Article de revue

« En fait, c’est facile ! »

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Citer cet article


  • Banasik, B.
(2019). « En fait, c’est facile ! » Cahiers pédagogiques, 557(8), 29-29. https://doi.org/10.3917/cape.557.0029.

  • Banasik, Benjamin.
« “En fait, c’est facile !” ». Cahiers pédagogiques, 2019/8 N° 557, 2019. p.29-29. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-cahiers-pedagogiques-2019-8-page-29?lang=fr.

  • BANASIK, Benjamin,
2019. « En fait, c’est facile ! » Cahiers pédagogiques, 2019/8 N° 557, p.29-29. DOI : 10.3917/cape.557.0029. URL : https://shs.cairn.info/revue-cahiers-pedagogiques-2019-8-page-29?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/cape.557.0029


Eh non, il ne suffit pas de sanctionner les infractions aux règles de la classe pour avoir de l’autorité. Un professeur de collège redécouvre les vertus de la bienveillance.

1 Nous sommes en classe de 5e avec un effectif de vingt- cinq élèves. Nous étudions la mesure de l’intensité du courant dans une boucle électrique simple. La séance est expérimentale avec une résolution de problème, de type démarche d’investigation. La situation est présentée aux élèves, nous formulons ensemble une problématique et des hypothèses ; dans un premier temps, les élèves y réfléchissent de manière individuelle, ensuite nous échangeons collectivement autour de leurs idées. Le protocole se met en place. Les interactions professeurs-élèves et élèves-élèves sont nombreuses.

« Cesse tes bavardages! »

2 Giovanny attire mon attention. Il bavarde régulièrement, ne fait pas ses devoirs, dit ne rien comprendre et n’attend pas grand-chose du cours de physique-chimie. J’ai essayé à plusieurs reprises de lui imposer les règles de classe : « Cesse tes bavardages, mets-toi au travail, arrête d’embêter ta voisine, etc. » Ces règles sont établies en début d’année avec les élèves. Outre le caractère spécifique de la salle de sciences (sécurité, matériel, déplacements), il s’agit de réaffirmer des éléments du règlement intérieur du collège, à savoir les conditions de la mise en œuvre d’une ambiance de travail sereine, les droits et les devoirs de chacun, les punitions auxquelles les élèves s’exposent s’ils ne les respectent pas. Je donne régulièrement à Giovanny du travail supplémentaire, l’écriture d’une rédaction sur son attitude, des heures de retenue. J’ai également contacté les parents pour les informer de son attitude problématique et trouver des solutions ensemble. Malheureusement, rien ne change.

3 J’ai une crainte, perdre la face devant le reste de la classe. Je dois rester crédible aux yeux de mes élèves, avec une posture d’enseignant transmetteur de savoirs et de valeurs, facilitateur dans les apprentissages et régulateur des interactions. Si je suis permissif avec un élève en particulier, alors les autres élèves y voient une brèche et s’y engouffrent. Tous sont sensibles à l’égalité de traitement lors de digressions. J’ai vingt-cinq paires d’yeux face à moi qui me scrutent ; je ne peux pas me permettre d’être plus indulgent avec un élève en particulier. D’ailleurs, les élèves ne se gêneraient pas pour me le faire remarquer.

4 Au cours de ma semaine, douze classes de vingt-cinq élèves se suc- cèderont. Je dois avoir en tête pour chacune d’entre elles l’état d’avancement du travail du groupe, les difficultés rencontrées par les élèves pour pouvoir y remédier, et me rappeler lesquels ont perturbé le cours. Ces vicissitudes du métier, conjuguées à des élèves qui n’accrochent pas à mon enseignement, me remettent en question et m’interrogent sur mes pratiques. Dans quelle mesure un cadre de travail, défini avec les élèves, peut-il leur permettre à tous de travailler sereinement ?

Être là

5 Face à cet élève qui ne répond pas à mes « cesse tes bavardages, mets- toi au travail, sors ton carnet de correspondance », j’essaye de changer de méthode, en faisant en sorte que le travail et les efforts viennent de lui. Au cours de la séance, je décide, lors des échanges avec la classe, de rester près de lui. Je reformule les consignes avec lui et lui consacre plus de temps. Quelques instants plus tard, il se met au travail. Il finit même par entrainer avec lui sa voisine de paillasse, fier de lui montrer qu’il a compris. Il est entré dans la démarche scientifique et a complété sa fiche, comme tous les autres.

6 À dix minutes de la sonnerie, avant que je ne ramasse les feuilles, Giovanny, content et soulagé, me dit ouvertement, sans lever la main : « Monsieur, en fait c’est facile, il suffit d’écouter. » Qu’il parle sans lever la main n’est pas pour moi un problème, puisque mon objectif était qu’il se mette au travail et qu’il arrête de bavarder. C’est chose faite. Ce rituel à effectuer pour la prise de parole sera corrigé ultérieurement.

7 À la fin de la séance, j’ai échangé avec Giovanny sur son travail du jour. Il se rend compte de ses capacités : les tâches scolaires ne sont pas si difficiles pour lui, finalement.

8 Nous avons convenu d’un changement de place, il est maintenant assis au premier rang. Il bavarde nettement moins, participe, et les règles de vie de classe commencent à se mettre en place pour lui. Ainsi, il lève la main plus facilement pour parler.

Ce que nous apprennent les élèves difficiles

9 C’est en étant bienveillant, au plus près de mes élèves, en leur laissant toujours une chance, en leur consacrant plus de temps que j’arrive à les embarquer dans les apprentissages.

10 La méthode frontale avec un jeu de dominateur et de soumis (que j’ai pu utiliser à l’occasion) ne réussit pas forcément avec tous les profils d’élèves ou de classes. Pour ma part, c’est une formidable expérience de remise en question de mon autorité. Face à des élèves difficiles, en manque de sens et d’intérêt pour l’école, il ne faut rien lâcher. Sans cesse je réaffirme les règles, les codes, le fonctionnement d’une classe ; avec la pédagogie, je valorise les élèves et les embarque en leur montrant qu’ils ont des capacités, qu’ils progressent peu à peu. Le pédagogue n’a jamais épuisé toutes les ressources.


Date de mise en ligne : 05/05/2024

https://doi.org/10.3917/cape.557.0029