Article de revue

Contraception et stérilisation des jeunes femmes au Brésil

Pages 165 à 183

Citer cet article


  • Da Silva Cabral, C.
(2014). Contraception et stérilisation des jeunes femmes au Brésil. Autrepart, 70(2), 165-183. https://doi.org/10.3917/autr.070.0165.

  • Da Silva Cabral, Cristiane.
« Contraception et stérilisation des jeunes femmes au Brésil ». Autrepart, 2014/2 N° 70, 2014. p.165-183. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-autrepart-2014-2-page-165?lang=fr.

  • DA SILVA CABRAL, Cristiane,
2014. Contraception et stérilisation des jeunes femmes au Brésil. Autrepart, 2014/2 N° 70, p.165-183. DOI : 10.3917/autr.070.0165. URL : https://shs.cairn.info/revue-autrepart-2014-2-page-165?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/autr.070.0165


Notes

  • [*]
    Docteur en santé publique, professeur de la faculté de Santé publique, université de São Paulo (FSP-USP).
  • [1]
    Dans le cadre de la Recherche nationale de démographie et de santé (PNDS) de 2006, ont été interrogées des femmes de 15 à 49 ans ; ce sont elles qui ont fourni les données sur la vasectomie lorsqu’elles ont été questionnées sur leur partenaire [Brasil M.S., 2008]. De façon générale, les résultats obtenus sur les principales méthodes contraceptives utilisées au Brésil s’opposent à ceux d’autres pays tels que la France. En effet, les deux méthodes les plus utilisées sont la pilule hormonale et le DIU, ce dernier étant réalisé en fin de vie reproductive.
  • [2]
    Deux autres éléments sont caractéristiques de l’accouchement au Brésil : selon la PNDS de 2006, la grande majorité des naissances a lieu à l’hôpital (98 %), principalement dans le système de santé publique (SUS – système unique de santé) (76 %). Cependant, les taux de césariennes les plus élevés sont observés chez les femmes qui fréquentent le système privé de santé (81 %), qui sont également des femmes avec un plus haut niveau d’éducation supérieure [Brasil M.S., 2008].
  • [3]
    La stérilisation chirurgicale – masculine et féminine – est offerte gratuitement dans le système de santé publique (SUS), mais elle peut également être faite dans des établissements de santé privés, en payant.
  • [4]
    Cet article est issu de ma thèse de doctorat, intitulée « Pratiques contraceptives et gestion de l’hétérosexualité : action individuelle, contextes relationnels et genre ». L’étude visait à comprendre les expériences de contraception à différents moments de l’histoire de vie de jeunes femmes et hommes : le début de l’histoire affective et sexuelle ; les contextes d’apparition de la grossesse ; et la cessation de la capacité de reproduction à travers la stérilisation contraceptive. Cette thèse a été soutenue à l’Institut de médecine sociale de l’université de l’État de Rio de Janeiro, en 2011, sous la direction de M.L. Heilborn et M. Bozon.
  • [5]
    Bien qu’elles soient socialement construites [Ariès, 1986], les frontières d’âge sont des artefacts méthodologiques nécessaires au déroulement et à la structuration d’une enquête.
  • [6]
    A posteriori, ce résultat ne surprend pas et peut notamment être compris comme le produit du double standard de fécondité qui a été observé au Brésil, à savoir que l’âge du début de la vie reproductive des femmes à faible niveau de scolarisation est resté stable tandis que celui des femmes ayant un niveau plus élevé a reculé [Berquó, Cavenaghi, 2003]. Nous reviendrons sur ce phénomène plus loin, lorsque nous discuterons des limites de la notion de « jeunesse sexuelle » [Bajos, Bozon, 2008] appliquée à certains contextes brésiliens.
  • [7]
    Nous pensons que ces femmes partagent des codes culturels et des valeurs morales proches de ceux des autres femmes interrogées. La prise en compte de ces points communs permet de faire ressortir certains éléments similaires dans leurs trajectoires affectives, sexuelles et reproductives.
  • [8]
    L’accent est mis non pas sur l’âge mais sur le contexte de préparation à l’exercice de la sexualité [Bozon, 2008 ; Schalet, 2004].
  • [9]
    Au Brésil, la construction d’un champ de débats autour de la « grossesse adolescente », notamment pendant les années 1990, illustre bien les transformations des temporalités biographiques vis-à-vis de la reproduction mais aussi de la permanence d’une jeune fécondité, en comparaison avec le scénario international où l’on observe un recul de l’âge de la reproduction.
  • [10]
    Les noms des personnes ont été modifiés afin de préserver leur anonymat.
  • [11]
    Selon les termes de Luker [1975], il s’agit d’un significant other. Dalsggaard [2004] aborde le même sujet, en problématisant le contexte de stérilisation féminine et les general others présents dans divers contextes de décision.
  • [12]
    La législation brésilienne stipule que « la reconnaissance des enfants nés hors mariage est irrévocable » [Fonseca, 2004, p. 21]. Depuis 2009, la loi en vigueur reconnaît la présomption de paternité si le père présumé refuse de se soumettre à un test d’ADN ou à d’autres moyens scientifiques pour prouver la paternité. Cette alliance entre le droit et la science a généré une étonnante croissance des tests ADN, nécessaires surtout pour les femmes, ce qui « coïncide avec les bonnes intentions des législateurs et des juristes qui présentent les nouvelles lois de paternité comme un moyen de renforcer la cause des femmes et des enfants, contre les prérogatives patriarcales classiques. » [Ibid.]
  • [13]
    Il faut rappeler que la condition juridique pour la stérilisation féminine est d’avoir au minimum 25 ans ou deux enfants vivants.
  • [14]
    Au Brésil, les pharmacies privées sont les principaux endroits où les femmes se procurent la contraception, sans nécessité d’une ordonnance.
  • [15]
    La loi sur la planification familiale (Loi n° 9263, du 12 Janvier 1996) stipule que « Lorsque la personne est en couple, la stérilisation dépend de l’accord express des deux époux » [Brasil, 1996].
  • [16]
    Les entretiens font fréquemment état de violence obstétricale, comme l’épisiotomie, la manœuvre de Kristeller, l’absence de soulagement de la douleur, etc. – des aspects qui ne seront pas développés dans cet article.
  • [17]
    Terme utilisé par les femmes pour se référer à la pratique de l’épisiotomie, très commune au Brésil [Brasil M.S., 2008].
  • [18]
    Selon une enquête réalisée en 2005, le taux est estimé à 2,07 avortements pour 100 femmes âgées de 15 à 49 ans [Monteiro, Adesse, 2007].
  • [19]
    En cas de césariennes successives, la loi de planification familiale permet la réalisation de la ligature des trompes pendant l’accouchement ; ce qui est souvent interprété dans le contexte brésilien comme une « indication médicale » pour césarienne, le plus souvent associée à la stérilisation chirurgicale.

1Au Brésil, la stérilisation féminine est un élément central du débat sur la régulation de la fécondité. Il s’agit d’un moyen contraceptif largement utilisé par tous les groupes sociaux. Le Brésil connaît l’un des taux de stérilisation les plus élevés au monde [United Nations, 2014]. Celle-ci n’a pourtant été légalisée qu’à la fin des années 1990, pour les hommes et les femmes en pleine possession de leurs capacités mentales, ayant plus de 25 ans ou au moins deux enfants vivants [Brasil, 1996]. Avant cette loi, la stérilisation n’était acceptée que dans les cas de grossesse à risque et sur indication médicale.

2Le peu d’alternatives dans les méthodes de contraception réversible et les taux élevés de stérilisation dans la société brésilienne ont été quelques-uns des éléments qui ont conduit à parler de l’existence d’une « culture de la stérilisation » – expression utilisée pour décrire le fait que la ligature des trompes se soit banalisée à tel point que chaque année, une grande quantité de femmes en âge de procréer mettent définitivement fin à leur capacité de reproduction [Berquó, 1993 : 374]. La loi de 1996 a constitué une tentative pour freiner la stérilisation précoce, ainsi que pour diminuer les taux de césariennes, particulièrement élevés au Brésil – la recherche d’un accouchement par césarienne est directement liée à la réalisation de la ligature des trompes et inversement.

3Par le biais d’une étude qualitative réalisée auprès de jeunes femmes stérilisées, cet article se penche sur le scénario actuel de la stérilisation féminine au Brésil. Objet central de nombreux débats sur la population et la démographie, la stérilisation féminine est ici déplacée vers un point de vue individuel, afin de prendre en compte les contextes (sociaux et relationnels) ainsi que les logiques qui traversent le « choix » de la stérilisation.

Le contexte actuel de la contraception au Brésil

4Au cours des quarante dernières années, les taux de fécondité au Brésil ont rapidement diminué [Simões, 2006]. De 5,76 enfants par femme en 1970, on est passé à 2,38 en 2000 [Op. cit.] puis à 1,81 en 2006 [Brasil M.S., 2008], soit en dessous du niveau de renouvellement de la population. Pour autant, cette baisse ne s’est pas faite de manière égale dans l’ensemble des régions du pays. Au-delà de la diffusion et de l’usage des méthodes contraceptives telles que la stérilisation, les rythmes de la diminution de la fécondité selon les régions varient notamment en fonction du processus d’urbanisation et des changements culturels qui interfèrent dans la régulation de la fécondité [Berquó, 1993 ; Martine, 1996].

5Il est à noter cependant que la baisse de la fécondité au Brésil n’est pas le résultat d’une politique de population [Martine, 1996]. On peut parler en termes de bricolage offert par le système national de santé (dans ses différentes phases de formation) et par le marché, y compris avec les contraceptifs oraux à faible coût et avec la stérilisation féminine [Bozon, 2005]. Qui plus est, certaines politiques publiques brésiliennes spécifiques, qui ne sont pas dirigées vers le contrôle de la population, ont également influencé la baisse de la fécondité [Faria, 1989]. Au cours des dernières décennies, le débat politique sur la reproduction a été marqué par trois approches principales : le contrôle démographique, les politiques de santé materno-infantile, puis les droits sexuels et reproductifs [Gautier, 2002].

6Le panorama de l’utilisation actuelle de la contraception dans le pays révèle la persistance de taux élevés de stérilisation féminine : 26,9 % selon le Demographic health survey (EDS) de 1986, 40 % en 1996 et 21,8 % en 2006 (29,1 % chez les femmes en couple). En revanche, l’utilisation de la pilule par les femmes en couple reste stable : le taux était de 25,2 % en 1986, de 20,7 % en 1996 et de 24,7 % en 2006. L’utilisation du préservatif (atteignant respectivement sur les mêmes périodes 1,7 %, 4,4 % et 12,2 %) et la stérilisation masculine (respectivement de 0,8 %, 2,6 % et 5,1 %) [1] sont en constante augmentation (EDS, 1986). La Recherche nationale de démographie et de santé (PNDS) de 2006 (la dernière EDS réalisée au Brésil) confirme également un taux élevé de césariennes (44 % pour l’ensemble du pays), dont le pourcentage s’accroît au fur et à mesure que l’âge et/ou la scolarisation féminine augmente – par exemple, les accouchements chirurgicaux concernent 83 % des femmes ayant 12 ans ou plus d’études [2].

7Bien que l’utilisation de contraceptifs « modernes » soit fréquente chez les femmes, celle-ci varie selon l’âge, l’éducation et la région. La pilule et le préservatif sont des moyens de contraception particulièrement répandus chez les plus jeunes. La stérilisation concerne davantage les plus âgées ; cependant, plus de 50 % des femmes y ayant recours ont moins de 30 ans. Par ailleurs, le pourcentage de stérilisation féminine est plus élevé parmi les femmes les moins instruites et parmi les habitantes des régions du Nord et du Nord-Est (les zones les plus pauvres du pays). À l’inverse, le taux d’usage des préservatifs et de la stérilisation masculine sont plus fréquents dans les couches de la société les plus instruites [EDS, 1986].

8Ces données indiquent la persistance d’inégalités d’accès aux méthodes de contraception, selon le niveau d’inclusion sociale. Ces différences peuvent également être le reflet de façons différenciées d’aborder la gestion de la sexualité et de la contraception selon le capital social et culturel [Cabral, 2011]. Il faut aussi tenir compte des effets de la prévention mise en place par la politique IST/VIH du gouvernement brésilien, dont les effets se font sentir dans la hausse de l’utilisation du préservatif : par exemple, celle-ci est beaucoup plus élevée chez les femmes sans partenaire mais sexuellement actives que chez celles qui ont un partenaire (26 % contre 12,2 %).

9Ce cadre général se doit également d’être examiné à la lumière des objectifs de la loi de planification familiale (loi n° 9263, 1996) et des conditions d’accès à la stérilisation : être en pleine possession de ses capacités mentales, avoir au minimum 25 ans ou avoir au moins deux enfants vivants, et connaître un intervalle de 60 jours entre la manifestation de la volonté de se faire stériliser et la procédure elle-même. De plus, elle ne peut être effectuée que hors des périodes d’accouchement ou d’avortement, sauf en cas de nécessité avérée ou avec le consentement des deux partenaires, dans le cas d’un couple (marié ou pas) [3] [Brasil, 1996]. On peut supposer que la diminution de la stérilisation durant la dernière décennie est le résultat de cette législation. Pour autant, le contexte est bien plus complexe dans la mesure où les services de santé ne suivent pas toujours les règles administratives [Berquo, Cavenaghi, 2003] et créent leurs propres règles, limitant davantage encore l’accès aux stérilisations des hommes et des femmes. Par exemple, la conjonction de coordination grammaticale « ou » est interprétée comme un « et ». De même, l’âge de 25 ans est considéré comme prématuré par les professionnels de santé et certains services imposent l’âge de 30 ans minimum pour avoir accès à la procédure. Ou encore, cette dernière n’est pas accordée aux personnes qui n’ont pas de partenaire stable ; même si les critères de l’âge ou du nombre d’enfants sont respectés, ceux-ci ne sont pas considérés comme suffisants.

10Reste à comprendre les raisons qui conduisent les femmes à opter pour la ligature des trompes. La littérature sur le sujet fait état de différentes causes : l’efficacité importante de la méthode ; les difficultés d’accès à la pilule ; les difficultés d’adaptation à la pilule et, dans une moindre mesure, au DIU (dispositif intra utérin) ; les problèmes lors de la négociation du préservatif avec le partenaire ; l’interdiction légale de l’avortement ; les problèmes de santé ; etc. Quant aux hommes, le fait que la partenaire ne s’adapte pas aux méthodes contraceptives est l’une des principales raisons qui les poussent à choisir la vasectomie. Ce choix s’explique aussi par un argument technique [Barone et al., 2004] : elle est moins invasive que la ligature des trompes, moins chère et la récupération postopératoire est plus rapide. Il convient de noter ici une subtile différence entre les approches de la stérilisation féminine et celles de la stérilisation masculine. Quand il s’agit de la ligature des trompes, l’accent est mis sur les femmes et les difficultés qu’elles rencontrent avec la contraception ; la possibilité de contrôle des femmes de leur propre corps est rarement soulevée. En revanche, lorsque le sujet est la vasectomie, la littérature s’intéresse à la dimension des relations conjugales et aborde l’aspect relationnel de la contraception.

Un travail de terrain pour comprendre la logique de la stérilisation contraceptive

11Afin de comprendre le choix de la stérilisation volontaire et ses liens avec la sexualité, nous avons mené une recherche qualitative avec des femmes et des hommes [4]. Dans cet article, nous n’avons mobilisé que les biographies de femmes. De façon générale, nous proposons une lecture socio-anthropologique du phénomène de la stérilisation, qui est souvent abordé à travers les domaines de la santé publique et de la démographie.

12Au total, quinze entretiens approfondis ont été menés auprès de femmes ayant subi une ligature des trompes avant leurs 30 ans. Ce choix de la population d’étude s’est fait pour deux raisons : au Brésil plus de la moitié de la stérilisation féminine survient avant cet âge et la politique nationale actuelle de la jeunesse considère comme jeune tout citoyen âgé de 15 à 29 ans [Novaes et al., 2006]. Plus exactement, la limite d’âge des personnes interrogées dans le cadre de notre étude a été de 34 ans, car cela permet de garantir une meilleure mémoire des événements, du fait de leur caractère récent, mais aussi de réduire les variations des résultats en termes générationnels [5].

13Le travail de terrain a eu lieu de manière intensive entre le second semestre de 2009 et le premier semestre de 2010. Une grille d’entretien semi-structuré a été élaborée afin de reconstruire l’histoire de vie des informatrices, en se concentrant sur les événements de leur vie affective, sexuelle et reproductive. Les entretiens ont été enregistrés et réalisés (par moi-même) à leur domicile ou dans des endroits proches de celui-ci, selon le choix des personnes interrogées. La durée de ces « discussions » a été très variable, allant d’une heure et demie à trois heures.

14L’identification des informatrices s’est faite par le biais de réseaux de connaissances. Bien que la division par classe sociale n’ait pas constitué un critère de sélection, il était cependant souhaitable d’interroger des femmes de différentes origines sociales. Pour autant, la recherche de femmes stérilisées avant l’âge de 30 ans nous a conduits à rencontrer un groupe d’informatrices vivant essentiellement dans les quartiers pauvres de la ville de Rio de Janeiro (Brésil) [6]. Dans la plupart des cas, ces femmes ont un faible niveau d’éducation : huit d’entre elles n’ont pas complété le niveau primaire ; deux ont achevé leurs études primaires ; trois ont terminé l’école secondaire ; et deux ont atteint l’enseignement supérieur. Qui plus est, leur scolarité est généralement marquée par de nombreuses interruptions dues à des changements d’adresse ou de ville, un manque d’intérêt ou des redoublements. L’éducation et le lieu de résidence sont des éléments importants car ils permettent de situer les sujets dans la hiérarchie sociale brésilienne.

15Au moment de l’entretien, douze de ces quinze femmes étaient en couple et cohabitaient avec leur partenaire et leurs enfants ; deux d’entre elles étaient célibataires ; et l’une était veuve depuis ses 20 ans. Elles avaient entre 25 et 34 ans au moment de l’enquête. La plupart occupaient un travail rémunéré, mais dans des activités à faible qualification professionnelle ; une seule femme n’avait jamais travaillé à l’extérieur de la maison. Certaines d’entre elles ont commencé à travailler très tôt, le travail étant considéré – du fait des nécessités économiques des classes défavorisées – comme plus important que la poursuite des études.

16Loin de constituer un tout homogène, cet ensemble d’informatrices est révélateur de la grande hétérogénéité des classes populaires au Brésil, allant de la femme avec une très faible scolarisation à celle ayant fait des études supérieures. Deux des personnes interrogées ont un niveau de scolarité plus élevé que les autres, ce qui montre que les classifications en termes de classe sociale sont complexes, car cette société, marquée par des inégalités sociales aigües, permet aussi la mobilité sociale [7]. En effet, les politiques sociales récentes ont conduit à l’augmentation de la scolarisation, y compris dans l’enseignement supérieur, et de l’accès aux biens de consommation – phénomène considéré comme une extension de la (nouvelle) classe moyenne brésilienne, au moins en ce qui concerne l’aspect économique.

La possibilité/impossibilité d’une « jeunesse sexualisée »

17La carrière de reproduction féminine peut être décrite à partir de certains événements clés tels que la première menstruation, la première relation sexuelle, la première grossesse, l’âge de stérilisation, etc. Le moment de l’initiation sexuelle est décrit dans la littérature du champ de la santé comme la période pendant laquelle les filles et les garçons sont les plus exposés à des « risques » liés à la vie sexuelle, comme contracter des maladies sexuellement transmissibles et/ou devenir enceinte. Un bref aperçu de la manière dont le passage à la sexualité avec un partenaire est vécu illustrera les différentes façons de vivre la sexualité à l’adolescence et dans la jeunesse.

18Au Brésil, la vie sexuelle des filles commence de plus en plus tôt et le début de la vie reproductive ne recule pas, c’est-à-dire que l’âge de la première grossesse stagne [Bozon, 2008 ; Bozon, Heilborn, 2006], notamment dans les groupes les plus défavorisés. Il existe une hypothèse communément partagée, selon laquelle la baisse de l’âge de l’initiation sexuelle constitue un facteur de stérilisation, non seulement parce que ces femmes ont tendance à avoir plus de descendants, mais aussi parce qu’elles atteignent le nombre d’enfants « souhaité » plus tôt [Bumpass, Thomson, Godecker, 2000]. Cette hypothèse est-elle valide dans des contextes sociaux où la séparation entre sexualité et reproduction est faible ?

19Une partie de la production en sciences sociales portant sur les jeunes et la sexualité, déconstruit le mythe selon lequel l’initiation sexuelle « précoce » impliquerait une anticipation de la vie reproductive. Au contraire, ces deux dimensions ne seraient pas nécessairement articulées entre elles. Le débat sur la « prolongation de la jeunesse » [Galland, 2009] ou sur la notion de « jeunesse sexuelle », en particulier dans les pays développés [8], est particulièrement représentatif de ce courant. Le « prolongement de la jeunesse » [Galland, 2009] se caractérise par un report du départ de chez les parents ainsi que de la vie conjugale et reproductive [Galland, 2009 ; Pais, 1993], mais aussi par une relative autonomie dans l’exercice de la vie sexuelle. Le terme « jeunesse sexuelle » fait référence à la possibilité de vivre la sexualité hors des cadres de la conjugalité et sans les contraintes de la reproduction [Bozon, 2008]. Cependant, au Brésil, le passage à la vie adulte peut se faire de façon condensée, notamment au sein des groupes socialement défavorisés, dans lesquels la naissance d’un enfant constitue un des éléments centraux du passage au statut d’adulte, tant pour les femmes que pour les hommes [Heilborn et al., 2006 ; Cabral, 2003 ; Heilborn, Cabral, 2006]. Ce contexte spécifique permet de parler non seulement d’une faible séparation entre sexualité et reproduction, mais aussi de l’(im)possibilité d’une « jeunesse sexualisée » pour certains segments de la jeunesse.

20Dans la présente étude, l’âge de la première expérience sexuelle des femmes interrogées se situe entre 12 et 19 ans. Les circonstances de la première relation sexuelle sont le plus souvent caractérisées par les adjectifs suivants : imprévu, espéré, et non préparé. Le début de l’activité sexuelle est souvent décrit comme « inattendu », comme quelque chose qui « est arrivé ». De ce point de vue, ce début n’est « pas non plus préparé » car il n’y a pas de préparation contraceptive avant ces premiers rapports sexuels, tel que cela peut être rapporté pour des pays européens [Bozon, 2008 ; Schalet, 2004]. Pour autant, l’initiation sexuelle est « espérée » : le passage à la sexualité avec un partenaire constitue une étape dans la relation, venant souvent signifier un plus grand engagement dans le couple.

21Pour 13 de ces femmes, les grossesses ont eu lieu avant 20 ans, période durant laquelle elles sont habituellement classées comme adolescentes [Brown et al., 2001]. Les contextes de ces grossesses sont similaires à ce qui a été décrit dans la littérature brésilienne [Heilborn et al., 2006], à savoir des relations marquées par de fortes prescriptions de genre, une faible séparation entre sexualité et reproduction, et donc un raccourcissement de la période de « jeunesse sexuelle [9] ».

22Les deux informatrices qui ont eu leur première grossesse après l’âge de 20 ans sont précisément celles qui ont atteint l’enseignement supérieur, sans pour autant le compléter. Ce sont également celles qui connaissent le plus grand intervalle de temps entre leur premier rapport sexuel et leur première grossesse (respectivement, cinq et sept ans) ainsi qu’une utilisation de méthodes « modernes » de contraception pendant ou après l’initiation sexuelle. Esther (27 ans, deux enfants, ligature des trompes à 24 ans) et Magnolia (30 ans, deux enfants, ligature des trompes à 26 ans) ont pu repousser plus tard le début de leur vie reproductive qui, dans les deux cas, est étroitement lié à un projet conjugal [10]. Toutefois, le temps écoulé entre le début de l’activité sexuelle et la stérilisation est faible.

23Pour chacune d’elles, la décision de stérilisation a été motivée par différents facteurs. Esther dit avoir été surprise par sa deuxième grossesse. Sa panique face à cette situation – avoir deux enfants avec seulement cinq mois de différence – l’a conduite à « choisir » une méthode irréversible de contraception. Pour sa part, la biographie de Magnolia illustre le fait que sa décision de stérilisation est imprégnée d’injonctions morales sur sa sexualité. Elle insiste sur la façon dont son entourage – notamment son père – lui a reproché d’avoir eu deux enfants de pères différents [11] : son parcours de vie ne correspond pas aux modèles conjugaux/familiaux idéaux. Dans ce cas, le choix d’une méthode contraceptive qui exclut la possibilité de nouvelles grossesses malgré le maintien d’une activité sexuelle semble répondre aux attentes de la famille. Dans un contexte dans lequel divers éléments entrainent une faible dissociation entre la sphère de la sexualité et celle de la reproduction, la possibilité d’une sexualité sans les contraintes de la reproduction est assurée par la ligature des trompes.

Fertilité et autres questions dans « le choix » de la contraception

24La stérilisation est, en principe, une méthode idéale pour ceux qui ne veulent plus avoir d’enfants. Cette conception dérive de l’idée selon laquelle les femmes stérilisées sont celles qui ont atteint une fécondité désirée. Cependant, nous préférons parler de fécondité réalisée, car cette expression inclut à la fois les situations où le nombre d’enfants correspond à ce qui avait été prévu et/ou souhaité, mais aussi celles dans lesquelles les femmes ont eu plus d’enfants qu’elles ne le souhaitaient, ou encore celles où les femmes auraient aimé avoir plus de descendants.

25Dans le cadre de notre étude, le nombre d’enfants par femmes varie entre deux et six. Il est évident que ce nombre est le fruit de nombreux facteurs présents dans les différentes trajectoires de vie. La quantité finale d’enfants est définie par diverses raisons, des contextes variés, différentes valeurs et visions du monde, des facteurs déterminants et des facteurs impondérables de la vie. Les grossesses non désirées et les difficultés liées à la contraception ne constituent qu’une partie des éléments – ou des justifications – qui expliquent le nombre total d’enfants nés.

26L’idéal en vigueur et largement partagé au Brésil dans différentes classes sociales, celui d’une famille modèle avec deux enfants, apparaît clairement dans la trajectoire de certaines de nos informatrices, et il surgit dans des contextes de prise de décision quant à la stérilisation. Les biographies de Natália et d’Eliane en sont des exemples.

27C’est par exemple le cas de Natália (26 ans, deux filles, ligature des trompes à 24 ans), qui est la plus jeune d’une famille nombreuse, particulièrement pauvre. Elle est tombée enceinte pour la première fois à 16 ans, dans le cadre d’une relation occasionnelle. Elle a demandé au garçon s’il avait un préservatif mais ils ont finalement eu des relations sexuelles sans protection. Le garçon a été informé de la naissance de l’enfant, mais il n’a pas reconnu la paternité [12]. Elle a caché la grossesse à ses parents, jusqu’au moment où elle ne pouvait plus cacher son ventre. À l’époque, Natália pensait qu’elle était trop jeune pour avoir un enfant, mais elle dit « qu’elle s’est faite à l’idée ». Sa deuxième grossesse a été intentionnelle. Natália ne voulait pas que sa fille grandisse « seule », sans une sœur ou un frère. Elle a alors arrêté l’utilisation du contraceptif injectable pour pouvoir tomber enceinte. Cette fois-ci, le partenaire était un « petit ami ». Pour autant, son désir d’enfant n’avait pas de lien avec le partenaire ou avec un quelconque souhait de maintenir la relation ; il s’agissait seulement d’avoir un autre enfant. Une fois le nombre d’enfants désirés atteint – deux au total –, Natália a eu recours aux voies institutionnelles pour la ligature des trompes.

28Il en va de même pour Eliane (26 ans, deux enfants, ligature des trompes à 23 ans), qui est tombée enceinte pour la première fois à 16 ans, au début de sa relation avec le garçon qui allait devenir son mari. Elle avoue ne pas avoir eu le temps de « penser » aux mesures contraceptives, car elle est tombée enceinte « trop vite ». Le partenaire, alors âgé de 21 ans, a réagi positivement à la nouvelle, et les deux se sont alors installés ensemble. Quelques années plus tard, le couple a commencé à s’occuper de l’enfant de la sœur cadette d’Eliane. Bien qu’elle affirme que cet enfant soit considéré comme « leur propre enfant », elle dit aussi « qu’il n’est pas sorti de son intérieur ». Elle est donc ensuite tombée intentionnellement enceinte de son deuxième enfant biologique, puis a réalisé la stérilisation.

29Ce cas montre la manière dont volonté de stérilisation et désir d’un deuxième enfant peuvent parfois se confondre l’un avec l’autre. Avant cela, Eliane considérait que la pilule contraceptive lui convenait, elle ne sentait pas d’effets secondaires, mais trouvait « très embêtant le fait de prendre le médicament ». Elle avoue qu’avec un seul enfant, elle aurait eu encore plus de difficultés à accéder à la stérilisation [13], qu’elle était déterminée à obtenir. De plus, elle avait cessé de prendre la pilule sans le dire à son mari car il était contre une nouvelle grossesse. D’une part, cette seconde grossesse avait comme but de permettre d’obtenir une contraception considérée comme « beaucoup plus confortable » que la pilule – à savoir la ligature. Optant pour la stérilisation, elle a alors choisi d’avoir « un autre [enfant], car elle n’allait plus en avoir ». D’autre part, son choix définitif pour la stérilisation s’est fait une fois le nombre idéal d’enfants atteint.

30L’idée d’une grossesse « instrumentale » remet en question le point de vue largement partagé par une certaine littérature qui dépeint les femmes comme des victimes de la structure sociale et institutionnelle qui prévaudrait. Or, il est intéressant de noter comment la loi et les conditions mises en place dans les services de santé sont réappropriées et utilisées par les femmes, en fonction de leur horizon de possibilités [Dalsgaard, 2004]. Les deux situations décrites ci-dessus semblent illustrer des scénarios liminaires. D’un côté, la planification d’une deuxième grossesse illustre un contexte qui peut être interprété comme contraignant le choix des femmes, parce que celles-ci doivent se soumettre aux prérequis de la loi en vigueur. D’un autre côté, ce même contexte peut être considéré comme un exemple d’autonomie individuelle, dans la mesure où la grossesse est utilisée pour obtenir quelque chose de souhaité et d’idéalisé. Ainsi, la conception instrumentale de la grossesse peut être éclairée par les conflits entre l’individuel et la structure sociale – carrefour classique des sciences sociales –, qui met en lumière les questions relatives à la possibilité d’agir des individus, leurs choix, les limites et possibilités posées par les déterminants sociaux.

31La biographie de Brenda (34 ans, six enfants, ligature des trompes à 28 ans) va dans le sens de l’imaginaire social selon lequel la stérilisation est la méthode préférée des femmes ayant beaucoup d’enfants, puisque Brenda a subi une ligature des trompes après avoir eu six enfants. Dans son témoignage, elle explique à la fois certaines difficultés liées à la contraception et la « prophétie » des médecins qui la traitaient : « Le médecin a dit que je n’allais pas avoir d’enfants parce que mon utérus était retourné ; eh bien, retourné il l’est même aujourd’hui, mais je suis tombée [enceinte] de toute façon et j’en ai eu un tas [de fils]. » On pourrait alors supposer que, face à ce pronostic d’« utérus retourné », Brenda n’ait pas tellement fait attention à sa contraception. Toutefois, elle explique qu’elle ne comprend pas comment elle a pu tomber enceinte car elle n’oubliait « jamais » de prendre le « médicament », mais elle tombait « quand même » enceinte.

32Notons que Brenda a eu son premier rapport sexuel à 17 ans et qu’elle est tombée enceinte au début de sa deuxième relation, malgré l’utilisation de pilules contraceptives. Or, il faut savoir que c’est après avoir cherché des informations sur la pilule avec des amis qu’elle a commencé à en faire usage, sans les conseils d’un professionnel de santé [14]. Brenda n’a pas commencé à utiliser la contraception après la naissance de l’enfant, parce qu’elle était sans partenaire sexuel : « Je n’avais aucune relation, alors je ne la prenais pas [la pilule]. » Le premier fils avait presque un an quand Brenda a rencontré son troisième partenaire sexuel (de dix ans plus âgé qu’elle), qui deviendra le père de ses cinq autres enfants. Brenda n’a alors utilisé aucune méthode de contraception, car son partenaire rêvait de devenir père. Pendant les soins prénataux, Brenda a choisi d’utiliser la pilule contraceptive après la naissance de leur enfant, mais elle est tout de même tombée enceinte à nouveau. La quatrième grossesse « était pire encore, mon fils avait 4 mois, et j’allaitais encore ! ». Après la naissance de son cinquième enfant, Brenda a adopté le contraceptif injectable mais, encore une fois, cela n’a pas marché. Sa plus jeune fille n’avait que huit mois quand elle a découvert qu’elle était encore enceinte. C’est alors qu’elle a pris sa décision : « “Non, je veux faire la stérilisation !” Je suis donc allée là-bas, et j’ai dit au médecin, “Je dois faire la stérilisation !” […] Je voulais la faire parce que j’ai beaucoup d’enfants et ni l’injection ni la pilule ne marchent. » Elle précise par ailleurs que son mari était opposé à la stérilisation ; elle a donc dû le convaincre de « signer le papier » : « […] si c’était sa volonté j’aurais continué à avoir des enfants jusqu’à aujourd’hui [15] ! ».

33Si la biographie de Brenda va dans le sens de l’argument commun qui associe la ligature des trompes à une importante descendance [Bumpass, Thomson, Godecker, 2000], elle apporte différents éléments relatifs aux difficultés d’ajustement et d’adaptation des méthodes contraceptives individuelles et aux situations de discontinuités dans l’usage de méthodes réversibles, qui aboutissent au choix de la stérilisation comme unique solution possible face à un corps qui insiste pour se reproduire [Bateman-Novaes, 1982 ; Dalsgaard, 2004].

34Tatiana (30 ans, deux enfants, ligature des trompes à 26 ans) voulait avoir un seul enfant, ce qu’elle justifie par la souffrance qu’elle a connue lors de son premier accouchement [16]. Après la naissance de sa première, Tatiana a recommencé à utiliser le contraceptif injectable (elle n’a jamais réussi à s’adapter à la pilule), mais elle a souffert de nombreux effets secondaires. Le couple a alors commencé à faire usage du préservatif masculin. Elle ne sait pas « si c’est le préservatif qui s’est déchiré, ou s’il n’a pas été bien mis » mais elle est à nouveau tombée enceinte ; cette fois-ci sans le désirer et sans s’y attendre : « Vous n’imaginez pas comme j’étais désespérée ! » Tatiana insiste sur son premier accouchement qui a été très long et très douloureux, d’autant plus que le médecin avait « trop coupé [17] », ce qui l’a empêchée de s’asseoir pendant près de 20 jours. Quand elle a découvert qu’elle était à nouveau enceinte, elle a immédiatement pensé à la stérilisation : « Je ne voulais pas avoir un autre enfant, il voulait, je ne voulais pas, mon mari savait que je ne voulais que le premier. » Cette dernière phrase permet de spéculer sur un éventuel désaccord au sein du couple, en ce qui concerne le nombre d’enfants désiré. Face au choix de méthodes de contraception liées à l’acte sexuel et/ou à la coopération des hommes, Tatiana préfère la stérilisation, en tant que solution viable pour gérer le binôme contraception/sexualité.

Avortement et stérilisation : une possible gestion du potentiel de reproduction

35L’hypothèse selon laquelle la stérilisation constitue une méthode contraceptive, en particulier dans le cadre de difficultés de contraception (de plusieurs ordres) et d’illégalité de l’avortement, nous semble valide. Au Brésil, le débat sur la large diffusion de la ligature des trompes met l’accent sur l’absence de politiques publiques permettant l’accès aux méthodes de contraception réversibles. Ce point de vue est très important pour comprendre les taux élevés de ligature des trompes dans l’ensemble du pays [Faria, 1989 ; Scavone, 1999]. Même si l’avortement est illégal dans le pays, il est souvent pratiqué, mais dans des conditions très différentes en fonction du milieu social [18].

36Dans une étude menée auprès de femmes employées à bas salaire [Vieira, 1999], l’auteure montre que les femmes interrogées ayant recours aux méthodes les plus « efficaces », comme la stérilisation, sont les plus défavorables à l’avortement. Les résultats de sa recherche indiquent une relation entre la tendance à subir une stérilisation à un jeune âge et les attitudes négatives à l’égard de l’avortement. Bumpass, Thomson et Godecker [2000] émettent l’idée que les femmes ayant une expérience d’interruption volontaire de grossesse seraient moins enclines à la stérilisation. Cette attitude pourrait refléter une expérience personnelle dans laquelle l’avortement est considéré comme une option viable (un aspect relatif au contexte nord-américain) face à une grossesse non prévue.

37En considérant l’avortement non seulement dans sa dimension effective (sa réalisation) mais aussi en termes de questionnement (une éventualité) ou de tentative, nous pouvons dire qu’il fait partie des trajectoires de nombreuses femmes qui ont réalisé une ligature des trompes. Dans une étude menée avec des jeunes ayant une expérience de grossesse, Peres [2003] propose quatre types d’expériences de l’avortement : avortement envisagé, tentative de concrétisation, réalisation, et exclusion de la possibilité d’une interruption de grossesse. En sortant de la dichotomie classique entre avoir avorté ou pas, cette perspective permet d’inclure à la fois la possibilité d’une interruption de grossesse et sa réalisation. En outre, cette proposition nous permet de mettre en évidence les tentatives d’avortement qui ont été infructueuses. Parmi les quinze femmes interviewées, sept ont pensé à avorter ou ont essayé, et seule l’une d’entre elles l’a fait. Nous allons présenter maintenant un exemple biographique illustrant chaque type d’expérience.

L’avortement comme une possibilité

38Esther (27 ans, deux enfants, ligature des trompes à 24 ans) a connu sa deuxième grossesse alors qu’elle s’apprêtait à retourner sur le marché du travail et cherchait à arrêter l’allaitement de son premier enfant. Pendant la période d’allaitement, elle a interrompu la médication contraceptive tout en continuant à avoir des relations sexuelles avec son mari. Comme elle n’avait toujours pas ses règles de façon régulière, Esther pensait être encore protégée par la méthode contraceptive, comme si cette dernière était restée « imprégnée » dans son corps. Mais, alors que son premier enfant n’avait que cinq mois, elle tombe à nouveau enceinte. Elle admet que lorsqu’elle a découvert cette grossesse, elle a envisagé la possibilité d’un avortement. Le mari, également surpris par cette deuxième grossesse, lui a dit qu’il soutiendrait sa décision, quelle qu’elle soit. Finalement, comme elle le dit : « je n’ai pas eu le courage ». C’est alors dans ce contexte de « désespoir » et d’inattendu qu’est apparu le processus de décision pour une stérilisation.

Tentative d’interruption volontaire de grossesse

39Bia (31 ans, quatre enfants, ligature des trompes à 21 ans) a connu sa première grossesse à l’âge de 14 ans, dans le cadre d’une relation qui durait depuis déjà plus d’un an avec un garçon de trois ans son ainé. Elle déclare avoir eu des relations sexuelles pendant un an avec ce petit ami, « sans penser qu’elle pourrait tomber enceinte ». Une fois la grossesse confirmée, Bia « était heureuse » et s’est empressée d’aller annoncer la nouvelle au garçon, duquel elle se séparera au bout de 4 ou 5 mois de gestation, parce qu’il « ne voulait pas de responsabilités ». À l’époque, plusieurs personnes lui ont conseillé de mettre fin à sa grossesse, parce qu’elle était « trop jeune » pour être mère. Elle a même bu des tisanes et avalé des pilules pour tenter d’y mettre fin, mais la grossesse se poursuivait. Deux ans plus tard, elle a à nouveau des relations sexuelles avec un autre partenaire, elle tombe enceinte et le couple commence à vivre ensemble. La troisième grossesse survient quand elle est encore « de repos » du deuxième enfant : « j’étais complètement abasourdie ». Entre la troisième et la quatrième grossesse, elle a commencé à « prendre des médicaments », puis elle a arrêté de prendre la pilule parce que c’était « ennuyeux », et elle ne pensait pas pouvoir tomber enceinte du fait qu’elle avait utilisé la contraception pendant un an. Elle tombe cependant enceinte pour la quatrième fois et tente à nouveau d’avorter, avec des « potions » et des médicaments. Mais la grossesse se poursuit, tandis que Bia connaît une « grande peur », celle d’avoir causé des problèmes à l’enfant à naître.

Un avortement

40La première grossesse de Daniele (27 ans, quatre enfants, ligature des trompes à 22 ans) s’est produite lorsqu’elle avait 16 ans. Elle a été menée à bien avec le soutien de sa mère. Pendant cette grossesse, on lui a conseillé d’utiliser une méthode de contraception après son accouchement. Elle a choisi la pilule, la considérant comme la méthode la plus « simple ». Quand son fils a presqu’un an, elle recommence à « sortir de la maison » pour aller danser, à des fêtes. Elle rencontre alors un nouveau partenaire qui deviendra le père de ses trois autres enfants. Elle prenait la pilule, mais : « je la prenais un jour sur trois. Parfois, je me souvenais, mais je pensais “je la prends demain”. Et à cause de ce “je le prends demain”, j’ai déconné ».

41Daniele est alors enceinte pour la deuxième fois et décide de mettre fin à cette grossesse. Cette décision a été motivée par le fait que sa relation n’avait que trois mois, que son premier enfant était encore petit et qu’elle vivait chez sa mère. Le garçon s’est opposé à l’avortement, mais Daniele – qui faisait quelques petits boulots – a réuni suffisamment d’argent pour acheter du misoprostol au marché noir. Sa ligature des trompes s’est faite pendant sa cinquième grossesse – son quatrième enfant –, sous l’ordre d’un médecin car elle avait déjà eu deux césariennes auparavant [19].

Exclure la possibilité d’un avortement

42S’il existe différentes dimensions dans le désir ou le choix d’avorter, c’est également le cas lorsque l’avortement est rejeté [Bateman-Novaes, 1979-1980]. Ce rejet peut être lié, entre autres, aux représentations de la famille, à la valeur des enfants pour le groupe, aux aspirations autour de la maternité/paternité, ou encore aux conceptions et aux projets de vie (école, travail, mariage, etc.). Quoi qu’il en soit, un large éventail de questions vient toujours façonner la poursuite (ou l’interruption) d’une grossesse.

43L’illégalité de l’avortement constitue également un facteur de rejet de cette possibilité. Étant une pratique illégale, les conditions de sa réalisation varient énormément selon les conditions socio-économiques des sujets. Les jeunes issus de la « classe moyenne » font état de conditions qui peuvent être classées comme aseptisées, dans des cliniques, avec une certaine confiance – même si ces cliniques sont clandestines [Heilborn et al., 2012]. Les conditions sont très différentes pour les personnes interrogées issues de couches populaires, qui ont des difficultés à trouver les moyens d’avorter, ce qui augmente le recours à des méthodes dangereuses. Elles ont parfois recours aux cliniques clandestines, mais également à des médicaments, des « potions » ou encore des instruments tranchants. Ces femmes-là mentionnent souvent la vision du « produit » de l’avortement : « une petite balle est sortie », « c’était déjà un garçon » [Op. cit.]. Du fait de ces méthodes, elles craignent que les choses se passent mal, que l’avortement ne fonctionne pas et que l’enfant naisse « avec des problèmes ». Ce dernier point est un autre facteur à prendre en compte dans le refus d’envisager l’avortement comme une possibilité.

La stérilisation comme moyen de gérer les « risques » contraceptifs

44Au Brésil, le contexte actuel d’illégalité de l’avortement et les conditions d’accès à la stérilisation féminine sont tous deux révélateurs des situations de tutelle du corps féminin, d’une part, et du conflit politique et idéologique autour d’événements qui ne sont pas seulement biologiques, d’autre part.

45Avant la promulgation de la loi de planification familiale [Brasil, 1996], la ligature des trompes – largement répandue – était interdite, considérée comme un crime de dommages corporels. La ligature a ensuite été retirée du code pénal, pour être institutionnalisée dans le cadre du Système unique de santé (SUS) et officiellement régie par les établissements médicaux. C’est alors que des critères ont été définis pour sa réalisation, ce qui représente sans aucun doute une avancée en termes de démocratisation de l’accès à cette procédure. Cependant, il semble y avoir, en même temps, des mouvements de flexibilité et de contrôle : la stérilisation vient s’inscrire dans le champ des droits reproductifs en devenant accessible à tous les citoyens, à condition qu’ils respectent les critères énoncés par la loi. Qui plus est, comme nous l’avons vu, la loi souffre de réinterprétations qui dépendent des conceptions morales et culturelles traversant les pratiques quotidiennes des professionnels de santé [Berquó, Cavenaghi, 2003].

46Un autre élément qui attire notre attention sur la mise en tutelle du corps féminin est la nécessité d’obtenir le consentement explicite des deux époux pour effectuer la stérilisation féminine, tandis que, selon les témoignages des hommes interrogés durant notre étude, le consentement de la femme en cas de vasectomie n’est quasiment jamais exigé. Ainsi, la nécessité d’une autorisation du partenaire pour l’accès des femmes à la contraception définitive révèle la reconnaissance institutionnelle mais aussi le renforcement du pouvoir conjugal, la conjugalité étant alors clairement envisagée comme une relation asymétrique entre hommes et femmes. En d’autres termes, en nous appuyant sur les discussions menées par de célèbres auteurs français, on peut dire que l’exigence de cet ensemble de conditions est une manifestation de la domination masculine [Bajos, Ferrand, 2004 ; Bourdieu, 1998 ; Héritier, 1999].

47Au travers du prisme de la stérilisation – masculine ou féminine – diverses questions apparaissent. On peut supposer que la stérilisation représente une stratégie pour stabiliser ou pour clôturer une trajectoire de contraception/reproduction. La stérilisation peut représenter une plus grande autonomie dans la sphère sexuelle, dans la mesure où elle permet d’envisager séparément reproduction et sexualité. En ce qui concerne les trajectoires des femmes, un tel découpage est le signe d’une libération sexuelle relative à la représentation des mouvements féministes [Barroso, 1984]. D’un autre côté, le recours à la stérilisation féminine peut être le reflet d’une morale plus « traditionnelle », précisément parce qu’elle constitue une méthode de contrôle de la fécondité qui se distingue de l’acte sexuel. À ce titre, notons que la stérilisation féminine est bien plus fréquente que la stérilisation masculine, bien que cette dernière soit beaucoup plus simple. De toute évidence, des éléments tels que la médicalisation historique du corps féminin et la naturalisation du travail reproductif sont ici combinés, faisant des femmes les agents par excellence du processus de reproduction, et les seules responsables de la régulation de la fertilité [Tabet, 1996].

48Les questions autour de la contraception transcendent bien souvent les seules discussions sur le manque d’informations, les faiblesses du système de santé ou l’accès aux méthodes contraceptives, car la stérilisation n’est pas seulement une méthode de contraception [Dalsgaard, 2004]. Dans une société très inégalitaire, notamment au niveau social, économique et de genre, la stérilisation peut représenter une tentative de contrôle sur sa propre vie [Bateman-Novaes, 1982 ; Dalsgaard, 2004]. Compte tenu du déséquilibre de pouvoir entre les hommes et les femmes, ces dernières peuvent préférer une méthode « qui soit moins visible, ou donnant plus de garanties et étant le moins possible tributaire de la coopération des hommes » [Barroso, 1984 : 174] ou des dispositifs complexes du système de santé [Faya Robles, 2009]. En ce sens, à divers moments et dans des contextes d’étude différents, un certain nombre d’auteures [Bateman-Novaes, 1982 ; Barroso, 1984 ; Dalsgaard, 2004 ; Faya Robles, 2009] avancent l’argument selon lequel la stérilisation – inscrite dans le corps féminin – représente un changement identitaire et une autonomisation des femmes, au travers de la possibilité de se défaire des contraintes reproductives et de dominer un corps « naturel » qui « insiste pour procréer ». Il s’agit dès lors de mettre fin à un certain cycle de dépendance aux services de santé, de contrôler les incertitudes présentes dans leur quotidien – principalement dues aux conditions sociales dans lesquelles elles vivent (en termes économiques, sociaux et de rapports de genre).

49Enfin, la question suivante demeure : peut-on penser la pratique de la stérilisation comme une forme de gestion des « risques » liés à la contraception et à la reproduction ? Les données qualitatives utilisées ici nous permettent de penser qu’au Brésil la contraception est perçue comme lourde et fatigante ; les femmes manifestent une volonté claire de se débarrasser de « la mise en esclavage par le contraceptif » ou de la surprise d’une nouvelle grossesse. La littérature sur la reproduction indique que le corps de la femme – de la même façon que les émotions, les appétits et les désirs charnels – est associé au domaine de la nature. Les corps des femmes sont alors perçus comme se trouvant dans un état de désordre latent, ou plutôt dans un état de reproduction latente [Martin, 1987 ; Tabet, 1996]. Dans ce cadre, la contraception permanente (qui porte les attributs de la « modernité », pour être médicalisée et artificielle) est considérée comme une manière de gérer quelque chose appartenant au domaine de la nature.

50Si, en théorie, la reproduction humaine peut faire l’objet d’un contrôle, entraînant une certaine autonomie des femmes, dans la pratique, les conditions d’exercice de la contraception et les intentions présentes dans la relation affective et sexuelle entrent en conflit avec d’autres niveaux de négociation. Les pratiques contraceptives sont fortement liées à des jeux sexuels, affectifs et relationnels. La reproduction « naturelle » (par opposition aux nouvelles technologies de la reproduction) nécessite la participation de la sexualité génitale de deux personnes de sexe différent [Rouch, Bateman, 2008]. Il reste à savoir dans quelle mesure il est possible d’échapper à l’asymétrie entre les sexes dans le domaine de la reproduction. Dans ce cadre, dans quelle mesure est-il possible de parler d’autonomie des femmes ? La controverse, qui comporte de multiples dimensions, reste ouverte. Des questions telles que l’avortement, la contraception, la parentalité, la procréation assistée – pour n’en nommer que quelques-unes – font partie de ce débat encore en cours [Gautier, 2002 ; Rouch, Bateman, 2008].

Bibliographie

  • Ariès P. [1986], História social da criança e da família, Rio de Janeiro, Guanabara, 279 p.
  • Bajos N., Bozon M. [2008], Enquête sur la sexualité en France : pratiques, genre et santé, Paris, La Découverte, 605 p.
  • Bajos N., Ferrand M. [2004], « La contraception, lévier réel ou symbolique de la domination masculine ? », Sciences sociales et santé, vol. 22, n° 3, p. 117-140.
  • Barone M.A., Johnson C.H., Luick M.A., Teutonico D.L., Magnani R.J. [2004], « Characteristics of men receiving vasectomies in the United States, 1998-1999 », Perspectives on sexual and reproductive health, vol. 36, n° 1, p. 27-33.
  • Barroso C. [1984], « Esterilização feminina : liberdade e opressão », Revista de saúde pública, São Paulo, n° 18, p. 170-180.
  • Bateman-Novaes S. [1982], « Corps fécondable, corps réfractaire ? », Dialogue, n° 76, p. 90-95.
  • Bateman-Novaes S. [1979-1980], « La grossesse accidentelle et la demande d’avortement », L’Année sociologique, n° 30, p. 219-241.
  • Berquó E. [1993], « Brasil, um caso exemplar – a anticoncepção e partos cirúrgicos à espera de uma ação exemplar », Revista estudos feministas, vol. 1, n° 2, p. 367-81.
  • Berquó E., Cavenaghi S. [2003], « Direitos reprodutivos de mulheres e homens face à nova legislação brasileira sobre esterilização voluntária », Cadernos de saúde pública, vol. 19, n° 2, p. 441-453.
  • Bourdieu P. [1998], La Domination masculine, Paris, Seuil, 134 p.
  • Bozon M. [2005], « L’évolution des scénarios de la vie reproductive des femmes au Brésil : médicalisation, genre et inégalités sociales », Tiers Monde, vol. 46, n° 182, p. 359-384.
  • Bozon M. [2008], « Premier rapport sexuel, première relation : des passages attendus », in Bozon M., Bajos N. (dir.), Enquête sur la sexualité en France : pratiques, genre et santé, Paris, La Découverte, p. 117-147.
  • Bozon M., Heilborn M.L. [2006], « Iniciação à sexualidade : modos de socialização, interações de gênero e trajetórias individuais », in Heilborn M.L., Aquino E.M.L., Bozon M., Knauth D.R. (dir.), O aprendizado da sexualidade : reprodução e trajetórias sociais de jovens brasileiros, Rio de Janeiro, Fiocruz, p. 156-206.
  • Brasil [1996], « Lei n° 9.263, de 12 de janeiro de 1996. Regula o § 7° do artigo 226 da Constituição Federal, que trata do planejamento familiar, estabelece penalidades e dá outras providências », Diário oficial [da] república federativa do Brasil, 15 janvier, Seção 1, p. 561-563.
  • Brasil ministério da Saúde (M.S.) [2008], PNDS 2006, Pesquisa nacional de demografia e saúde da criança e da mulher : relatório, Brasília, 306 p.
  • Brown A.D., Jejeebhoy S.J., Shah I., Yount K.M. [2001], « Sexual relations among young people in developing countries : evidence from WHO case studies », Genève, World health organization, n° 4, 64 p.
  • Bumpass L., Thomson E., Godecker A.L. [2000], « Women, men and contraceptive sterilization », Fertility and sterility, n° 73, p. 937-946.
  • Cabral C.S. [2003], « Contracepção e gravidez na adolescência na perspectiva de jovens pais de uma comunidade favelada do Rio de Janeiro », Cadernos de saúde pública, vol. 19, n° 2, p 283-292.
  • Cabral C.S. [2011], « Práticas contraceptivas e gestão da heterossexualidade : agência individual, contextos relacionais e gênero », tese de doutorado em Saúde Coletiva, Rio de Janeiro, Instituto de Medicina Social, Universidade do Estado do Rio de Janeiro, 299 f.
  • Dalsggaard A.L. [2004], Matters of life and longing female sterilisation in Northern Brazil, Copenhagen, Museum Tusculanum Press, 254 p.
  • Faria V.E. [1989], « Políticas de governo e regulação da fecundidade : consequências não antecipadas e efeitos perversos », Ciências sociais hoje, São Paulo, p. 62-103.
  • Faya Robles A. [2009], « Lier ou ne pas lier. Choix contraceptif et stérilisation chez des femmes en milieu populaire urbais du Nord-est brésilien », Autrepart, n° 3, p. 57-73.
  • Fonseca C. [2004], « A certeza que pariu a dúvida : paternidade e DNA », Estudos feministas, vol. 12, n° 2, p. 13-34.
  • Galland O. [2009], Les Jeunes, Paris, La Découverte, 122 p.
  • Gautier A. [2002], « Les politiques de planification familiale dans le pays en développement : du malthusianisme au féminisme ? », Lien social et politiques, n° 47, p. 67-81.
  • Heilborn M.L., Cabral C.S. [2006], « Parentalidade juvenil : transição condensada para a vida adulta », in Camarano A.A. (dir.), Transição para a vida adulta ou vida adulta em transição ?, Rio de Janeiro, IPEA, p. 225-255.
  • Heilborn M.L., Aquino E.M.L., Bozon M., Knauth D.R. (dir.) [2006], O aprendizado da sexualidade : reprodução e trajetórias sociais de jovens brasileiros, Rio de Janeiro, Fiocruz, 534 p.
  • Heilborn M.L., da Silva Cabral C., Reis Brandão E., Faro L., Cordeiro F., Lopes Azize R. [2012], « Itinerários abortivos em contextos de clandestinidade na cidade do Rio de Janeiro – Brasil », Ciência e saúde coletiva, vol. 17, n° 7, p. 1699-1708.
  • Héritier F. [1999], « Vers un nouveau rapport des catégories du masculin et du féminin », in Baulieu E.E., Héritier F., Leridon H. (dir.), Contraception : contrainte ou liberté ?, Paris, Odile Jacob, p. 37-52.
  • Luker K. [1975], Taking chances : abortion and the decision not to contracept, California, university of California press, 207 p.
  • Martin E. [1987], The Woman in the body : a cultural analysis of reproduction, Boston, Beacon press, 280 p.
  • Martine G. [1996], « Brazil’s fertility decline, 1965-95 : a fresh look at key factors », Population and development review, vol. 22, n° 1, p. 47-75.
  • Monteiro M., Adesse L. [2007], Magnitude do aborto no Brasil : aspectos epidemiológicos e socioculturais, Rio de Janeiro, IMS-UERJ, 8 p.
  • Novaes R.C.R., Cara D.T., Silva D.M., Papa F.C. et al. (dir.) [2006], Política nacional de juventude : diretrizes e perspectivas, São Paulo, Conselho nacional de juventude, 139 p.
  • Pais J.M. [1993], Culturas juvenis, Lisboa, Imprensa nacional, Casa da Moeda, 352 p.
  • Peres S. [2003], « Aborto e juventude : um horizonte de possibilidades diante da gravidez na adolescência », tese de doutorado em Saúde Coletiva, Instituto de medicina social, universidade do estado do Rio de Janeiro, Rio de Janeiro, 278 p.
  • Rouch H., Bateman S. [2008], « Quel avenir pour la reproduction ? », in Haudiquet V., Surduts M., Tenenbaum N. (dir.), Une conquête inachevée : le droit des femmes à disposer de leur corps, Paris, Syllepse, p. 129-138.
  • Scavone L. [1999], « Les paradoxes des droits reproductifs au Brésil : avortement et stérilisation féminine », Cahiers du genre, Paris, n° 25, p. 123-137.
  • Schalet A. [2004], « Must we fear adolescent sexuality ? », Medscape general medicine, vol. 6, n° 4, p. 1-22.
  • Simões C.C. [2006], A transição da fecundidade no Brasil : análise de seus determinantes e novas questões demográficas, São Paulo, Albeit Factory, 140 p.
  • Tabet P. [1996], « Natural fertility, forced reproduction », in Leonard D., Adkins L. (dir.), Sex in question : french materialism feminism, Londres, Taylor and Francis, p. 109-177.
  • United nations [2014], World contraceptive patterns 2013, New York, UN-population division, Department of economic and social affairs.
  • Vieira E.M. [1999], « Do women’s attitudes towards abortion and contraceptive methods influence their option for sterilization ? », Cadernos de saúde pública, vol. 4, n° 15, p. 739-747.

Mots-clés éditeurs : avortement, Brésil, contraception, corps, stérilisation

Date de mise en ligne : 24/02/2015

https://doi.org/10.3917/autr.070.0165