Même ses plus grands défenseurs doivent l’admettre. Le système de production capitaliste peine, depuis quelques décennies, à remplir ses promesses. Les inégalités se sont creusées un peu partout. Ballottée entre crises brutales et euphories démesurées, la finance semble folle. La croissance reste molle malgré le soutien continu et inédit des banques centrales. Des formes d’exploitation parmi les plus rudes se développent dans les pays dits avancés, frappant une population toujours plus large de travailleurs précaires et appauvris. Des monopoles géants, dans le numérique ou ailleurs, deviennent parfois plus puissants que les États. Et, surtout, la logique d’accumulation qui préside à tout cela entre en conflit évident avec la crise climatique qui, chaque jour, s’aggrave et menace l’humanité.
Même l’hebdomadaire du monde des affaires Challenges reconnaît, en couverture, le 2 juin 2021 : « le capitalisme » est « en défaut ». Le journal fait alors la publicité d’un événement organisé par la Toulouse School of Economics, cœur de la pensée libérale française, fondée par le « Prix Nobel d’économie » Jean Tirole. Ce dernier fustige les « nombreuses défaillances de l’économie de marché » et appelle à y « remédier » afin de « sauver le bien commun ». Est-ce à dire que le capitalisme, terme que Tirole se garde bien d’employer et qui fait encore peur à de nombreux économistes, mettrait en danger le « bien commun » ?
Le paradoxe n’est pas mince. Il avait été souligné à juste titre par l’économiste serbo-états-unien Branko Milanovi dans son livr…