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Article de revue

Psychothérapies psychanalytiques de groupe via le numérique : transformations du cadre et de l’espace psychique groupal

Pages 109 à 122

Citer cet article


  • Navridis, K.,
  • Toliou, A.
  • et Bittolo, C.
(2021). Psychothérapies psychanalytiques de groupe via le numérique : transformations du cadre et de l’espace psychique groupal. Connexions, 115(1), 109-122. https://doi.org/10.3917/cnx.115.0109.

  • Navridis, Klimis.,
  • et al.
« Psychothérapies psychanalytiques de groupe via le numérique : transformations du cadre et de l’espace psychique groupal ». Connexions, 2021/1 n° 115, 2021. p.109-122. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-connexions-2021-1-page-109?lang=fr.

  • NAVRIDIS, Klimis,
  • TOLIOU, Anastasia
  • et BITTOLO, Christophe,
2021. Psychothérapies psychanalytiques de groupe via le numérique : transformations du cadre et de l’espace psychique groupal. Connexions, 2021/1 n° 115, p.109-122. DOI : 10.3917/cnx.115.0109. URL : https://shs.cairn.info/revue-connexions-2021-1-page-109?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/cnx.115.0109


Notes

  • [1]
    Ce texte est le résultat d’un travail de réflexion théorico-clinique mené par l’ensemble des auteurs et à partir d’une clinique d’analyse de groupe issue principalement de l’activité analytique d’Anastasia Toliou et de Klimis Navridis.
  • [2]
    Les choses se compliquent davantage dans le cas d’une cothérapie.
  • [3]
    Par rapport aux autres, dès lors que chaque participant est physiquement présent (mais seul) dans le lieu d’où il se connecte avec les autres. Les corps des autres sont absents. Par ailleurs, ce qui apparaît sur les écrans des ordinateurs ou des portables n’est pas seulement une représentation des visages des autres et de soi comme des réalités virtuelles, mais aussi des fragments d’espaces, comme une Gestalt d’environnements contextuels qui participent à la mentalisation des représentations virtuelles des visages. En d’autres termes, il y a, en parallèle, quelque chose qui manque et quelque chose d’autre qui est en plus.
  • [4]
    R. Kaës, L’extension de la psychanalyse, Paris, Dunod, 2015, p. 150-151.
  • [5]
    Lui-même renvoie, à ce sujet (ibid. p. 147), à une phrase extraite d’une interview de Didier Anzieu (1986), qui suggère que « l’inconscient ne se manifeste que s’il est sollicité ».
  • [6]
    F. Tordo, E. Darchis, 2017. La cure analytique à distance, Paris, L’Harmattan, 2017. Dans le chapitre intitulé « Les trois transferts de la cure analytique par Skype » et se référant au dispositif psychanalytique duel qui, par extension, est également valable pour le cadre groupal, F. Tordo soutient que la psychothérapie psychanalytique à distance combine « trois stades transférentiels » : le transfert primordial, le transfert médiatisé ou transfert par diffraction spéculaire et le transfert augmenté (p. 45).
  • [7]
    F. Tordo, Le numérique et la robotique en psychanalyse. Du sujet virtuel au sujet augmenté, Paris, L’Harmattan, 2016, p. 167. « L’expérience analytique a médiation numérique opère […] une régression d’avant le langage, dans la sensori-affectivo-motricité, qui ne peut être entendu par l’analyste [selon C. Bottela (2001). Figurabilité et régrédience. rfp, 65 (4), p. 1169] que grâce à une figurabilité, à un parcours préalable de sa pensée sur la voie régrédiente impliquant son psychisme bien plus largement que les réseaux de représentations de mots et de choses, préconscientes ou inconscientes. » Ce qui n’est pas toujours facile pour tous et avec tous.
  • [8]
    Ibid., p. 20-21.

1Outre le fait de représenter un danger pour la santé, la Covid-19 s’est avérée menaçante pour les liens sociaux, intersubjectifs, groupaux et familiaux, en raison de la peur qu’elle a engendré, tel un ennemi invisible, imprévisible et ingérable. Les mesures de confinement et les restrictions des déplacements, combinées à l’alarmisme des médias, ont été vécues comme une attaque contre toute forme de liens. Par ailleurs, la pratique clinique a fortement été impactée par les conséquences de cette situation inédite : dans les structures psychiatriques, thérapeutiques ou de réhabilitation. Les séances groupales avec les patients ont été suspendues et les sorties et les visites dans les unités psychogériatriques et toutes les structures accueillant des personnes âgées ont été interdites. Dans les cabinets privés, les séances individuelles et groupales d’analyse, de psychothérapie ou de supervision ont été également soit interrompues soit adaptées au contexte sanitaire.

2Dans ces conditions – et à défaut de choix préalables imposés au niveau des métacadres institutionnels –, chaque analyste a été amené à faire des choix concernant son propre travail : soit suspendre son activité, ce qui introduit une rupture, soit la modifier pour maintenir une continuité en passant à des séances à distance utilisant différents moyens de communication : le téléphone ou les logiciels de visiophonie.

3Dans les années 1940, les conditions exceptionnelles dictées par la guerre avaient conduit à une sortie du cadre psychanalytique de la relation duelle et à la découverte du travail psychanalytique de groupe par W.-R. Bion, ce qui ouvrait une nouvelle compréhension de la vie psychique groupale.

4Cet article s’appuie sur l’observation des transformations du cadre des séances de psychothérapies psychanalytiques de groupe et l’usage de la visiophonie. Il s’intéresse aux incidences d’un changement de dispositif imposé par le confinement et aux « effets d’inédit » de la situation pour l’analyste, le site analytique et pour les patients.

5Nous soutiendrons l’hypothèse selon laquelle une continuité du processus thérapeutique de groupe peut être maintenue lorsque le rapport aux changements de cadre, incluant un mode de communication numérique, fait l’objet d’une analyse tant dans le transfert que le contre-transfert [1].

Changement de dispositif et interrogations

6La notion de dispositif groupal rassemble toutes les règles techniques qui régissent le fonctionnement du groupe, ce que D. Anzieu (1980) a nommé les trois unités (le rapport avec le temps, le lieu et l’action). Par ailleurs, la notion de cadre inclut les règles institutionnelles qui déterminent et contiennent le dispositif groupal, mais aussi les règles internes de chaque analyste (cadre interne).

7La clinique sur laquelle nous nous appuyons dans le présent article est celle de groupes de psychothérapie analytique pour adultes. Les différents groupes, dont les réflexions cliniques sont issues, sont conduits par un ou deux thérapeutes-analystes, accueillent un maximum de huit participants et se réunissent dans le cabinet de l’analyste pendant 1h30 toutes les semaines.

8À la suite du confinement mis en place dans toute l’Europe, dès le mois de mars 2020, nous avons proposé un changement de dispositif : les séances, d’une même durée qu’auparavant, allaient se dérouler via un logiciel numérique, sur l’invitation de l’analyste envoyée en ligne, aux jours et heures habituellement fixés. Il a été demandé que chaque participant choisisse un espace stable à consacrer aux séances, sans risque d’être dérangé, dans la plus grande intimité possible et avec une connexion internet performante, afin d’éviter d’éventuels problèmes techniques.

9Si de nombreux patients dans nos groupes ont pu être rassurés par la continuité de la prise en charge, la crise partagée n’a pas manqué d’interroger l’impact du métacadre sur le dispositif et sur le cadre interne de l’analyste. La stabilité du dispositif, critère préalable nécessaire à la mise en œuvre de tout processus psychanalytique, est touchée. L’analyste, soumis aux mêmes conditions sociales que les participants de son groupe, se retrouve contraint par une force extérieure de modifier son dispositif et il est, de fait, interrogé sur son propre rapport à la médiation numérique.

10Notre interrogation initiale fut la suivante : en quoi ce nouveau dispositif constitue-t-il une modification du cadre classique de l’analyse de groupe et quels en sont les effets ? Le passage au travail via le numérique permet-il l’émergence de phénomènes inconscients propres à ce changement, qui sont, de fait, à traiter ?

11Un premier constat apparaît : le seul fait que les membres d’un groupe et l’analyste ont continué de « se rencontrer » les mêmes jours et aux mêmes heures, serait-ce sur une plateforme, a agi de façon cohésive pour le groupe en maintenant les conditions élémentaires de stabilité d’une enveloppe psychique groupale et sa fonction contenante. Indubitablement, l’effet fut thérapeutique. Toutefois, en quoi pouvons-nous affirmer qu’il s’agit d’un dispositif qui reste psychanalytique et quelles en seraient les conditions préalables ?

Impacts du passage au numérique

12Dans le passage d’un dispositif analytique groupal « en présence » à un dispositif analytique groupal « à distance » deux objets d’analyse se présentent à nous.

13Le premier objet d’analyse est le rapport de l’analyste à son dispositif, ce qui nous amène à nous interroger sur la façon dont l’analyste repense son cadre en y mettant son rapport au numérique. Il est important de souligner ici que cette proposition de dispositif groupal à distance, même si elle est connue dans les pays anglo-saxons, s’est imposée à nous dans un contexte contraint, quasi traumatique. Elle fut une solution de survie de nos pratiques, ce qui a fortement teinté ce que J.C. Rouchy (2008) appelle le contre-transfert anticipé.

14Parmi les changements à intégrer pour l’analyste, le facteur technologique, à lui seul, introduit un élément de décalage intergénérationnel entre l’analyste et les membres du groupe car ceux-ci, a fortiori s’ils sont plus jeunes, peuvent mieux maîtriser des technologies de communication qui ne relèvent pas du « familier » de l’analyste.

15En outre, le facteur technologique altère la nature même de l’écoute de la part de l’analyste [2]. En regardant sur l’écran de son ordinateur les images des participants, l’analyste a en effet du mal à se trouver dans l’état d’attention flottante dont il était coutumier dans un dispositif duel ou groupal, et sa capacité de rêverie peut en être affectée. Son écoute de la vie psychique s’en trouve momentanément ou partiellement altérée, occupé qu’il est à traiter son rapport à des éléments technologiques ou techniques qui lui sont en partie étrangers.

16Lors d’une séance, peu de temps après le passage en visio, une participante évoque un rêve : elle se trouve dans une pièce couverte d’un plancher en bois (comme celui du bureau de l’analyste, mais aussi celui de sa propre maison, de l’endroit où elle se connecte) sur lequel elle est allongée. Son compagnon lui fait une piqûre de Botox, bien qu’il n’ait rien à voir avec ce genre de traitements. La directrice de la clinique où elle travaille entre, fortement surprise, car ce lieu n’est pas destiné aux soins. La participante se regarde dans le miroir et son visage lui fait peur : son front est barré d’une grande ride qu’elle n’avait pas auparavant, ses sourcils semblent avoir été arrachés et la blessure saigne abondamment.

17Il y a forcément plusieurs manières d’entendre ce rêve. Si l’on fait l’hypothèse qu’il s’agit aussi d’un rêve « porte-parole », cela nous amène à penser que le changement de dispositif semble produire un bouleversement de la façon dont les membres du groupe se reconnaissaient auparavant, autrement dit, un effet de dépersonnalisation. Mais nous pouvons également penser que ce rêve peut parler de la difficulté propre de l’analyste à se reconnaître dans un dispositif qui n’est pas encore le sien au sens de l’appropriation subjective. L’injection du « numérique » au dispositif « classique » peut lui donner un coup de jeune bien que l’orthodoxie « n’ait rien à voir avec ce traitement ». L’un dans l’autre, la blessure de la dépersonnalisation est à traiter.

18Le deuxième objet d’analyse concerne les effets que le changement du dispositif produit sur les participants du groupe. On peut ainsi s’interroger ici sur les incidences psychiques, au niveau des groupes internes et du groupe intériorisé, que peuvent avoir les séances via le numérique.

19Dans le dispositif circulaire classique, l’espace où les corps se réunissent est commun et stable. Dans le cas d’une communication visiophonique, ce que le groupe – y compris l’analyste – partage est une réalité incorporelle [3], morcelée, fragmentée et virtuelle. Chacun, devant son écran, voit tous les autres comme il se voit lui-même, sous la forme de petites images carrées uniformes, chacune d’entre elles ayant beau représenter un visage connu, le lieu où il se trouve est différent et peut même changer d’une séance à l’autre. Par ailleurs, tous les participants ne voient pas ces images exactement dans le même ordre, tandis que certaines d’entre elles – n’étant pas forcément les mêmes sur tous les écrans – disparaissent brusquement au cours d’une séance pour réapparaître un peu plus tard à la même place ou à une autre. La lumière qui éclaire l’espace physique de chacun ou les aléas de la connexion permettent ou empêchent de voir et d’entendre. En outre, l’image de soi que le sujet voit sur l’écran de son ordinateur ressemble à celle que lui renvoie son miroir. C’est-à-dire qu’une sorte d’inversion se produit : ce qui se trouve à gauche sur son corps, sur l’image d’une plateforme numérique comme dans un miroir, il le voit « en face », comme s’il était « vu » aussi par sa propre image. De plus, si quelqu’un est absent du groupe, il n’y a rien sur l’écran pour rappeler son absence, comme sa place restée inoccupée quand le groupe se rencontre physiquement. Sur l’écran, l’absence ne crée aucun vide.

20L’espace physique d’un groupe a des limites matérialisées par des murs, contrairement au cyberespace où les rencontres ont désormais lieu et que les participants perçoivent comme immense et insondable, un espace où l’on risque de se perdre, même si chacun est contenu dans l’espace physique où il se trouve. C’est peut-être ce qu’exprime une participante étant passée de l’espace physique aux séances en visiophonie, en évoquant ce rêve : elle voit les participantes du groupe (six femmes), assises l’une à côté de l’autre sur le rivage – l’analyste les accompagne – et toutes regardent la mer. Le passage au confinement fut un surgissement inattendu. « Inédite » était alors le terme favori pour qualifier une expérience que personne n’avait connue, une expérience chargée d’inconnu et d’incertitude quant à l’avenir. Le temps est, pour beaucoup, devenu celui de l’observation : une observation au plus près de l’actuel, jour après jour, et des multiples effets quotidiens de cette crise sanitaire sur soi, les autres et la vie en société. Une observation aux multiples échos fantasmatiques dont, bien souvent, celle d’une mère-environnement facétieuse ou imprévisible qu’il s’agirait de surveiller.

21Ce rêve d’observation conjointe ne traduit pas seulement un horizon commun et incertain vers lequel les regards se fixent. Il souligne aussi les transformations du site analytique et son appréhension sensorielle. Connectées via Internet, les personnes se limitent soudain à une image bidimensionnelle (en général le buste), une image accessible seulement par deux sens : l’ouïe et la vue. Le support visuel de l’espace physique devient une mosaïque de fonds disparates où tous sont amenés à voir ce que chacun a choisi de laisser entrevoir derrière lui comme une partie de sa propre intimité. Ces fonds – tous différents – composent, dans un premier temps, un « mauvais » collage, qui peut donner le vertige et renvoyer à une image de soi et du groupe, étrange, morcelée et déformée.

22Si analyste et patients ont à métaboliser psychiquement des changements qui touchent le cadre et les modalités de la rencontre analytique, chacun les traite différemment et à la place où il se situe. Au croisement des deux, de nouveaux objets apparaissent venant s’intégrer au processus qui se maintient.

De la réalité numérique à la réalité psychique

23Selon René Kaës [4], pour qu’un dispositif soit psychanalytique, quatre conditions doivent être remplies : la première étant que la réalité psychique inconsciente soit sollicitée pour s’y exprimer [5], la deuxième étant la référence, le recours, à l’analyse du transfert ; la troisième, que le « processus psychanalytique » puisse se développer par le biais des associations libres ; et la quatrième, que l’analyste ait énoncé les règles fondamentales de l’association libre et de l’abstinence et qu’il les garantisse par son attitude.

24Utiliser la médiation du numérique dans le but de conduire des groupes de psychothérapie analytique à distance implique de reconsidérer la notion de réalité. Ce que nous vivons dans l’ici et maintenant de la séance est bien réel et non pas virtuel, et pourtant les participants parleront assez vite de « cette vie » du groupe en opposition à « la vraie vie » qui implique la présence simultanée des corps dans un même espace. Dans notre tentative d’entendre le déploiement de la réalité psychique du groupe, plusieurs points nous ont questionnés.

Le destin de l’associativité

25Inviter les participants à associer librement devant un écran en face de visages encadrés par des petits carrés ne va pas de soi. Ils ont pu tenter l’expérience en s’appuyant sur le travail d’association libre déjà éprouvé dans un cadre plus conventionnel. Mais le déploiement de l’associativité à long terme s’étaye sur l’expérience émotionnelle vécue ici et maintenant, elle-même étant liée à une appréhension sensorielle de l’espace du groupe et de son atmosphère (Bittolo, Robert, 2012). En « visio » se substitue à l’appréhension globale de ce qui fait le tout « parlant » du groupe, un visuel fragmenté et un sonore séquencé. Il en résulte, à des degrés divers, un défaut de contenance qui ne permet pas à la pensée de se structurer.

26Dans un des groupes, les participants parlent de la réalité du confinement, des difficultés au quotidien avec leurs proches et avec leur travail, ils évoquent les enfants qui souhaitent jouer sans logiciels numériques. L’analyste entend la difficulté de se rencontrer en étant « une image et une voix » et le besoin d’exprimer la part infantile de soi. Lorsque l’analyste tente de formuler une énonciation, il perd le fil de sa pensée. Sa phrase aussitôt commencée se trouve hachée et perdue. L’analyste fait l’expérience du morcellement de la pensée. Les associations qui suivent concernent des affects de colère contre « ceux qui nous confinent » et le besoin « d’éprouver ce qui se passe ». Les participants font l’expérience de la reviviscence d’angoisses archaïques d’inanité et de réification, et l’unité somatopsychique se trouve scindée.

27Ce n’est qu’avec le temps que les membres du groupe, tout comme l’analyste, apprivoiseront la plateforme numérique pour se mettre à « associer » différemment. Ainsi, les participants accompagnent leurs pensées associatives des commentaires qui concernent le vécu ou la perception du corps : « je dis cela en regardant Maria », « mon carré se retrouve à côté de celui de Pierre et cela me fait penser à… », « tu as parlé de ta maison avec des étages et je me retrouve dans l’étage du bas sur l’écran », « tu parles et je peux quasiment sentir le café dont tu parles, cela me fait penser aux odeurs du bureau de mon analyste d’avant », « l’image de Mme T (l’analyste) s’est figée pendant un moment et j’ai pensé que… » Nous assisterons alors au développement d’une capacité étonnante à utiliser le médium (le carré, l’image figée, la disposition sur l’écran, le vécu face à l’écran), pour mettre au travail un processus de fantasmatisation.

Les affects et leur contenance

28La littérature psychanalytique a souvent souligné la fonction de contenance du groupe en s’appuyant sur le concept d’enveloppe groupale théorisé par D. Anzieu : au niveau réel, l’enveloppe groupale s’appuie sur la délimitation de l’espace du groupe ; au niveau imaginaire, elle est tissée par les fantasmes du groupe et repose sur la recherche de la continuité avec la peau et le regard du voisin ; au niveau symbolique, elle est constituée par les signes d’une appartenance au groupe, les rituels et les croyances (Anzieu, 1993). Avec l’aménagement du dispositif, chacun se trouve dans un espace délimité (chez soi), mais personne ne peut sentir la peau ou le regard du voisin qui s’adresse, via l’écran, de manière indifférenciée, aux uns ou aux autres. Cette présence non plus « à côté » mais « en face » de l’autre interroge la manière dont on peut être et se vivre « aux côtés » de l’autre.

29Dans un autre exemple, les participants échangent autour de l’espace dont chacun dispose actuellement pour s’isoler et participer à la séance, ce qui renvoie à l’espace nécessaire pour soi dans le groupe. « Il n’y a pas d’espace pour moi dans cette maison », dit quelqu’un, et des souvenirs apparaissent quant aux chambres où chacun a grandi et s’est senti plus ou moins en sécurité. Une participante exprime de vives émotions, et pour la première fois quelqu’un pleure devant nous et non pas à côté de nous. Lorsque l’analyste annonce la fin de la séance, les écrans s’éteignent les uns après les autres laissant l’analyste elle-même devant un ordinateur, saisie d’une émotion contre-transférentielle intense, celle d’une culpabilité d’avoir laissé un enfant seul avec sa dépression. Ce vécu se met rapidement en lien, dans l’esprit de l’analyste, avec l’histoire de la participante, mais un autre élément retient notre attention. Le vécu de culpabilité concerne le fait d’avoir fait « disparaître » du dispositif un élément participant à la fonction de contenance, à savoir l’espace interstitiel. En effet, les interstices contribuent en grande partie au développement de l’enveloppe groupale : le temps où les participants vont se lever, essuyer leurs larmes, prendre leurs affaires, se regarder, se dire un mot d’adieu ; les salles d’attente ou les couloirs qui vont les diriger vers la sortie, côte à côte, sans rien dire ou en échangeant quelques mots. Il s’agit d’un espace-temps qui correspond à la sortie d’un rêve avant de prendre contact avec la réalité. Il a donc une fonction essentielle de délimitation à construire pour chacun entre la vie quotidienne et le temps de la séance. La contenance est fragilisée lorsque cet espace-temps se limite au temps de la connexion dont les problèmes techniques renvoient brutalement au manque d’intermédiaire.

30Face à ce manque qui ne peut être pallié facilement en travaillant à distance, il nous a fallu soutenir, chez les participants, la capacité à reprendre, dans l’espace du groupe, ce qui s’est produit et vécu durant les séances précédentes. Au fur et à mesure que le travail groupal à distance devenait fiable (malgré les aléas techniques, nous savions que nous allions nous revoir), les participants ont pu manifester des émotions à degrés variables, éprouver des longs silences « devant l’écran » et commencer à écouter ce qui pouvait surgir du silence en étant à distance.

Les passages à l’acte

31Nous parlons souvent des « attaques du cadre » lorsque les participants d’un groupe font des actes qui entrent en contradiction avec les règles du fonctionnement du groupe. Une des règles importantes concerne la régularité de présence. L’absence d’un participant ou sa sortie brusque de la pièce peuvent être considérées comme des transgressions qui entraînent un rappel à l’ordre, l’analyste étant un Surmoi garant de la stabilité du dispositif, ou alors des passages à l’acte, signes de la présence d’incorporats cherchant une voie d’élaboration (Rouchy, 2008). Conduisant des séances via des plateformes numériques, nous avons donné comme seule règle que chacun puisse se trouver dans un espace garantissant intimité et confidentialité et avec une bonne connexion internet.

32Dans un de nos groupes, un participant n’a pas pu se connecter, étant en voyage le jour de la séance. Un autre participant s’est connecté d’un lieu différent que d’habitude, ne garantissant pas la fiabilité de la connexion (pas de prise électrique pour l’ordinateur). Durant cette séance, la thématique centrale des échanges concernait à la fois le besoin d’étayage et la crainte de dépendance et d’aliénation face aux figures d’étayage. Le participant qui nous avait prévenus des problèmes de « courant électrique » a disparu brusquement de l’écran durant la séance, laissant le groupe avec un vécu de sidération. À la séance suivante, rien n’a été dit sur cette disparition, alors qu’un temps conséquent fut consacré par les membres du groupe à commenter l’absence de l’autre membre et sa signification. L’analyste a observé que quelque chose était passé sous silence et cela a produit un brusque retour du refoulé : nous avons oublié une disparition ! Nous pouvons nous demander quelle expérience traumatique recouvre cet oubli et dans quelle mesure il est possible, pour les membres du groupe, d’éprouver et de partager les sentiments d’effroi, de sidération, de rage, de désespoir que provoque l’absence dans ce « petit carré noir » dans lequel nous sommes chacun représentés. Commenter ce qui « ne se dit pas dans le groupe » a permis de traiter cet agir, non pas comme une transgression mais comme un point de départ pour une élaboration possible autour de ce qui reste inavouable.

L’analyse des enjeux transférentiels

33Nous rappelons que la conduite des groupes analytiques à distance telle qu’elle est présentée ici est liée à l’expérience du confinement. L’analyse des enjeux transférentiels touche cinq niveaux : transfert central sur l’analyste, transfert latéral sur les membres du groupe, transfert sur le groupe tel qu’il se vit via la plateforme numérique, transfert sur l’extérieur (ici la situation du confinement) et transfert sur le médium (la plateforme numérique et le support technologique).

34Au tout début de l’expérience, une grande ambivalence fut présente dans les enjeux transférentiels : des affects positifs de soulagement car l’aménagement du dispositif a permis une continuité nécessaire à la survie, des affects négatifs parce que le vécu « en distanciel » risquait d’être désincarné, confiné à l’intérieur, sans la possibilité de trouver la voix/voie dans le lien à d’autres. Dans un premier temps, l’analyste pouvait être le support du transfert positif, l’extérieur gardant la part du transfert négatif, et le médium numérique occupant une place ambiguë : il permet le lien tout en risquant d’aliéner la relation.

35Au fur et à mesure du travail, il nous a semblé important de réunifier les mouvements de transfert diffractés et projetés à l’extérieur ou sur le médium technologique afin de pouvoir les entendre dans le rapport à la situation vécue ici et maintenant. Pour cela, il a fallu que l’analyste lui-même assume que ce dispositif n’était pas seulement un choix forcé mais un choix à part entière. Il a donc fallu que l’analyste puisse mettre au travail son contre-transfert anticipé sur le dispositif dans le contexte du confinement. Nous avons observé que ce qui a pu faire cadre, malgré l’imprévisibilité de la situation de la crise sanitaire, fut le surmoi analytique, à savoir pouvoir écouter ce qui se produit dans l’ici et maintenant de la séance en lui donnant une chance de prendre une signification psychique.

36En d’autres termes, il a fallu intégrer les effets du changement de cadre contraint par la crise sanitaire au processus, tout comme on l’aurait fait pour les vacances annuelles du groupe, en les analysant tant à un niveau transférentiel que contre transférentiel.

Le retour au dispositif initial

37Lorsque les mesures prises par l’État nous l’ont permis, nous avons proposé aux différents groupes un retour au dispositif initial, à savoir en présence au sein du cabinet de l’analyste. Nous nous sommes alors aperçus que la réalité créée par le dispositif analytique dans un environnement virtuel semble réveiller des fantasmes, des angoisses, des formes de liens et des mouvements transférentiels qui existaient auparavant de façon latente et qui, avec la médiation du facteur technologique, se font plus intenses et deviennent visibles, de façon différente.

38La vignette clinique suivante, issue d’un groupe composé de sept membres et deux co-thérapeutes, illustre certains de ces mouvements.

39Zoé, une participante d’une cinquantaine d’années, membre du groupe depuis presque un an, a des difficultés à s’adapter à la nouvelle situation. Durant le temps où le groupe se réunit via le numérique, elle suit normalement les premières séances, mais elle disparaît, sans avertissement, des séances suivantes. Les cothérapeutes tentent, en vain, de la contacter. Tout le monde pense que Zoé a décidé d’abandonner. À la même période, une autre participante annonce qu’elle souhaite se retirer, ne supportant pas la visio. Elle est catégorique et s’absente de la séance suivante. Un jour, une des cothérapeutes reçoit un courriel de Zoé qui, après l’avoir remerciée de « tout ce que le groupe lui a apporté », lui annonce sa décision d’interrompre en ajoutant qu’elle allait déménager dans son village.

40Zoé n’a jamais connu son père. Il était dans la Marine et elle était âgée de six mois quand il a disparu, corps et biens, lors d’un de ses voyages. Personne n’a jamais su ce qu’il était advenu de lui et des membres de l’équipage.

41Les cothérapeutes lui proposent de participer à une des prochaines séances et d’annoncer au groupe sa décision en donnant ainsi à elle-même et aux autres membres l’occasion de l’élaborer, comme il en avait été initialement convenu. Zoé dit qu’elle va y réfléchir. Une autre séance via Zoom se déroule, mais Zoé est absente. Par la suite, les cothérapeutes reçoivent un nouveau courriel par lequel Zoé les informe qu’elle ne viendra pas à la prochaine séance, mais qu’elle participera à la suivante qui se déroulera à nouveau dans le cabinet des analystes.

42En effet, elle vient à cette séance et, après un long silence, prend la parole, émue. Elle dit qu’elle avait décidé de se retirer, mais il s’est passé, entre-temps, quelque chose qui l’a bouleversée.

43« Tout à coup les photos ont pris vie », dit-elle. Après tant d’années, elle a su finalement ce qui était arrivé au navire sur lequel son père avait embarqué. Il était parti de La Nouvelle-Orléans, chargé d’armes, à destination d’un pays d’Amérique latine. Le bateau, arraisonné pendant la traversée, a été dirigé vers un autre pays d’Amérique latine et les membres de l’équipage ont été arrêtés. Ils ont été enfermés pendant de longues années dans une prison souterraine et personne ne sait combien d’entre eux ont survécu. Certains ont dû être exécutés, car des coups de feu ont été entendus. Quand on les a sortis de leur prison, c’était pour les envoyer aux travaux forcés dans des plantations.

44Elle parle en pleurant, alors que le groupe semble plongé dans un profond silence. Puis, deux ou trois participants interviennent, l’un après l’autre, tentant de convaincre Zoé de ne pas abandonner.

45Vers la fin de la séance, une des thérapeutes fait un commentaire insistant sur la séparation, la perte, le vide et la reconnexion. Le sentiment que les cothérapeutes avaient partagé au cours de cette séance était le soulagement. Lors de la séance précédente, il y avait eu deux autres absences, ce qui avait provoqué chez elles un sentiment d’angoisse, craignant la dissolution du groupe.

46Après un autre silence, Zoé déclare avoir été heureuse de rejoindre le groupe et qu’après cette séance, revenant sur sa décision initiale, elle a l’intention de continuer.

47Cette vignette nous permet d’avancer certaines hypothèses quant à la mutation du transfert [6] dans le groupe en question, lors du passage des séances « en présence » aux séances « à distance », par le biais de la réalité virtuelle introduite par le « déplacement » du cadre sur un logiciel numérique. Cette mutation transférentielle peut s’avérer pénible pour certains analystes. Nombreux sont ceux qui se plaignent en disant que le travail psychanalytique à distance, individuel ou groupal, les « fatigue [7] ».

48Cette mutation peut produire un effet stimulant pour certains analysants et leurs groupes comme, peut-être, dans le cas précédent. Dans un de ses travaux plus ancien, F. Tordo écrit, dans ce sens : « […] l’autre virtuel est aussi un groupe virtuel […] l’individu est inscrit dans une intersubjectivité à plusieurs dès l’origine notamment dans une dimension générationnelle. Les souffrances de ces sujets non-sujets sont des troubles du lien précoce avec l’autre, avec les autres, et c’est l’objet de médiation qui va aider à retrouver un chemin pour la naissance psychique de ces sujets. Ces objets, issus des technicités nouvelles, permettent à ces patients de trouver au-dehors ce qui n’existait pas encore dedans. En plaçant une copie dans un nouveau corps […] virtuel […], l’individu ainsi préservé va pouvoir ressusciter […]. L’avenir est virtualisé, comme un devenir possible du sujet et de ses groupes et c’est un véritable téléchargement des liens qui ouvre le chemin à la naissance du Je [8] ».

49Excepté sa « résurrection » dans le groupe qui représente aussi la « résurrection » du groupe avec le retour du cadre à la « normalité », Zoé offre un scénario-représentation tout en mettant des mots sur ce que tous ont vécu : le scénario de ce mystérieux navire qui transporte du matériel de guerre (la conflictualité refoulée du groupe, mais aussi de Zoé), qui s’est perdu dans un pays exotique avec son équipage (le groupe) reclus longtemps sous la terre (les photos « mortes » qui « reviennent à la vie »), torturé, exécuté, mais qui parvient à survivre et à ressusciter. Τout cela est condensé, comme dans un rêve, en la personne du père qu’elle n’a jamais connu et qui, pendant des années, n’existait pour elle que sur des photographies (les images sur l’écran) et, soudain, il revit et ramène non seulement Zoé dans le groupe (c’est-à-dire à la vie, en la reliant à un passé jusqu’alors inconnu), mais aussi le groupe dans Zoé.

Pour conclure

50L’adoption de nouveaux modes de communication dans les différentes formes de prises en charge de groupe semble introduire bien plus qu’un moyen de rester en lien et d’assurer une continuité du processus thérapeutique en attendant un retour au « présentiel ».

51Du côté de l’analyste et de tous ceux qui proposent cette médiation on peut s’interroger sur la place qui est faite aux nombreux développements théorico-cliniques mettant l’accent sur des dimensions technico-perceptives. L’abondance de cette littérature scientifique, cherchant à explorer les vicissitudes et les effets du recours à ces médiations « par le dehors » peut interroger. Quelle serait la fonction de ce surinvestissement technique ? Ce dernier, parfois idéalisé ou porteur d’innovation, répond probablement à un temps d’appropriation nécessaire : un peu comme l’attention portée aux fonctionnalités d’un nouvel instrument de musique est un préalable nécessaire à l’appréciation pleine et entière d’une écoute ou d’une production musicale. Mais les risques d’une attente messianique répondant à la menace présente ou d’un surinvestissement du cadre aux dépens de l’écoute ne sont jamais très loin.

52Cette appropriation technique et les évolutions du rapport de l’analyste à son propre dispositif ne doivent pas décentrer notre attention portée aux processus inconscients. Dans ce sens, notre proposition a été d’explorer les effets du « distanciel » en groupe, combinés à un changement de cadre, « par le dedans ». La clinique nous y invite, mais cela suppose de ne pas se laisser trop absorber par ce changement et de pouvoir penser l’impact qu’il peut avoir sur soi, sur la qualité et la continuité d’une écoute. La position d’observation participante trouve ici de multiples points d’attention : le regard commun et partagé sur la crise sanitaire (tous assis devant l’océan) vient croiser celui de l’analyste sur l’impact du changement de cadre, comme celui des patients sur la qualité d’écoute modifiée de l’analyste et les effets pour les uns et les autres.

53Différentes angoisses se côtoient et deux types de réaction apparaissent.

54D’une part, des réactions conscientes et inconscientes aux changements de dispositif impliquant la restriction des modalités sensorielles, la séparation et la médiation par un écran, la multiplication des arrière-fonds. Un travail de métaphorisation s’engage et soutient une continuité du processus et du jeu interprétatif : injection de jeunesse, arrachage/castration du vieux, apparition d’une mère menaçant de faire irruption. Ces réactions font en soi partie du processus en cours dès lors qu’elles sont rêvées et/ou interprétées. Elles témoignent de l’intégration et de la métabolisation des aléas ordinaires du cadre en situation de groupe (vacances, absence d’un patient, retard, et changement dans la réalité de chaque patient).

55D’autre part, le changement produit quelque chose de nouveau pour certains patients et/ou pour le groupe. C’est, par exemple, une « résurrection » de parties mortes de soi ou du groupe ou la prise de contact avec certains aspects de soi jusqu’alors passés sous silence. On pourrait, ici, émettre l’hypothèse selon laquelle ce qui apparaît de nouveau pour un ou des patients suite à un changement de cadre tient à la modification d’une tache aveugle ou d’un bastion relationnel jusqu’alors immobilisé. Tout le monde se « verrait » autrement, consciemment et inconsciemment et communiquerait différemment. Cet autrement ferait apparaître ce qui restait dans l’ombre. Cela rejoindrait, dans une certaine mesure, le sens que J. Bleger donne à l’analyse du cadre du patient, son monde fantôme, qui se manifeste couramment à l’intérieur du processus lui-même par des enjeux narcissiques mais aussi quand le cadre proposé par l’analyste connaît des aléas marqués par des variations, l’imprévu et l’inattendu.

56L’incertain étant aujourd’hui au cœur de ce qui traverse la crise contemporaine, aurions-nous intérêt, en tant qu’analystes, à prêter une attention particulière à l’inattendu, comme Janine Puget (2004, 2016) savait si bien le faire, sur le plan thérapeutique ?

Bibliographie

  • Anzieu, D. 1980. Le groupe et l’inconscient, Paris, Dunod.
  • Anzieu, D. 1986, Une peau pour les pensées, entretien avec Gilbert Tarrab, Paris, Clancier-Guénaud.
  • Anzieu, D. 1993. « Le Moi-peau familial et groupal », Gruppo, n° 9.
  • Bittolo, C. ; Robert, P. 2012. « Espace sensible et groupes : régulation, contenance et transformation de la sensorialité dans les groupes, les familles et les institutions », Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe, n° 59 (2), p. 187‑200.
  • Kaës, R. 2014. Les alliances inconscientes, Paris, Dunod.
  • Kaës, R. 2015. L’extension de la psychanalyse, Paris, Dunod.
  • Puget, J. 2016. « Comment penser le social et le politique dans la clinique », Connexions, n° 106.
  • Rouchy, J.C. 2008. Le groupe espace analytique, Toulouse, érès.
  • Tordo, F. 2016. Le numérique et la robotique en psychanalyse. Du sujet virtuel au sujet augmenté, Paris, L’Harmattan.
  • Tordo, F., Darchis, É. 2017. La cure analytique à distance, Paris, L’Harmattan.

Mots-clés éditeurs : cadre, effets de présence, environnement numérique, plateforme de visioconférence, Psychothérapies analytiques de groupe

Date de mise en ligne : 10/01/2022

https://doi.org/10.3917/cnx.115.0109