Un partenaire incontournable au Sahel : la politique étrangère du Niger sous la présidence de Mahamadou Issoufou
Pages 219 à 231
Citer ce chapitre
- COLOMBA-PETTENG, Léonard,
- Publication coordonnée par HOLEINDRE, Jean-Vincent
- et FERNANDEZ, Julian,
- Colomba-Petteng, Léonard.
- Colomba-Petteng, L.
- Publication coordonnée par J. Holeindre
- et J. Fernandez
https://doi.org/10.3917/epas.ferna.2022.01.0219
Citer ce chapitre
- Colomba-Petteng, L.
- Publication coordonnée par J. Holeindre
- et J. Fernandez
- Colomba-Petteng, Léonard.
- COLOMBA-PETTENG, Léonard,
- Publication coordonnée par HOLEINDRE, Jean-Vincent
- et FERNANDEZ, Julian,
https://doi.org/10.3917/epas.ferna.2022.01.0219
Notes
- (1)D. Chebli, « Du MNA au MNLA : le passage à la lutte armée », NORIA Research, 2014.
- (2)Chez Jean-François Bayart, le concept « d’extraversion » renvoie à un mode singulier d’exercice de la souveraineté qui se joue, entre autres, à travers la construction, par les acteurs africains eux-mêmes, de leur propre dépendance. J.-F. Bayart, « L’Afrique dans le monde : une histoire d’extraversion », Critique internationale, vol. 5, n° 5, 1999, p. 97-120.
- (3)F. Boyer, P. Chappart, « Les frontières européennes au Niger », Vacarme, vol. 83, n° 2, 2018, p. 92-98.
- (4)Dans le contexte nigérien, ces pesanteurs ont été largement étudiées au sein du Laboratoire d’études et de recherche sur les dynamiques sociales et le développement local basé à Niamey (LASDEL). Voir J.-P. Olivier de Sardan, « Niger : les quatre prisons du pouvoir », Marianne, 6 janvier 2016.
- (5)J. Warner, T.M. Shaw, African Foreign Policies in International Institutions, Londres, Palgrave Macmillan, 2018.
- (6)République du Niger, « Bilan des 5 ans de mise en œuvre du programme de Renaissance », cabinet du Premier ministre, janvier 2016, p. 43.
- (7)P. Lavigne Delville, « Pour une socio-anthropologie de l’action publique dans les pays “sous régime d’aide” », Anthropologie et développement, vol. 45, n° 1, 2017, p. 33-64.
- (8)C. Lequesne, « Les États et leur outil diplomatique », Manuel de diplomatie, Paris, Presses de Sciences-Po, 2018, p. 143-161.
- (9)Un an plus tôt, le chef d’escadron Djibo Salou venait mettre un terme à la tentative de maintien au pouvoir du président de l’époque, Mamadou Tandja, à l’issue de son second mandat. Voir E.M. Kane, « Lecture et relecture du coup d’État du 18 février 2010 au Niger », Les Cahiers de l’Institut de documentation et de recherches sur la paix, mars 2011.
- (10)« Niger : Brigi Rafini, un Touareg énarque à la tête du gouvernement », Jeune Afrique, 14 avril 2011.
- (11)Il sera le seul et unique Premier ministre du Niger sous les deux mandats de Mahamadou Issoufou de 2011 à 2021.
- (12)Décret n° 2011-217/PRN du 26 juillet 2011 et décret 2011-481/PRN du 4 octobre 2011.
- (13)Le HCRP avait été créé pour veiller au respect des accords de paix ayant mis fin à la rébellion touarègue des années 1990 au Niger.
- (14)Entretien de Laoualy Ada avec l’auteur à Niamey, 17 février 2019.
- (15)Entretien avec l’auteur à Niamey, 31 mai 2019.
- (16)Sur le plan juridique, l’article 46 de la Constitution du 25 novembre 2010 donne au chef de l’État le rôle de garant des traités et accords internationaux.
- (17)Mohamed Bazoum avait alors intégré le cabinet de Mahamadou Issoufou et avait travaillé, dans l’ombre pour défendre le bilan du premier quinquennat. Artisan de la réélection de Mahamadou Issoufou, Mohamed Bazoum fut nommé ministre de l’Intérieur, de la Sécurité publique, de la Décentralisation et des Affaires coutumières et religieuses, avant d’apparaître progressivement comme le véritable « homme fort » du gouvernement (au détriment de Hassoumi Massaoudou)
- (18)Le Niger apparaît dans la liste des soixante pays où la corruption est la plus répandue du monde selon Transparency International. En matière de développement, le PNUD classe le pays au dernier rang mondial (189) selon l’indice de développement humain.
- (19)Discours de Mohamed Bazoum, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération, de l’Intégration africaine et des Nigériens à l’extérieur, devant la 68e session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies, New York, le 27 septembre 2013.
- (20)Cette réforme envisageait la création de tribunaux d’instance dans les régions et de cours d’appel.
- (21)Selon le Classement mondial de la liberté de la presse effectué chaque année par l’organisation Reporters sans frontières.
- (22)P. Frowd, « Producing the “Transit” Migration State: International Security Intervention in Niger », Third World Quarterly, vol. 41, n° 2, 2020, p. 340-58.
- (23)A. Dauchy, « La loi contre le trafic illicite de migrant•es au Niger. État des lieux d’un assemblage judiciaire et sécuritaire à l’épreuve de la mobilité transnationale », Anthropologie & développement, vol. 51, n° 1, 2021.
- (24)« Le coup de gueule de Bazoum contre l’Union européenne », L’Enquêteur, Niamey, n° 2095, 8 mai 2019.
- (25)R. Soares de Oliveira, H. Verhoeven, « Taming Intervention: Sovereignty, Statehood and Political Order in Africa », Survival, vol. 60, n° 2, 2018, p. 7-32.
- (26)D. Tull, « La coopération franco-allemande au Sahel : conséquences et perspectives du “tournant africain” de l’Allemagne », note de l’IRSEM, n° 45, 27 septembre 2017, 11 p.
- (27)Ce projet, financé à hauteur de 60 millions d’euros par le Fonds fiduciaire d’urgence de l’UE pour l’Afrique, implique également la gendarmerie nationale française, la Guarda Nacional Republicana du Portugal et l’Arma dei Carabinieri italienne. Il s’étend au Burkina Faso, en Mauritanie, au Mali, au Niger, au Tchad et au Sénégal.
- (28)L’ECI s’inspire d’un projet similaire mis en place par l’Espagne en Mauritanie quelques années auparavant.
- (29)M. Boas, « EU Migration Management in the Sahel: Unintended Consequences on the Ground in Niger? », Third World Quarterly, vol. 42, n° 1, 2021, p. 54.
- (30)Irritées par cette annonce publique unilatérale, les autorités nigériennes avaient nié dans un premier temps l’existence de cet accord. La maladresse diplomatique de l’Italie retardera de plus d’un an l’arrivée effective du contingent italien sur le sol nigérien.
- (31)« Le Niger face à Boko Haram : au-delà de la contre-insurrection », International Crisis Group, rapport n° 245, 27 février 2017, p. 9.
- (32)A. Tisseron, « Quand la France ne fait plus rêver : l’exemple du Niger », Institut Thomas Moore, juin 2016.
- (33)Sur la situation malienne, voir D. Tull, « Contester la France : rumeurs, intervention et politique de vérité au Mali », Critique internationale, n° 90, vol. 1, 2021, p. 151-171.
- (34)Entretien d’un député nigérien avec l’auteur, Assemblée nationale du Niger, Niamey, 4 mars 2019.
- (35)On se souvient par exemple des polémiques autour de la loi n° 2019-33 du 3 juillet 2019 portant répression de la cybercriminalité au Niger.
- (36)L’article 76 du Code pénal du Niger prévoit : « sera puni d’un emprisonnement de cinq à moins de dix ans quiconque, en temps de paix, aura participé en connaissance de cause à une entreprise de démoralisation de l’armée ayant pour objet de nuire à la défense nationale ».
- (37)Déclaration de Politique générale du Premier ministre, chef du gouvernement, 16 juin 2011, p. 7.
- (38)« Le Niger se décloisonne », Le Républicain, Niamey, n° 2151, 7 mars 2019.
- (39)J.-P. Cabestan, « La présence chinoise au Sahel : les cas du Niger et du Tchad », compte-rendu de la table ronde n° 17/24 de l’Observatoire stratégique et politique de la Chine, cycle 2017-2018, 7 juin 2017.
- (40)Allocution de Mahamadou Issoufou lors du 12e Sommet extraordinaire sur la ZLECAf, 7 juillet 2019.
- (41)Voir l’entretien mené par Laouli Souleymane avec Hamid Algabid (ancien Premier ministre du Niger et secrétaire général de l’OCI de 1989 à 1994) paru dans Le Sahel, 27 novembre 2020.
- (42)Enquêtes Afrobaromètre au Niger (LASDEL/Afrobarometer) menées en janvier 2014.
- (43)Entretien réalisé par Oumarou Moussa pour Sahel Dimanche, Niamey, 2 juillet 2011.
- (44)Décret n° 2020-011/PRN du 10 janvier 2020 portant création de l’Agence nationale de l’économie des conférences (ANEC)
- (45)c. Lequesne, La Puissance par l’image. Les États et leur diplomatie publique, Paris, Presses de Sciences-Po, 2021, 206 p.
- (46)Site du ministère des Affaires étrangères, de la Coopération, de l’Intégration africaine et des Nigériens à l’extérieur, « Le Niger assurera la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU », 1er septembre 2020.
- (47)« Le prix Ibrahim attribué au président nigérien Mahamadou Issoufou », RFI, 8 mars 2021.
- (48)L. Colomba-Petteng, « Les dilemmes des armées françaises au Sahel. Une mise en perspective des débats sur la transformation de l’opération Barkhane », Afrique contemporaine. 2020, vol. 271-272, n° 1-2. p. 169-186.
- (49)Le lecteur pourra lire avec profit le chapitre 3 de l’ouvrage de Sonia Le Gouriellec, Djibouti : la diplomatie de géant d’un petit État, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2020, 230 p.
1 Investi en tant que Président de la République le 7 avril 2011, Mahamadou Issoufou prend ses fonctions dans un contexte particulièrement délicat. L’image du Niger est alors fortement associée à la récurrence des coups d’État militaires, à la pauvreté qui touche de nombreux citoyens et à la forte croissance démographique – jugée excessive par certains. Vaste territoire enclavé, voisin de l’Algérie, du Mali, de la Libye, du Tchad, du Nigeria, du Burkina Faso et du Bénin, le Niger est également confronté à une multiplicité de foyers de tension à ses frontières. Au Mali, les violences dégénèrent entre le Mouvement national de l’Azawad (MNA) et le gouvernement, face à l’intransigeance du président Amadou Toumani Touré (1). En Libye, les troupes de Mouammar Kadhafi sont entrées dans la ville de Benghazi, tenue par des groupes rebelles, déclenchant l’intervention d’une coalition internationale menée par la France et le Royaume-Uni. La frontière est poreuse entre le désert du Fezzan, côté libyen, et le plateau du Mangueni, côté nigérien. L’immensité du territoire et l’aridité du climat rendent les contrôles particulièrement difficiles dans la zone. Ainsi, la circulation des armes et la multiplication des prises d’otages par des groupes armés deviennent préoccupantes.
2 Si le manque de ressources propres conduit Mahamadou Issoufou à s’aligner sur les préoccupations sécuritaires des bailleurs de fonds et opérateurs internationaux, l’emplacement stratégique du Niger lui permet de multiplier et de diversifier les partenariats. Comment le « virage sécuritaire » du président nigérien a-t-il permis d’élaborer et mettre en œuvre une politique étrangère relativement autonome malgré l’interventionnisme de nombreux acteurs extérieurs ? Cette contribution soutient que les élites au pouvoir sont parvenues à redéfinir les modalités de « l’extraversion » (2) en recentrant leurs relations vis-à-vis des acteurs extérieurs autour de l’enjeu du « renforcement des capacités » des institutions étatiques à partir de 2011 (3).
3 Le cas du Niger invite à nuancer l’idée selon laquelle les dirigeants des États sahéliens seraient mécaniquement soumis aux attentes des bailleurs de fonds et des opérateurs internationaux. Sans pour autant ignorer les pesanteurs qui contraignent l’exercice du pouvoir au Niger (4), la contribution permet de contester l’idée, souvent présente de manière implicite, selon laquelle les États les moins dotés n’auraient qu’une marge de manœuvre étroite dans la définition de leurs politiques étrangères (5). Nourrie par une vingtaine d’entretiens semi-directifs avec des acteurs étatiques nigériens et sur des observations menées à Niamey entre janvier et juin 2019, cette contribution analyse le rôle des acteurs, institutions et pratiques ayant permis au gouvernement nigérien de mener une « offensive diplomatique » (6) à partir de 2011.
4 L’analyse est structurée autour de trois parties. La première partie défend l’hypothèse d’un lien entre la préservation des équilibres politiques intérieurs et l’amélioration de l’image du Niger auprès des acteurs extérieurs. La deuxième partie s’intéresse à l’incidence de la « crise migratoire » de 2014 sur l’approfondissement des relations bilatérales entre Niamey et plusieurs gouvernements européens. La troisième partie montre comment les élites dirigeantes ont capitalisé sur cette dynamique conjoncturelle en s’investissant de manière plus significative dans l’organisation de grandes rencontres internationales concernant les enjeux politico-militaires. L’objectif de cette étude est de montrer de quelles manières les États « sous-régime d’aide » (7) peuvent mobiliser, comme tous les autres, leur outil diplomatique (8).
Le jeu des nominations et l’enjeu de la « stabilité »
5 Cette première partie soutient que la préservation des équilibres politiques internes, à travers les nominations à des postes au sein de l’exécutif, fut un moyen pour Mahamadou Issoufou de se positionner comme un interlocuteur crédible et légitime auprès des bailleurs de fonds et des puissances étrangères.
6 Confronté à de multiples foyers de tension, notamment dans la région de l’Aïr, Mahamadou Issoufou fait de la consolidation de la VIIe République une priorité de son premier mandat (9). La recherche d’équilibres politiques et institutionnels passe d’abord par la cooptation des élites issues des communautés minoritaires. La nomination à la Primature de Brigi Rafini, originaire de la région d’Agadez, permet à Mahamadou Issoufou d’envoyer un signal politique fort. Diplômé à deux reprises de l’École nationale d’administration (au Niger et en France) et personnalité estimée dans la région d’Agadez, le maire de la commune d’Iférouane est méconnu du grand public au moment de sa nomination en tant que chef du gouvernement (10). Réputé pour sa connaissance des rouages de l’administration et pour sa discrétion, Brigi Rafini est l’un des rares membres de l’exécutif à s’être tenu à l’écart des jeux d’appareils qui animent les deux fronts de la majorité au pouvoir (la Mouvance pour la renaissance du Niger et l’Alliance pour la République). Sa fidélité à l’égard de Mahamadou Issoufou et sa familiarité avec les élites touarègues expliquent, entre autres, sa longévité à la Primature (11).
7 Parallèlement aux portefeuilles ministériels, on assiste à la multiplication de « commissariats », « hautes autorités » et « agences nationales » autour de la présidence. Mahamadou Issoufou y nomme les personnalités de son entourage proche, contrôlant d’autant mieux les agendas et les ressources. La Haute Autorité à la consolidation de la paix (HACP) (12) est créée en octobre 2011 et cherche à capitaliser sur le poids symbolique du Haut-Commissariat à la restauration de la paix (HCRP) (13). Le Président décide de rattacher l’institution à son cabinet et nomme à sa tête le colonel-major Mahamadou Abou Tarka qu’il élève au rang de général. D’origine touarègue, ce haut gradé des forces armées nigériennes – dont la légitimité a parfois été mise en cause – est parvenu en quelques années à se positionner comme un interlocuteur de choix pour les bailleurs de fonds étrangers, notamment l’Union européenne. Le Président de la République n’hésite pas à placer des personnalités originaires des régions du Nord à des postes clés afin d’assurer une meilleure redistribution des « dividendes de la paix » (14).
8 Le ministère des Affaires étrangères est confié à des personnalités appartenant au cercle proche de Mahamadou Issoufou (Mohamed Bazoum en 2011-2015 ; Aïchatou Kané Boulama en 2015-2016 ; Kalla Ankourao en 2018-2021), à l’exception du bref passage d’Ibrahim Yacouba (2016-2018). Surprise du premier tour de l’élection présidentielle de 2016, ce dernier prend la tête de la diplomatie nigérienne et désigne un comité d’experts chargé d’élaborer une feuille de route stratégique : le Document de politique extérieure. Rapidement déçu par le manque d’autonomie et de ressources qui lui sont octroyées et lassé par des dysfonctionnements observés au sein du ministère des Affaires étrangères (15), Ibrahim Yacouba remet sa démission au Premier ministre sans avoir présenté le Document de politique extérieure. Le président Mahamadou Issoufou laisse peu de place aux différents ministres des Affaires étrangères (16). Ceci explique les efforts effectués par Mohamed Bazoum quelques années auparavant pour quitter ce ministère et se rapprocher de la Présidence (17).
9 Conscient des conséquences négatives de la mauvaise réputation du Niger en matière de gouvernance (18), l’exécutif s’emploie à retravailler cette image auprès des instances internationales (19). Peu de temps après que le Conseil de l’UE a adopté une Stratégie pour la sécurité et le développement au Sahel, en mars 2011, le Premier ministre Brigi Rafini annonce sa Stratégie de sécurité et de développement des zones sahélo-sahariennes (SDS-Sahel Niger). La SDS-Sahel Niger noue ainsi des partenariats de financement avec la Gesellschaft für Zusammenarbeit allemande, avec l’agence belge de coopération, et avec l’Union européenne (qui s’engage dès le lancement de l’initiative à financer celle-ci à hauteur de 7,78 %). Brigi Rafini nomme Najim Elhadj Mohamed pour assurer le suivi des financements et la mise en œuvre des projets. Ce haut fonctionnaire maîtrise parfaitement le langage des bailleurs de fonds. Lorsque Najim Elhadj Mohamed est nommé secrétaire permanent du G5 Sahel, il revient à Laoualy Ada de prendre la direction de la SDS-Sahel Niger. Ce dernier est un administrateur expérimenté, passé par le Programme des Nations Unies pour le Développement, qui s’est impliqué dès 1995 dans les questions de réinsertion des membres de la rébellion touarègue.
10 En parallèle, Mahamadou Issoufou met en place plusieurs institutions placées sous la direction de personnalités de confiance : la Haute Autorité de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (2011), l’Agence nationale de la lutte contre la traite des personnes (2012), la Commission nationale pour la collecte et le contrôle des armes illicites (2014). Dans la continuité de la création de la Commission nationale des droits humains (2012) et dans le cadre de la campagne pour sa réélection, le président promet de mettre en œuvre une vaste réforme des institutions judiciaires encadrée par une politique nationale sur la Justice et les Droits humains (20). En matière de liberté de la presse (21), le pays passe de la 139e à la 47e place en l’espace de dix ans. En mars 2019, le Conseil des ministres adopte un projet de loi autorisant l’adhésion du Niger à la Convention sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Si le pays a connu l’une des améliorations les plus rapides de l’Indice de pauvreté multidimensionnelle et de l’Indice de développement humain (de 0,331 à 0,394) entre 2011 et 2021, le gouvernement cherche à soutenir cette dynamique en mettant en place un Comité interministériel de suivi de l’indice de développement humain à partir de 2018.
11 Enfin, le soutien des fronts alliés du Parti national pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya) assure à la majorité présidentielle une véritable hégémonie sur la scène politique nationale. Au total, la majorité présidentielle occupe 125 des 171 sièges de l’Assemblée nationale. La mise en scène de la stabilité des institutions passe également par la recherche du consensus politique à l’échelle nationale. Si l’idée d’un gouvernement d’union nationale échoue en 2013, le Premier ministre Brigi Rafini s’emploie à réactiver le Cadre national de dialogue politique (CNDP). Cette plateforme ne parvient jamais à s’imposer comme un véritable cadre de discussion rassemblant l’ensemble des partis politiques nigériens. Le CNDP est finalement boycotté par l’opposition, laquelle se radicalise à la suite de la condamnation judiciaire de son chef de file, Hama Amadou.
La diversification des partenariats de sécurité et de défense
12 La « crise migratoire » qui a touché le continent européen en 2014 a joué un rôle inattendu, mais décisif dans l’attractivité du Niger auprès des bailleurs de fonds et des opérateurs internationaux sur les enjeux de sécurité. Présent au sommet euro-africain organisé à La Valette le 11 novembre 2015, Mahamadou Issoufou y affirme que l’Europe « peut apporter une contribution capitale à [la] résorption [des migrations irrégulières] en aidant à la mise en œuvre de programmes de développement économique et social dans les pays d’origine et les pays de transit ». La mise à l’agenda de la question migratoire est souhaitée au sein du gouvernement nigérien, notamment par Mohamed Bazoum qui est nommé ministre de l’Intérieur à partir d’avril 2016 (22).
13 Mohamed Bazoum soutient un projet de loi visant à lutter contre la migration illégale dans la région d’Agadez. Adoptée malgré une forte opposition, la loi 2015-036 vise à dissuader l’activité des passeurs, notamment au nord du pays (23). Les autorités sont accusées par l’opposition de déroger aux principes fondamentaux instaurés au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui autorisent la libre circulation des personnes et des biens, en raison de l’interpellation d’individus qui n’ont pas encore franchi la frontière libyenne. En contrepartie du démantèlement des réseaux de passeurs, le gouvernement nigérien se voit promettre des financements européens censés permettre la reconversion des acteurs de la migration irrégulière. Élaborés et mis en œuvre dans l’urgence, les programmes financés par la Commission européenne ne remplissent pas complètement les attentes du gouvernement (24). Si Niamey ne parvient que partiellement à « maîtriser » (25) l’interventionnisme de l’UE, la coopération autour de la gestion des migrations irrégulières permet au Niger d’attirer le montant le plus important parmi les États de la région sahélienne dans le cadre du Fonds fiduciaire d’urgence mis en œuvre par la Commission européenne.
14 De plus, le resserrement de l’aide sur le « renforcement des capacités » des fonctions coercitives de l’État permet au gouvernement de mieux contrôler l’appareil sécuritaire. Le président Mahamadou Issoufou décide d’augmenter de façon continue les ressources humaines et financières de la police, de la gendarmerie et de la Garde nationale. Après avoir modifié le statut de la Garde nationale (placée sous la tutelle du ministère de l’Intérieur), l’exécutif cherche à assurer la montée en puissance de la police nationale, avec la création du Service central de lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée en 2011. D’autres unités de la police nationale font l’objet d’un fort investissement, soutenues par la mission EUCAP Sahel et l’OIM, à l’image de la Direction de la police technique et scientifique et de la Direction de surveillance du territoire.
15 La « crise migratoire » permet à Niamey d’approfondir les relations bilatérales avec les États européens, désireux de s’appuyer sur le Niger pour mettre en œuvre leurs propres stratégies dans la région du Sahel. L’intérêt allemand pour la région sahélienne, et plus particulièrement le Niger, s’intensifie en 2014 dans le double contexte de la « crise migratoire » et de la formation d’une grande coalition (CDU/CSU-SPD). Le ministère allemand des Affaires étrangères met en place une division spécialisée dans la prévention des crises, la stabilisation et la gestion post-conflit. Dotée d’un budget annuel de 300 millions d’euros, elle emploie 130 agents (26). L’investissement diplomatique de l’Allemagne passe également par le détachement de fonctionnaires dans le cadre de la mission européenne de soutien aux forces de sécurité intérieure (EUCAP Sahel). En 2019, la chancelière Angela Merkel est la première cheffe de gouvernement au sein de l’Union européenne à rendre visite aux experts de la mission EUCAP Sahel. Preuve de l’attractivité du Niger, la policière allemande Antje Pittelkau est soutenue par Berlin et désignée à Bruxelles pour prendre la tête de la mission EUCAP Sahel au début de l’année 2021.
16 De son côté, l’Espagne capitalise sur une expérience acquise de longue date en matière de coopération bilatérale, notamment avec la Mauritanie, au sujet de la gestion des migrations irrégulières. Au Niger, la Guardia Civil a joué un rôle prépondérant dans deux initiatives de renforcement des forces de sécurité intérieures, financées par le Fonds fiduciaire d’urgence de l’UE. D’une part, elle a coordonné la création de Groupes d’action rapide de surveillance et d’intervention (GARSI) (27) basés sur le modèle mis en place par Madrid pour lutter contre le terrorisme basque au début des années 2000. D’autre part, des policiers espagnols ont été envoyés au Niger et coopèrent avec leurs homologues français dans la mise en place d’une Équipe conjointe d’investigation (ECI) visant à démanteler les réseaux de passeurs (28).
17 Pour l’Italie, l’emplacement géographique du Niger devient stratégique dès lors que la moitié des migrants atteignant l’île de Lampedusa transitent par la région d’Agadez (29). Rome a décidé d’ouvrir une ambassade à Niamey en 2017. L’Italie se positionne sur des secteurs de niche en investissant par exemple dans la médecine militaire (dons répétés de matériel médical, de kits de survie et de matériel de protection). Emporté dans son enthousiasme, le gouvernement de Paolo Gentiloni est allé jusqu’à annoncer par voie de presse la signature d’un accord militaire bilatéral permettant de disposer d’une implantation sur la base aérienne 101 de Niamey (30). L’arrivée au pouvoir de partis populistes (Mouvement 5-étoiles et Ligue du Nord) ne remettra pas en cause le rapprochement déjà engagé entre Rome et Niamey. Le regain d’intérêt italien pour le continent africain, conjugué au changement de gouvernement, provoque quelques tensions diplomatiques vis-à-vis de la France. Le vice-président du Conseil italien, Luigi Di Maio, issu du Mouvement 5-étoiles accusait, par exemple, la France d’être responsable de la pauvreté des pays anciennement colonisés.
18 Dans le même temps, le Niger continue à se rapprocher des États-Unis, notamment en matière de lutte contre le terrorisme. En 2013, Mahamadou Issoufou acceptait la mise en place d’une base pouvant accueillir une centaine de personnels et abritant des drones de surveillance. Plus discrètement, Washington décide du déploiement de forces spéciales dans la région de Diffa, chargées de désorganiser les combattants de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) présents dans le bassin du lac Tchad. Niamey s’investit, à partir de 2014, dans la Force multinationale mixte (FMM) (31). Une embuscade dans la localité de Tongo-Tongo en octobre 2017 se solde par la mort de cinq militaires nigériens et quatre Américains. Les États-Unis reconfigurent alors leur dispositif et accélèrent la mise en place de leur système de surveillance.
19 Face à la diversification des partenariats, Paris jouit de moins en moins des relations privilégiées avec Niamey construites depuis 1960. La coopération bilatérale s’était pourtant approfondie après l’élection de François Hollande dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Satisfait du déclenchement de l’opération Serval, Mohamed Bazoum, encore ministre des Affaires étrangères, soulignait la « clairvoyance » de François Hollande à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies. Mahamadou Issoufou joue un rôle décisif dans la libération des expatriés français d’Areva en 2013, pris en otage par le groupe al-Qaïda au Maghreb islamique dans le nord du pays, puis dans celle de Serge Lazarevic en 2014, ouvrier expatrié au Mali soupçonné par ses ravisseurs d’être un espion français. Un signal fort est envoyé lorsque Niamey accepte d’accueillir la base aérienne projetée de l’opération Barkhane à partir de 2014 et s’implique par la suite dans la mise en place du G5 Sahel. Niamey accueille le poste de commandement du fuseau Centre de force conjointe du G5 Sahel et joue plus largement un rôle moteur dans son institutionnalisation sous le commandement du général de brigade nigérien Oumarou Namata.
20 Le président nigérien multiplie ainsi les actes de rapprochement envers Paris, quitte à susciter les critiques de l’opposition. Mahamadou Issoufou accepte l’invitation de François Hollande à la marche républicaine organisée après les attentats visant les membres de la rédaction de Charlie Hebdo et les clients d’un supermarché casher en janvier 2015. La participation du président nigérien à ce rassemblement suscite l’incompréhension de la part de nombreux citoyens nigériens, indignés par les caricatures du journal satirique (32). Par la suite, Mahamadou Issoufou (surnommé péjorativement « Charlie ») fut accusé d’être soumis aux volontés de la France et d’agir au détriment des intérêts des citoyens nigériens. Comme au Mali, les critiques à l’endroit de la France ne s’inscrivent pas dans un mouvement politique uniforme et nettement délimité (33). Il est donc difficile d’en saisir avec exactitude l’étendue et l’intensité. Il reste que les accusations les plus véhémentes émanent des « cadets sociaux », largement déçus du président Mahamadou Issoufou.
21 La contestation populaire se joue, grosso modo, autour de la dénonciation de l’exploitation de l’uranium par l’entreprise Orano (filiale d’Areva), de la remise en cause de la politique interventionniste de Paris et de l’opposition à l’externalisation de la gestion migratoire. Les discours sceptiques vis-à-vis de la France, que l’on retrouve jusque sur les bancs de l’Assemblée nationale du Niger (34), ont été entretenus par l’opacité autour des activités de l’opération militaire Barkhane. L’ambassade de France et le gouvernement nigérien ont mis plusieurs années à prendre en compte l’importance de cette dimension. Les diplomates français organisent alors des débats au Centre culturel franco-nigérien et des visites de la base militaire française à destination de la presse et des personnalités publiques comme le Médiateur de la République, Ali Sirfi Maïga.
22 Plus largement, la focalisation de l’exécutif sur les enjeux sécuritaires est loin de faire l’unanimité. Il est reproché au chef de l’État de méconnaître les préoccupations des citoyens nigériens (coût de la vie, insertion professionnelle des jeunes, accès aux centres de santé, état du système éducatif). La décision d’interdire l’accès à l’avenue présidentielle et l’imposant dispositif de protection entourant le chef de l’État (dispositif « tapis rouge ») donnent l’impression d’une « déconnexion » aux yeux de nombreux citoyens. Face aux discours critiques, le gouvernement répond le plus souvent sur le mode répressif en alourdissant, par exemple, l’arsenal juridique (35). Ainsi, le fait de remettre en cause les mesures antiterroristes et la gestion du ministère de la Défense par Kalla Moutari a conduit à l’arrestation de certains citoyens (36).
Une volonté de repositionner le Niger sur la scène internationale
23 Contesté sur la scène politique intérieure, l’exécutif nigérien se donne pour priorité de redéfinir l’image du Niger sur la scène internationale. Dans sa première déclaration de politique générale, en juin 2011, le Premier ministre Brigi Rafini annonçait aux députés : « Un accent particulier sera mis sur le déploiement efficace de notre diplomatie. Son rôle sera davantage axé sur la visibilité internationale à donner à notre pays, en faisant connaître la qualité de sa démocratie, nos potentialités économiques pour les opportunités et les avantages qu’elles offrent aux investisseurs » (37). L’enjeu est d’abord de « décloisonner » (38) le pays en accordant une part plus significative à la coopération dite « Sud-Sud ». La carte diplomatique y est élargie avec l’ouverture d’ambassades en Afrique du Sud, au Cameroun, à Cuba, en Inde, au Mali, en Turquie et au Qatar. Les relations sino-nigériennes s’intensifient de manière significative : la Chine investit dans la construction du pont sur le fleuve, de l’échangeur routier et dans la reprise des travaux du barrage de Kandadji, projet lancé sous la présidence de Seyni Kountché (1974-1987) (39). En mai 2019, Niamey et Pékin signent un accord d’entente dans le cadre du projet de nouvelles routes de la soie.
24 Mahamadou Issoufou adopte une rhétorique panafricaniste et cherche à s’investir dans les instances continentales (Union africaine, CEDEAO, G5 Sahel, Commission du bassin du lac Tchad). Le président soutient activement la création d’une zone de libre-échange continentale africaine (ZECLAf) (40) et co-préside avec son homologue ghanéen, Nana Akufo-Addo, le haut comité sur la création d’une monnaie unique pour la CEDEAO. En même temps, Mahamadou Issoufou revendique la pleine appartenance du Niger au monde musulman (41). Alors que 99 % des citoyens nigériens se déclarent musulmans et qu’une majorité se dit favorable à l’adoption de la loi islamique, le facteur religieux joue un rôle dans la politique étrangère du Niger (42). D’une part, Niamey cherche à jouer un plus grand rôle dans l’Organisation de la coopération islamique. D’autre part, le gouvernement se rapproche des Émirats arabes unis, qui financent la construction de « villages modèles ». Mahamadou Issoufou mène une politique bienveillante à l’égard de l’Arabie saoudite et reste discret sur le dossier israélo-palestinien.
25 En parallèle, le chef de l’État s’investit personnellement dans l’organisation de rendez-vous diplomatiques de plus ou moins grande envergure et cherche à multiplier les événements internationaux (colloques scientifiques, rencontres sportives, rencontres diplomatiques). Ceux-ci restent, dans un premier temps, relativement confidentiels. Mahamadou Issoufou s’appuie sur l’intendant du palais présidentiel, Adamou Imirane Maïga, qu’il nomme à la tête du Commissariat chargé de l’organisation des grands événements (COGE). Créé dans le sillage des cinquièmes Jeux de la Francophonie, organisés à Niamey, le COGE joue un rôle dans la valorisation du Niger sur la scène internationale depuis 2006 (43). À la fois chargé de porter les candidatures du Niger auprès des instances internationales et de coordonner la logistique des opérateurs nationaux, le COGE n’avait alors été impliqué que dans l’organisation des premiers Jeux de la CEN-SAD (juin 2008).
26 Niamey obtient l’attribution de l’organisation du 33e Sommet de l’Union africaine prévu pour l’été 2019. Le président désigne un proche collaborateur, Mohamed Saidil Moctar, à la tête de l’Agence nationale pour l’organisation de la Conférence de l’union africaine (UA-Niger). Car le 33e Sommet de l’Union africaine est une opportunité sans précédent d’attirer les investisseurs étrangers, notamment turcs, indiens et chinois. La société turque SUMMA remporte plusieurs appels d’offres de partenariat public-privé pour moderniser l’aéroport international Diori Hamani, pour le bitumage d’une voie rapide entre l’aéroport et le centre-ville et pour la construction de l’hôtel de luxe Radisson Blu. À partir d’octobre 2018, une société indienne est chargée de construire le très moderne Centre international de conférences Mahatma Gandhi. Satisfait de cette organisation, Mahamadou Issoufou met en place l’Agence nationale de l’économie des conférences (ANEC) qui absorbe les compétences du COGE (44). L’ANEC est dirigée par Mohamed Saidil Moctar et sa mission est d’améliorer la visibilité internationale du Niger, notamment en investissant de manière plus importante la diplomatie publique (45). En 2020, Niamey est nommé pour accueillir la conférence des ministres de l’Organisation de la coopération islamique – un événement organisé par l’ANEC.
27 L’obtention d’un siège au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies pour la période 2020-2021 marque le point culminant de la politique étrangère mise en œuvre par Mahamadou Issoufou depuis son accession au pouvoir. Endossant pleinement la rhétorique onusienne, le Niger s’y est fait l’avocat du multilatéralisme, de la coopération internationale et du maintien de la paix (46). Le 27 mars 2021, une semaine avant la fin de son deuxième mandat, le président sortant annonçait le lancement de la Fondation Issoufou Mahamadou (FIM), un cadre de réflexion dont la mission est d’assurer la promotion de la paix, de la démocratie et du panafricanisme. En 2021, Mahamadou Issoufou reçoit le prix très convoité de la Fondation Mo Ibrahim pour son « leadership exceptionnel » (47). Quelques mois auparavant, l’action de Mahamadou Issoufou est déjà saluée par l’Africa America Institute. Puis à Ouagadougou, le Forum de la Société civile africaine pour la démocratie lui décerne le titre de « dirigeant africain de la décennie ». Ces distinctions honorifiques, parmi d’autres, viennent également récompenser la décision du président nigérien de quitter le pouvoir à l’issue de ses deux quinquennats – un événement inédit de l’histoire du Niger contemporain.
28 Cette contribution a permis de mettre en évidence et de rendre compte des orientations privilégiées par l’exécutif nigérien et des leviers mobilisés afin de faire apparaître le Niger comme un interlocuteur à la fois crédible et légitime dans la lutte contre le terrorisme, la criminalité organisée et les migrations irrégulières au Sahel. Il était indispensable de revenir, dans un premier temps, sur les équilibres politiques internes recherchés par l’exécutif et la façon dont ils ont accompagné d’autres pratiques visant à crédibiliser l’action du gouvernement après la transition militaire de l’année 2010. Après avoir émis publiquement des doutes sur l’efficacité de l’opération Barkhane, Mohamed Bazoum, investi à la présidence du Niger en avril 2021, a finalement capitalisé sur la stratégie mise en œuvre par son prédécesseur, Mahamadou Issoufou. Après la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta au Mali et la mort d’Idriss Déby Itno au Tchad, Mohamed Bazoum, apparaît d’autant plus comme un soutien indispensable dans la transformation du dispositif militaire français au Sahel (48).
29 L’insécurité au Sahel a permis aux dirigeants de redéfinir l’image du Niger sur la scène internationale. Néanmoins la « stabilité institutionnelle », souvent valorisée dans le discours des partenaires techniques et financiers, ne fut possible qu’au prix du verrouillage des discours d’opposition. On ne peut pas manquer de rappeler que la gestion des sujets les plus sensibles a souvent été confisquée au plus haut niveau de l’État par l’intermédiaire du Conseil national de sécurité. Pour aller plus loin dans cette réflexion, il conviendrait d’interroger, par le biais de comparaisons, le lien entre un mode d’exercice du pouvoir très centralisé – voire autoritaire – et la capacité à attirer des financements au nom de la « stabilisation ». À cet égard, l’exemple de Djibouti, déjà bien documenté (49), semble présenter des similarités frappantes avec la situation actuelle du Niger.