Connexions villes-campagnes au Cameroun. Pour des solutions rurales aux problèmes urbains et des solutions urbaines aux problèmes ruraux. Aristide Yemmafouo, Guy Charly Dzalla Ngangue, Chrétien Ngouanet, Hervé Tchekote, Célestin Kaffo (dir.)
L’Harmattan, Études africaines, série Géographie, 2021, 353 p.
Pages 518 à 520
Citer cet article
- CHARLERY DE LA MASSELIÈRE, Bernard,
- Charlery de la Masselière, Bernard.
- Charlery de la Masselière, B.
https://doi.org/10.4000/com.13498
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- Charlery de la Masselière, B.
- Charlery de la Masselière, Bernard.
- CHARLERY DE LA MASSELIÈRE, Bernard,
https://doi.org/10.4000/com.13498
1 L’idée de cet ouvrage et ses contributions se situent dans la lignée directe du programme européen RurbanAfrica (2012-2016), programme de recherche et de coopération interuniversitaire qui a associé cinq pays européens et trois pays africains (à l’origine quatre). L’équipe camerounaise, principalement de l’université de Dschang, a apporté à ce programme une contribution décisive, riche et originale, mobilisant l’ensemble de ses forces et en particulier de jeunes chercheurs ou apprentis-chercheurs. Cet ouvrage en est la preuve à la fois par son contenu et par la diversité des auteurs et des thèmes qu’ils abordent.
2 Le thème des relations entre la ville et la campagne est d’une actualité dont on pourrait dire qu’elle commence à prendre un peu d’ancienneté. D’où l’importance de « relancer les débats », comme le souligne Aristide Yemmafouo dans son avant-propos, par référence privilégiée à la « transition urbaine » que connaît le Cameroun sinon l’ensemble des pays d’Afrique intertropicale. Les représentations qui en particulier orientent la logique du développement restent encore trop entachées d’une stricte dichotomie « rural/urbain ». D’où le choix des directeurs de l’ouvrage d’une approche par « les connexions », ou mieux, devrait-on dire, par l’interconnexion qui remet nécessairement en question la définition des espaces de référence, qui permettent de rendre compte des dynamiques socio-économiques actuelles et de leur donner sens.
3 L’introduction générale d’Aristide Yemmafouo est courte mais solide. La justification de l’approche par les connexions est bien documentée et logiquement construite en la situant dans un jeu d’échelles, du local au global et vice-versa, qui enrichit chaque phénomène d’une complexité de caractères. Reste à donner du sens à cette complexité qui n’abolit pas les hiérarchies ni les rapports de pouvoir mais les rend plus difficiles à identifier. Sans doute les outils et les méthodes manquent-ils encore, au-delà des constructions théoriques, pour aborder et travailler dans cette optique la réalité du terrain. D’où la nécessité d’un découpage heuristique de la thématique principale. Quatre sous-thèmes ou quatre sous-questions structurent la démarche en organisant la collecte d’information et les études de cas. Ils ou elles pourront paraître assez classiques – filières agricoles et approvisionnement des villes, mobilités et multilocalités dans l’amélioration des conditions d’existence, campagnes portant des attributs de l’urbanité et vice-versa, services – mais la réalité ne se réinvente pas et c’est le principe de l’innovation que de mobiliser les acquis de l’expérience et l’accumulation des connaissances pour pouvoir les replacer dans une perspective nouvelle. La conclusion met en évidence un nouveau « schéma » dans le contexte camerounais, à savoir que « chaque campagne développe désormais des relations spécifiques avec les villes de son choix et établit son réseau de connexions dynamiques dans le temps. Les villes en fonction de leur taille et de leurs besoins spécifiques n’établissent des relations qu’avec les campagnes les plus disposées à leur fournir ces besoins dans des conditions de compétition territoriale renforcée ». D’un point de vue géographique, ce qui est alors en question c’est la distance, « la proximité géographique […] n’étant plus la condition […] de nouvelles relations » ; il faut sans doute redéfinir ce qu’on entend par proximité ou si l’on préfère suivre Ajun Appaduraï par « voisinage », dont les horizons sont à géométrie et temporalité variables. Le champ est ouvert à la réflexion !
4 Il n’est pas possible ici de rendre compte de chaque contribution (elles sont au nombre de 18) aux quatre sous-thèmes. Leur fonction première est de construire un champ de connaissances à partir d’un travail de terrain rigoureux dans lequel se sont investis à côté de chercheurs confirmés de jeunes doctorants et doctorantes, ce qui donne à ce travail une dimension d’avenir réjouissante. Pour la partie I (Nouvelles filières agricoles), les contributions portent sur l’approvisionnement des villes à partir de l’étude de filières (riz, poissons, produits vivriers en général), et sur leurs effets dans l’évolution des modèles agricoles. La partie II (Mobilité, multilocalité et multirésidentialité) explore les nouveaux moyens d’existence à partir des mobilités de travail et des transferts d’argent entre villes et campagnes, ou à travers la valorisation de nouvelles ressources (comme la jacinthe d’eau). La partie III (Dimensions rurales des paysages urbains versus dimensions urbaines des paysages ruraux) apporte des exemples de ce qu’on pourrait appeler des rurbanités paysagères que ce soient les « mangrovilles », îlots de vie rurale dans la ville, l’urbanisation des campagnes de l’Ouest ou les mutations paysagères de quartiers péricentraux, où la question foncière est centrale, ou encore les mixités (rural/urbain) fortes entre centre et périphéries. La 4° partie (Espaces périurbain et rapports villes-campagnes) part des services, comme les marchés, les infrastructures ou plus généralement les politiques publiques, pour évaluer la mobilisation des ressources et les performances des nouveaux processus de territorialisation.
5 Sur un espace, le Cameroun, qui se veut exemplaire, on dispose ici d’un corpus de données et de réflexions qui invite le lecteur à renouveler les catégories avec lesquelles il cherche à penser la modernité des sociétés et des espaces africains. J’ajouterai que ce livre est bien servi par une édition de qualité, à laquelle l’Harmattan ne nous avait pas toujours habitués.