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Article de revue

Du Temple de Salomon au Temple de l’Humanité

Pages 41 à 51

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  • Carniri, G.
(2019). Du Temple de Salomon au Temple de l’Humanité. La chaîne d'union, 88(2), 41-51. https://doi.org/10.3917/cdu.088.0041.

  • Carniri, Gael.
« Du Temple de Salomon au Temple de l’Humanité ». La chaîne d'union, 2019/2 N° 88, 2019. p.41-51. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-chaine-d-union-2019-2-page-41?lang=fr.

  • CARNIRI, Gael,
2019. Du Temple de Salomon au Temple de l’Humanité. La chaîne d'union, 2019/2 N° 88, p.41-51. DOI : 10.3917/cdu.088.0041. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-chaine-d-union-2019-2-page-41?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/cdu.088.0041


Bas-relief d’un autel de la cathédrale d’Auch, représentant le transport de l’Arche d’Alliance.

Description de l'image par IA : Deux hommes transportent une arche avec des vêtements longs.

Bas-relief d’un autel de la cathédrale d’Auch, représentant le transport de l’Arche d’Alliance.

1 Lorsque les Maçons font référence au Temple, de quoi s’agit-il au juste ? De l’édifice construit par les Hébreux sous la houlette du roi Salomon à Jérusalem pour accueillir l’Arche d’Alliance, ce coffre contenant les Tables de la Loi, au terme de leur pérégrination.

2 D’après la Bible, Salomon, fils du roi David, trouva le royaume des Hébreux lors de sa prise du pouvoir en 970 avant J.-C., en proie aux désordres internes et aux attaques du pharaon Siamon. Il sut rétablir la paix et la justice. Un des moyens dont il usa pour conquérir les bonnes grâces des chefs de tribus et de clans des États voisins, consista à ne prendre pas moins de sept cents épouses et trois cents concubines et de les unir ainsi à sa destinée. Chiffre sans doute symbolique, mais qui démontre la vigueur de sa diplomatie. Il demeure dans les consciences la figure du roi juste et bon, et celle du constructeur.

3 Le roi David, père de Salomon, fit de Jérusalem sa capitale et envisagea d’y construire le Temple, dénommé en hébreu « Maison de la Sanctification », qui devait abriter l’Arche d’Alliance. Il choisit un site, le sommet du Mont Moriah, qui accueille aujourd’hui la mosquée du Dôme. Là, il fit assembler, d’après le Livre des Chroniques, une grande masse de matériaux. Mais, pour le châtier de ses amours coupables avec Bethsabée, l’Éternel ne lui laissa pas l’honneur de construire le Temple.

4 Cette charge revint donc à son successeur Salomon.

5 Du Temple lui-même, il ne subsiste aucun vestige archéologique. Force est donc de nous en remettre à l’Ancien Testament pour en extraire une description. Le Temple se composait de trois parties. La première, le vestibule, correspondait au parvis. Puis venait la grande salle, où les fidèles honoraient Yahvé. Enfin le Saint des Saints, dans lequel se trouvait l’Arche et qui n’était accessible qu’aux seuls prêtres. L’ensemble avait une forme rectangulaire, c’est-à-dire de carré long, dont les proportions sont détaillées à loisir dans la Bible. Dans le vestibule, se trouvaient les deux colonnes d’airain dénommées Jakin et Boaz. C’est près de ces colonnes que les ouvriers venaient, selon la légende, recevoir leur salaire et qu’ils rangeaient leurs outils. Elles étaient surmontées de grenades. À côté de Jakin, on pouvait voir la Mer de Bronze, sorte de monumentale sculpture d’airain dont la signification s’avère obscure.

6 Le Saint des Saints était réputé orienté vers l’Orient, là où se lève le soleil. Des fenêtres grillagées éclairaient les salles du Temple.

Jakin et Boaz sont, selon la Bible hébraïque, les noms des deux colonnes de bronze fabriquées par Hiram et placées par le roi Salomon à l’entrée.

Description de l'image par IA : Illustration de deux colonnes avec des symboles et des inscriptions, encadrées par des motifs floraux et des figures.

Jakin et Boaz sont, selon la Bible hébraïque, les noms des deux colonnes de bronze fabriquées par Hiram et placées par le roi Salomon à l’entrée.

7 Tout cela doit faire l’objet d’une interprétation symbolique bien plus qu’historique. Le Temple fut détruit par Nabuchodonosor II en 586 av. J.-C. Le Second Temple, construit pas les Hébreux à leur retour de la captivité de Babylone, n’avait plus grand chose à voir avec son modèle historique et il fut profondément remanié par Hérode le Grand en 19 av. J.-C., avant d’être détruit par Titus en 70, à la suite de la révolte des Hébreux. Ne subsistent aujourd’hui que de rares vestiges, tel le mur occidental, connu sous le nom de « Mur des Lamentations ».

La symbolique du Temple

8 Que peut retenir le franc-maçon de la légende biblique ? Mieux vaut ne pas s’y fier au pied de la lettre. Nombre de kabbalistes et, dans leur sillage, de Maçons ont passé leur existence dans de subtiles interprétations symboliques de chaque ligne consacrée au Temple par les textes sacrés. Libre à chacun de s’adonner à semblables spéculations. Mais il est préférable, du moins dans un premier temps, de s’en tenir aux significations traditionnelles.

9 Venons-en maintenant à éclaircir quelques notions d’ésotérisme. En premier lieu, gardons-nous de confondre l’ésotérisme avec l’occultisme ou toute pratique magique. L’ésotérisme est un ensemble d’enseignements cachés aux yeux de la plupart, mais que l’initié persévérant parvient à percer. Chaque religion dispose en principe de deux parties. D’une part, sa pratique exotérique, celle de la croyance vulgaire. D’autre part, un corpus ésotérique que seule une poignée de chercheurs pourrait comprendre à force de travail et de persévérance. En ce qui concerne le judaïsme, il s’agit de la kabbale et de ses différentes variantes. Il ne faut pas voir dans les études kabbalistiques de quelconques messes noires et formules magiques, mais bien une démarche de lecture symbolique de l’Ancien Testament, très proche de la voie maçonnique. Dans l’islam, la tradition ésotérique la plus connue est le soufisme. Mais il en existe d’autres, dans le sunnisme, et surtout dans la branche chiite. Parmi les religions du Livre, ces deux-là ont conservé les études ésotériques au premier rang de la croyance et de la pratique. Tel n’est pas le cas du christianisme. Très tôt, en limitant le nombre d’Évangiles officiels à quatre, en supprimant ceux réputés apocryphes, et en en imposant une lecture dogmatique, la Vulgate, les autorités catholiques ont rayé d’un trait de plume tout ce qui divergeait du point de vue officiel. Mais malgré leurs efforts, la tradition ésotérique chrétienne a su se maintenir dans des cercles secrets et restreints. L’alchimie en particulier lui a servi de refuge. Puis, lors de la Renaissance, une myriade de relectures des textes s’est faite jour. Citons pour mémoire l’exemple de Pic de la Mirandole qui parvint à bâtir un cabalisme chrétien.

10 En ce qui concerne la franc-maçonnerie, les bâtisseurs des cathédrales ont peut-être aussi servi de réceptacles à cet enseignement. En tout cas, les symboles qui s’inscrivent dans l’architecture et dans la décoration des grands édifices gothiques semblent en témoigner. La cathédrale n’est elle-même qu’une reconstruction réinterprétée du Temple de Salomon.

11 Les trois parties du Temple revêtent une signification cosmogonique, tout comme le plan des cathédrales. Le vestibule représenterait le monde terrestre, la salle de prière, cette partie du ciel accessible aux croyants, le sanctuaire, le monde céleste, domaine de la divinité. Longtemps, les théologies occidentales se représentèrent ainsi l’univers. En gros, il y avait la terre, le ciel et, au-delà, un royaume inaccessible. Dans les églises gothiques, on retrouve semblable organisation, tant dans leur plan que dans l’élévation des piliers, des galeries et des voûtes. La seconde signification possible est celle du microcosme et du macrocosme. La première partie du Temple représenterait le petit univers que constitue tout homme. Le Saint des Saints serait le macrocosme qui englobe tout. Un dualisme entre la singularité et la totalité.

12 Cette lecture du Temple, le franc-maçon la retrouvera en permanence au cours de son parcours maçonnique. Elle s’impose comme une figure majeure de la réflexion spirituelle dans toutes les civilisations, suivant la tradition alchimiste : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». C’est-à-dire qu’il y aurait une analogie d’organisation entre l’univers et l’homme, que le composant élémentaire du monde, l’homo sapiens sapiens, serait à l’image de l’ensemble global dans lequel il s’inscrit. Une forme classique de figuration de ces rapports cosmologiques est le carré inscrit dans le cercle. Léonard de Vinci l’a illustré avec le dessin de l’homme au centre de ces deux figures géométriques.

L’homme vitruvien de Leonard de Vinci.

Description de l'image par IA : Dessin de Léonard de Vinci montrant un homme nu en position dynamique, bras et jambes écartés, encadré dans un cercle et un carré.

L’homme vitruvien de Leonard de Vinci.

13 Le franc-maçon pourra en dégager une multitude de lectures et de questions. Dans la tradition ésotérique, on en déduit qu’en se construisant lui-même, le franc-maçon concourt à la construction de l’humanité et de l’univers entier.

Le Temple de l’Homme et le Temple de l’Humanité

14 In fine, ce qui intéresse le Maçon réside moins dans l’édifice achevé que dans le processus de construction. C’est-à-dire qu’il s’agit moins de la convoitise d’un résultat que de la quête elle-même sans souci de conquête. Le Maçon doit d’abord se construire lui-même et apprendre à manier les outils à sa disposition, le maillet et le ciseau, l’équerre et le compas, le niveau et le fil à plomb. Il doit retrouver symboliquement les gestes ancestraux que maîtrisaient les constructeurs du Temple. La référence à une tradition aussi ancienne que celle de la construction du Temple de Salomon montre la permanence chez l’être humain du questionnement sur sa condition et sur son devenir. Elle indique aussi la méthode à suivre, celle du geste simple, comme les coups de maillet sur le ciseau. Une pratique qui ramène à l’essentiel et qui permet d’identifier le superflu. L’homme est devenu homme à partir de l’instant où il a commencé à s’interroger, à chercher à ne plus gesticuler en vain pour économiser les mouvements inutiles. C’est ce processus d’apprentissage du doute que l’Apprenti se voit incité à reprendre lors de son entrée dans la franc-maçonnerie. Cette parole que je m’apprête à prononcer, cet achat qui me tente, ne sont-ils pas superflus ? Voilà l’interrogation qui s’imposera au jeune Maçon, presque contre sa volonté. En se questionnant, en réitérant mille fois le geste, il apprendra à polir la pierre brute, c’est-à-dire à se débarrasser des aspérités qui l’encombrent depuis toujours. L’analogie avec la démarche psychanalytique saute aux yeux. Au cours de l’analyse, le sujet cherche à prendre progressivement conscience des blocages qui peuplent son subconscient pour supprimer les freins et les névroses qu’ils peuvent provoquer dans sa réflexion et son comportement. La construction du Temple de l’Homme relève d’une logique similaire. On retrouve aussi une préoccupation du même ordre dans le bouddhisme zen et dans les arts martiaux japonais, art du sabre ou aïkido, qui s’en inspirent. Par la répétition d’un geste simple, élémentaire, ou par le repliement sur soi, l’homme apprend presque malgré lui à s’épurer de ses scories. Il s’observe agissant et cet acte monotone le ramène à l’essentiel. Une forme de distillation de l’être jusqu’à que ne subsiste plus que son essence première. À ce titre, la franc-maçonnerie est une ascèse intellectuelle.

Travail de l’Apprenti.

Description de l'image par IA : Jeune garçon en apprentissage, assis par terre, travaillant sur un objet en bois avec des outils.

Travail de l’Apprenti.

15 L’homme ainsi dépouillé de ce qui l’encombre peut prendre sa place dans l’édifice collectif. Il devient une pièce du Temple, parfaitement ajusté à l’ensemble de la construction au sein de laquelle il doit s’insérer. Le but de la franc-maçonnerie ne saurait se borner à l’amélioration individuelle. Le franc-maçon travaille à l’amélioration intellectuelle et morale de l’humanité. Ainsi le veut l’histoire de l’Ordre. Ainsi disposent les Constitutions des obédiences françaises. Le Maçon ne doit donc pas se replier sur lui-même, mais s’impliquer dans la cité. S’il cherche l’amélioration personnelle, ce n’est pas par nombrilisme et pour se retirer au sommet d’une montagne, pour contempler avec mépris le monde à ses pieds. Le Maçon, s’il pratique l’ascèse, n’est pas un anachorète, un de ces mystiques qui se réfugiaient en haut d’une colonne, dans les premiers siècles du christianisme, en vue de se retrancher du monde. Le Maçon rêve d’une humanité plus juste et plus éclairée. Et il ne fait pas qu’en rêver. Il se doit de concourir à la construction du Temple de l’Humanité, sachant aussi que, dans ce domaine, il n’existe pas de paradis sur terre, mais que cette triste réalité n’interdit pas de croire au progrès, à une amélioration de la société grâce au travail acharné de quelques-uns.

Le Temple

16 Nous avons évoqué le Temple de Salomon. Venons-en maintenant au Temple maçonnique, en gardant à l’esprit son grand prédécesseur.

17 Le Temple ne ressemble en rien à une église puisque son centre est libre de toute occupation et ne sert qu’à placer le tapis de Loge, les trois piliers du Rite Écossais. Le pavé mosaïque y trouve aussi place. Les Frères et Sœurs occupent les deux longs côtés du rectangle. Nous allons sommairement décrire les éléments qui meublent le Temple.

Les colonnes et les bureaux des Surveillants

18 Le terme de « colonne » peut avoir deux acceptations. Soit il désigne les deux piliers circulaires J et B placés à l’entrée du Temple, soit les bancs qui s’alignent le long des murs, où prennent place les Frères. Ceux-ci sont le prolongement de ceux-là. D’où l’extension symbolique du terme. Au Rite Écossais, la place des piliers, par rapport au Rite Français, est inversée. Au sommet de chacune des colonnes, des grenades sont placées. La grenade symbolise l’ordre maçonnique. Ce fruit a une enveloppe qui lui confère un aspect homogène. Mais derrière cette apparence, on trouvera une infinité de grains. C’est le seul symbole issu du monde végétal présent au grade d’Apprenti. C’est au pied des colonnes que les ouvriers recevaient leur salaire dans la légende biblique. C’est aussi dans leur sein qu’ils rangeaient leurs outils.

L’Orient

19 À l’extrémité du Temple, se trouve l’Orient, là où se lève le soleil, où siègent le Vénérable Maître, l’Orateur et le Secrétaire. Notons que, près de la chaire du Vénérable, les visiteurs dignitaires ainsi que les Vénérables d’Honneur peuvent prendre place.

20 La chaire du Vénérable Maître est surmontée du Delta lumineux au milieu duquel un œil ouvert semble scruter l’assemblée des Maçons. Chacun peut interpréter ce symbole comme il l’entend et selon les enseignements de son rite. Œil de Dieu, du Grand Architecte, de la conscience humaine : c’est à chacun d’en décider, car « la franc-maçonnerie se refuse à toute affirmation dogmatique », comme le précise la Constitution du Grand Orient de France.

Le Temple Johannis Corneloup - Hôtel du Grand Orient de France - Paris.

Description de l'image par IA : Temple orné avec chandeliers et colonnes, autel central, deux chaises de chaque côté.

Le Temple Johannis Corneloup - Hôtel du Grand Orient de France - Paris.

21 Le Delta lumineux est encadré du soleil et de la lune. Encore un couple sur lequel le franc-maçon pourra méditer.

22 Les trois bureaux qui sont à l’Orient sont surélevés de trois marches par rapport au niveau du Temple. Décidément, le ternaire est omniprésent.

Le centre du Temple

23 Il est occupé par le pavé mosaïque. Cet échiquier rectangulaire représente l’équilibre entre les forces opposées. Nous pouvons le comparer au Yin et au Yang asiatiques. En permanence, l’être humain se voit ballotté entre des tensions contradictoires. Il doit en assurer l’équilibre. Il doit passer de la thèse à l’antithèse. La marche de l’initié passe sur le fil, entre les deux termes, sur la ligne infiniment petite qui sépare les deux domaines, le bien et le mal, la droite et la gauche, la certitude et le doute. Nous retrouvons là la synthèse que nous maîtrisons désormais parfaitement.

24 Devant le pavé mosaïque, on place le tapis de Loge, s’il en existe un, car bien des Loges, surtout au Rite Français, en sont démunies. Le tapis représente le Temple et les outils à la disposition des francs-maçons. Ceux-ci peuvent le contempler à loisir pour embrasser du regard la richesse de la symbolique de leur grade. Le musée de la franc-maçonnerie en possède d’admirables exemplaires.

25 C’est autour de cet espace central que les Frères circulent sans jamais empiéter, ni sur le pavé mosaïque, ni bien sûr sur le tapis de Loge. Les déplacements se déroulent dans le sens dextrocentrique au Rite Français et sinistrocentrique au Rite Écossais.

Tableau de Loge au grade d’Apprenti.

Description de l'image par IA : Tableau de Loge avec colonnes, symboles et soleil.

Tableau de Loge au grade d’Apprenti.

Les dimensions et l’orientation du Temple

26 Le Temple n’est un espace clos qu’en apparence, car symboliquement il s’étend du zénith au nadir et de l’Orient à l’Occident. Autrement dit, sur tout l’univers. C’est une façon d’illustrer deux aspects de la Maçonnerie. D’une part, sa vocation à l’universalité. Non pas qu’elle doive englober forcément l’ensemble de l’humanité, mais que ses valeurs, en particulier celles de sa devise « Liberté, Égalité, Fraternité », ont vocation à s’imposer à tous les peuples de la Terre. La République et la Maçonnerie ont encore une fois partie liée et n’ont de sens que par leur vocation à l’universel. D’autre part, dans une seconde lecture, nous retrouvons la devise alchimique « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » : le microcosme, formé par la Loge, est à l’image du macrocosme, l’univers.

27 Au demeurant, cette métaphore symbolique n’est pas un vain mot. La Maçonnerie couvre à présent la plupart des États de la Terre. Du Japon à l’Afrique, des Ateliers existent sur les cinq continents. En Europe, il n’y a encore que le pseudo État du Vatican qui l’ignore. Seuls les régimes totalitaires proscrivent encore l’Ordre, telle la Corée du Nord. Lors des déplacements à l’étranger, il est possible au Maçon de prendre contact avec des Frères d’obédiences amies, par l’entremise du Vénérable. La franc-maçonnerie ignore les frontières. Le franc-maçon est citoyen du monde.

28 Le Temple est symboliquement orienté, au sens propre du terme, c’est-à-dire tourné tout entier vers l’Orient, là où se lève le soleil. Cet axe du monde correspond à un hommage à la renaissance quotidienne de la nature. Nous l’avons vu, les Égyptiens craignaient que le Soleil sur sa barque ne réapparaisse pas au matin et qu’il soit vaincu au cours de la nuit par les forces de la Mort qu’il affrontait au cours de sa traversée des Enfers. Les Temples de Râ, le dieu solaire, étaient bâtis suivant la même direction. Les rayons de l’astre venaient en frapper les piliers lors des solstices, les deux fêtes dédiées au Soleil, celles que les francs-maçons continuent de célébrer par leurs deux banquets annuels. Dans la Grèce ancienne, les Temples d’Apollon respectaient une règle identique. Et que dire des cathédrales ? Les architectes médiévaux prenaient grand soin que les rayons du soleil éclairent le chœur au matin à travers les vitraux de l’abside. La course des astres entraîne aujourd’hui, au bout de sept ou huit siècles, de légers décalages dans les angles solaires, mais des calculs astronomiques simples permettent de rétablir l’éclairage très particulier qui baignait les églises gothiques au moment de leur construction. Chartres en particulier exploite au mieux cette symbolique. Y compris pour les solstices. C’est du Vénérable que rayonne la lumière du Levant. Et celle-ci éclaire tout le Temple.

La Voûte étoilée

29 Si nous tournons maintenant nos yeux vers le plafond du Temple, ce sera pour constater qu’il s’ouvre sur le ciel. Traditionnellement, nous pouvons y observer les constellations, celles qui permirent aux Anciens de bâtir les premiers fondements de la mathématique et de la physique.

30 En général, ce sont les signes du zodiaque qui sont reproduits. L’astrologie fait partie des disciplines ésotériques. Elle fut très en vogue au XVIe siècle, à l’époque où Catherine de Médicis fit construire un observatoire jouxtant son palais pour son astrologue, Ruggieri. On voit encore cette tour, à côté de l’ancienne Bourse du commerce, à deux pas de Saint-Eustache. Il faut moins chercher dans les astres une prédiction de l’avenir, sous peine de sombrer dans l’occultisme, qu’une meilleure connaissance de soi et de l’univers. Cette enquête sur les étoiles fut historiquement essentielle aux progrès de la science. C’est la curiosité que suscita le mouvement des astres qui déboucha sur les hypothèses les plus précoces d’explication du monde. La genèse de la science appartient aux étoiles. De Pythagore à Newton, en passant par le Frère Élisée Reclus et ses descendants, nombre de chercheurs scrutèrent la Voûte étoilée pour y découvrir le mystère des mouvements du monde. Un des plus beaux textes maçonniques est sans doute L’Astronomie populaire de Camille Flammarion. Celle-ci inspira nombre d’artistes maçons, à commencer par le poète Schiller, l’auteur des paroles de L’Hymne à la joie, mis en musique par le profane Beethoven.

La voûte étoilée du Temple de Tarbes.

Description de l'image par IA : Dame allongée sous une voûte étoilée.

La voûte étoilée du Temple de Tarbes.

31 Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas : en observant les étoiles, le Maçon se contemple lui-même. Ajoutons enfin que la couleur de la Loge d’Apprenti est le bleu, comme celui du ciel. Le bleu symbolise une forme de candeur et aussi de paix de l’esprit.

32 Quant à notre Temple, en contrepoint de la Voûte étoilée, il plonge jusqu’aux tréfonds de la Terre.

Aux murs du Temple

33 Le Temple est éclairé de trois fenêtres. Il reçoit ainsi la lumière du monde. En a-t-il besoin, compte tenu de ses dimensions universelles ? Sans doute s’agit-il là d’un simple rappel au fait que le Maçon ne saurait rester étranger à ce qui se passe dans la cité.

34 En haut du Temple court une corde, parsemée d’entrelacs, et terminée par des houppes dentelées. La corde signifie le lien qui unit les Maçons de la Loge. Elle s’apparente à la Chaîne d’Union. Les entrelacs sont comme les maillons. Ils indiquent que ce n’est pas une entrave, mais l’amour fraternel qui rassemble les Frères et les Sœurs. C’est pourquoi on les dénomme « Lacs d’Amour ». Enfin, la corde n’est pas fermée, ses extrémités restent ouvertes, comme le Temple sur le monde. Les houppes dentelées qui en marquent les deux extrémités sont comme des points de suspension, montrant que la fraternité n’est pas achevée, qu’elle a vocation à, sans répit, accueillir de nouveaux éléments venus de l’extérieur.

35 Dans nombre de traditions ésotériques, et aujourd’hui dans certains rites africains, les enceintes sacrées ne sont pas enserrées dans une construction en dur, mais simplement signalées par une corde tendue entre quatre piquets.

36 « Ici, tout est symbole », commente le rituel d’initiation. Chaque objet, chaque décor du Temple a son importance. Le franc-maçon doit s’en pénétrer avant de franchir l’espace qui sépare l’une et l’autre colonne.


Date de mise en ligne : 31/03/2023

https://doi.org/10.3917/cdu.088.0041