La preuve de Dieu par les Pygmées
Le laboratoire équatorial d'une ethnologie catholique
- Par André Mary
Pages 881 à 905
Citer cet article
- MARY, André,
- Mary, André.
- Mary, A.
https://doi.org/10.4000/etudesafricaines.16411
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- Mary, A.
- Mary, André.
- MARY, André,
https://doi.org/10.4000/etudesafricaines.16411
Notes
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[1]
Je me permets de renvoyer ici pour quelques éléments de ce débat à Mary (2000 : 779-799), à l’article de Peel (1995) ainsi qu’à Singleton (2001). Un grand merci à Mike Singleton pour ses remarques et ses informations de première main sur les enjeux d’un milieu qu’il a bien connu. Ce texte doit beaucoup aux échanges du colloque organisé à Louvain-la-Neuve en 2005 autour de son parcours biographique et de son œuvre.
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[2]
Pour une discussion classique sur le sujet illustrée par la transformation du dieu Mawu, principe femelle du panthéon dahoméen, en dieu masculin, vieux et barbu, voir Augé (1982 : 133-135).
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[3]
Tout en reconnaissant le non-sens d’un retour en arrière, P. Laburthe-Tolra (1985 : 28) note que : « Les termes de Ntondobë (ou Mebe’e) expriment immédiatement avec moins d’équivoque (que celui de Zamba) la pureté et la profondeur du concept de Dieu chez les anciens Bëti » (mes italiques). Où l’on voit que le débat sur le vrai nom de Dieu engage tout simplement le débat sur la question du monothéisme originel.
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[4]
Sur le rôle des Pygmées dans les mythes d’origine de cette plante sacrée au sein de la tradition du bwiti, voir Mary (1999).
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[5]
Pour une étude d’ensemble des présupposés scientifiques de l’œuvre et des activités de Schmidt, voir Brandewie (1983).
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[6]
L’ouvrage de Mgr A. Le Roy, Les Pygmées, Négrilles d’Afrique et Négritos de l’Inde (édité par Mane en 1905, réédité par Beauchesne en 1928), est d’abord paru sous forme d’articles dans les Missions catholiques de Lyon, dès 1897.
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[7]
Il écrit le liminaire du premier numéro de la revue à la demande du père Schmidt : « Le rôle scientifique des missionnaires », 1906.
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[8]
Un rapport sur l’expédition de Schebesta chez les Twa de Malakka (Philippines) a déjà été publié dans Anthropos en 1925 (Schebesta 1925).
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[9]
Préface à Trilles (1932 : XIII). Faut-il préciser qu’il s’agit là d’un effet d’annonce ? Les conditions évoquées par Trilles d’une ethnographie participante de longue durée dans les campements pygmées n’ont jamais été réunies dans le cadre de sa présence au Gabon de 1883 à 1907.
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[10]
Sur ces débats, voir Rosa (2003).
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[11]
Sur le thème de « l’invention des Pygmées », voir entre autres la mise au point de Bahuchet (1993).
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[12]
Voir Philippart De Foy (1984 : 17) qui se réfère au numéro de la Revue historique de 1891. Bahuchet (1993 : 167) conteste la présence du nom Akka sur cette inscription tombale représentant un « nain » qui danse divinement, il s’agirait plutôt d’un Donka.
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[13]
Voir entre autres l’inversion des lectures en termes de domination de Turnbull (1965).
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[14]
Voir le sens très discuté de l’appellation békü par laquelle les Fang les désignent (Trilles 1932 : 146).
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[15]
Tous les anthropologues qui ont travaillé depuis chez les Pygmées akka ou mbuti (Turnbull 1965 ; Bahuchet & Thomas 1981 ; Sawada 2001) considèrent que ce culte rendu à un dieu unique et bienveillant est une pure invention : la vie « spirituelle » y est essentiellement dominée par la référence au monde de la forêt, lieu d’une puissance dont dépend toute vie et toute mort, dont tout vient et où tout retourne, les chants et les rites s’adressant uniquement aux esprits des morts qui habitent ce lieu.
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[16]
On est bien loin des chants de la cérémonie molimo de « réveil de la forêt » des Mbuti décrite par Turnbull (1960 : 191-216) et également relatée par Schebesta (1952 : 267-277).
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[17]
L’original de la photo avant son « blanchiment » est reproduit dans Perrois (1979 : no 240).
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[18]
Mes italiques.
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[19]
Sur Trilles comme traducteur-producteur des contes fang, voir la préface de J. E. Mbot à la réédition de Contes et légendes fang du Gabon (Trilles 2002).
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[20]
On trouve des éléments de bilan critique de l’ethnologie religieuse missionnaire pygmée, surtout à vrai dire sur le chantier de longue durée de Schebesta, citons entre autres : Thiel (1977), Bahuchet (1993), Sawada (2001). Sur Trilles en particulier, voir Piskaty (1957) qui jette le doute sur ses écrits, au cœur même des publications d’Anthropos. Pour toutes les raisons évoquées dans cet article, la faisabilité d’une confrontation ethnographique comme celle qui peut être faite à propos des descriptions et interprétations de Schebesta (Museur 1969), est littéralement impensable dans le cas de l’ethnographie de Trilles, et pas seulement parce qu’elle précède de trente ans celle de Schebesta sur d’autres terrains (Bahuchet 1993). Seules les ethno-philosophies des Pygmées continuent à puiser dans de telles sources, voir Dupré (1975).
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[21]
Dans sa préface à Nuer Religion, l’anthropologue fait ce premier aveu : « Those who give assent to the religious beliefs of their own people feel and think, and therefore also write, differently about the beliefs of other peoples from thoses who do not give assent to them » (Evans-Pritchard 1956 : VII), mes italiques. M. Singleton (1972) qui a fait sa thèse avec E. P. sur le « monothéisme nilote » confirme l’influence directe du « théisme nuer » sur la re-conversion de l’anthropologue.
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[22]
Sur Le Roy comme « ethnologue accompli », voir P. Laburthe-Tolra (2000).
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[23]
Voir les conclusions de Michel Museur (1969 : 157) qui prêche, dans sa lecture de Schebesta et de Turnbull, pour une « objectivité » résolument relativiste pratiquant la juxtaposition des perspectives, sans confrontation empirique, comme si l’addition des points de vue était par elle-même une source de progrès de la connaissance.
Résumé
Cette contribution porte sur la production à la fois savante et militante d’une ethnologie catholique au service d’une anthropologie apologétique prenant le contre-pied de la culture universitaire et scientifique de son époque. Les travaux de Mgr Le Roy et du R. P. Trilles sur la religion « primitive » des Pygmées d’Afrique équatoriale sont une des applications du programme initié par Wilhelm Schmidt, le fondateur de la revue Anthropos et le père du monothéisme primitif. Cette ethnologie religieuse engagée par des missionnaires, connaissant le terrain, visait à faire des campements de « nos petits Négrilles » une sorte de « terrain apologétique ». Elle participe de la surinterprétation ethno-théologique des données ethnographiques mais elle est minée dès le départ par la contradiction d’une démarche qui vise à apporter la preuve sur le terrain ethnographique d’un dogme théologique. Elle s’est déconstruite d’elle-même en provoquant le grand rire des Pygmées pris en otage par Dieu et ses pères. La réhabilitation ambiguë des écrits de la Science des pères sur fond de relativisme oblige à poser le problème du recours au faux ethnographique dans cette entreprise apologétique.
Mots-clés
- Pygmées
- Trilles
- ethno-théologie
- missionnaire catholique
- monothéisme primitif
Mots-clés éditeurs : ethno-théologie, missionnaire catholique, monothéisme primitif, Pygmées, Trilles
The Pygmies’ Proof of God
The Equatorial Laboratory of Catholic Ethnology
The Pygmies’ Proof of God
This paper deals with Catholic ethnology research, both knowledgeable and militant, at the service of apologetic anthropology that took the opposing view to that held by the academics and scientists at the time. The works of Mgr Le Roy and R. P. Trilles on the “primitive” religion of the Pygmies in equatorial African is one application of the programme launched by Wilhelm Schmidt, father of primitive monotheism and the founder of the review Anthropos. The religious ethnology carried out by missionaries who knew the field, aimed to turn camps of “our little picaninnys” into a kind of “apologetic terrain”. It contributed to the ethno-theological over-interpretation of ethnographic data in that period, but was undermined from the start by the contradiction that lay in an approach aiming to provide proof of a theological dogma in ethnology. It deconstructed itself by provoking the amusement of the Pygmies themselves, hostage as they were to God and his priests. The ambiguous rehabilitation of the works of the Science des Pères against a relativist backdrop, requires us to raise the issue of using false ethnography in this apologetic enterprise.
Keywords
- Pygmies
- Trilles
- ethno-theology
- catholic missionary
- primitive monotheism
Mots-clés éditeurs : catholic missionary, ethno-theology, primitive monotheism, Pygmies, Trilles
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