Métissage ou digestion ?
Pages 176 à 180
Citer cet article
- SAGOT-DUVAUROUX, Jean-Louis,
- Sagot-Duvauroux, Jean-Louis.
- Sagot-Duvauroux, J.-L.
https://doi.org/10.3917/afcul.062.0176
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- Sagot-Duvauroux, J.-L.
- Sagot-Duvauroux, Jean-Louis.
- SAGOT-DUVAUROUX, Jean-Louis,
https://doi.org/10.3917/afcul.062.0176
« Dis-nous d’où tu viens ? » Que se joue-t-il lorsqu’une institutrice bien intentionnée pose cette inévitable question au petit Mamadou, né à Montreuil, dans une famille d’origine africaine ? À partir de cet exemple, Jean-Louis Sagot-Duvauroux analyse les pièges du métissage culturel et de l’identité des jeunes Noirs de France. Un texte cinglant, politique, excellente introduction à son passionnant essai On ne naît pas Noir, on le devient.
L’enfant naît à Montreuil, dans la périphérie parisienne. Son père le prénomme Mamadou. Mamadou Diawara. À la maison, la langue qui prédomine est la langue du village originel, la langue soninké. Le soninké n’est pas sans gloire. Au premier millénaire de l’ère chrétienne, il a été l’idiome du puissant empire du Wagadou, également appelé Ghana. Au temps où les Barbares dépècent l’empire romain, le Wagadou tient l’Afrique de l’Ouest dans la paix et la prospérité. Le soninké n’est pas non plus sans perspectives contemporaines. Il est largement parlé dans les villes et les villages de la vallée du fleuve Sénégal. De l’autre côté de l’Équateur, à Poto-Poto, immense marché de Brazzaville, si tu parles soninké, tu es chez toi. Le soninké, tu l’entends sans peine sur les lignes du métro parisien qui ramènent les travailleurs dans les cités des banlieues pauvres. C’est aussi une langue qui peut servir quand on prend un taxi à New York. Mais tout ça ne va pas suffire. Lorsque le petit Mamadou Diawara commence à parler, ce n’est pas dans la langue qui prédomine à la maison, mais dans celle de la crèche et de la télé…
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