Article de revue

Consommation de cannabis et motivation sportive

Pages 477 à 484

Citer cet article


  • Maugendre, M.
  • et Spitz, E.
(2008). Consommation de cannabis et motivation sportive. Bulletin de psychologie, Numéro 497(5), 477-484. https://doi.org/10.3917/bupsy.497.0477.

  • Maugendre, Marjorie.
  • et al.
« Consommation de cannabis et motivation sportive ». Bulletin de psychologie, 2008/5 Numéro 497, 2008. p.477-484. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-bulletin-de-psychologie-2008-5-page-477?lang=fr.

  • MAUGENDRE, Marjorie
  • et SPITZ, Elisabeth,
2008. Consommation de cannabis et motivation sportive. Bulletin de psychologie, 2008/5 Numéro 497, p.477-484. DOI : 10.3917/bupsy.497.0477. URL : https://shs.cairn.info/revue-bulletin-de-psychologie-2008-5-page-477?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/bupsy.497.0477


Introduction

1Actuellement, l’augmentation et la complexification des usages du cannabis rendent légitime la question de l’existence d’un lien entre consommation de cannabis et motivation sportive. Après une revue non limitative de la littérature sur la consommation de cannabis en France, ainsi que dans les autres pays, nous nous intéresserons aux études de consommation de cannabis chez les sportifs. Puis, sera posée la question de savoir si certaines orientations motivationnelles dans le sport sont associées à un plus grand risque de consommation de cannabis.

Consommation de cannabis

2Le cannabis est la substance illicite la plus consommée en France et sa consommation a augmenté de façon significative au cours des dix dernières années (Costes, 2006). La consommation de cannabis concerne, globalement, tous les milieux sociaux, même si certaines nuances peuvent être relevées. Le cannabis est un peu plus consommé par les élèves et les étudiants (Beck, Legleye et coll., 2006), les célibataires (Beck, Legleye, 2003a), les chômeurs et, parmi les actifs, par les professions intermédiaires et nettement moins par les ouvriers (Legleye, Beck, 2004).

3L’adolescence constitue un moment-clé du risque d’entrée dans la consommation : en France, aujourd’hui, un jeune de 17 ans, sur deux, a expérimenté le cannabis (en a déjà fumé au moins une fois dans sa vie), et cette expérimentation a lieu, en moyenne, vers 15 ans et, en particulier, en fin de semaine.

4Cette proportion, certes éloignée des niveaux d’expérimentation de l’alcool et du tabac (respectivement, plus de neuf et huit adolescents sur dix), est en augmentation depuis plusieurs années. Chez les jeunes adultes, l’expérimentation de cannabis a doublé depuis le début des années 90 : en 1992, 18 % des 18-44 ans déclaraient avoir déjà fumé du cannabis au cours de leur vie, contre 35 % en 2002 (Beck, Legleye, 2003a ; Beck, Cytrynowicz, 2006). Un accroissement de la consommation est également constaté dans les pays de l’Union européenne (OEDT, Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, 2003), aux États-Unis d’Amérique (Bauman, Phongsavan, 1999), en Australie et en Nouvelle-Zélande (Degenhardt, Lynskey, Hall, 2000), pays ayant déjà, au départ, une forte prévalence de consommation de cannabis. Néanmoins, on observe, en France, entre 2003 et 2005, une légère tendance à la diminution de la consommation parmi les filles et une stabilité parmi les garçons, signes qui confirment le palier déjà observé entre 2002 et 2003, après la hausse continue, observée depuis le début des années 1990 (Enquête ESCAPAD, Enquête sur la santé et les consommations lors de l’appel de préparation à la défense, 2005 ; voir Beck, Legleye, Spilka, 2005). Des groupes spécifiques peuvent être concernés plus que d’autres. Par exemple, comparés au reste de la population des 18-25 ans, les étudiants de l’enseignement supérieur se caractérisent par un usage du cannabis plus répandu. Ce serait le contexte de la vie étudiante et non le niveau d’études proprement dit qui est discriminant dans la dynamique des consommations. Nous pouvons supposer que d’autres groupes sociaux sont également affectés par la problématique du cannabis.

Consommation de cannabis et pratique sportive

5Le domaine sportif est souvent associé à des valeurs positives de santé, d’intégration sociale et de bien-être, de sorte que sport et drogues ont, longtemps, été tenues pour antinomiques. À l’égard de la jeunesse, le sport a été vu comme un moyen de socialisation, permettant de canaliser l’agressivité et développer l’estime de soi. À ce titre, en France comme ailleurs, de nombreuses actions de prévention ont présenté le sport comme une alternative à la consommation de produits psychoactifs.

6Toutefois, des études remettent partiellement en cause cette croyance. À l’adolescence, la pratique sportive pourrait encourager l’usage de telles substances (Billet, 2001), car, d’une part, elle fournirait des occasions d’usage et, d’autre part, elle pourrait induire un stress favorisant l’usage de tabac ou de cannabis à des fins anxiolytiques (Perreti-Watel, Beck, Legleye, 2002). De nombreuses études rapportent que la pratique du sport est liée, significativement et positivement, avec les consommations de produits psychoactifs, tels que le tabac, l’alcool et le cannabis : le fait de pratiquer une activité sportive augmente la probabilité de consommer ces substances (Choquet, 1999 ; Choquet, Bourdessol, 2001 ; Franques, Auriacombe, Tignol, 2001 ; Pillard, Cances-Lauwers et coll., 2001 ; Peretti-Watel et coll., 2002 ; Beck, Legleye, Peretti-Watel, 2003b ; Laure, Binsinger, Lecerf, 2003 ; Avers, Choquet, 2003). De plus, lorsque le sport est pratiqué en compétition, les jeunes sont particulièrement en cause dans les usages de produits psychoactifs (Choquet, Avers, 2002) : une corrélation en U, entre intensité sportive et consommation, a été observée. Ceux qui consomment le plus de substances sont ceux qui ne pratiquent pas de sport et ceux qui en pratiquent plus intensément. Quant aux sportifs de loisirs, ils consommeraient modérément. La littérature n’est pas unanime quant aux liens qui pourraient exister entre la pratique d’un sport et l’usage du cannabis. Les sports athlétiques (athlétisme, natation, vélo) sont plus liés à des usages de cannabis (Beck et coll., 2003b). En revanche, d’autres études ne montrent pas de lien entre la pratique sportive, mesurée de façon quantitative et la consommation de cannabis (Choquet, Ledoux et coll, 2000). Guagliardo, Peretti-Watel et coll. (2003) rapportent, quant à eux, que les consommations de cannabis, pour les deux sexes, sont plus faibles dans les pôles espoirs que dans la population générale française, à 17 ans. La pratique de la compétition, au niveau international ou olympique, est associée à un usage occasionnel de cannabis, plus fréquent chez les filles.

Modèle hiérarchique de la motivation et buts d’accomplissement

7Afin de mieux cerner le lien entre consommation de cannabis et motivation sportive, cette étude s’appuie sur le modèle hiérarchique de la motivation dans la pratique sportive (Vallerand, 1999, 2001), ainsi que sur le modèle des buts d’accomplissements dans la pratique sportive (Elliot, Church, 1997).

8Le modèle hiérarchique de la motivation découle de la théorie de l’autodétermination (Deci, Ryan, 1985, 2000), qui suppose que les personnes sont fondamentalement motivées à agir, soit de façon intrinsèque (impliquant que l’individu pratique une activité, parce qu’il en retire du plaisir et une certaine satisfaction), soit de façon extrinsèque (survenant lorsque l’individu tente d’obtenir quelque chose en échange de la pratique de l’activité) ou soit amotivées (absence de motivation autodéterminée chez l’individu). Deci et Ryan (2000) affinent leur modèle et postulent qu’il existe différents sous-types de motivation extrinsèque, situés sur un continuum d’autodétermination : 1o la motivation extrinsèque par régulation externe est caractérisée par un comportement, contrôlé par des récompenses ou des menaces (par exemple, aller en éducation physique et sportive pour éviter d’être puni) ; 2o la motivation extrinsèque par régulation introjectée apparaît lorsque l’individu internalise les raisons du comportement. Ainsi, l’individu agit pour éviter des sentiments négatifs (par exemple, la culpabilité) ou pour rechercher l’approbation des autres ; 3o la motivation extrinsèque par régulation identifiée, pour laquelle l’action est motivée par une appréciation des conséquences de celle-ci, comme l’amélioration de la forme physique ou la prévention des maladies ; enfin, 4o la motivation extrinsèque par régulation intégrée est la forme la plus autodéterminée de régulation extrinsèque, l’action est réalisée en fonction de son utilité ou de son importance pour ses buts personnels.

9En 1999, Vallerand proposa de subdiviser la motivation intrinsèque en trois sous types. Sa taxonomie différencie : 1o la motivation intrinsèque à la connaissance, définie comme l’engagement dans une activité pour le plaisir que la personne retire en apprenant des éléments nouveaux dans sa pratique sportive. Par exemple, le joueur de tennis qui pratique parce qu’il aime apprendre de nouveaux aspects du service ; 2o la motivation intrinsèque à l’accomplissement, définie comme l’engagement dans une activité pour le plaisir de créer, d’accomplir quelque chose ou de se surpasser soi-même. La personne est centrée sur le processus et non pas sur le résultat (par exemple, le joueur de tennis, qui s’exerce au service, pour le plaisir de réaliser un ace) ; enfin, 3o la motivation intrinsèque à la stimulation, correspondant au fait de participer à une activité pour les sensations plaisantes qu’elle procure (par exemple, le coureur de fond pratique la course, car elle lui permet de ressentir des sensations agréables par rapport à l’air). La motivation, qu’elle soit extrinsèque ou intrinsèque, est associée aux buts d’accomplissement que la personne met en place.

10Le modèle des buts d’accomplissement, d’Elliot et Church (1997), distingue les motivations d’approche et d’évitement. Deux types de motivations d’approche sont à distinguer : soit 1o autoréférencée, en se comparant à des normes internes (par exemple, les progrès personnels), nous parlerons de buts d’approche de la maîtrise (par rapport à soi-même) ; soit 2o socialement référencée, en se comparant à des normes externes (par exemple, être plus fort que l’autre), nous parlerons de buts d’approche de la performance (en référence aux autres). Les états motivationnels sont indépendants ; ainsi, une personne peut être, à la fois, impliquée dans son activité, en référence à elle-même, mais également aux autres. En 1999, Elliot proposa une troisième dimension, dans la motivation d’accomplissement, en intégrant 3o le but d’évitement de la performance, dans lequel la personne évite la démonstration d’incompétence normative.

Consommation de produits et motivation sportive

11La motivation dans la pratique sportive, conceptualisée par Vallerand (1999) et les buts d’accomplissement (Elliot, Church, 1997), peuvent favoriser la compréhension des liens entre consommation de produits et objectif sportif personnel. Ainsi, Balaguer, Castillo et coll. (1997) ont étudié les relations entre l’orientation des buts et les habitudes comportementales de garçons et de filles âgés de 11 à 17 ans. Leurs résultats montrent que l’orientation vers des buts de maîtrise est liée positivement à l’investissement dans la pratique sportive et liée négativement à la consommation de substances nocives pour la santé (tabac, alcool). D’un autre côté, Papaioannou, Karastogiannidou et coll. (1999), sur un échantillon de 4 434 adolescents, rapportent que l’orientation vers des buts de maîtrise et la perception d’un environnement valorisant la tâche étaient associées positivement à des comportements de participation active dans le sport. De plus, l’orientation vers des buts de maîtrise était associée négativement à la consommation de tabac et de cannabis. Dans une autre étude, Rockafellow et Saules (2006) ont observé que les sportifs, motivés extrinsèquement par la pratique physique, consomment davantage d’alcool, de tabac et de cannabis, par rapport à ceux qui sont motivés intrinsèquement.

Problématique

12Dans un contexte, où la consommation de cannabis est en augmentation et, en particulier, chez les 18-25 ans, ainsi que dans des groupes spécifiques, comme les étudiants, les jeunes sportifs, forment-ils eux même un groupe spécifique ? S’il existe un lien entre pratique sportive et consommation de produits, ce lien pourrait-il être médiatisé, en partie, par les orientations motivationnelles dans le sport ? Dans les études présentées précédemment, lorsque le jeune sportif se fixe des objectifs de maîtrise du geste et d’amélioration de ses propres performances, il n’est pas retrouvé de consommation de cannabis. En revanche, quand il pratique un sport, pour des raisons extrinsèques, par exemple, pour gagner sur les autres ou rechercher l’approbation des autres, alors il sera plus susceptible de consommer des substances, telles que le cannabis.

13De plus, une étude de Lowenstein, Arvers, Gourarier et coll. (2000) rapporte que 20 % des patients, en traitement de substitution de drogue, étaient des anciens sportifs de haut niveau. Ainsi, la question des liens entre pratique sportive et consommation de produits, et son corollaire, le risque de dépendance, ne peuvent pas être négligés.

Hypothèses

14Chez les adolescents, les consommateurs de cannabis présentent une motivation dans le sport plus extrinsèque que les non consommateurs de cannabis.

15Chez les adolescents, consommateurs de cannabis, leur fréquence de consommation est prédite par leurs orientations motivationnelles dans leur sport.

Méthode

Mesures

16Un questionnaire a été crée, permettant de recueillir des informations, à la fois démographiques et sur la pratique sportive individuelle ou collective, son intensité en nombre d’heures par semaine.

17La consommation de cannabis est demandée et son usage nocif est mesuré à l’aide du questionnaire d’autoévaluation de consommation nocive de cannabis (Reynaud, 2001) ; différentes échelles sont proposées.

18– Échelle de motivation dans le sport (EMS-28 Brière, Vallerand et coll., 1995), spécifiant si le sujet est motivé de façon intrinsèque : à la connaissance, à l’accomplissement, à la stimulation ; si le sujet est motivé de façon extrinsèque [1] : à régulation identifiée, à régulation introjectée, à régulation externe ; si le sujet est amotivé par l’activité sportive (un score élevé note une absence de motivation). Cette échelle est de type Likert en 7 points (de 1, ne correspond pas du tout, à 7, correspond très fortement). Le score total reflète le niveau relatif de motivation autodéterminée de la personne. Un score positif indique que le profil motivationnel est intrinsèque, alors qu’un score négatif reflète la présence d’une motivation extrinsèque.

19– Questionnaire d’approche et d’évitement de l’accomplissement sportif (QAEAS – Cury, Da Fonséca et coll., 2002), spécifiant si le sujet s’oriente : vers un but de maîtrise, vers un but d’approche de la performance, vers un but d’évitement de la performance.

20Il est constitué de 15 items, répartis en trois sous-échelles. Les modalités de réponses reposent sur une échelle de type Likert en 5 points (de 1, pas du tout d’accord, à 5, tout à fait d’accord).

Population

21Deux cent vingt jeunes, âgés de 14 à 23 ans, ont répondu au questionnaire (38,2 % de garçons et 61,8 % de filles). Il s’agit de collégiens et de lycéens scolarisés en classe de 4e, 3e, 2de et 1re. La moyenne d’âge est de 15,79 ans (? = 1,62). Ils sont 90 % à vivre chez leurs parents et 76,8 % à l’internat.

Procédure

22Avant la passation, une autorisation parentale a été demandée, à l’aide d’un formulaire. Les collégiens et les lycéens ont été convoqués, par classe, pour remplir individuellement et anonymement le questionnaire, en notre présence.

23La passation du questionnaire a été effectuée collectivement : chaque élève était assis à sa place, dans sa classe, et répondait, séparément de ses camarades, à son questionnaire. Le temps de passation a été d’une heure environ. Tous les participants ont été assurés que leurs réponses étaient anonymes et que leur participation à l’étude relevait du volontariat.

Résultats

Analyse de l’activité physique pratiquée

24Dans cette étude, les garçons pratiquent plus une activité physique que les filles (t(197) = 2,443, p < .01). Les garçons pratiquent davantage le football, le ping-pong et l’aïkido et les filles, quant à elles, préfèrent la danse, la natation, le tennis, l’équitation, le handball, le badminton et la gymnastique (?2(197) = 33,53, p < .01).

25Pour 63,2 % d’entre eux, le sport pratiqué est un sport individuel et, pour 36,8 %, un sport collectif. En moyenne, ils pratiquent leur sport 2,87 heures (? = 1,32) par semaine et depuis 5,66 ans (? = 3,43).

Consommation et croyances sur le cannabis

26Il est à noter que 25,9 % ont déjà consommé du cannabis. Parmi les jeunes qui fument du cannabis, 47,4 % en ont fumé exceptionnellement, 12,3 % une à deux fois par mois, 15,8 %, chaque fin de semaine, 19,3 % en fument plusieurs fois par semaine, et 5,3 % tous les jours. Il est à remarquer que 49,1 % de sportifs, consommant du cannabis, estiment que cet usage est nocif.

27Pour 83,2 % de jeunes, le cannabis a une influence sur la performance sportive.

28Les adolescents disent avoir consommé du cannabis pour plusieurs raisons, en premier lieu pour découvrir les effets que le cannabis procure (60,5 %). Les difficultés relationnelles ou psychologiques sont également mises en avant pour expliquer la consommation potentielle ou réelle du cannabis : 27,7 % en consomment, car ils ont des difficultés avec leurs parents, 26,8 %, car ils se sentent mal dans leur peau et 24,1 %, car ils ont un échec sportif ou scolaire. Les croyances sur le fait que le cannabis ne peut pas induire une dépendance, représentent, pour 25,9 % de jeunes, une motivation à en consommer. Les raisons de consommer du cannabis sont, par la suite, le besoin d’être intégré (15,9 %), ne pas oser dire non (14,5 %), l’ennui (13,6 %), une habitude dans la société (13,6 %), ne pas avoir de projet dans l’avenir (12,7 %) et défier la mort (12,3 %). Les raisons, telles qu’être plus fort, lors de compétition et plus fort intellectuellement, sont évoquées par 6,8 % de sportifs.

29Avant d’analyser les facteurs motivationnels influençant la consommation de cannabis, il existe des différences de sexe concernant la motivation sportive. Les garçons s’orientent davantage vers des buts d’approche de la performance (t(218) = 3,58, p < .01) et sont plus motivés extrinsèquement par régulation externe (t(218) = 3,38, p < .01) et intrinsèquement à l’accomplissement (t(218) = 2,34, p < .01) que les filles.

Comparaisons de moyennes des scores de motivation entre les consommateurs ou non de cannabis

30Les consommateurs de cannabis ont des motivations sportives différentes de celles des non consommateurs de cannabis.

31L’analyse des résultats (voir tableau 1) montre que les consommateurs de cannabis sont moins motivés extrinsèquement : de façon identifiée, de façon introjectée, et sont davantage amotivés par la pratique sportive. De plus, les consommateurs de cannabis s’orientent davantage vers des buts d’approche de la performance.

Tableau 1

Comparaisons de moyennes des scores de motivation en fonction de la consommation ou non de cannabis

Tableau comparant les scores de motivation entre consommateurs et non-consommateurs de cannabis, avec des statistiques t, ddl et p.
Variables Consommateurs Non consommateurs t ddl p de cannabis (N = 57) de cannabis (N = 163) Motivation intrinsèque (MI) MI à la connaissance 4,03 (1,53) 4,40 (1,64) 1,470 218 NS MI à l’accomplissement 4,63 (1,51) 4,93 (1,44) 1,363 218 NS MI stimulation 4,99 (1,47) 5,27 (1,44) 1,267 218 NS Motivation extrinsèque (ME) ME identifiée 3,72 (1,40) 4,10 (1,41) 1,776 218 .07 ME introjectée 3,89 (1,47) 4,59 (1,46) 3,100 218 .01 ME externe 2,90 (1,31) 2,90 (1,41) 0,027 218 NS Amotivation 2,40 (1,49) 1,86 (1,20) – 2,734 218 .01 Buts d’approche de la 2,96 (1,09) 2,87 (1,01) – 0,561 218 NS performance Buts de maîtrise 3,98 (0,66) 4,25 (0,62) 2,754 218 .01 Buts d’évitement 2,75 (0,89) 2,77 (0,87) 0,128 218 NS

Comparaisons de moyennes des scores de motivation en fonction de la consommation ou non de cannabis

Chez les consommateurs de cannabis, impact de la motivation sportive sur la fréquence de consommation de cannabis

32Nous avons effectué une régression linéaire, afin de montrer les facteurs pouvant expliquer la fréquence de consommation chez les adolescents sportifs et consommateurs de cannabis.

33L’analyse des résultats (voir tableau 2) montre un effet du sexe, du but d’approche de la performance, de la motivation intrinsèque à la connaissance, de la motivation intrinsèque à la stimulation, de la motivation extrinsèque externe et de l’amotivation.

Tableau 2

Régression linéaire des effets de la motivation dans le sport sur la fréquence de consommation de cannabis des jeunes sportifs

Tableau de régression linéaire avec coefficients Bêta, t et p pour divers facteurs de motivation sportive.
Variables Béta t p Sexe – .35 – 2,97 .005 But d’approche de la performance .28 2,11 .040 Motivation intrinsèque connaissance – .39 – 2,73 .009 Motivation intrinsèque stimulation .51 3,18 .003 Motivation extrinsèque externe – .45 – 3,22 .002 Amotivation .29 2,08 .043

Régression linéaire des effets de la motivation dans le sport sur la fréquence de consommation de cannabis des jeunes sportifs

34La variance est expliquée à 36 % (F(6,50) = 4,725, p < .01).

35Le fait d’être un garçon, de s’orienter vers des buts d’approche de la performance, de ne pas être motivé intrinsèquement à la connaissance et extrinsèquement de façon externe, d’être motivé intrinsèquement à la stimulation et d’être amotivé par la pratique sportive augmenterait le risque de consommer davantage de cannabis.

Discussion

Caractéristiques de la consommation de cannabis

36Dans cet échantillon, près du tiers des adolescents a déjà expérimenté le cannabis, ce qui corrobore les études, telles que celle de Beck et Cytrynowicz (2006). Les motivations, quant à la consommation du cannabis, sont regroupées en trois catégories.

37– On peut noter que l’expérimentation de l’effet, procuré par cette substance, est une des premières raisons et cette expérimentation est associée au fait que l’échantillon a une moyenne d’âge de 15 ans. Nous savons que l’adolescence est un moment de prédilection des premières consommations de produits psychoactifs (Franques et coll., 2001 ; Guagliardo et coll., 2003).

38– Ensuite, nous remarquons que les difficultés relationnelles (avec les parents) ou les difficultés d’ordre personnelle (échec sportif ou scolaire…) favorisent la consommation de cannabis. Cette dernière deviendrait un refuge contre les problèmes personnels et un évitement de ces problèmes.

39– La consommation de cannabis, dans le but de s’améliorer intellectuellement ou lors de compétition sportive, n’est pas un but principal des adolescents sportifs. Le cannabis ne serait pas pris comme produit dopant, mais, plutôt, comme produit festif et/ou pour fuir la réalité. Il faut souligner que les adolescents ont tendance à croire qu’il est facile de s’arrêter de consommer et que le risque de dépendance est moindre.

Sexe et motivation sportive

40Par rapport aux facteurs motivationnels, on remarque une différence selon le sexe. Les garçons pratiquent davantage d’activité physique et s’orientent vers des buts d’approche de la performance, en voulant être supérieurs aux autres. Ils sont plus motivés, par rapport au fait de pratiquer du sport pour gagner. En effet, on remarque qu’ils sont motivés par des éléments externes, tels que des récompenses et souhaitent s’accomplir dans leur sport. Ces résultats corroborent ceux de Balaguer et coll. (1997), qui montrent que les garçons présentent une plus grande orientation vers le but d’approche de la performance (comparaison de soi par rapport aux autres) et une pratique physique plus importante (en nombre d’heures par semaine) que les filles. En s’orientant vers des buts d’approche de la performance, les garçons évaluent la situation sportive comme une occasion de se mettre en valeur en se comparant aux autres.

Consommation de cannabis et motivation sportive

41L’intérêt de notre étude porte sur le lien entre la motivation dans la pratique sportive et la consommation de cannabis. Les sportifs de loisirs, motivés extrinsèquement par l’activité physique, consomment plus de cannabis, par rapport aux sportifs motivés intrinsèquement. Le but principal des consommateurs de cannabis n’est pas d’améliorer leur forme physique, ni d’obtenir des bénéfices de leur pratique sportive. Ils ne jugent pas leur activité physique comme importante et susceptible de représenter un moyen d’atteindre des buts valorisant leur bien-être. Ainsi, ils ne persévèrent pas dans la tâche à accomplir. De plus, ils n’agissent pas pour éviter des sentiments négatifs ou pour rechercher l’approbation des autres. Ils ne ressentent pas de conflit entre une demande d’engagement dans l’activité sportive et l’adhérence à cette dernière et, donc, ne se sentent pas contraints de pratiquer leur sport. Les consommateurs de cannabis sont davantage amotivés par la pratique sportive, ils souhaitent abandonner leur sport, car ils n’arrivent pas à atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés. De plus, les consommateurs de cannabis s’orientent davantage vers des buts d’approche de la performance. On peut dire que les consommateurs considèrent leur engagement réussi lorsqu’ils réalisent une performance supérieure à celle des autres ou une performance identique avec moins d’efforts. Ils utilisent des informations normatives pour estimer la valeur de leur performance.

42Les jeunes de sexe masculin qui souhaitent se comparer aux autres, qui sont motivés par la recherche de sensations distrayantes dans le sport, qui sont moins motivés par l’apprentissage de nouvelles techniques sportives ou par des récompenses externes et qui sont amotivés par la pratique sportive ont tendance, s’ils consomment du cannabis, à augmenter cette consommation. En effet, à l’intérieur du groupe de consommateurs de cannabis, le fait d’être motivé par le besoin de sensations et d’expériences nouvelles, variées et complexes, associé à des stimulations hédoniques, qui leur apportent un degré élevé de plaisir et d’activation, d’être motivé par des sentiments de culpabilité, de pressions ou d’habitudes, ainsi que le fait de vouloir être supérieur aux autres, sans forcément avoir des récompenses externes (avoir de meilleurs scores), augmente la fréquence de consommation. De plus, le fait que les sportifs perçoivent un manque de contrôle sur l’environnement et pratiquent le sport, de manière automatique, sans résultats précis, amènent les jeunes sportifs à consommer davantage de cannabis que les autres. Une incertitude, face à un résultat désiré, devrait induire l’autohandicap (consommation de produits psychoactifs, dans le but de minimiser leurs chances de réussir, afin d’avoir une excuse, si l’échec survient), garantissant la poursuite d’un but, qui menace l’image de soi. Les stratégies d’autohandicap et a fortiori la consommation de cannabis, constituent une modalité de contrôle de l’environnement. (Gibbons, Gaeddert, 1984 ; Famose, 2001 ; Salomon, Famose, Cury, 2005). Ces stratégies permettraient d’expliquer une performance moindre par autre chose qu’un manque de compétence.

Limites et perspectives

43Le mode de recueil transversal des données de l’étude ne permet pas d’établir un lien de cause à effet entre la pratique sportive et les différents comportements relatifs à la santé. Les liens mis en évidence permettent, néanmoins, de souligner les relations réduites entre pratique sportive et certains modes de vie à savoir les consommations de produits psychoactifs.

44La consommation de produits psychoactifs des jeunes, implique des actions plus globales et précoces. En ce qui concerne la prévention, l’étude participe à améliorer la compréhension des facteurs motivationnels, influençant la consommation de cannabis, pendant la période adolescente, chez des sportifs de loisirs. Dans une perspective plus large, d’une part, une comparaison, entre le groupe de sportifs de loisirs (groupe de référence), étudié dans cet article, avec un groupe d’adolescents pratiquant un sport à forte intensité (plus de huit heures par semaine), serait intéressante afin de trouver s’il existe des liens entre motivation dans le sport et consommation de cannabis. D’autre part, une étude longitudinale, chez les adolescents sportifs de haut niveau (pôle espoir et centre de formation : réseau de structures d’entraînement regroupant des jeunes sportifs déjà engagés dans des compétitions, préparant les grandes échéances sportives à moyen terme), sera réalisée, afin de présenter les évolutions de comportement en matière de santé et d’appréhender la motivation dans le sport et les buts d’accomplissement comme facteurs de risque d’une consommation de produits psychoactifs.

45En d’autres termes, la consommation de produits psychoactifs chez les sportifs peut être un symptôme de problèmes inhérents à la pratique sportive et à son environnement. L’étude nous permettra de mettre en avant les possibles interventions des psychologues dans le milieu sportif : la gestion des émotions, un travail sur la confiance en soi et la planification d’objectifs, sur les croyances limitantes et les différents types de motivation.

Références

  • Avers (Philippe), Choquet (Marie).– Pratiques sportives et consommation d’alcool, tabac, cannabis et autres drogues illicites : analyse réalisée à partir des données de l’enquête ESCAPAD 99 (Enquête sur la santé et les consommations lors de l’appel de préparation à la défense), Annales de médecine interne, 154, 2003, p. 1S25-1S34.
  • Balaguer (Isabel), Castillo (Isabel), Tomas (Inés), Duda (Joan L.).– Las orientaciones de metas de logro como predictoras de las conductas de salud en los adolescentes, Iber psicologia, 2, 1997, p. 1-16.
  • Bauman (Adrian), Phongsavan (Philayrath).– Epidemiology of substance use in adolescence : prevalence, trends and policy implications, Drug and alcohol dependence, 55, 3, 1999, p. 187-207.
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Date de mise en ligne : 01/02/2012

https://doi.org/10.3917/bupsy.497.0477