L’Union européenne souffre d’un malaise. Une atmosphère d’inquiétude envahit les élites politiques du continent. Ses symptômes sont une confiance chancelante et une angoisse flottante. Les populations de ses États membres sont insatisfaites des institutions de Bruxelles, sceptiques à l’égard de leurs dirigeants nationaux et se sentent vulnérables devant des forces qui échappent à leur contrôle – voire à leur compréhension. Cet état d’esprit provient d’un désarroi aux origines multiples : la stagnation économique produite par des politiques d’« austérité » favorables au monde financier ; l’afflux de migrants de sociétés « étrangères » ; les craintes face à une menace terroriste croissante ; et la régression démocratique en Hongrie, en Pologne, en Ukraine et en Russie, dont les tendances analogues à travers le continent font peur à beaucoup de gens tout en en attirant d’autres.
Il est clair que le projet européen part à la dérive. Pour ceux qui sont attachés à l’idée d’une union toujours plus étroite, c’est une sombre perspective. Pour ceux qui veulent que l’Union continue à bien faire les tâches qui lui incombent, le tableau n’est pas beaucoup plus brillant. Pour les eurosceptiques en tout genre, c’est un grand jour. La possibilité, réelle, que la Grande-Bretagne quitte complètement l’UE mettra fin à la vision d’une Europe dont les structures politiques institutionnalisent tout un continent libre et prospère. Au bout du compte, il est vrai que les autres membres de l’UE feront probablement assez de concessions pour permettre à Cameron de justifier le maintien de son pays dans l’Union…