Les pratiques et les espaces funéraires antiques en Normandie occidentale : premiers résultats
- Par Vanessa Brunet,
- Laurent Paez-Rezende,
- Laurence Jeanne,
- Erwan Nivez,
- Aurélien Piolot,
- Guy Leclerc,
- Et avec la collaboration de Vincent Carpentier,
- Karine Chanson,
- Annabelle Cocollos,
- Dominique Corde,
- Caroline Duclos,
- Romuald Ferrette,
- David Flotté,
- Laurette Fromentin,
- David Giazzon,
- Magali Heppe,
- Benjamin Hérard,
- Vincent Hincker,
- Ivan Jahier,
- Aurore Lacroix,
- Gaël Lėon,
- Isabelle Le Goff,
- Myriam Le Puil-Texier,
- Marc-Antoine Thierry,
- Didier Paillard,
- Grégory Schütz,
- Aminte Thomann
- et Cécile Torrubia Besnard
Pages 161 à 203
Citer cet article
- BRUNET, Vanessa,
- PAEZ-REZENDE, Laurent,
- JEANNE, Laurence,
- NIVEZ, Erwan,
- PIOLOT, Aurélien,
- LECLERC, Guy,
- Et avec la collaboration de CARPENTIER, Vincent,
- CHANSON, Karine,
- COCOLLOS, Annabelle,
- CORDE, Dominique,
- DUCLOS, Caroline,
- FERRETTE, Romuald,
- FLOTTÉ, David,
- FROMENTIN, Laurette,
- GIAZZON, David,
- HEPPE, Magali,
- HÉRARD, Benjamin,
- HINCKER, Vincent,
- JAHIER, Ivan,
- LACROIX, Aurore,
- LĖON, Gaël,
- LE GOFF, Isabelle,
- PUIL-TEXIER, Myriam Le,
- THIERRY, Marc-Antoine,
- PAILLARD, Didier,
- SCHÜTZ, Grégory,
- THOMANN, Aminte
- et TORRUBIA BESNARD, Cécile,
- Brunet, Vanessa.,
- et al.
- Brunet, V.,
- Paez-Rezende, L.,
- Jeanne, L.,
- Nivez, E.,
- Piolot, A.,
- Leclerc, G.,
- Et avec la collaboration de Carpentier, V.,
- Chanson, K.,
- Cocollos, A.,
- Corde, D.,
- Duclos, C.,
- Ferrette, R.,
- Flotté, D.,
- Fromentin, L.,
- Giazzon, D.,
- Heppe, M.,
- Hérard, B.,
- Hincker, V.,
- Jahier, I.,
- Lacroix, A.,
- Lėon, G.,
- Le Goff, I.,
- Puil-Texier, M.-L.,
- Thierry, M.-A.,
- Paillard, D.,
- Schütz, G.,
- Thomann, A.
- et Torrubia Besnard, C.
https://doi.org/10.3917/annor.731.0161
Citer cet article
- Brunet, V.,
- Paez-Rezende, L.,
- Jeanne, L.,
- Nivez, E.,
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- Et avec la collaboration de CARPENTIER, Vincent,
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- PAILLARD, Didier,
- SCHÜTZ, Grégory,
- THOMANN, Aminte
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Notes
-
[1]
Paez-Rezende, C. Duclos, L. Jeanne (dir.), « Le funéraire », dans N. Coulthard (dir.), L’Antiquité en Basse-Normandie, Bilan de la recherche archéologique, volume II, 1984-2004, Paris-Caen, Ministère de la Culture et de la Communication - DRAC Basse-Normandie, 2011, p. 122-129.
-
[2]
G. Verron, C. Billard, J. Desloges, J.-L. Dron, N. Fromont, E. Ghesquière, L. Juhel, C. Marcigny, « Le Néolithique en Basse-Normandie (-5100 à -2300/2000 av. J.-C.). Bilan de la recherche 1984-2004 », dans Bilan de la Recherche archéologique Basse-Normandie, 1984-2010, vol. 1, Du Paléolithique à la fin de l’âge du Fer, DRAC, SRA Basse-Normandie, 2010, p. 70-92 ; C. Marcigny, X. Savary, A. Verney, G. Verron, « L’âge du Bronze en Basse-Normandie (-2300/-2000 à -800 av. J.-C.). Bilan de la recherche 1984-2004 », dans Bilan de la Recherche archéologique Basse-Normandie, 1984-2010, vol. 1, Du Paléolithique à la fin de l’âge du Fer, Caen, DRAC, SRA Basse-Normandie, 2010, p. 93-142.
-
[3]
L. Paez-Rezende, V. Brunet, « Le funéraire antique en Basse-Normandie : état des lieux et nouveaux apports par l’atelier 6 du PCR ARBANO », Aremorica, 8, 2017, p. 93-108.
-
[12]
Liste des sites ayant fait l’objet d’une notice détaillée, dans le Calvados : Agneaux, La Tremblée ; Authie, Saint Louet II ; Bayeux, Lycée Alain Chartier ; Bernières-sur-Mer, La Crieux ; Blay, Chemin des Essiaux ; Bretteville-l’Orgueilleuse, Le Bas des Prés ; Bretteville-l’Orgueilleuse, La Corneille Nord ; Cahagnes, Benneville ; Canchy, RN13 – RD 204 ; Courtonne-la-Meurdrac, Les Hauts de Glos ; Évrecy, Saint Aubin des Champs 2 ; Falaise, Les Sentes de Vâton ; Fourneville, Le Petit Épiné 1 ; Ifs, Crédit Immobilier ; Lisieux, Michelet ; Manneville-la-Pipard, Le Petit Paroir ; Ouilly-le-Vicomte, Les Perrées ; Putot-en-Bessin, Déviation de Loucelles ; Rots, La Croix Vautier. Dans la Manche : Flottemanville-Bocage, Les Poistils ; Montaigu-la-Brisette, Le Hameau Gréard ; Portbail, Le Genestel ; Portbail, Les Roquettes ; Saint-Pellerin, RN 174 – Section Porte Verte – RN 13. Dans l’Orne : Boitron, Le Sainfoin ; Fel, Le Cotil Vert ; Macé, La Tour de Vandel ; Marcei, Le Marais ; Sées, Rue Bauchon – Rue du Grenier à Sel.
-
[13]
Bernières-sur-mer (14), Blay (14), Boitron (61), Bretteville l’Orgueilleuse (14), Canchy (14), Falaise (14), Fourneville (14), Goustranville (14), Ifs (14), Manneville-la-Pipard (14), Montaigu-la-Brisette (50), Portbail (50), Rots (14).
-
[14]
P. Giraud (dir.), La nécropole protohistorique : Les Mesnils, Verson (Calvados), rapport de fouille préventive, Caen, Département du Calvados, 2015.
-
[15]
I. Jahier, S. Pluton-Kliesch, Une nécropole des premier/second âges du Fer, Le Clos des Lilas, Éterville, (Calvados) : rapport de fouille, rapport de fouille préventive, Inrap-SRA Normandie, 2013.
-
[16]
D. Flotté (dir)., Moult (Calvados), « Le Relais de Poste », rapport de diagnostic, Inrap-SRA Normandie, 2015.
-
[17]
V. Carpentier (dir.), Jort (Calvados), « Rue Paul-Duhomme 1 », Au cœur d’un village : nécropole d’enfants laténienne et occupations diachroniques, rapport de fouille préventive, Inrap-SRA Normandie, 2015, p. 394.
-
[18]
A. Lefort, S. Rottier, Une occupation littorale du second âge du Fer aux portes de la Hague, opération de fouilles archéologiques sur l’estran d’Urville-Nacqueville (50), La nécropole de La Tène finale, rapport d’opération, SRA Normandie, 2014 ; A. Lefort (dir.), Le peuple des dunes. Une communauté gauloise du littoral normand, Bayeux, Orep, 2021.
-
[19]
N. Bails, Sentiment de l’enfance et reconnaissance sociale : la place des enfants en bas âge (0-4 ans) dans les Trois Gaules (1er av. J.-C.-5e ap. J.-C.). Étude des comportements au travers des sources littéraires, iconographiques, anthropologiques, archéologiques et ethnologiques, thèse de doctorat, Université de Paris 1, 2012, p. 92.
-
[20]
Juvénal, Satires, XV, 139-140. trad. P. de Labriolle et F. Villeneuve, Paris, Les Belles Lettres, 1921.
-
[21]
F. Blaizot (dir.), Pratiques…, op. cit. p. 175-183.
-
[22]
Y.-M. Adrian, « Une ferme gauloise et gallo-romaine à Isneauville – Saint-Martin-du-Vivier (76). Premiers résultats de la fouille de la zone A », dans Actes des Journées archéologiques régionales de Haute-Normandie (Harfleur, 23-25 avril 2010), Mont-Saint-Aignan, PURH, 2011, p. 69-76 ; V. Brunet, « Le funéraire antique », dans M. Provost (dir.), Carte archéologie de la Gaule 27-2 : l’Eure, Paris, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2019, p. 83-87 ; D. Delobel, E. Afonso Lopes, « Tombes à réceptacles, tombes en amphores : rencontre autour de crémations singulières à Thérouanne (Pas-de-Calais) », 13e rencontre du GAAF autour de la crémation, 30 mai-1er juin 2022, Toulouse (inédit).
-
[23]
C.-C. Besnard-Vauterin, Bretteville l’Orgueilleuse, Le Bas des Près, « Lotissement Résidence les Parcs », De la ferme à la villa, 1000 ans d’occupation : Évolution d’un domaine agricole de la fin du Premier Âge du Fer à la fin de l’Antiquité, rapport de fouille préventive, Inrap-SRA Normandie, 2013, volume 3.
-
[24]
V. Hincker, G. Marie, C. Niel, A. Piolot, A. Alduc-Le-Bagousse, V. Brunet, A. Bocquet-Liénard, « Une nécropole aristocratique des IIe-IIIe siècles à Vâton dans la cité des Viducasses », Gallia, 69-1, 2012, p. 115 - 166.
-
[25]
B. Lambot, Le bûcher expérimental d’Acy-Romance, dans B. Lambot, M. Friboulet, P. Méniel (dir.), Le site protohistorique d’Acy-Romance, Ardennes. Les nécropoles dans leur contexte régional. Mémoire de la Société Archéologique de Champagne, 8, 2, 1994, p. 250 - 261 ; G. Grévin, « L’ethnologie au secours des archéologues. L’étude des crémations des bûchers », Archéologia, 408, 2004, p. 44 - 51.
-
[26]
L. Lespez, C. Germain, C. Riquier, « Archéologie du Paysage en Plaine de Caen, nouveau programme, premiers résultats », Revue archéologique de l’Ouest, 30, 2013, p. 285 - 299 ; E. Nivez, La conservation différentielle du matériel ostéologique en contexte archéologique, un indice de pratiques funéraires particulières ? Exemple d’un ensemble funéraire de l’âge du Fer à Verson (Calvados), XIXe colloque d’Archéométrie du GMPCA, 22-26 avril 2013, Université de Caen Normandie (inédit).
-
[27]
I. Le Goff, G. Billand, « De la détection des structures fugaces à la reconnaissance d’un système funéraire : les fosses à résidus de combustion de l’âge du Bronze », Archéopages [En ligne], Hors-série 3, janvier 2012, p. 139 - 146.
-
[28]
Ibid., p. 143.
-
[29]
M.-A. Thierry, « Goustranville… », op. cit. 2018.
G. Schütz (dir.), Goustranville (Calvados), fouille préventive « route de Bavent (R.D. 224) – Le Plain Gruchet » (parcelle ZB 94p), rapport de fouille préventive, Service Départemental d’Archéologie du Calvados, 2020. -
[30]
V. Brunet, « Le funéraire … », op. cit., 2019 ;
I. Rogeret (dir.), La Seine-Maritime, Carte archéologie de la Gaule 76 - 1, Paris, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1998.
L. Paez-Rezende, C. Duclos, L. Jeanne (dir), « Le funéraire », dans N. Coulthard (dir.), L’Antiquité en Basse-Normandie, Bilan de la recherche archéologique, volume II, 1984-2004, Caen, DRAC de Basse-Normandie, 2011, p. 122-129 ; P. Galliou, Les tombes romaines d’Armorique. Essai de sociologie et d’économie de la mort, Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 1989 ; M. Monteil, « Tombes et nécropoles rurales du Haut empire. Un état des recherches en Pays de la Loire », Bulletin de la Sociétés archéologique et historique de Loire-Atlantique, 139, 2004, p. 93-139. -
[31]
S. Pluton, La nécropole gallo-romaine, dans R. Ferrette, « Rapport final d’opération de Canchy (14) – RN 13 – RD 204 », rapport de fouille préventive, Inrap-SRA Normandie, 2007.
-
[32]
I. Le Goff, Manneville-la-Pipard, les sépultures à incinérations, rapport d’étude, Caen, Service Départemental d’Archéologie du Calvados, 1995.
-
[33]
I. Le Goff, La nécropole d’Ifs (Calvados)-Crédit Immobilier. Fouille et étude des urnes cinéraires, Rapport de fouille préventive, Inrap-SRA Normandie, 1996.
-
[34]
G. Depierre, « La fouille des incinérations - espoir et réalité », dans Actes des journées archéologiques d’Île-de-France. Archéologie funéraire et actualité régionale, Tremblay-en-France, 26 et 27 septembre 1992, Meaux, Association Meldoise d’Archéologie, p. 13 - 17 ; M. Augros, M. Feugère, M. Jegaden, J.-C. Beal, C. Brenot, G. Depierre, La nécropole gallo-romaine de la Citadelle à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), Montagnac, M. Mergoil, 2002, 206 p.
-
[35]
B. Dedet, Coutumes funéraires en Gaule du Sud durant la Protohistoire (IXe – IIe siècle av. J.-C.), Paris, Errance, 2019, p. 208.
-
[36]
Y.-M. Adrian, « Une ferme gauloise… », op. cit.
-
[37]
E. Nivez, Les pratiques funéraires des lémovices durant le Haut-Empire (Limousin et ses marges, Ier-IIIe siècle ap. J.-C.). Apport de l’étude archéologique et ostéologique des structures liées à la crémation, Thèse de Doctorat, Université de Bourgogne, 2021.
-
[38]
N. Lacoste, 6, rue d’Auvours, une nécropole du Haut-Empire, Rapport de fouille préventive, Nantes, Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, 2019 ; M. Gadacz, La nécropole gallo-romaine de Vatteville-la-rue « Les Landes 2 » (76), Thèse de Doctorat, Université de Bourgogne, 2019 ; A.-M. Lotton., V. Brunet, Carhaix-Plouguer (29), Kergorvo-Kerconan, Zone 6 : Site d’extraction pluriséculaire et occupation funéraire antique, Rapport de fouille préventive, Éveha-SRA Bretagne, 2018 ; A. Le Martret (dir.), Vannes (56), 15 avenue Édouard Herriot, Un secteur de la nécropole antique de Vannes, rapport de fouille préventive, Éveha-SRA Bretagne, 2017.
A. Le Martret (dir.), Vannes (56), 15 avenue Édouard Herriot, études complémentaires de la nécropole antique de Vannes, Darioritum Rapport de fouille préventive, Éveha-SRA Bretagne, 2022 ; A. Mayer, V. Brunet, « Sous les scories, une nécropole : un petit ensemble funéraire du Haut-Empire (Coulans-sur-Gée, « Les Brochardières », Sarthe) », Revue archéologique de l’Ouest, 33, 2016, p. 209-220 ; F. Kliesch, « Évreux (Eure), 19 et 21 rue du Docteur-Poulain. Nouveau bilan sur la grande nécropole du sud d’Évreux », Journées archéologiques de Haute-Normandie, Mont-Saint-Aignan, PURH, 2014, p. 129-140 ; V. Brunet (dir.), « Évreux (Eure), 14 et 16 rue de Bellevue : du nouveau sur la nécropole antique du « Clos au Duc », dans Journées régionales archéologiques, Caen, les 9 et 10 juin 2017, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2019, p. 117-129 ; S. Pluton-Kliesch, « Architecture funéraire et mode de mise en terre des défunts du ier au iiie s. de n. è. dans la nécropole d’Évreux (Eure) », Revue archéologique de l’Ouest, 36, 2019-2020, p. 121-146. -
[39]
Cet intervalle se rapproche des poids moyens observés pour de nombreux sites funéraires antiques de l’Ouest de la Gaule, dans les cités des Osismes, Vénètes, Riédones, Namnètes, Calètes et Aulerques Éburovices contrairement à ce qui est constaté dans le Nord de la Gaule où le poids des restes demeure nettement plus élevé, notamment chez les Nerviens, Atrébates et Morins.
-
[40]
Poids moyen pour un squelette adulte de 1627,2 g avec des valeurs minimales et maximales de 1001,5 g et 2422,5 g pour une exclusion des esquilles de moins de 2 mm, d’après J. McKinley, « Bone fragments size and weight of bone from modern british cremation and its implications for the interpretation of archaeological cremations », International Journal of Osteoarchaeology, 3, 1993, p. 283-287.
J. I. McKinley considère que pour les comparaisons avec les incinérations archéologiques, il est nécessaire de prendre en compte le poids global auquel est retranché le poids des éléments inférieurs à deux millimètres que l’auteure qualifie de « grain de poussière » (G. Depierre, op. cit, 2010, p. 97). -
[41]
V. Brunet, R. Blondeau, « Les cinq ensembles funéraires antiques de « La Marlière », Tranche 6, à Courcelles-lès-Lens (Pas-de-Calais) », dans F. Hanut (dir.), Du bûcher à la tombe. Diversité et évolution des pratiques funéraires dans les nécropoles à crémation de la période gallo-romaine en Gaule septentrionale, Namur, Institut du Patrimoine wallon, 2017, p. 213-222.
-
[42]
Durant l’Antiquité, des lois encadrent et protègent l’implantation et la réalisation d’une sépulture. Le site de la tombe est le lieu de culte privé, géré par la famille et appartenant aux Mânes. Le droit de propriété est garanti par la cité et devient inaliénable. Toute modification sans autorisation du pontife (modification, destruction) est considérée comme un sacrilège et sévèrement puni (Cicéron, De Legibus).
-
[43]
« Le ringardage tire son nom de l’outil manipulé par le conducteur de four pour brasser les restes du cercueil et les restes humains qui sont alors encore composés de tissus mous et de matière organique. Le ringard est constitué d’une perche métallique de plus de deux mètres au bout de laquelle est fixée une plaque rectangulaire, également métallique », Depierre G., Des crémations en milieu à haute technologie aux incinérations du passé. Apports méthodologiques et réalités archéologiques, thèse de doctorat de l’université de Dijon, 2010, p. 155.
-
[44]
S. Barbeau, E. Coffineau, M. Le Puil-Texier, N. Théophane, L. Simon, La Guerche-de-Bretagne, Rannée, Drouges (35), RD 178 déviation, tranche 3, rapport de diagnostic, SRA de Bretagne, 2014 ; L. Le Clézio (dir.), Rannée (35), La Sallerie, rapport d’opération, Éveha-SRA Bretagne, 2016.
-
[45]
C.-C. Besnard-Vautrin (dir.), Falaise, « Expansia » (Calvados), un habitat du second âge du fer et des vestiges de l’Antiquité et du haut Moyen Âge, rapport de fouille préventive, Inrap-SRA Normandie, 2008.
-
[46]
V. Hincker, Se soucier des morts de l’Antiquité aux premiers siècles du Moyen Age : la parole de saint Augustin à l’épreuve des enjeux socio-anthropologiques des funérailles et du tombeau, Thèse de doctorat, Histoire. Normandie Université, 2017, p. 350.
-
[47]
P. Blaszkiewicz, P. Davis, C. Jigan, J.-Y. Marin, « Quelques données nouvelles sur la nécropole gallo-romaine du Grand-Jardin à Lisieux (Calvados) : la collection Delaporte du Musée de Lille », Revue archéologique de l’Ouest, 3, 1986, p. 119-134.
-
[48]
F. Blaizot (dir.), « Pratiques et espaces funéraires dans le centre et le sud-est de la Gaule durant l’Antiquité », Gallia, 66-1, 2009, p. 1-383.
-
[49]
La fouille à venir de cet ensemble funéraire devrait apporter de nouveaux éléments de compréhension relatifs à son implantation, son développement et l’existence, en un même lieu, des deux modes de traitement du corps.
-
[50]
Deux puits et des trous de poteau.
-
[51]
A. Thomann (dir), « Une nécropole… », op. cit., 2019.
-
[52]
D. Paillard, A. Alduc-Le Bagousse, L. Buchet, J. Blondiaux, C. Niel, « Identité sociale ou miroir d’une société en évolution ? Les tombes remarquables de la seconde moitié du IVe siècle dans la nécropole de Michelet à Lisieux (Calvados) », dans A. Alduc-Le Bagousse (dir.), Inhumations de prestige ou prestige de l’inhumation ? Expressions du pouvoir dans l’au-delà (IVe – XVe siècle), Caen, Publications du CRAHM, 2009, p. 1-22.
-
[53]
D. Castella, La nécropole gallo-romaine d’Avenches « En Chaplix ». Fouilles 1987-1992. Volume 1 : Étude des sépultures, Cahiers d’Archéologie Romande, 77, 1999, p. 153.
-
[54]
A. Piolot, V. Hincker, « Dépôts carnés dans une sépulture aristocratique du IIe siècle ap. J.-C. dans la cité des Viducasses : approche taphonomique et interprétation socioculturelle », dans I. Bede, M. Detante (dir.), Rencontre autour de l’animal en contexte funéraire : actes de la 4e Rencontre du Gaaf, Saint-Germain-en-Laye, 30-31 mars 2012, Saint-Germain-en-Laye, Groupe d’anthropologie et d’archéologie funéraire, 2014, p.133-143.
-
[55]
N. Pimpaud, V. Brunet, Cormeilles-en-Parisis (Val d’Oise) – « ZAC des Bois Rochefort.Fouille préventive d’une nécropole du Bas-Empire et d’un établissement rural de La Tène finale », Journées archéologiques d’Île-de-France, Créteil, 19 novembre 2011, Paris, Ministère de la Culture et de la Communication, 2012, volume 2, p. 367-378.
-
[56]
A. Laurey, V. Brunet, M. Demarest, C. Mauduit, « Un monument funéraire du Haut-Empire aux confins de la cité des Carnutes à Boinville-en-Mantois (Yvelines) », Gallia, 76-1, 2019, p. 227-254.
-
[57]
É. Deniaux, C. Lorren, P. Bauduin, T. Jarry, La Normandie avant les Normands, de la conquête romaine à l’arrivée des Vikings, Rennes, Éditions Ouest-France, 2009, p. 222-240.
-
[58]
D. Paillard, A. Alduc-Le Bagousse, « Présence militaire et influences germaniques en Normandie à la fin du IVe siècle : les témoins familiaux à Lisieux (Calvados, France) », dans J. Tejral, C. Pilet, M. Kazanski (dir.), L’Occident romain et l’Europe centrale à l’époque des Grandes Migrations, Brno, Institut d’Archéologie de l’Académie des Sciences de la République Tchèque, 1999, p. 25-31.
-
[59]
A. Thomann (dir.), « Une nécropole… », op. cit., 2019 ; M. Gorbea, « Variabilité ostéométrique … », op. cit., 2016.
-
[60]
V. Hincker, A. Mayer (dir.), « La courte histoire du cimetière mérovingien de Banneville-la-Campagne (Calvados, France) », Archéologie Médiévale, 41, 2011, p. 1-48.
-
[61]
Ce sont des femmes rétribuées en qualité de pleureuses prenant place dans les convois funéraires de riches personnages. Elles précédaient le corps, sanglotant, chantant quelque hymne funèbre ou les louanges du mort.
-
[62]
Voir article dans ce même volume : E. Nivez, V. Brunet, op. cit.,.
-
[63]
V. Hincker, « Se soucier des morts… », op.cit., p. 329. // Se soucier des morts de l’Antiquité aux premiers siècles du Moyen Age : la parole de saint Augustin à l’épreuve des enjeux socio-anthropologiques des funérailles et du tombeau, Thèse de doctorat, Histoire. Normandie Université, 2017, p. 350.
1 Lors de sa parution en 2011, le volume 2 du bilan de la recherche archéologique régionale consacré à l’Antiquité rappelait que, depuis plus d’un demi-siècle, les études consacrées au domaine funéraire, tant archéologiques qu’anthropologiques, concernaient principalement le Moyen Âge [1], notamment sous l’égide du Centre de recherches archéologiques et historiques antiques et médiévales (CRAHAM) de l’université de Caen Normandie. Dans les années 1980-1990, la recherche s’est élargie à la Protohistoire, avec la fouille de plusieurs nécropoles et monuments funéraires [2].
2 Et l’Antiquité dans tout cela ? Elle est restée ignorée ou insuffisamment valorisée. L’archéologie a néanmoins produit sur les trente dernières années, notamment grâce à l’activité de sauvetage puis préventive, un contingent de vestiges funéraires d’une grande diversité et couvrant toute la période antique : inhumations ou crémations isolées (Agneaux, Authie, Flottemanville-Bocage, Ouilly-le-Vicomte, Portbail, Putot-en-Bessin, Saint-Pellerin), groupes restreints (Bayeux, Bernières-sur-Mer, Blay, Cahagnes, Fourneville, Ifs, Le Guislain, Manneville-la-Pipard, Montaigu-la-Brisette, Sées, Falaise), grands, voire vastes ensembles funéraires (Boitron, Canchy, Lisieux, Fel, Évrecy, Rots), éclairant tout à la fois la physionomie des populations urbaines et rurales, leur état sanitaire, les modalités d’inhumation, les pratiques rituelles, dans une chronologie de plus en plus précise. Cependant, peu de publications sont venues mettre en lumière la richesse des découvertes et le potentiel régional est resté largement inexploité [3]. C’est la raison pour laquelle un thème consacré à l’archéologie funéraire a été inscrit en 2011 dans les travaux du PCR Arbano naissant. L’objectif était de combler le déficit d’études et de diffusion en reprenant les lots non exploités (études anthropologiques, datation, dessins…). Notre article fait ainsi une synthèse des données anciennes et récentes et propose une relecture de certains sites anciennement publiés.
Historique des recherches sur la normandie occidentale et établissement du corpus d’étude
3 En Normandie occidentale, les premières mentions de vestiges à caractère funéraire remontent au xviie siècle. Ce sont des découvertes fortuites, dont la localisation reste approximative. Les descriptions et parfois des dessins de ces vestiges, pour la plupart détruits ou dispersés dans les collections privées, sont tout ce qu’il reste d’exploitable (fig. 1). Ces données anciennes constituent toutefois une part importante du corpus de sites funéraires connus pour la Normandie occidentale.
Découvertes anciennes (xviie-xixe s.), en contexte urbain.
Découvertes anciennes (xviie-xixe s.), en contexte urbain.
4. C. Gros de Boze, « Relation de la découverte d’un tombeau près de Cherbourg », Histoire de l’Académie Royale des Inscriptions et Belles-lettres, 1751, t. XVI, p. 131-132.5. G.-P. Avoine de Chantereyne, Mémoire sur l’étymologie et sur l’antiquité de la ville de Cherbourg. Bibl. mun. Cherbourg, ms 112 (B) ; C. Bouhier, Inventaire des découvertes archéologiques du département de la Manche (période gallo-romaine et mérovingienne), thèse de doctorat d’histoire (IIIe cycle) dactylographié, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Université de Caen, 1962, 504 p. sans les planches, p. 104.
6. F. H. Duchevreuil, Lettre à Charles de Gerville au sujet de la découverte d’un tombeau dans la Montagne du Roule. Bibl. mun. de Cherbourg, manuscrit n° 252, f. 15, lettre du 2 septembre 1833, p. 450
7. C. Bouhier, Inventaire des découvertes …, op. cit., p. 79.
8. A. Pouchin (s.d.), Valognes, Archives départementales de la Manche, 4 J 81.
9. C.-L.-V. Folliot de Fierville, Croquis d’une substruction présumée romaine découverte à la ferme du Bas Marais, paroisse d’Alleaume. Bibl. mun. Valognes, 2SAV1, dossier 39, 8 juillet 1879 ; Id., « Découverte archéologique faite à Alleaume (Alauna) », Mémoires de la Société archéologique, artistique, littéraire et scientifique de l’arrondissement de Valognes, t. I, 1878-1879, p. 157-160.
10. C. du Hérissier de Gerville, « Recherches sur le pays des Unelli et sur les villes qui y ont existé sous la domination romaine », Mémoires et dissertations sur les antiquités nationales et étrangères, t. IV, 1823, p. 263-279 ; Id., « Essai sur les sarcophages », Mémoires de la Société des antiquaires de l’ouest, t. II, 1836, p. 175-219.
11. C. du Hérissier de Gerville, « Essai sur les sarcophages », op. cit., p. 177.
4 Le dossier du Tombeau du Roule est le mieux documenté de tous les ensembles funéraires en lien avec le fait urbain. Ce soubassement monumental, à présent disparu, évoquant une pyramide funéraire, a été mis au jour sur la colline du Roule, qui aurait pu accueillir une nécropole. Celle-ci aurait été implantée le long d’une possible voie antique entre Cherbourg (Coriallo) et Valognes (Alauna). Dans cette dernière agglomération, probable chef-lieu de cité des Unelles, mais aussi à Portbail et Montaigu-la-Brisette, l’enquête a débuté ces quinze dernières années. Les informations recueillies sont encore partielles, mais révèlent déjà des pratiques funéraires assez inattendues (tableau 2). C’est ainsi qu’a été découverte à Portbail, au Genestel, une inhumation dotée d’un conduit à libations et d’un coffrage de terres cuites architecturales, premier témoignage de ce type d’architecture funéraire recensé dans la région. Des indices de monumentalisation de tombeaux ont été perçus à Valognes, quartier du Gravier. Un fragment de sculpture en calcaire a été utilisé en remploi dans le mur d’une remise du xixe siècle (fig. 2). Plus à l’est, les fouilles récentes de Bayeux (Augustodurum) et Vieux (Aregenua), capitales des Baïocasses et des Viducasses, n’ont pas encore permis de révéler l’ampleur des nécropoles périurbaines, parfois connues anciennement, comme celle du Mont Phaunus à Bayeux (fig. 3 ; fig. 4). En définitive, les deux seuls ensembles funéraires urbains d’importance qui ont pu être étudiés plus finement sont ceux des deux nécropoles du Grand Jardin (étude des aspects matériels uniquement) et de Michelet, à Lisieux (Noviomagus) (tableaux 1 et 2).
Une sculpture en remploi à Valognes. D’après Y. Maligorne et J-Y. Éveillard, il s’agit de la représentation d’un masque de théâtre, motif utilisé couramment comme acrotère au sommet des mausolées d’époque romaine (cl. J. Deshayes).
Une sculpture en remploi à Valognes. D’après Y. Maligorne et J-Y. Éveillard, il s’agit de la représentation d’un masque de théâtre, motif utilisé couramment comme acrotère au sommet des mausolées d’époque romaine (cl. J. Deshayes).
Découvertes récentes (xxe-xxie s.) en milieu urbain.
Découvertes récentes (xxe-xxie s.) en milieu urbain.
Plan de l’agglomération de Bayeux (Calvados). Emplacements supposés des nécropoles gallo-romaines. DAO Service archéologique du département du Calvados.
Plan de l’agglomération de Bayeux (Calvados). Emplacements supposés des nécropoles gallo-romaines. DAO Service archéologique du département du Calvados.
6 Notre connaissance des pratiques funéraires en milieu rural repose sur des données tout aussi hétéroclites (fig. 6). La documentation ancienne rassemble des découvertes isolées très dispersées sur le territoire étudié et souvent mal localisées. Toutefois, depuis les années 2010, l’accroissement de l’activité archéologique a permis d’identifier un nombre non négligeable de petits ensembles funéraires et de faits isolés (fig. 5). Ils témoignent principalement de la pratique de la crémation mais livrent également quelques indices d’inhumations.
Carte de répartition des faits funéraires gallo-romains ayant fait l’objet d’une notice.
Carte de répartition des faits funéraires gallo-romains ayant fait l’objet d’une notice.
Découverte en contexte rural.
Découverte en contexte rural.
9 Le corpus documentaire s’avère ainsi dense et très hétérogène. Il n’était donc pas envisageable de traiter au même niveau l’ensemble des données destinées à l’élaboration de la synthèse. Les 29 sites sélectionnés sont inédits dans leur très grande majorité ou, pour quelques-uns, très partiellement publiés [12]. Chacun a fait l’objet d’une notice synthétique (non publiée ici). Le choix des sites s’est appuyé sur une série de critères qui, d’une part, permettait d’aboutir à une certaine homogénéité scientifique, à défaut d’être géographique, dans les informations traitées et restituées (géolocalisation, analyse stratigraphique et/ou chronologique, études du mobilier, études archéo-anthropologiques réalisées ou potentielles, accès à la donnée pour d’éventuelles reprises ou actualisation, etc.), d’autre part, illustrait toute les facettes des pratiques funéraires (inhumation, crémation, nécropole, ensemble funéraire, mausolée, cénotaphe, sépulture isolée…) identifiées au niveau régional, et, enfin, couvrait toute la plage chronologique de l’Antiquité, soit du ier siècle avant notre ère au ve siècle.
10 On perçoit rapidement l’aspect lacunaire des données et nos carences sur les nécropoles urbaines. Si le poncif veut que les grandes nécropoles se retrouvent le plus souvent en contexte urbain et les petits ensembles (ou faits isolés) dans les campagnes, la réalité semble tout autre. En Normandie occidentale, les ensembles funéraires les plus importants sont, à ce jour, ruraux. Avec pas moins de treize sites [13], ils sont bien documentés mais incomplets et comptent une dizaine à une centaine de sépultures (inhumation/crémation). En contexte urbain, les découvertes restent ponctuelles et souvent anciennes, malgré la systématisation de l’archéologie préventive. En dépit de ces lacunes, il est possible de mettre en évidence l’évolution des pratiques funéraires dans le territoire considéré.
11 Il faut d’abord dire un mot des pratiques antérieures à la conquête romaine. Durant le second âge du fer en Normandie occidentale, les traitements funéraires appliqués aux défunts se partagent entre inhumation et crémation. Si l’âge ou le genre des défunts ne semblent pas discriminants pour les sites des Mesnils à Verson [14], au Clos des Lilas à Éterville [15] ou encore au Relais de la Poste à Moult [16], ceux datés de La Tène finale de Jort et d’Urville-Nacqueville mettent en lumière des pratiques spécifiques liées à l’âge des défunts. En effet, la nécropole non circonscrite de Jort est composée de quelques tombes d’adultes mais surtout d’une cinquantaine d’inhumations de jeunes enfants décédés pour la plupart entre la naissance et 6 ans [17]. Aucun dépôt secondaire de crémation n’a été identifié. Celle découverte à Urville-Nacqueville, localisée sur l’estran et fossilisée sous les dunes, compte 94 tombes pour 114 individus minimum [18]. Ce site, exceptionnel sur bien des aspects, illustre la coexistence de la pratique de la crémation des corps avec celle de l’inhumation. Cette dernière concerne les jeunes enfants, tandis que la crémation est appliquée aux sujets adultes. Par ailleurs, dans une même tombe, on retrouve le corps d’un sujet inhumé associé aux restes d’un défunt crématisé.
12 Il existe donc, en Normandie occidentale au moment de la conquête romaine, un traitement funéraire différencié en fonction de l’âge du défunt. Cette pratique n’est aucunement spécifique aux sites normands et encore moins à l’époque romaine, puisqu’elle est commune à de nombreuses cultures et apparaît dès la Protohistoire [19]. Cependant, pour la période qui nous concerne, l’ensevelissement des plus jeunes semble répondre aux préceptes édictés dans la table x de la Lex Duodecim Tabularum, la loi des XII tables de Rome, qui préconise l’inhumation des plus petits [20].
La crémation prédominante durant le haut-empire
13 Depuis la structure primaire de combustion jusqu’à la fosse de résidus de crémation en passant par la constitution de la sépulture même, les sites funéraires antiques normands livrent les vestiges de chaque étape de la chaîne opératoire liée au traitement du cadavre par le feu.
Les dépôts secondaires en vase ossuaire
14 La pratique funéraire la plus répandue en Gaule, au moment de la conquête romaine, demeure la crémation des corps. Tous les sites funéraires recensés ici entre la fin de La Tène finale et le iiie siècle de notre ère livrent des structures funéraires liées à cette pratique. Il s’agit pour l’essentiel de dépôts secondaires en vases ossuaires. La terminologie utilisée pour décrire les structures liées à la crémation est celle proposée par Frédérique Blaizot dans son ouvrage de synthèse sur les pratiques funéraires observées dans le sud de la Gaule [21]. Ces dépôts secondaires constituent de véritables sépultures. Il s’agit du lieu de repos définitif des restes issus de l’aire de crémation (structure primaire). Ces tombes prennent régulièrement la forme de fosses de tailles modestes et ajustées au volume du contenant. Le vase ossuaire est placé en position fonctionnelle verticale sur le fond de la fosse, puis cette dernière est obturée et remblayée soit avec des résidus de crémation (sédiment charbonneux) – on parle alors de dépôt mixte, à l’instar de ce qui a été observé à Saint-Pellerin ou Authie (fig. 7) – ou bien avec le sédiment issu du creusement de la tombe elle-même comme à Canchy. Le fait que les vases aient pu basculer dans la fosse sépulcrale constitue un indice du maintien d’espaces vides autour du contenant, après la fermeture de la tombe. Ce phénomène est observé à Bernières-sur-Mer (fig. 8) ainsi qu’à Bretteville-l’Orgueilleuse (Corneille nord).
15 Les formes céramiques utilisées sont généralement ovoïdes et globulaires communes, tournées et non tournées, plus ou moins complètes. Il s’agit de pots, de cruches, de gobelets. La réutilisation de contenants, d’abord destinés au stockage de denrées, à des fins funéraires est observée à Ifs (fig. 9).
16 L’utilisation de contenant en verre est plus inhabituelle. Elle a été observée dans une tombe en contexte urbain à Bayeux, où des ossements humains crématisés ont été placés dans une bouteille en verre bleu à fond carré de plus de 0,20 m de haut, elle-même protégée dans un fût de colonne en calcaire évidé surmonté d’un bouchon. Le dépôt du vase ossuaire dans un second contenant pérenne n’est pas sans rappeler une pratique funéraire observée chez les Calètes, peuple voisin de Normandie orientale [22]. Le site du Bas des Prés à Bretteville-l’Orgueilleuse livre également deux dépôts secondaires placés dans un vase en verre (tombes 146 et 147). Il s’agit pour l’un d’une bouteille à panse carrée et pour l’autre d’un récipient prismatique, dont la forme demeure à ce jour un unicum. L’ensemble se trouve au sein d’un petit édicule maçonné [23].
17 L’utilisation de contenant en matière périssable est également attestée mais rarement documentée. Il s’agit de coffres, de coffrets chevillés et/ou cloués, de sacs en tissus ou bien encore de vanneries. L’objet une fois disparu, l’ossuaire en conserve la forme. Un tel contenant a été mis en évidence à Manneville-la-Pipard, à Fourneville, dans le dépôt secondaire de Flottemanville-Bocage ou encore dans deux dépôts secondaires à Ifs. Au Guislain, la présence de clous de menuiserie dans les huit fosses sépulcrales atteste la généralisation des contenants en bois.
Tombe 2407. Vase ossuaire et résidus de crémations associés au sein de la même fosse. Cliché V. Brunet, Eveha 2011.
Tombe 2407. Vase ossuaire et résidus de crémations associés au sein de la même fosse. Cliché V. Brunet, Eveha 2011.
Vases ossuaires basculés, Bernières-sur-Mer. Cliché D. Cliquet, SRA 1998.
Vases ossuaires basculés, Bernières-sur-Mer. Cliché D. Cliquet, SRA 1998.
Amphore utilisée comme vase ossuaire à Ifs (Calvados), site du Crédit-Immobilier, tombe 18. Cliché I. Le Goff, Afan 1998.
Amphore utilisée comme vase ossuaire à Ifs (Calvados), site du Crédit-Immobilier, tombe 18. Cliché I. Le Goff, Afan 1998.
L’aire de crémation (structure primaire)
19 Si le dépôt secondaire en vase ossuaire demeure le type de structure le plus largement rencontré sur les sites funéraires datés du Haut-Empire en Normandie occidentale, son existence est intimement liée à celles d’aires de crémations. Pourtant, à ce jour, seule une structure antique de cette nature a été formellement identifiée et fouillée comme telle. Il s’agit d’une fosse localisée à quelques mètres à l’ouest du mausolée des Sentes de Vâton à Falaise. L’appellation « structure de combustion » est ici délibérée puisqu’il n’a pas été possible, du fait de la très mauvaise conservation osseuse, de faire la distinction entre une « fosse-bûcher » et une « tombe-bûcher ». Dans le premier cas, les restes carbonisés ne sont pas laissés dans la fosse du bûcher. Dans le second cas, la fosse dans laquelle a été érigé le bûcher reçoit et conserve les restes du défunt sur place, sans prélèvement d’ossements.
20 Cette structure couvre une surface de 2,9 m de long pour une largeur d’1 m. L’excavation se rétrécit latéralement pour atteindre 0,40 m de largeur et se terminer en gouttière 0,40 m plus bas. Elle est implantée au-dessus d’une inhumation antique (fig. 10), elle-même installée dans un fossé parcellaire plus ancien reliant les monuments funéraires au siège domanial localisé 500 m plus au sud (villa antique de Vâton) [24]. Cette structure a livré peu de restes osseux humains conservés, du fait de l’acidité du sol. Pour autant, l’identification anthropologique des restes a permis de restituer l’orientation du corps au-dessus de la fosse (tête au sud et pieds au nord). Les quelques éléments mobiliers conservés témoignent de l’utilisation d’objets décorés de marqueterie en os, de l’utilisation de clous de literie en alliage cuivreux, de clous en fer. Ils comprenaient aussi un fond de vase et une monnaie en bronze émise en 271.
Détail de l’aire de crémation des Sentes de Vâton en cours de fouille.
Détail de l’aire de crémation des Sentes de Vâton en cours de fouille.
Cliché Service archéologique du département du Calvados, 2009.22 L’existence d’une structure de combustion est supposée à Bernières-sur-Mer (mais elle n’a pas été fouillée), probable à Rots. Ce site compte un petit ensemble funéraire de 50 m2 composé de neuf dépôts secondaires en vases ossuaires installés au bord d’une large fosse peu profonde (moins de 0,05 m), au comblement charbonneux avec des inclusions de nodules de terre cuite, qui pourrait être interprétée comme une aire de crémation couvrant un peu plus de 30 m2. Toutefois, l’absence d’indice de rubéfaction in situ et de mobilier ayant subi l’action du feu ne permet pas de le prouver.
23 L’archéologie préventive a permis un renouvellement efficace de la documentation disponible. Pourtant, les aires de crémations demeurent toujours largement sous-représentées malgré une pratique funéraire majoritairement tournée vers la crémation des corps. Cette carence relève à la fois d’un problème de conservation et d’identification. Les aires de crémation, lorsqu’elles sont excavées, permettent une identification plus aisée que pour les bûchers construits à la surface du sol ou hors sol. Dans ces deux derniers cas, des expérimentations ont montré le très faible impact que peut avoir la réalisation de bûcher directement sur le sol [25]. Le substrat présente peu de stigmate d’induration et de rubéfaction in situ et le combustible ne laisse que peu de traces. L’érosion, ainsi que l’acidité des substrats de la plaine de Caen et du massif armoricain, achève la dispersion et la destruction des indices de combustion liés à la crémation d’un corps [26]. Par ailleurs, l’identification de ces faits spécifiques nécessite de reconnaître l’ensemble des indices archéologiques d’une structure primaire de combustion (rubéfaction des parois, induration du sol, couche de résidus charbonneux, mobilier fragmenté ou brûlé, ossements humains crématisés, taille de la structure, identification de « gestes », observation d’architectures funéraires spécifiques). Ces difficultés mènent inévitablement à une sous-estimation du nombre de ces structures.
Les fosses de résidus de crémation
24 L’interprétation des dépôts secondaires de résidus de crémation oscille entre curage de bûcher (conférant ainsi à la fosse un rôle de réceptacle à « déchets ») et sépulture [27]. Les structures primaires (fosses-bûchers, tombes-bûchers) peuvent parfois être confondues avec les dépôts secondaires de résidus de crémation. Ceux-ci sont des structures localisées au sein de l’espace funéraire où sont enfouis pêle-mêle des restes du bûcher (os, charbons, objets brûlés divers, sédiment charbonneux) dans une fosse distincte de la structure primaire (aire de crémation) et de la tombe (tombe-bûcher, dépôt secondaire en ossuaire ou mixte). Ces excavations sont très régulièrement observées dans les ensembles funéraires antiques liés à la pratique de la crémation en Normandie occidentale. Elles prennent des formes variées, depuis les fosses identiques aux dépôts de vases ossuaires jusqu’à des formes oblongues, ovales ou quadrangulaires de dimensions supérieures. Celles observées à Canchy présentent une morphologie similaire aux dépôts d’ossuaires en vases, tandis que celle localisée à Courtonne-la-Meurdrac s’avère oblongue. La fosse de résidus de crémation n° 16 de Boitron est de forme ovale et couvre une surface d’environ 12 m2. Elle côtoie une dizaine d’autres fosses de résidus de crémation et des vases ossuaires. Cette structure ayant fait l’objet d’une fouille exhaustive est comblée par un sédiment noirâtre. Elle contenait des os humains brûlés, des clous, des tessons de céramiques, une monnaie, des nodules de terre rubéfiée et de la faune brûlée. Les quelques fosses de résidus identifiées au Bas des Prés à Bretteville-l’Orgueilleuse sont de forme quadrangulaire et livrent du sédiment charbonneux mêlé à de nombreux vestiges matériels. Il s’agit d’os humains brûlés, de fragments d’os de faune, de tessons de verre, de céramique, de clous et de tabletterie ayant tous subi l’action du feu. L’analyse de l’ensemble des écofacts et artéfacts issus de ces fosses permet de documenter l’architecture funéraire mise en œuvre (type d’essence utilisée pour la construction du bûcher), le type de vaisselle placée sur le bûcher (amphore, vases à boire, plat de service), la composition des préparations alimentaires (quartiers de viande, parties consommées et préparées), l’éventuel contenant ou support où reposait le défunt (clous de menuiserie, placage, charnières en os, tabletterie) ou bien encore ses effets personnels (coffret, bijoux, instruments/outils en rapport avec un métier). Les quelques fosses étudiées indiquent qu’un panel d’artéfacts assez diversifié est placé sur les bûchers.
25 Le caractère sépulcral demeure évident dans le cas des dépôts secondaires de crémation en vases ossuaires où « l’objet » représentant le défunt est identifiable. Ce n’est pas le cas des fosses de résidus qui ne contiennent qu’une fraction dispersée des restes du défunt, souvent à l’état d’esquilles millimétriques, mêlée aux divers objets placés sur le bûcher, eux-mêmes fragmentaires et déformés, le tout englobé dans un sédiment charbonneux. L’identification directe et immédiate du défunt, pour ces fosses, s’avère alors impossible. Elles sortent donc régulièrement du registre sépulcral. Les travaux d’Isabelle Le Goff sur ces structures archéologiques longtemps ignorées et reléguées aux contextes détritiques mettent en lumière un élargissement du champ des hypothèses en considérant « l’ensevelissement des résidus de combustion comme un dépôt, ayant potentiellement une fonction rituelle sans être pour autant la sépulture elle-même […] car se distinguent les fosses-dépotoirs (destinées aux restes du bûcher avec reliquats de mobiliers) et les fosses-supports de rites, qui recueillent une sélection d’objets brûlés cassés » [28].
26 Exceptés les dépôts secondaires de crémation en vase ossuaire, identifiés comme des tombes et donc étudiées comme telles, les structures liées à la pratique de la crémation ont longtemps manqué de véritables études pluridisciplinaires. Les nombreuses structures archéologiques reflètent les différents processus des rituels funéraires de fondations du tombeau qui précèdent la mise en terre, mais également ceux qui se déroulent dans un second temps, lors de cérémonies sacrificielles, de fêtes et de commémoration effectuées en l’honneur du défunt et des mânes. La découverte récente du petit ensemble funéraire antique de la Route de Bavent-le Plain Gruchet à Goustranville illustre bien la complexité et la pluralité des pratiques funéraires liées à la pratique de la crémation durant l’Antiquité [29]. Ce site recèle une diversité, jusqu’alors peu rencontrée en Normandie occidentale, de structures archéologiques en lien avec la crémation d’un corps, en un même lieu. Ont été répertoriés des faits liés à la construction d’un bûcher placé au-dessus d’une excavation associée à une fosse de tirage, des dépôts secondaires en vase ossuaire, des dépôts mixtes, ainsi que des fosses de résidus et des structures annexes.
Tombes individuelles, tombes partagées
27 L’ensemble des études montrent l’existence de tombes surtout individuelles et très majoritairement destinées aux adultes. Le dépôt secondaire contient un réceptacle généralement pérenne, contenant lui-même une partie du produit de la crémation du défunt. Cette pratique funéraire est la plus communément observée durant les trois premiers siècles de notre ère dans le nord-ouest de l’Empire et ce, quelle que soit la région, la cité ou le secteur géographique [30].
28 Si l’inhumation est réservée aux plus jeunes, ces derniers font parfois l’objet de crémations. La découverte régulière d’enfants, au sein d’ensembles funéraires composés avant tout de sépultures d’adultes crématisés, illustre une réalité bien plus complexe qu’il n’y paraît. Le site de Boitron, composé de 32 faits funéraires, compte seulement deux tombes attribuées à un immature crématisé (faits 6 et 36). Les autres sépultures sont celles d’adultes individualisés. L’ensemble funéraire de Canchy, rassemblant 62 dépôts secondaires a, pour sa part, livré quelques sépultures de sujets âgés de plus de 13 ans et des enfants dont l’âge est compris entre 6 et 12 ans parmi une majorité d’adultes. Les sujets âgés de moins de cinq ans et les nourrissons ne sont pas représentés au sein de l’ensemble sépulcral [31]. Cet état de fait est lié à la fois à l’indigence des structures qui peuvent leurs être consacrées et à l’identification de ces faits d’un point de vue archéo-anthropologique. Le poids des restes crématisés d’un périnatal ou bien d’un nourrisson de moins d’un an ne représente que quelques grammes d’esquilles, pour peu que le vase ossuaire en reçoive la totalité. Parmi ceux découverts à Manneville-la-Pipard et à Ifs, un tiers du corpus concerne des sépultures d’enfants âgés de moins de 5 ans. Les dépôts secondaires mis au jour au lieu-dit du Petit Paroir, au nombre de sept, ont livré les restes crématisés d’au moins dix défunts dont trois enfants âgés entre deux et trois ans environ [32]. Il s’agit majoritairement de dépôts individualisés. Le site funéraire d’Ifs est composé quant à lui de 18 faits funéraires. Parmi les dépôts secondaires de crémation, cinq sont attribués à des enfants dont les âges sont compris entre 2 et 18 ans [33]. La présence de ces derniers au sein des lieux d’inhumations suppose leur intégration à l’unité funéraire communautaire. Les plus jeunes, à l’exception peut-être des tout-petits (nourrissons et périnatals), font donc l’objet d’une crémation, et sont déposés dans une tombe individualisée au même titre que les adultes et intègrent l’ensemble funéraire, sans lieu d’inhumation spécifique. Ils bénéficient d’un traitement funéraire comparable à celui appliqué aux adultes.
29 Les restes osseux attribués aux plus jeunes sont épisodiquement mêlés aux ossements crématisés des adultes, au sein d’un même vase ossuaire et d’une même tombe. Au moins trois ensembles funéraires comptent ce type de tombe partagée : à Rots (tombes 1 et 5 associant un adulte et un enfant), à Marcei (une tombe isolée comprenant les restes d’un adulte et d’un enfant) et Manneville-la-Pipard (tombes 1 et 4 associant deux petits d’une part et un adulte et un enfant d’autre part). La présence d’os attribués à un tout-petit dans la tombe d’un adulte est régulièrement rencontrée dans les ensembles funéraires gallo-romains liés à la pratique de la crémation. Le caractère intentionnel du dépôt double interroge. Il peut, en effet, s’agir d’un élément intrusif, une « pollution » liée au ramassage des os sur un bûcher ayant servi à de nombreuses reprises et pour des individus d’âge ou de morphologie différents. Il n’en reste pas moins que la pratique de la pars pro toto, du « dépôt symbolique » à la période antique, est connue. C’est le cas sur le site de la nécropole gallo-romaine de la Citadelle à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire). Le geste identifié ici relève de la pratique funéraire mais il ne s’agit pas de sépultures doubles [34]. Bernard Dedet, dans ses travaux sur les coutumes funéraires observées sur les sites protohistoriques du sud de la Gaule, y voit deux procédés pour traiter la mort des jeunes enfants : « les uns sont brûlés à leur décès et aussitôt placés dans le cimetière, comme le montre un certain nombre de sépultures individuelles. Les autres sont brûlés, mais leurs restes seraient conservés temporairement ailleurs, ne rejoignant le cimetière que plus tard à l’occasion de l’enterrement d’un parent » [35]. L’association de quatre vases ossuaires au sein d’une même fosse permet d’envisager ce type de pratique à Cahagnes. Pour autant, l’étude anthropologique des os humains brûlés retrouvés dans les urnes n’a pas permis de statuer, faute de remontage possible entre esquilles et du fait de l’absence de pièces anatomiques en double. Il peut s’agir des restes d’un seul et même défunt adulte dispersés dans quatre contenants ou bien de quatre vases ossuaires attribués à quatre individus distincts adultes. Le premier cas n’a encore jamais été identifié en Normandie occidentale, ni même dans l’ouest de la Gaule romaine. Dans le second cas, il conviendrait de s’interroger sur la chronologie des dépôts. Cela signifie, en effet, que les corps ont été traités par le feu soit de manière simultanée, soit à intervalles réguliers. Dans ce dernier cas, cela suppose une réouverture de la fosse dans un laps de temps assez court, puisque les céramiques placées dans l’excavation sont attribuées à une même phase chrono-culturelle. La chronologie des funérailles reste donc difficile à appréhender. Tout juste peut-on constater le caractère intentionnel du regroupement des quatre vases ossuaires en un même lieu.
Mode de dépôt des restes humains
30 Une fois le corps du défunt crématisé, une partie du produit de la crémation est extraite du bûcher. Le dépôt dans la tombe est réalisé dans un vase ossuaire ou dans un contenant périssable associé ou non au résidu de crémation, placé dans la fosse, au contact de l’ossuaire. Les différents modes de constitution du lieu de repos définitif des restes demeurent rarement appréhendés et documentés pour les fouilles anciennes. La pratique du dépôt secondaire de crémation en vase ossuaire simple plutôt que mixte ne semble en lien ni avec une période chronologique précise, ni avec une pratique culturelle étendue à toute une civitas, comme ce qui est observé chez les Calètes avec l’utilisation des amphores comme coffre de dépôt et de protection des urnes funéraires [36]. Elle semble plutôt à mettre en lien avec des pratiques funéraires propres à des communautés plus restreintes, voire des groupes familiaux. En effet, les ensembles funéraires considérés comme exhaustifs de Canchy, Fourneville, Rots, et le Bas des Prés à Bretteville-l’Orgueilleuse n’ont livré que des dépôts secondaires en vases ossuaires. Les résidus sont exclus des sépultures. D’autres sites tels que Boitron et Manneville-la-Pipard n’ont livré que des sépultures mixtes, où les résidus de crémations sont intégrés au lieu de repos définitif des restes du ou des défunts. Rares sont les ensembles qui associent les deux types de dépôts (ex : Goustranville). Cette coexistence est supposée à Bernières-sur-Mer. Deux pôles funéraires ont été identifiés. L’un est associé à la pratique de la crémation et le second à celle de l’inhumation. Les dépôts secondaires se présentent sous la forme de vases ossuaires individualisés, de contenants périssables mais aussi de fosses mixtes associant un vase et des résidus de crémations.
Le vase-ossuaire et sa fermeture
31 L’utilisation de vases ossuaires en céramique comme réceptacles destinés aux os humains brûlés suppose la mise en œuvre d’un système de fermeture de ces contenants lors de l’ensevelissement. De tels dispositifs ont été observés sur plusieurs sites. Il peut s’agir de véritables coffres en pierre comme pour l’urne 1 découverte dans la cour du lycée Alain Chartier à Bayeux (fig. 11). Cette sépulture ne trouve aucune comparaison locale ni régionale en termes d’association de contenant. L’ajout d’un second dispositif pérenne venant protéger le vase ossuaire en verre rappelle donc les pratiques funéraires observées chez les Calètes dès La Tène finale, mais aussi chez d’autres peuples de Gaule tels que les Lémovices [37]. L’utilisation d’assiettes, de tuiles ou de tout autre dispositif en terre cuite ou en pierres, couramment rencontré dans les ensembles funéraires antiques liés à la pratique de la crémation dans le quart nord-ouest de la Gaule n’a pas été observée à ce jour pour les sites de Normandie occidentale [38]. Elle est seulement supposée à la Victoire à Valognes, par la présence d’un fragment de fond de vase placé au sommet du remplissage de l’urne 375 (fig. 12). Cette absence est sans doute en partie liée à la conservation différentielle des vestiges (érosion des sols par les labours) mais aussi, peut-être, à l’emploi prépondérant de dispositifs de fermetures périssables qui ne laissent que peu de traces de leur mise en œuvre. L’utilisation de tels dispositif est avérée pour les sites de Bernières-sur-Mer et Canchy. La différence de coloration entre le sédiment de comblement de la fosse et celui retrouvé dans le vase ossuaire suppose l’utilisation d’un bouchon en tissu ou d’une planche de bois pour obturer le contenant funéraire. La bascule des vases ossuaires dans les fosses constitue également l’indice indirect de la présence d’espaces vides maintenus dans les tombes et autour des céramiques. Les fosses sont alors fermées par un système de planches placées au-dessus des vases ossuaires.
Quelle quantité d’os dans la tombe ?
32 Parmi les 29 sites retenus, plus d’une soixantaine de dépôts secondaires de crémation en vases ossuaires complets, destinés à un sujet adulte, ont fait l’objet d’une étude anthropologique. L’ensemble de ces tombes s’insère dans une fourchette chronologique allant de la fin du ier siècle avant notre ère jusqu’au iiie siècle. Le poids moyen des ossuaires établit par sites s’échelonne entre 100 et 300 g [39]. Il n’est pas concevable de proposer un poids moyen par ossuaire à l’échelle de la Normandie occidentale puisque chaque ensemble funéraire comprend des particularités qui lui sont propres (facteurs taphonomiques, utilisation de contenants périssables…). On notera ainsi de fortes disparités d’un site à l’autre avec l’existence de dépôts singuliers où le poids des restes est parfois infime (7,7 g pour un vase ossuaire à Bayeux, lycée Alain Chartier) ou bien proche d’un produit de crémation exhaustif avec près de 1200 g de restes humains brûlés [40] (vase ossuaire 4 du site d’Ifs). La quantité d’os placés dans les vases ossuaires n’est donc pas fonction de la taille du contenant utilisé ni de la période chronologique comme cela a pu être observé chez les Atrébates à Courcelles-lès-Lens (Pas-de-Calais) [41]. Le faible poids des restes placés dans les vases ossuaires témoigne du caractère symbolique du dépôt secondaire destiné à constituer la sépulture au sens législatif du terme, avec toutes les obligations administratives et judiciaires que cela suppose dans l’application du droit romain [42]. Les variations observées inter-sites peuvent être le reflet de pratiques et de conceptions culturelles qui sont propres à une communauté. Concernant les dépôts secondaires comprenant au moins deux défunts, le poids des restes est également très variable d’un site à l’autre. Ces ossuaires partagés, évoqués précédemment, sont relativement rares et comprennent les restes d’un adulte associé à un enfant. Leurs poids peuvent varier de quelques grammes (comme pour ceux de Rots) à plus de 300 g (dépôt secondaire en vase ossuaire de Marcei). La présence d’au moins deux défunts au sein d’un même ossuaire aurait supposé une masse plus élevée que pour celle d’un sujet seul. Or, la pratique de la pars pro toto semble primer ici.
Dépôt secondaire 375 de la Victoire à Valognes (Manche). Clichés L ? Paez-Rezende, Inrap ; Dessins C. Barthélemy-Sylvand, P. François, Inrap 2020.
Dépôt secondaire 375 de la Victoire à Valognes (Manche). Clichés L ? Paez-Rezende, Inrap ; Dessins C. Barthélemy-Sylvand, P. François, Inrap 2020.
Bayeux, lycée Alain Chartier, dépôt secondaire dans une urne en verre et son fût de colonne associé. Cliché Service archéologique du département du Calvados, 2005.
Bayeux, lycée Alain Chartier, dépôt secondaire dans une urne en verre et son fût de colonne associé. Cliché Service archéologique du département du Calvados, 2005.
Modalité de constitution des dépôts secondaires
33 Les observations archéo-anthropologiques font mention d’une grande variété dans la constitution des dépôts secondaires en vases ossuaires. La fouille fine des contenants permet d’appréhender, entre autres informations, le mode de collecte des restes sur l’aire de crémation et par conséquent la gestion de la crémation du défunt par le ou les officiants. L’exemple du remplissage du vase ossuaire 4 du site d’Ifs est éloquent. Isabelle Le Goff met en évidence une organisation en fonction de la logique anatomique du défunt. Cette observation permet de confirmer le maintien en position anatomique du corps du défunt sur le bûcher, une fois celui-ci éteint. La présence d’une part très importante du rachis au sein de l’ossuaire suppose également l’absence d’actions de ringardage [43] de la part des officiants. Cette dernière hypothèse est également valable pour le contenu du vase ossuaire en verre 1 de la nécropole antique du Lycée Alain Chartier à Bayeux. Les ossements présentent un taux de fragmentation très faible et l’ensemble des régions du corps sont représentées dans l’ossuaire (fig. 13).
34 À l’inverse, aucune organisation spécifique des restes au sein des ossuaires n’a été perçue pour les dépôts secondaires du site de Canchy. Sylvie Pluton-Kliesch signale malgré tout un dépôt par « lot » ou sous la forme de « poignées » d’os dans les contenants. Elle constate également l’absence de séparations entre les résidus de crémations et les os humains brûlés. Le sédiment englobant les fragments osseux est chargé de charbons de bois et d’artefacts ayant subi l’action du feu. La tombe 2034 de ce même ensemble funéraire témoigne d’une pratique funéraire uniquement rencontrée chez les Baïocasses, à savoir la dispersion des os d’un même sujet dans deux contenants céramiques distincts au sein d’une seule tombe. Ce geste met en évidence la complexité et la variété des actions qui aboutissent à la constitution de la sépulture.
35 La fouille fine des ossuaires permet également d’identifier les indices de l’utilisation d’un second contenant placé dans le premier, ou encore de dépôts secondaires de mobilier en matière organique accompagnant les ossements. À Boitron, Christine Dumont a mis en évidence la présence d’un fragment de textile placé contre la paroi d’un vase ossuaire. C’est le seul exemple connu pour un ossuaire antique en Normandie occidentale de cette pratique documentée dans un certain nombre de dépôts secondaires en vases ossuaires chez les Riedones, en Bretagne. Les ossements des défunts sont placés dans un sac en tissu, lui-même déposé dans une céramique [44].
Squelette reconstitué du sujet adulte crématisé placé dans le vase ossuaire en verre 1 du Lycée Alain Chartier à Bayeux. Cliché V. Brunet 2017.
Squelette reconstitué du sujet adulte crématisé placé dans le vase ossuaire en verre 1 du Lycée Alain Chartier à Bayeux. Cliché V. Brunet 2017.
36 Des dépôts secondaires d’objets en matière périssable ont également été attestés dans au moins quatre vases ossuaires d’Ifs (faits 1, 2, 4 et 8). Ils sont représentés par leur empreinte en négatif dans la masse osseuse.
Le mobilier d’accompagnement
37 Des objets sont occasionnellement placés dans les dépôts secondaires de crémation. Il semble exister une proportion plus élevée de tombes dites « dotées » de mobilier dans les contextes funéraires en lien avec un siège domanial que pour les ensembles funéraires communautaires ruraux non associés à une tombe élitaire. En effet, les ossuaires découverts sur les sites de Bretteville-l’Orgueilleuse ou de Falaise livrent une variété de mobilier d’accompagnement diversifiée et plus abondante que les ensembles funéraires tels que Canchy et Boitron ou encore Rots.
38 La tombe 540 du site de Bretteville-l’Orgueilleuse a livré un balsamaire et une pince en fer. Ces éléments étaient placés aux côtés du vase ossuaire dans une fosse. D’autres structures liées à la pratique de la crémation ont révélé des fragments de verrerie, de nombreux clous de chaussures et de coffrage, un bracelet, une lame de couteau ou encore un ensemble de tabletterie composé d’éléments de placage d’un coffret et plusieurs pièces de charnières de coffres ou coffrets. Ces derniers objets portent les traces d’un passage au feu. La tombe 153 du site de Falaise, Expansia, a livré une aryballe en verre associée au vase ossuaire. La structure 138 du même site présente, quant à elle, un vase ossuaire et une céramique d’accompagnement [45]. Ces dépôts concernent des sépultures d’adultes.
39 Les tombes des sites de Canchy, Boitron et Fourneville recèlent, pour leur part, très peu de mobilier associé aux ossuaires. La pratique de l’obole à Charon est supposée à Canchy par la présence de trois monnaies retrouvées, soit dans le vase ossuaire, soit à proximité (dupondius de Trajan très usagé dans la tombe 2009). L’unique mobilier placé dans un dépôt secondaire à Canchy est une perle en verre, rencontrée seulement à deux reprises. À Boitron et Fourneville, le mobilier d’accompagnement n’est guère plus abondant, se résumant à quelques fragments de faune brûlée.
40 La présence de faune dans les ossuaires est mal documentée et ne bénéficie que rarement d’une détermination des espèces rencontrées. Il faut pourtant souligner qu’à Bayeux, Fourneville, Bernières, Bretteville-l’Orgueilleuse, Ifs et Boitron, ces ossements sont mêlés aux restes humains crématisés puis placés dans les tombes. Ces restes animaux sont interprétés comme des offrandes de produits carnés placés sur le bûcher funéraire avec le corps du défunt et brûlés avec lui, comme en témoigne le passage au feu des ossements archéologiques récupérés. « Le dépôt de victuailles sur le bûcher funèbre ou dans la sépulture concourt avant tout à la “présentification” du mort […] La fabrique de l’image du mort comme perpétuel convive joue un rôle essentiel dans la construction de l’échange que les Latins ont choisi d’instituer avec leurs morts. Cet échange a longtemps pris la forme de repas et de banquets commémoratifs consommés à l’emplacement de la sépulture et auquel prend part le mort » [46].
41 La quantité et la qualité du mobilier d’accompagnement des ossuaires issus des nécropoles urbaines n’est accessible que par le biais de l’inventaire des contenants issus de la nécropole antique du Grand Jardin à Lisieux. Il fait état d’un corpus de céramiques conséquent et de verreries variées. Il fait mention également de nombreuses monnaies et d’un millier d’objets autres que le verre ou la céramique. Rappelons que cet ensemble funéraire, qui a précédé l’établissement de la grande nécropole de Michelet, était composé d’une très grande majorité de dépôts secondaires de crémation datés du Haut-Empire, dont les ossuaires ont été prélevés puis dispersés lors de « fouilles » au xixe siècle et dont le mobilier a été réparti dans des collections privées et les musées de Caen, de Lille, de Rouen et de Lisieux [47]. L’ensemble des objets associés aux défunts, qu’il s’agisse de dépôts primaires liés au rite de la crémation du défunt (mobilier déposé sur le bûcher avec lui) ou de dépôts secondaires (objets non brûlés placés dans la tombe), illustre le soin apporté au dépôt funéraire et aux rites qui l’entourent. La présence ponctuelle de verreries et de rares objets de toilette peut être liée à la toilette mortuaire ou au défunt lui-même (objet personnel). Le balsamaire, rencontré à trois reprises, est un objet récurrent dans les dépôts de crémation et les inhumations en Gaule. Ces contenants peuvent être utilisés pour réaliser les rites, contenir des fragrances destinées à masquer les odeurs de chairs brûlées lors de la crémation ou encore marquer l’opposition entre la mort (odeur corrompue) et la vie (odeur plaisante). L’ensemble de ce mobilier d’accompagnement est retrouvé également dans les inhumations qui occupent les ensembles funéraires de Normandie occidentale, dès le iie siècle de notre ère.
Vers une coexistence des pratiques funéraires
42 La prédominance de la crémation sur l’inhumation est visible pendant les deux premiers siècles de notre ère. Ces deux modes de traitement du corps ont pour but d’inhumer le défunt, « d’ancrer sa mémoire sur un territoire » [48]. En Normandie occidentale comme partout ailleurs en Gaule, on observe un glissement de la pratique de la crémation vers celle de l’inhumation pour devenir le principal mode de traitement du corps à partir du ive siècle. D’abord réservée aux plus jeunes comme pour le site de Jort ou Urville-Nacqueville, l’inhumation finit par être appliquée à tous, quel que soit l’âge du défunt. En Normandie occidentale, cette mutation se manifeste de trois manières. Certains ensembles funéraires sont « mixtes », associant en un même lieu et sans séparation physique crémations et inhumations. D’autres lieux présentent une séparation topographique des deux pratiques avec d’un côté, les dépôts secondaires et d’un autre, les inhumations. Enfin, certains groupes funéraires sont exclusivement tournés vers l’inhumation.
Les ensembles mixtes
43 Au moins trois ensembles funéraires localisés chez les Viducasses et les Ésuviens présentent, sur un même lieu, les indices de la pratique de la crémation et celle de l’inhumation. Il s’agit des sites de Bretteville-l’Orgueilleuse, de Falaise et de Bernières-sur-Mer.
44 Le site de Bretteville-l’Orgueilleuse, le Bas des Prés, comprend deux ensembles funéraires localisés le long des limites de la pars rustica d’un domaine. On y décompte 43 sépultures dont 9 sont liées à la pratique de la crémation (fig. 14). Les 34 autres sont des inhumations. La fourchette chronologique de ces ensembles s’échelonne du Haut-Empire jusqu’au milieu du ive siècle. Les structures liées à la pratique de la crémation font majoritairement partie des faits les plus précoces (dépôts secondaires, fosses de résidus et mausolées) tandis que les inhumations sont plus tardives. Pour autant, la pratique de la crémation semble s’étirer jusqu’au iiie siècle (dépôt 540) alors que certaines inhumations recèlent du mobilier daté des ier et iie siècles de notre ère. Les deux modes de traitement du corps coexistent en un même lieu, sans séparation topographique.
45 À Falaise, l’ajout de deux enclos au monument primitif des Sentes de Vâton a permis d’appréhender l’évolution des rites funéraires sur quelques décennies. Le mausolée, premier édicule, a reçu la dépouille mortelle d’une femme mature inhumée sur le ventre dans un sarcophage de bois, accompagnée de meubles et de coffres dont ne subsistent que les clous, de préparations alimentaires et de nombreuses pièces carnées entières placées dans des caissons de bois, d’une monnaie et de quelques verreries. La seconde sépulture, placée dans le premier jardin funéraire accolé au mausolée, a reçu un sarcophage en calcaire contenant le corps d’un jeune homme décédé entre 19 et 22 ans. Le pillage de cette tombe a entraîné le brassage des ossements et des objets placés dans la cuve aux côtés du sujet. On y recense une monnaie et quelques céramiques. Un troisième et dernier enclos est accolé au second jardin funéraire. Il abritait un sarcophage en calcaire en partie évidé sur place, intact. Le défunt inhumé était un homme décédé vers l’âge de 40 ans. L’analyse taphonomique de la tombe et du squelette suppose que le corps a été inhumé vêtu et possiblement enroulé dans une pièce de cuir sur un brancard en bois. L’unique mobilier consiste en une bouteille en verre brisée dont les tessons ont été retrouvés en dehors du sarcophage. Cette occupation est datée par le mobilier de la deuxième moitié du iie à la première moitié du iiie siècle. À la fin du iiie siècle, une inhumation est installée à proximité immédiate du monument primitif, dans un fossé parcellaire reliant un bâtiment résidentiel au mausolée. Cette même inhumation est surmontée d’une aire de crémation, dans son comblement sommital. L’inhumation sous-jacente à l’aire de crémation indique un laps de temps très court entre les deux interventions, de l’ordre de quelques années, autour du dernier quart du iiie siècle. Cet exemple illustre la coexistence des deux modes de traitement du corps avec une pratique de la crémation relativement tardive.
Le Bas des Prés à Bretteville-l’Orgueilleuse (Calvados), localisation des vestiges funéraires et plan détaillé des ensembles 1 et 2. DAO M. Besnard, d’après C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap 2013.
Le Bas des Prés à Bretteville-l’Orgueilleuse (Calvados), localisation des vestiges funéraires et plan détaillé des ensembles 1 et 2. DAO M. Besnard, d’après C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap 2013.
46 À Bernières-sur-Mer, les différents types de tombes se côtoient en un même lieu. Le mobilier date cet ensemble de la fin du ier siècle de notre ère à la fin du iiie siècle, voire au début du ive siècle. Il n’existe pas, selon toute vraisemblance, de différence de traitement entre les deux types de sépultures (inhumation, crémation) car on y observe du mobilier dans tous les cas [49].
De la crémation à l’inhumation des corps
47 À Rots, un petit groupe de huit dépôts secondaires liés à la pratique de la crémation est situé à 50 m de la plus proche occupation domestique. Ces tombes sont datées des iie-iiie siècles. Elles sont à mettre en lien avec un habitat sur poteaux plantés comprenant plusieurs unités domestiques individualisées, au sein d’un parcellaire loti daté également du iie siècle. Dès le iiie siècle, les édifices sont reconstruits sur place selon des techniques alliant une architecture bâtie sur solins de pierres sèches et des poteaux plantés. Plusieurs aménagements (four, fosses, petites constructions) caractérisent un établissement agricole. Ces changements s’observent également dans le domaine funéraire avec le déplacement du lieu d’inhumation à 20 m au nord-est de l’ensemble lié à la pratique de la crémation (fig. 15). Deux noyaux funéraires se développent sur une surface d’environ 3 500 m2, réunissant 124 inhumations datées par le mobilier de la fin du iiie au début du ve siècle. Le site de Rots met en avant une rupture dans les pratiques funéraires qui se manifeste par le déplacement du lieu d’inhumation à la charnière du iiie siècle. Ces changements soulèvent des interrogations puisque l’on passe d’un groupe funéraire restreint de quelques tombes à une nécropole d’une centaine de sépultures.
Plan des occupations funéraires de la Croix Vautier à Rots (Calvados).
Plan des occupations funéraires de la Croix Vautier à Rots (Calvados).
Plan Afan 1995.48 Découvert au début du xixe siècle, le site du Cotil Vert à Fel dans l’Orne illustre également la présence de dépôts secondaires de crémations localisés dans un ensemble funéraire tardo-antique. Localisé en bordure de la voie antique reliant Exmes – Oxima à Vieux – Aregenua, il comprend quelques dépôts secondaires de crémation ainsi qu’une cinquantaine d’inhumations attribuées, d’après le mobilier, au plus tôt au ive siècle de notre ère. Ces informations sont cependant à prendre avec prudence, l’ensemble n’ayant pas fait l’objet d’une fouille en bonne et due forme.
L’inhumation comme unique mode de traitement du corps
49 Dès les iiie et ive siècles, les ensembles funéraires en Normandie occidentale ne comportent que des sépultures à inhumation, à quelques exceptions près. Le site de Saint-Aubin-des-Champs 2 à Évrecy livre un ensemble funéraire qui s’installe dans un enclos fossoyé d’origine antique daté des ier-iie siècles, à l’intérieur duquel quelques structures signalent une occupation légère du site [50]. La nécropole compte 378 inhumations [51]. Seuls quatre dépôts secondaires de crémation ont été identifiés. Ils sont datés de la fin du iiie siècle. Les premières tombes sont datées du milieu du ive siècle et les plus tardives sont attribuées au viie siècle. Le site de Macé, dans l’Orne, illustre la pratique quasiment exclusive de l’inhumation durant le Bas-Empire. Cependant, ce site, découvert anciennement, est mal documenté. Il serait localisé à 750 m de l’axe reliant le chef-lieu de cité Sées à Vieux et à 400 m d’une occupation rurale gallo-romaine, encore mal caractérisée.
Les sépultures de l’Antiquité tardive : une continuité des pratiques gallo-romaines
50 Peu d’ensembles funéraires tardo-antiques ont fait l’objet d’études pluridisciplinaires exhaustives. Pour autant, il est possible de dégager certaines grandes tendances qui demeurent communes aux autres nécropoles des régions voisines de l’Ouest de la Gaule. La pratique de l’inhumation est exclusive. Les sujets sont allongés sur le dos dans des contenants périssables cloués ou bien des coffrages de bois parfois accompagnés de pierres de calage (Rots, Évrecy, Bretteville-l’Orgueilleuse). Les fosses sépulcrales peuvent être parementées au moyen de dalles calcaires placées sur chant et obturées par ces mêmes matériaux, constituant ainsi une véritable chambre funéraire (Rots). Les tombes sont généralement orientées selon un axe ouest-est (Évrecy, Rots) mais peuvent répondre à une contrainte topographique qui modifie cette orientation (Portbail, Falaise, Lisieux). Les fosses qui reçoivent les dépouilles mortelles sont ajustées à la taille du contenant (Bretteville-l’Orgueilleuse, Rots) et sont le plus souvent de forme rectangulaire. Quelques rares fosses accueillant des inhumations, à Rots, sont anthropomorphes, c’est-à-dire que leurs contours reproduisent la forme d’un corps humain (faits 108, 109 et 116). Ces quelques sépultures annoncent les pratiques funéraires rencontrées durant le haut Moyen Âge. D’autres fosses sépulcrales présentent des dimensions plus importantes afin de recevoir des contenants hors normes que sont les sarcophages monolithiques (Falaise) ou bien les cuves en plomb (Lisieux). Les nécropoles à inhumations datées de l’Antiquité tardive sont organisées et structurées en lignes et rangées. Les tombes ne se recoupent que rarement, laissant supposer l’existence d’un système de signalisation de surface. De tels dispositifs sont envisagés à Bretteville-l’Orgueilleuse et Portbail par la présence de dalles ou de pierres de petites dimensions dont l’origine géologique est différente du substrat accueillant la nécropole. Divers témoins d’aménagements de surface ont été observés à Rots, aux abords immédiats des inhumations. Il s’agit de négatifs de poteaux, de tranchées ou de fossés matérialisant un enclos fossoyé ou bien de clôtures délimitant une concession funéraire. Certains de ces dispositifs comportent des ouvertures pour la circulation des vivants. De tels aménagements ont aussi été observés à Lisieux dans la nécropole Michelet pour les tombes ayant accueilli des cercueils de plomb mais aussi des contenants périssables. La tombe 165 présente « un emmarchement destiné à recevoir un plancher […] sur les parois sud et nord de la fosse. Les angles de la chambre étaient renforcés par d’imposants poteaux en bois (diamètre des trous : 0,30 m), dont les dimensions suggèrent aussi des appuis pour une élévation de surface de type cella memoriae [52] » (fig. 16). Ces traces d’architectures funéraires, que l’on pourrait qualifier de monumentales, pour partie souterraines et aériennes, sont les marqueurs incontestés d’un statut social élevé et le témoin de l’énergie et des moyens dépensés par la communauté des vivants à la construction d’un tel tombeau : « la documentation ethnographique, comme l’observation de nos pratiques contemporaines, permet de penser que, dans le rituel funéraire, la volonté de marquer son rang s’exprimait moins par le contenu enfoui dans la tombe que par le monument qui la coiffait » [53].
51 La pratique du dépôt de mobilier au sein des fosses sépulcrales se poursuit avec le passage à l’inhumation. Dans la majorité des cas, ce dépôt est constitué de récipients en céramique ou en verre auxquels peuvent être associés des préparations alimentaires ou végétales et, dans une moindre mesure, des objets de toilette, de parures ou encore divers instruments, tels que des outils ou des objets de la sphère personnelle du défunt. La pratique de l’obole à Charon est également perpétuée.
Lisieux, nécropole Michelet – sépulture 165 avec un sarcophage de plomb.
Lisieux, nécropole Michelet – sépulture 165 avec un sarcophage de plomb.
Cliché D. Paillard, Service archéologique départemental du Calvados.52 Le dépôt de préparations alimentaires en contexte funéraire est elle aussi attestée en Normandie occidentale. Généralement, ceux-ci sont présents sous forme de quartiers de viande, d’animaux entiers ou encore de préparations carnées placées dans des contenants. Porc et volaille dominent les assemblages, dans des proportions qui diffèrent en fonction des périodes. Seul le site des Sentes de Vâton à Falaise, où de nombreux dépôts de faune ont été mis au jour, a été documenté comme il se doit. Les nombreuses préparations alimentaires identifiées aux côtés de la défunte inhumée dans le mausolée doivent leur présence au faste du monument funéraire et au statut social de son occupante [54]. D’un point de vue général, la faune est simplement mentionnée en présence/absence sans aucune détermination dans les rapports de fouille. Nous savons donc que cette pratique existe mais il est difficile de la caractériser précisément.
Des témoignages de commémorations
53 Les rites et commémorations continuent d’être réalisés durant l’Antiquité tardive. Les indices archéologiques de l’accomplissement de ces cérémonies demeurent peu nombreux. Quelques sites de Normandie occidentale présentent des vestiges matériels de la pratique de libations et de sacrifices. C’est le cas du Genestel à Portbail où une pièce accolée au portique de la palestre des thermes a livré les vestiges bien conservés d’une tombe à l’architecture originale (sépulture 333) datée du iiie siècle. Un premier lit de cinq tegulae a été disposé à plat sur le fond d’une fosse rectangulaire orientée selon un axe SSO-NNE. Ce lit de tuile supporte un coffrage de bois cloué mesurant 1,70 x 0,40 x 0,45 m, assemblé sur place. À l’intérieur, un second coffrage a été réalisé à l’aide de 16 tegulae tapissant le fond, les parois et le dessus de l’espace sépulcral. Le défunt a été inhumé sur le dos, la tête vers le sud et surélevée par une imbrex servant de coussin funéraire. Deux monnaies en alliage cuivreux ont été retrouvées sous la tête basculée du défunt. Un conduit vertical fabriqué à partir de 6 imbrices a été installé au-dessus de la fosse et directement à l’aplomb de la tête (fig. 17). Si ce type d’architecture funéraire est fréquent en Gaule Narbonnaise, il demeure peu habituel dans les civitates du nord-ouest de la Gaule Lyonnaise. Des exemples récents d’identification de conduits à libation sont recensés chez les Parisii. C’est le cas à Cormeilles-en-Parisis (Val-d’Oise) dans une inhumation placée au sein d’un petit ensemble funéraire gallo-romain [55]. Un col d’amphore fiché dans le sol au-dessus d’une inhumation a été observé, à l’emplacement supposé de la tête du défunt d’après le mobilier placé en dépôt secondaire dans la tombe (os non conservés). Le mausolée antique de Boinville-en-Mantois (Yvelines) a livré, quant à lui, les vestiges archéologiques de quelques sépultures dont une disposait d’un conduit à libation en céramique placé au-dessus d’une structure liée à la pratique de la crémation [56]. Une autre tombe localisée dans l’édifice et dépourvue de conduit pérenne fait écho à l’architecture funéraire complexe mis au jour à Portbail. Il s’agit de la sépulture d’un enfant d’environ 6 ans inhumé sur le dos dans un cercueil cloué, doté de nombreuses ferrures, placé dans un coffrage de tegulae. À Portbail, l’aménagement d’un tel dispositif, rendant symboliquement possible l’accès au défunt, permet de réaliser des libations dès la fin des funérailles (neuvaine) mais aussi lors des fêtes commémoratives (parentalia, parentationes) au cours desquelles la communauté vient déposer des offrandes afin d’apaiser les mânes.
Portbail, le Genestel - Proposition de restitution de l’architecture funéraire de la tombe à libation 333. Illustration Laurent Vipard, Inrap.
Portbail, le Genestel - Proposition de restitution de l’architecture funéraire de la tombe à libation 333. Illustration Laurent Vipard, Inrap.
54 Les traces matérielles de la pratique de libations et de sacrifices ont également été observées à Falaise, dans les inhumations du mausolée des Sentes de Vâton (verrerie brisée en dehors d’un sarcophage).
55 Au Genestel à Portbail, une céramique, brisée sur le couvercle du coffre en bois d’une inhumation (333), a été retrouvée au niveau du thorax du défunt après décomposition du contenant. Le bris de ces récipients est caractéristique de la pratique des libations. Cette pratique est un geste primordial dans l’accomplissement des rites et des sacrifices funéraires gallo-romains. Destinée à honorer les mânes, elle induit l’adoption d’une architecture particulière pour le tombeau.
Des défunts d’origine étrangère ?
56 Certaines sépultures datées du ve siècle, dans les ensembles funéraires de Rots, Évrecy ou encore Lisieux et Fel, livrent un mobilier particulièrement abondant et riche (présence d’armes, de vaisselle en verre et en terre cuite, de parures, d’accessoires vestimentaires…). Ces individus inhumés s’avèrent, de par la singularité du mobilier qui leur est associé, probablement d’origine étrangère, extérieure à l’Empire. Leur présence est liée à la série de fortifications (camps et villes) et au déploiement des garnisons mises en place dans le cadre de l’établissement du Litus saxonimum [57]. Les cités romaines de Lisieux et de Bayeux, pourvues de castra, ont joué un rôle important dans ces lignes de défense. A leur décès, les soldats issus du Barbaricum stationnés sur place, ainsi que leur entourage, étaient enterrés dans les nécropoles des environs. À Lisieux, sept sépultures ont livré du matériel reconnu d’influence culturelle « romano-germanique » de la fin du ive début au ve siècle (sépultures 148, 396, 565, 880, 906, 955). Les recherches détaillées menées sur ce type de matériel ont démontré qu’un « objet à lui seul n’était pas significatif d’une présence étrangère, mais que l’association de plusieurs objets remarquables, tels que des fibules en trompette, des peignes triangulaires, des grandes épingles à cheveux ou des récipients, peut être mis en relation avec un environnement militaire et les déplacements de l’armée romaine, dont les effectifs à cette époque sont surtout constitués de mercenaires « barbares » (Francs, Saxons, Frisons) » [58]. Les tombes de l’Antiquité tardive découvertes à Évrecy s’avèrent être les plus richement dotées en mobilier, avec notamment des verreries, des céramiques, des monnaies, de la tabletterie et du mobilier métallique dont certaines pièces sont exceptionnelles. L’étude anthropologique des défunts associée à celles des divers mobiliers indique que sont inhumés dans cette nécropole à la fois des locaux d’origine modeste, une petite élite gallo-romaine et une élite militaire probablement d’origine exogène. Il pourrait s’agir de fédérés de l’armée romaine, possiblement d’origine germanique, inhumés aux côtés de leur famille [59]. À partir du vie siècle, le dépôt de mobilier dans les tombeaux s’amenuise et s’uniformise. À l’image de ce qui se passe déjà durant la période antique, de nouveaux sites funéraires fleurissent dans les campagnes, ayant à l’origine une fondation à caractère familial comprenant la tombe des propriétaires terriens puis celles de leurs descendants. Ces pôles funéraires se transforment parfois en vastes nécropoles utilisées durant plusieurs siècles, mais d’autres périclitent rapidement [60].
Conclusions et perspectives
57 Les occupations funéraires antiques en Normandie occidentale se présentent sous diverses formes. Les plus répandues et fréquemment rencontrées s’avèrent être des ensembles de petite taille, contemporains d’entités agricoles localisées à proximité. Ces unités funéraires, qui n’excèdent pas la soixantaine de tombes, sont localisées non loin des occupations domestiques, à proximité d’axes de circulation majeurs ou secondaires. Certains ensembles sont dotés d’enclos fossoyés. Ces configurations funéraires livrent une grande majorité de dépôts secondaires de crémation en vases ossuaires. L’urne funéraire, placée dans une fosse ajustée, recèle une partie du produit de la crémation d’un défunt. Elle est très occasionnellement accompagnée de mobilier lié au repas funéraire et aux commémorations. Cependant, il est nécessaire de rester prudent quant à l’aspect modeste des dépôts secondaires de crémation rencontrés dans ces ensembles. Une part non négligeable de l’appareil funéraire n’est en effet plus accessible, du fait de l’érosion des sols et de la récupération de matériaux (stèles, autels funéraires). Le faste dont pouvait faire preuve certaines funérailles (banquet funéraire, viatique, dépôts de fleurs, cortège avec praeficae [61] ) ne laisse que peu ou pas de témoin matériel. Pour autant, l’élite gallo-romaine installée en Normandie occidentale ne manque pas d’afficher aux yeux de tous son statut social élevé et son adhésion à l’idéal de l’Imperium romanum par le biais de grands monuments funéraires situés dans les pars rustica de domaines. Les mausolées découverts à Bretteville-l’Orgueilleuse et Falaise en constituent des témoignages éloquents. La diversité et la qualité de ces vestiges archéologiques attestent de la pratique de rites de fondation et de commémorations autour des tombeaux à caractère familiaux. Le mobilier issu de ces ensembles funéraires potentiellement familiaux s’avère plus « ostentatoire » que dans les nécropoles rurales dépourvus de lien direct avec une villa. Le paysage antique de la Normandie occidentale est également ponctué de sépultures considérées comme « isolées ». Il ne s’agit en rien d’une spécificité régionale mais plutôt d’une instrumentalisation de la sépulture à des fins foncières [62]. En effet, la sépulture sert à la fois au bornage des parcelles et au rappel de la propriété du sol. Cette implantation spécifique garantit toute tentative de déplacement ou d’effacement dans le temps.
58 Les sites funéraires gallo-romains de Normandie occidentale ne présentent donc pas de spécificités à proprement parler par rapport aux autres civitates de l’Ouest de la Gaule. Les défunts les plus jeunes sont majoritairement inhumés et exclus des cimetières communautaires tandis que la pratique de la crémation domine. Les funérailles se déroulent au rythme des sacrifices et des offrandes faites aux mânes. L’adoption de l’inhumation ne modifie en rien les rites gallo-romains pratiqués, si ce n’est que la tombe s’avère uniquement individuelle. Vincent Hincker souligne que « l’abandon progressif de l’incinération et son remplacement par l’inhumation n’apparaissent pas comme le résultat direct d’un prosélytisme chrétien […], il est lié à une cause externe qui conduit à regarder ce changement comme l’expression de la variété des « cultures de la mort » [63].
59 Cette première tentative de synthèse sur le fait funéraire antique en Normandie occidentale jette les bases d’une réflexion toujours en cours. La sensibilisation et la formation des intervenants du modus operandi de l’archéologie préventive sur ces problématiques spécifiques produisent peu à peu leurs effets par le biais de relectures de sites funéraires découverts anciennement et l’étude pluridisciplinaire de gisements mis au jour dernièrement.
Mots-clés éditeurs : Antiquité, crémation, funéraire, inhumation, mausolée, nécropole, Normandie occidentale
Date de mise en ligne : 12/05/2023
https://doi.org/10.3917/annor.731.0161