Chapitre 11. Temps de travail, temps de vie. La dimension spatio-temporelle de la vie quotidienne
Pages 239 à 281
Citer ce chapitre
- GOGUEL D’ALLONDANS, Alban,
- BOUTILLIER, Sophie
- et UZUNIDIS, Dimitri,
- Goguel d’Allondans, Alban.
- Goguel d’Allondans, A.
- S. Boutillier
- et D. Uzunidis
https://doi.org/10.3917/dbu.bouti.2006.01.0239
Citer ce chapitre
- Goguel d’Allondans, A.
- S. Boutillier
- et D. Uzunidis
- Goguel d’Allondans, Alban.
- GOGUEL D’ALLONDANS, Alban,
- BOUTILLIER, Sophie
- et UZUNIDIS, Dimitri,
https://doi.org/10.3917/dbu.bouti.2006.01.0239
Notes
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[1]
Voir à ce propos la contribution de Serge Le Roux, chapitre 3.
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[2]
La problématique de la réduction du temps de travail a été envisagée comme un instrument spécifique de politique de l’emploi à partir des années 1970, comme un outil de sa sauvegarde figurant à l’agenda des négociations salariales. Cette revendication s’inscrit donc dans la lutte contre le chômage. Dans le même temps, pour les organisations patronales, le temps de travail devient une composante essentielle orientée vers une flexibilisation globale de la relation d’emploi. Auparavant, le temps de travail avait été envisagé comme une variable de la politique de l’emploi et de la politique de compétitivité, mais aussi comme une dimension des programmes politiques en tant que levier des réformes sociales (Eric Pézet, cité par Patrick Fridenson et Bénédicte Reynaud, 2004).
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[3]
L’organisation du travail peut aussi être modifiée par l’introduction des technologies de l’information et de la communication dans les processus de production (Guy Caire, chapitre 6) et par l’individualisation des statuts (Christian Azaïs, chapitre 5).
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[4]
Le vocabulaire traduit bien cette réalité sociale complexe ou mouvementée qu’est le temps de travail, qui derrière une forte charge symbolique affiche sans ambiguïté les prises de position des acteurs : version polémique avec le droit à la paresse, version optimiste, le partage du travail, du temps de travail choisi ou contraint. Toutes ces expressions structurent le discours des différents acteurs. Voir aussi chapitre 12 de ce livre.
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[5]
Avant les fameuses 40 000 heures (de travail sur la durée d’une existence) de Jean Fourastié, l’économiste John Maynard Keynes dans son Essai de persuasion - Perspectives économiques pour nos petits enfants, pronostiquait que, en 2030, le temps de travail serait ramené à 15 heures hebdomadaires. Si d’aventure cette hypothèse se réalisait, toutes les régulations des temps sociaux seraient à repenser et la société redéfinie d’après d’autres principes.
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[6]
Ainsi, les compte épargne temps permettent une modulation pluriannuelle du temps de travail au niveau individuel. Il en va de même avec la multiplication des dispositifs des congés de longue durée (congés de formation, congés parentaux, etc.), qui permettent de redistribuer le temps de travail. Enfin, aux deux extrémités de la vie active, les scolarités prolongées et les retraites progressives ne peuvent être dissociées de la réduction du temps de travail sur la durée d’une existence. Tous ces dispositifs n’évoluent pas tous de façon cohérente les uns par rapport aux autres, cependant ils « esquissent une problématique radicalement transformée de la régulation des temps de travail », selon Jacques Freyssinet (2004).
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[7]
Contribution de Jacques Freyssinet, dans La France et le temps de travail, 1814-2004, 2004.
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[8]
L’auteur remercie Dominique Wypychowski, architecte, pour ses stimulantes remarques émises suite à la relecture de ce texte. Par exemple, le cas d’un temps de trajet long du domicile au travail n’est accepté (à moins d’être imposé) que si les conditions de transport sont agréables et confortables et sans contraintes lourdes d’horaires. Toujours dans l’hypothèse d’une liberté de choix, l’acceptation d’un domicile éloigné du lieu de travail est conditionnée à l’harmonisation du cadre de vie. La solution idéale compensant des contraintes acceptables est l’adéquation de ces deux paramètres. Ce type d’analyse fine se retrouvera non plus au niveau individuel mais prendra un caractère collectif suite aux négociations qui ont eu lieu dans les années soixante entre les syndicats et le patronat, pour la sidérurgie du Bassin de Longwy, aujourd’hui Pôle européen de développement (PED). Les négociations ont porté sur le confort des cars de ramassage des ouvriers métallurgistes. Les syndicats ont considéré le transport confortable des ouvriers comme une phase de repos prolongeant ou débutant le travail de nuit dans une pratique des 3x8 avec des temps de transport de une à deux heures. Le patronat disposant alors d’une main-d’œuvre disponible et reposée à l’arrivée sur le lieu de travail. Cet esprit de la négociation peut être généralisé à l’ensemble des branches professionnelles.
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[9]
Sophie Boutillier, dans le chapitre 4, analyse le passage d’une société salariale standardisée à une société « entrepreneuriale ».
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[10]
En rappel, le détail des lois sur la réduction du temps de travail (RTT). Entre juin 1996 et janvier 2000, trois dispositifs ont été chronologiquement mis en place pour préparer l’application de la réduction du temps de travail. 1) La loi dite De ROBIEN, du 11 juin 1996, qui a institué un système d’aide aux entreprises, soutenu par l’État, qui mettait en place une réduction forte du temps de travail pour favoriser l’emploi et la compétitivité. 2) Ce dispositif a été abrogé par la loi du 13 juin 1998, dite loi AUBRY 1, qui fixe la durée légale du travail à 35 heures hebdomadaires au 1er janvier 2000 pour les entreprises de plus de 20 salariés, et au 1er janvier 2002 pour les autres. 3) La loi dite AUBRY 2, du 19 janvier 2000, qui confirme l’abaissement de la durée légale à 35 heures en 2000 pour les entreprises de plus de 20 salariés, et au 1er janvier 2002 pour les autres (I.N.S.E.E., janvier 2003).
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[11]
Quel est le facteur prépondérant dans la société contemporaine qui structure les activités des individus, cela pris dans un sens extensif? L’argent? Non, c’est le temps. Si les groupes sociaux possèdent des ressources importantes en disposant d’un patrimoine infini de soi possibles, de projets de vie potentiels les plus divers (tout est relatif et individualisé), pour conduire à bien ces ambitions, la ressource temps est nécessairement insuffisante en raison de sa rareté. C’est pourquoi ils sont confrontés en permanence au décalage entre leurs aspirations les plus légitimes et ce qu’ils parviennent effectivement à réaliser malgré une accélération de leurs rythmes et le remplissage de leurs agendas. Au final, dans cette course fiévreuse et épuisante contre le temps, ils s’épuisent au point de donner l’impression de n’en avoir jamais assez. Si le temps est une ressource primordiale pour l’individu qui a des projets, à l’inverse, dans l’hypothèse d’une baisse technique de l’activité habituelle (retraite, départ des enfants, séparation ou disparition du conjoint), se créé alors un vide et une pénible sensation de temps interminable. Les rythmes se détendent, et tout le quotidien se réalise plus lentement (Kaufmann, 2004).
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[12]
Un premier bilan de l’application du dispositif de la réduction du temps de travail est donc ambivalent. Insidieusement, il renforce des inégalités en raison d’une grande hétérogénéité de mise en pratique. Au lieu d’homogénéiser les situations des salariés et de réduire les inégalités de conditions de travail préexistantes au sein du salariat entre catégories socioprofessionnelles, d’âge et de sexe, paradoxalement il les renforcerait. Le risque latent est de favoriser une déstructuration des collectifs de travail dans une même entreprise entre celles et ceux qui ne partagent pas les mêmes horaires pour cause d’activités mal réparties dans la journée, la semaine ou l’année (Askenazy P., Bloch-London C., Roger M., 2004, « La réduction du temps de travail : 1997-2003 », La France et le temps de travail (1814-2004), Odile Jacob, Paris.)
« Répétons-le : l’autorégulation en matière de “temps” que l’on rencontre dans presque toutes les sociétés avancées n’est ni une donnée biologique liée à la nature humaine ni une donnée métaphysique liée à quelque a priori imaginaire, mais une donnée sociale, un aspect de l’évolution sociale de la structure de personnalité qui, en tant que tel, s’intègre à part entière dans l’individualité de chacun. »« Les constructions collectives d’entités particulières de fatigue répondant aux difficultés spécifiques de tel ou tel secteur seront peut-être alors de plus en plus nombreuses et se développeront en parallèle avec la nouvelle éthique de l’épanouissement personnel au travail. »
S’entretenir des effets de la réduction du temps de travail sur les modes de vie des salariés (et aussi des non-salariés de la fonction publique et parapublique), est aujourd’hui encore prématuré. Il faudra encore quelques années de recul pour prendre la juste mesure de toutes ses conséquences et penser son devenir institutionnel. Le facteur temps est essentiel dans l’appropriation du dispositif par tous les acteurs.
La question du temps de travail s’inscrit dans une problématique globale liée à une interrogation sur le sens du développement économique (les besoins sont-ils extensibles sans limites et n’ayant d’autres finalités qu’eux-mêmes?) et du désir de mieux vivre, banalisé sous l’expression médiatisée à saturation de qualité de vie. D’où un questionnement sur la nature des modifications des conditions de vie des salariés…
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