Article de revue

Le standing working group de l'ISCHE – Sydney 2005

Pages 189 à 192

Citer cet article


(2005). Le standing working group de l'ISCHE – Sydney 2005. Carrefours de l'éducation, 19(1), 189-192. https://doi.org/10.3917/cdle.019.0189.

« Le standing working group de l'ISCHE – Sydney 2005 ». Carrefours de l'éducation, 2005/1 n° 19, 2005. p.189-192. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-carrefours-de-l-education-2005-1-page-189?lang=fr.

2005. Le standing working group de l'ISCHE – Sydney 2005. Carrefours de l'éducation, 2005/1 n° 19, p.189-192. DOI : 10.3917/cdle.019.0189. URL : https://shs.cairn.info/revue-carrefours-de-l-education-2005-1-page-189?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/cdle.019.0189


1L’ISCHE (l’International standing Conference for History of Education) organise chaque année un congrès d’historiens sur un thème lié à une problématique d’éducation au cours duquel se rencontrent des chercheurs en histoire de l’éducation des différents continents ((www. inrp. fr/ she/ ische),sans exclusive vis-à-vis des socio-historiens ou des sociologues.

2À Paris en 2002, le thème du congrès était : « L’enseignement secondaire, histoire institutionnelle, culturelle et sociale »; en 2003, à São Paulo « École et modernité, Connaissances, institutions et pratiques », et en 2004 à Genève, « Éducation nouvelle : genèses et métamorphoses (1880-1980)». En 2005, à Sydney, il s’agira de réfléchir sur « Barrières et frontières dans l’histoire de l’éducation ». À chaque session, outre trois ou quatre grandes conférences, c’est plus de deux cents communications qui sont entendues. Une autre particularité de l’ISCHE est d’abriter des Standing working groups (SWG, groupes de travail permanents) qui développent une problématique sur une durée de 7 à 8 années.

3La particularité du congrès de Sydney en cette année 2005 est qu’il prend place au sein du CISH (International Congress for the Historical Sciences), très vaste manifestation scientifique internationale.

4Initié en 2002 à Paris, un Standing working group s’est constitué autour des questions du syndicalisme enseignant; il s’intitule RESEAU (Recherches et études sur le syndicalisme enseignant et les associations universitaires) et est piloté par André Robert (université de Lyon2) et Jeffrey Tyssens (universités de Bruxelles et de Gand).

5Le groupe de travail vise à étudier les syndicats et autres organisations professionnelles en s’inscrivant dans la perspective du « processus de professionnalisation » et du « projet professionnel » (entendu au sens sociologique): ensemble de stratégies déployées en vue de conquérir le contrôle exclusif de son activité de travail, et d’améliorer en conséquence sensiblement son statut économique et social. La manière de s’associer, de concevoir la représentation et l’action collectives n’est pas dissociable de la manière dont se sont historiquement constitués les métiers de l’enseignement. Le collectif de chercheurs internationaux participant au SWG se propose d’analyser ces diverses dimensions et ces stratégies au cours d’une période s’étendant de la stabilisation des systèmes nationaux d’éducation jusqu’à nos jours, et projette d’établir, au terme de ses travaux, un état partiel du syndicalisme enseignant dans le monde.

6Dans un premier temps, RESEAU a décidé de concentrer ses efforts sur la thématique de la grève enseignante, comme révélatrice d’enjeux essentiels au regard de cette problématique du projet professionnel. Il n’y a aucune évidence historique, en effet, à ce que le corps enseignant recoure à l’arme de la grève, originellement plus caractéristique du mouvement ouvrier. Après une discussion collective approfondie à São Paulo en 2003, la session de Genève de juillet 2004 s’est avérée très productive, accueillant onze communications dont certaines sont publiées dans ce numéro de Carrefours de l’éducation, les autres feront l’objet d’une publication sur un autre support, sans doute la revue internationale Paedogogica historica.

7Pour introduire les échanges, André Robert et Jeffrey Tyssens se sont interrogés sur le point suivant : comment « cartographier » la grève enseignante ?

8Ils ont mis en chantier une grille d’analyse du phénomène gréviste au prisme du projet professionnel. Il s’agit d’analyser la grève enseignante dans une perspective comparatiste, prenant en compte un ensemble de facteurs pertinents relatifs à la problématique définie. Les deux auteurs partent de la tentative de définition de la notion de grève avant de spécifier cette définition pour le milieu enseignant. Un simple constat d’arrêt de travail ne suffit pas.

9A.Robert et J. Tyssens remodèlent d’abord les composantes établies par le sociologue belge Robert Gubbels (La grève, phénomène de civilisation, 1962) au regard du type d’actions collectives caractéristiques du groupe professionnel enseignant (1er et 2nd degrés). Ils tentent de les rendre opérationnelles dans une grille de lecture suffisamment souple comprenant trois niveaux d’analyse, qui peuvent être délimités comme suit : contexte, phénoménologie à visée cartographique, interprétation. Différents exemples empruntés à des contextes nationaux divers (France, Belgique, États-Unis, Angleterre, Allemagne) ont permis de mettre au jour des éléments de modélisation sur les débats-clés autour de la grève, les moments inauguraux des premières grèves, les grèves limitées, grèves « au finish », grèves « à rebours », les grèves de longue durée et les connexions aux grèves générales, etc.

10Cette contribution a eu l’objectif de construire et soumettre à discussion un outil analytique qui puisse être partagé par un ensemble de chercheurs participant au travail commun et faciliter la perspective comparatiste.

11Une série de communications s’est inscrite dans le contexte français. Yves Verneuil (CURSEP, Amiens) a analysé la première grève des professeurs de lycée : la grève du baccalauréat de 1927, mouvement aux motivations essentiellement catégorielles. Quoique rétrospectivement cette action puisse paraître plus conservatrice que progressiste, une partie de la presse critiquait néanmoins les agrégés, qui choisissaient les manières de faire caractéristiques du syndicalisme contre la hiérarchie et le respect de l’ordre établi. Robert Hirsch (université Paris XIII) a présenté son étude de la grève des instituteurs dans le département de la Seine en 1947, grève qui a en quelque sorte valeur de « rupture instauratrice » au sein du milieu concerné. Les instituteurs parisiens membres du SNI n’acceptent pas l’injonction du bureau national de cesser leur mouvement et votent massivement la poursuite de la grève commencée le 21 novembre. La section de la Seine reste seule dans l’action : il s’agit d’une rupture de discipline, alors rare dans le syndicalisme enseignant. La grève dure jusqu’au 6 décembre, voire au 10 pour les membres de la minorité Unité et Action. Selon Robert Hirsch, l’attitude des responsables de la Seine préfigure le choix de l’autonomie, qui sera au printemps 1948 celui de l’ensemble de l’organisation syndicale. Julien Veyret (doctorant Paris XIII) a étudié la grève des professeurs techniques adjoints (PTA) de 1962, expressive de la cohésion du Syndicat national de l’enseignement technique (SNET). À travers ce mouvement revendicatif, restreint temporellement, se posent les problématiques de la cohésion professionnelle, de l’univers de référence de ces syndiqués et de leur conception propre du syndicalisme.

12Michaël Attali (université Grenoble1) s’est interrogé à propos de la mobilisation des enseignants d’éducation physique et sportive (EPS) français dans les années 1970 : mouvements de repli ou actions de promotion professionnelle ?

13L’organisation de la première grève spécifique par le SNEP le 10 mars 1970 et surtout l’intensification des mouvements de mobilisation tout au long de la décennie soixante-dix marquent un net engagement en vue de défendre des revendications propres tout en étant attachées à s’inscrire dans les problématiques du mouvement syndical enseignant. La multiplication des formes d’action est le signe de la constitution d’un groupe homogène et, à certains égards, en voie d’autonomisation (de réalisation de son « projet professionnel »). Bruno Poucet (CURSEP, IUFM de l’académie d’Amiens) a examiné la spécificité de la grève dans les établissements d’enseignement privé en France du point de vue des syndicats. La question de la grève, inenvisageable dans les débuts, devient vite non seulement une question, mais une réalité, à la fin des années 1950. Il est vrai qu’un acte politique majeur s’est produit qui a modifié le rapport d’employeur à employé, la loi Debré, qui fait de l’État l’employeur d’un nombre de plus en plus important de maîtres. Enfin Laurent Frajerman (université Paris 13) a traité de la construction des pratiques grévistes des enseignants français (1948-1959). L’usage du recours à la grève se modifie radicalement à la fin des années quarante et dans les années cinquante.

14La FEN prend alors l’habitude de lancer presque tous les ans des grèves de 24 ou de 48 heures. Dans leur majorité, celles-ci concernent l’ensemble de la fonction publique et sont préparées à froid par des phases intenses de diplomatie intersyndicale. L’autonomie de la FEN ne contrarie pas ce phénomène, qui se développe après la scission confédérale. La grève tend à exprimer, par son caractère massif, l’unité constituée du corps enseignant. La ritualisation en cours à partir de 1949 est un signe de l’instauration de pratiques grévistes, qui marquent durablement le syndicalisme enseignant. L. Frajerman esquisse une typologie des grèves enseignantes sur la période : journées d’action, grèves fortes, grèves exclusivement enseignantes ou de la fonction publique, etc.

15Une autre série de communications, elles aussi très intéressantes, a été faite par des chercheurs en provenance d’autres pays. J.F. A. Braster (université d’Utrecht), qui a travaillé avec G. Van Kooten (université Erasme de Rotterdam) et avec M.M. de Pozo Andrès (université d’Acala, Espagne), a présenté – sur la base d’une méthode statistique – l’histoire des grèves enseignantes aux Pays-Bas de 1820 à 2000 : notions théoriques et comparaisons empiriques. Lies Van Rompaey (université catholique de Leuven) a étudié comment les enseignants la Fédération des Instituteurs chrétiens (COV) ont débattu et se sont positionnés par rapport à la grève entre 1893 et 1983.

16Harry Smaller (université York de Toronto) a analysé l’histoire d’une tension parmi les syndicats d’enseignants canadiens autour de l’option gréviste ou non gréviste. Enfin Paula Perin Vicentini (université de São Paulo) a développé une approche très originale de l’identité enseignante en faisant l’analyse d’un corpus de photographies parues dans la presse brésilienne à l’occasion de plusieurs mouvements de grève particulièrement marquants entre 1963 et 1969.

17La prochaine rencontre de Sydney en juillet 2005 sera l’occasion de préciser la suite du travail, et d’élargir le champ des investigations, notamment à travers des communications de chercheurs australiens et asiatiques. Elle comprend le programme suivant :

  • André Robert, Jeffrey Tyssens & Paula Vicentini : Comparer deux grèves générales d’enseignants : la question des représentations internes et externes (Belgique francophone 1996, France 2003)
  • Harry Smaller : Teacher Strikes in West Canada in the 1920s
  • Wu Lingchuan : The Dilemma of Teacher Unionisation in Taiwan
  • Bruno Poucet : La notion de grève dans deux syndicats enseignants français confédérés.
  • Claude Carpentier : Teachers Unions and Strikes in South Africa
  • Teresa Mariano Longo : Politiques néolibérales et syndicalisme enseignant : l’exemple de l’Italie
  • Michael Attali : Militer, revendiquer, manifester : le débat sur la présence des enseignants d’EPS français dans la rue (de 1945 à nos jours)
  • Manuel Tavares : La problématique de la grève des enseignants au Portugal, dans la deuxième moitié des années 1970.

18La phase ultérieure 2006-2008 sera orientée vers la publication finale d’un livre qui devra inclure des contributions concernant l’état du syndicalisme enseignant lié à la question du projet professionnel dans différentes parties du monde. D’ores et déjà, le SWG RESEAU fait appel à tous autres contributeurs en mesure de participer à ce travail (monographies par pays et/ou continent et études comparatives).

19André D. Robert, aandre. robert@ univ-lyon2. fr Jeffrey Tyssens, jeffrey. tyssens@ tiscali. be


Date de mise en ligne : 01/01/2008

https://doi.org/10.3917/cdle.019.0189