6. La « déprime ouvrière » est-elle inéluctable ? Détours de la politisation ouvrière en Argentine (1995-2005)
Les passerelles jetées par les mobilisations sociopolitiques
- Par Ariel Sevilla
Pages 370 à 387
Citer ce chapitre
- SEVILLA, Ariel,
- SAINSAULIEU, Ivan
- et SURDEZ, Muriel,
- Sevilla, Ariel.
- Sevilla, A.
- I. Sainsaulieu
- et M. Surdez
https://doi.org/10.3917/arco.sains.2012.01.0370
Citer ce chapitre
- Sevilla, A.
- I. Sainsaulieu
- et M. Surdez
- Sevilla, Ariel.
- SEVILLA, Ariel,
- SAINSAULIEU, Ivan
- et SURDEZ, Muriel,
https://doi.org/10.3917/arco.sains.2012.01.0370
Notes
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[1]
Nous n’avons pas analysé dans notre recherche l’auto positionnement de nos enquêtés sur l’éventail droite/gauche. Ce dernier n’est pas non plus ressorti des entretiens spontanément, dans un contexte de bouleversement du cadre de vie et de pensée habituel. Dans le cas du mouvement « Piquetero », il a été montré par exemple que l’auto positionnement des acteurs est flou et hétérogène au départ et qu’il ne devient pas bipolaire mais multipolaire au fil du temps (Pereyra, Svampa, 2003).
-
[2]
Nous disposons en effet d’un matériau empirique (réuni à l’occasion de notre thèse de sociologie) composé de 35 entretiens avec des ouvriers argentins, complété par quelques entretiens auprès de travailleurs licenciés de l’usine, auxquels il faut ajouter 4 mois d’observation participante dans les ateliers d’une grande usine d’automobiles en Argentine.
-
[3]
Le rapport de la Commission nationale sur la disparition de personnes (CoNaDeP) estime que 30 % des personnes disparues ou détenues illégalement appartenaient à la catégorie « ouvriers ».
-
[4]
La « désoccupation » n’est pas couverte par une assurance comme le chômage.
-
[5]
Dans le secteur investigué de l’automobile argentin les entreprises avaient licencié 62 % du personnel entre 1992 et 2003. Dans l’usine où nous avons réalisé nos observations, les licenciements dans la période ont touché 70 % du personnel.
-
[6]
Il faudrait aussi restituer de façon plus précise l’action militante dans les passages et les métamorphoses de ces actions collectives. Pour avancer dans la connaissance des influences mutuelles entre mouvement social de travailleurs sans emploi et mouvement ouvrier, il est nécessaire d’interroger par exemple le rôle des militants politiques dans la transmission de l’expérience et la mémoire de la lutte.
Dans cette contribution, nous nous en prenons à une vulgate tourainienne qui voudrait que le mouvement ouvrier soit « fini » et qu’il soit remplacé par de nouveaux mouvements sociaux, sans rapport avec ce dernier. Sans nous prononcer sur l’existence de nouveaux mouvements sociaux sans lien ou presque avec le mouvement ouvrier, voire avec la question sociale, nous montrons ici les liens entre des mobilisations contestataires en usine et hors usine, ainsi que les va-et-vient, à cette occasion, entre politisation et dépolitisation des ouvriers eux-mêmes. Les ouvriers ne sont pas en effet confinés à l’espace ouvrier. La politisation sera ici comprise comme l’évolution des mentalités et des pratiques qui précèdent et favorisent le passage à l’action collective. La dépolitisation se définit, à l’inverse, par l’affaiblissement de l’action collective et le développement de l’action individuelle.
À partir de l’exemple argentin, dont nous restituons d’abord le cadre historique récent, nous tenterons de montrer que, malgré la dureté du contexte social, toute résistance n’a pas été impossible. Ensuite, nous verrons que les chantres de la finitude ouvrière sont juges et partie de la thèse du déclin, qu’ils soient sociologues ou syndicalistes. Enfin, nous établirons, par le biais notamment de biographies ouvrières, qu’il existe des interactions entre les mobilisations contestataires.Une mise en perspective historique dans le cadre argentin tend à accréditer dans les grandes lignes la thèse du déclin…
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