[87]
Douglas Walton, Informal Logic : A Pragmatic Approach, op. cit., p. 13. Cette position se constitue d’engagements explicites mais aussi, en vertu d’une exigence de cohérence logique, d’engagements implicites à l’égard des conséquences des premiers (Robert Pinto, Argument, Inference and Dialectic, op. cit., p. 48). Par leurs raisonnements et les questions qu’ils s’adressent l’un à l’autre, les interlocuteurs d’un débat s’obligent à expliciter leurs engagements implicites (Douglas Walton and Erik Krabbe, Commitment in Dialogue, op. cit., pp. 43-45, 139-146).
-
[88]
De ce point de vue, dit Anthony Blair (Groundwork in the Theory of Argumentation, op. cit., p. 137), les présomptions sont à mi-chemin entre des assertions, qui doivent être justifiées, et de simples assomptions, qui sont prises pour points de départ conventionnels et ne doivent pas être justifiées mais ne peuvent pas non plus être réfutées.
-
[89]
Ce contexte dialogique est fonction, d’une part, du type d’objectif visé (enquête, discussion critique, délibération pratique, négociation,…) et d’autre part du cadre institutionnel dans lequel se tient le débat (tribunal, parlement, réunion professionnelle, rencontre amicale,…) (Douglas Walton, The New Dialectic, op. cit. ; Cf. aussi J. Anthony Blair, Groundwork in the Theory of Argumentation, op. cit., p. 250).
-
[90]
Douglas Walton and Erik Krabbe, Commitment in Dialogue, op. cit., pp. 71-72 ; Douglas Walton, Informal Logic, op. cit., pp. 9-10.
-
[91]
Douglas Walton and Erik Krabbe, Commitment in Dialogue, op. cit., pp. 133-164.
-
[92]
DouglasWalton and Erik Krabbe, Commitment in Dialogue, op. cit., pp. 4-5. À ces contraintes de logique déductive, on peut éventuellement ajouter des contraintes relevant de schémas d’inférence non déductifs (ibid., p. 180).
-
[93]
Sur l’histoire de cette conception dialogique de la logique, cf. J.A. Blair and R. Johnson (eds.), New Essays in Informal Logic, op. cit., pp. 13-14 ou Douglas Walton, The New Dialectic, op. cit., pp. 5-6, 14.
-
[94]
Erik Krabbe, “Nothing but Objections!”, in H. Hansen and R.C. Pinto (eds.), Reason Reclaimed, op. cit., pp. 57-58.
-
[95]
Douglas Walton, The New Dialectic, op. cit., p. 49 ; Douglas Walton, Chris Reed, Fabrizio Macagno, Argumentation Schemes, op. cit., p. 225.
-
[96]
Douglas Walton, Chris Reed, Fabrizio Macagno, Argumentation Schemes, op. cit., p. 386. De même, il faudra parfois distinguer entre des questions critiques qui peuvent être posées sans justification et d’autres qui ne peuvent être posées qu’à condition d’avoir de bonnes raisons de le faire (ibid., p. 33 ; Robert Pinto, Argument, Inference and Dialectic, op. cit., pp. 111-112).
-
[97]
Douglas Walton and Erik Krabbe, Commitment in Dialogue, op. cit., p. 96.
-
[98]
Douglas Walton, Chris Reed, Fabrizio Macagno, Argumentation Schemes, op. cit., p. 221.
-
[99]
Douglas Walton D., Fundamentals of Critical Argumentation, op. cit., pp. 21, 192.
-
[100]
J. Anthony Blair, Kate Parr, Robert Pinto, Reasoning : a Practical guide, Pearson Education, Canada, 1993, p. 9 ; Douglas Walton, Fundamentals of Critical Argumentation, op. cit., p. 229 ; Govier T., “Considering Questions about Questions”, in H. Hansen and R.C. Pinto (eds.), Reason Reclaimed, op. cit., p. 182.
-
[101]
DouglasWalton, The New Dialectic, op. cit., pp. 204-205, 216, 264 ; Relevance in Argumentation, op. cit., pp. 160-161.
-
[102]
Pour Anthony Blair (Groundwork in the Theory of Argumentation, op. cit., pp. 215-221, 263-277), les publicités jouent le plus souvent sur les émotions plutôt que de fournir véritablement des raisons d’adopter tel ou tel comportement ; en particulier, les publicités visuelles visent selon lui prioritairement à produire une influence causale plutôt qu’à motiver une décision rationnelle. Pour une mise en question de cette distinction nette, voir cependant Leo Groarke, “Beyond words : two dogmas of informal logic”, in H. Hansen and R.C. Pinto (eds.), Reason Reclaimed, op. cit., pp. 136-152.
-
[103]
DouglasWalton, Relevance in Argumentation, op. cit., p. 103.
-
[104]
Ralph Johnson, Manifest Rationality, op. cit., pp. 162-168. Si toutes les objections possibles ne peuvent sans doute pas être anticipées ni discutées faute de place ou de temps, il importe au moins de prendre en considération les critiques les plus fortes, les alternatives les plus solides, les implications les plus importantes,… (ibid., pp. 206208). Cf. aussi les commentaires de James Freeman, “Two Progress without Regress on the Dialectical Tier”, in H. Hansen and R.C. Pinto (eds.), Reason Reclaimed, op. cit., pp. 20-27.
-
[105]
Robert Pinto, “Burdens of rejoinder”, in H. Hansen and R.C. Pinto (eds.), Reason Reclaimed, op. cit., p. 84.
-
[106]
Cette attention à la pragmatique du langage était déjà marquée, au niveau de l’analyse des raisonnements, par la préoccupation pour l’implicite, lequel ne réside pas seulement dans les présuppositions (du contenu) de ce qui est dit, mais aussi dans les implicatures liées à la manière même de dire les choses dans telle ou telle circonstance (cf. présupposés de la communication de Grice).
-
[107]
Frans Van Eemeren et Rob Grootendorst, La nouvelle dialectique, op. cit., 1996. Ce texte fait l’objet d’une présentation résumée dans “The pragma-dialectical approach to Fallacies”, in H. Hansen and R.C. Pinto (eds.), Fallacies, op. cit., pp. 130-144.
-
[108]
C’est ici la théorie du langage de John L. Austin qui sert de cadre de référence.
-
[109]
Cf. Frans Van Eemeren et Rob Grootendorst, La nouvelle dialectique, op. cit., chapitres 9 à 18.
-
[110]
Frans van Eemeren and Peter Houtlosser, “Coming to grips with argumentative discourse”, in H. Hansen and R.C. Pinto (eds.), Reason Reclaimed, op. cit., pp. 44-45.
-
[111]
Frans van Eemeren and Peter Houtlosser, “Strategic maneuvring with the burden of proof”, in F.H. van Eemeren (ed.), Advances in pragma-dialectics, Vale Press, 2002, pp. 13-28 ; “Strategic maneuvering : A synthetic recapitulation”, in Argumentation, vol. 20, 2006, pp. 381-392. Cf. aussi commentaires de Chris Tindale dans Rhetorical Argumentation, op. cit., pp. 14-18.
Dans la première partie, nous avons présenté des outils formels permettant d’évaluer rigoureusement la validité déductive des raisonnements propositionnels et prédicatifs à partir des propriétés logiques des connecteurs vérifonctionnels et des quantificateurs. S’ils constituent le noyau central de la logique standard contemporaine, ces outils ne suffisent toutefois pas à rendre compte de la validité déductive de tous les schémas d’inférence qui s’articulent autour d’autres notions à portée logique. C’est pourquoi une part importante du travail des logiciens contemporains a consisté et consiste encore à développer une multitude (plus ou moins unifiée) de formalismes distincts susceptibles de faire justice à la rationalité déductive des raisonnements qui ne peuvent être traités au moyen des outils de la logique standard. C’est notamment le cas des logiques modales, qui enrichissent nettement la subtilité d’analyse et d’évaluation de la logique standard en prenant en compte les modalités temporelles ou des notions telles que le nécessaire, le possible et l’effectif.
La question se pose cependant de savoir s’il est possible de prendre intégralement en charge la rationalité argumentative avec de tels systèmes déductifs formels. Un débat féroce sur cette question a notamment opposé, dans les années 1960, les logiciens George Kalinowski et Chaïm Perelman à propos de l’argumentation juridique. Nous intéresser à ce débat permettra de fournir un premier aperçu des avantages et des limites de l’approche déductiviste…
Date de mise en ligne : 13/10/2021
Ce chapitre est en accès conditionnel
Acheter ce chapitre
5,00 €