Chapitre d’ouvrage

9 - La grammaire d’une cité de l’attention

Pages 163 à 184

Citer ce chapitre


  • Kessous, E.
(2012). 9 - La grammaire d’une cité de l’attention. L'attention au monde : Sociologie des données personnelles à l'ère numérique (p. 163-184). Armand Colin. https://shs.cairn.info/l-attention-au-monde--9782200280550-page-163?lang=fr.

  • Kessous, Emmanuel.
« 9 - La grammaire d’une cité de l’attention ». L'attention au monde Sociologie des données personnelles à l'ère numérique, Armand Colin, 2012. p.163-184. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/l-attention-au-monde--9782200280550-page-163?lang=fr.

  • KESSOUS, Emmanuel,
2012. 9 - La grammaire d’une cité de l’attention. In : L'attention au monde Sociologie des données personnelles à l'ère numérique. Paris : Armand Colin. Recherches, p.163-184. URL : https://shs.cairn.info/l-attention-au-monde--9782200280550-page-163?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Ces expressions issues du modèle des économies de la grandeur seront mises entre chevrons.
  • [2]
    Pour simplifier la lecture, nous utiliserons dans ce chapitre, et les suivants, les initiales RL suivies du numéro de page pour les citations se référant à l’ouvrage de Richard Lanham (Lanham, 2006), DB pour l’ouvrage de Davenport et Beck (Davenport et Beck, 2001) et MG pour l’article de Michael H. Goldhaber (Goldhaber, 1997a), ce dernier – publié dans une revue en ligne – n’étant pas numéroté. L’ensemble des traductions sont de nous.
  • [3]
    « L’attention est le chaînon manquant entre la floraison issue du bourdonnement confus (bloomin’ buzzin’ confusion, pour reprendre l’expression de William James, l’un des premiers adeptes de l’attention) du monde qui nous entoure et des décisions et actions nécessaires pour rendre le monde meilleur » (DB, p. 3).
  • [4]
    « Si vous voulez avoir du succès dans l’économie actuelle, vous devez être apte à capter l’attention. Si vous voulez garder vos employés, vous avez besoin d’attirer et de conserver leur attention. Si vous voulez vendre des produits et des services, à un moment donné les clients devront être amenés à diriger leur attention vers vous. Si vous dirigez une société cotée et que vous voulez que la valeur de vos actions augmente, vous devrez attirer l’attention des investisseurs et des analystes. En d’autres termes, être une organisation solide et compétente ne suffit plus, vous devez remuer les méninges – et les cœurs – de votre public cible » (DB, p. 8).
  • [5]
    « Même la politique est maintenant plus que jamais une performance artistique. Ce que l’on appelle communément le terrorisme l’est aussi ; sans médias mondiaux – notamment l’Internet – quelqu’un se ferait-il exploser ou ferait-il exploser d’autres personnes de la sorte ? Quel autre but ont-ils ? Que des gens meurent et tuent pour attirer l’attention est horrible, mais ne devrait pas nous surprendre. (Comme cet exemple le montre, nous ne devrions pas voir la venue de la nouvelle économie comme un bien parfait ; ce n’est certainement pas une utopie. Encore que, les guerres pour l’attention pourraient se révéler moins horribles et coûteuses en vies humaines que les guerres pour le territoire productif qu’elles semblent de plus en plus avoir remplacées. La “guerre contre le terrorisme” destructrice si elle en est, fait pâle figure face aux Première et Deuxième Guerres mondiales) » (Goldhaber, 2006).
  • [6]
    Remarquons que cela rejoint le risque majeur encouru dans une optique de Catopticon. Ainsi, si dans une société panoptique, l’éthique repose avant tout sur le respect de la vie privée et de l’intimité, dans une société catoptique, « le risque majeur ne tient pas tant à la divulgation des données personnelles et à l’abrogation des libertés qu’à l’anonymat dans lequel on risque d’être plongé à jamais, ou, pire, à un référencement erroné que l’on subit sans pouvoir rien y changer, ou encore à la persistance d’un passé révolu que l’on souhaiterait oublier mais qui s’accroche à l’identité numérique sans que l’on soit en mesure de l’en détacher » (Ganascia, 2009, p. 220).
  • [7]
    Un coût d’opportunité mesure la perte engendrée par la mobilisation d’une ressource limitée à un usage particulier. Il évalue le coût des opportunités auxquelles on doit renoncer.
  • [8]
    Cette position ouvre la voie à une controverse. En effet, Tronto vise ainsi à « éviter la mauvaise foi de ceux qui se “se soucieraient” d’un problème, sans vouloir accomplir quelque forme de care que ce soit » (ibid., p. 179-180). Elle illustre ce propos par le cas de l’institution scolaire qui charge les enseignants de l’apprentissage des mathématiques sans les avoir formés au préalable. Mais en écartant tout critère préalable de jugement, ne risque-t-on pas de vivre des situations d’injustice, comme lorsque l’on juge négativement la réussite d’un professeur accomplissant le mieux qu’il peut sa tâche, alors que l’institution à laquelle il appartient ne lui donne pas les moyens adéquats pour arriver aux résultats attendus ?

Pour présenter les fondamentaux de la cité de l’attention, nous nous appuierons sur la grille d’analyse des mondes communs proposée dans les économies de la grandeur. Cette grille s’apparente à une analyse grammaticale, dans la mesure où une grammaire constitue un ensemble de règles spécifiant la manière d’agir qui est pertinente à une situation donnée. Elle contient des répertoires de sujets et d’objets spécifiques, des verbes permettant de décrire les relations naturelles entre les êtres. Nous distinguerons également le principe supérieur commun qui caractérise l’< état de grand > et le bien commun de la cité .Des trois écrits sur lesquels nous nous appuyons, c’est l’article de Goldhaber qui pousse le plus loin l’analogie avec la création d’une nouvelle cité . L’économie de l’attention y est définie comme une ère nouvelle succédant à l’économie féodale et à l’économie industrielle fondée sur le marché et la circulation monétaire. Cette transition ne signifie pas seulement une modification..…


Date de mise en ligne : 09/03/2016

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