Présentation
- Par Giulia Fabbiano
- et Abderahmen Moumen
Pages 29 à 31
Citer ce chapitre
- FABBIANO, Giulia
- et MOUMEN, Abderahmen,
- Fabbiano, Giulia.
- et al.
- Fabbiano, G.
- et Moumen, A.
- G. Fabbiano
- et A. Moumen
https://doi.org/10.3917/lcb.fabbi.2022.01.0029
Citer ce chapitre
- Fabbiano, G.
- et Moumen, A.
- G. Fabbiano
- et A. Moumen
- Fabbiano, Giulia.
- et al.
- FABBIANO, Giulia
- et MOUMEN, Abderahmen,
https://doi.org/10.3917/lcb.fabbi.2022.01.0029
Notes
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[1]
L’expression « guerre d’Algérie » est placée entre guillemets quand elle renvoie moins à une séquence historique – on lui préférera alors guerre d’indépendance ou guerre de libération – qu’à un usage historiquement situé de l’expression elle-même et des représentations qui lui sont associées.
- [2]
- [3]
1 DISPOSITIFS invite à s’approcher de ces espaces où se produit, s’entretient et se transmet le discours mémoriel et historique sur le monde colonial, en en apprivoisant les mutations. Et également à considérer ce que fut un projet de développement colonial – le plan de Constantine – comme un lieu saturé de mémoire aussi bien en France qu’en Algérie. Dès lors qu’ils mettent en récit le passé et en assurent en même temps la balise et la transmission, les manuels scolaires ou les structures algériennes nées après l’ouverture de 1988 ont en effet « la capacité de capturer, d’orienter, de déterminer, d’intercepter, de modeler, de contrôler et d’assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants » (Agamben, 2007 : 31). Pôles d’institution de la mémoire nationale et de la mémoire collective (Loubes, Falaize, Heimberg, 2013 ; De Cock, 2018), ces deux dispositifs sont soumis à des exigences et des contraintes plurielles dans une tension permanente entre vérité historique, revendications mémorielles et usages politiques. Benoît Falaize conclut son parcours au cœur de plus de quatre-vingts manuels scolaires du secondaire depuis 1962 jusqu’à nos jours, en pointant l’enjeu central auquel est confronté l’enseignement de l’histoire de la « guerre d’Algérie » [1] : la difficile, voire pour l’heure impossible, mise en récit d’une République qui bafoue ses propres règles en terre coloniale. Amar Mohand-Amer déplore, quant à lui, la fragilisation de la recherche historique par la réappropriation politique du passé, qui, malgré les transformations du roman national dues aux divers écrits – témoignages, récits, études historiques (Siari Tengour, Soufi, 2004a) – contestant à partir des années 1980 le monopole étatique de la mémoire ainsi que « la violence des années 1990, […] qui n’a cependant, pas rompu avec le capital symbolique et totémique produit par la guerre de libération nationale » (Mohand-Amer, 2019 : 586). Les initiatives qui ont essayé d’en renouveler le récit et de nuancer, par conséquent, le nationalisme dominant ont en effet participé à une forme de marchandisation confuse, incontrôlée et clientéliste du passé. Dans un mouvement inverse, procédant du dispositif économique à la réappropriation mémorielle controversée, Muriam Davis Haleh propose d’interroger l’histoire officielle algérienne et l’historiographie française du plan de Constantine de 1958 comme des sites de production et de réappropriation du discours sur la colonisation et ses héritages. En rappelant l’origine économique, largement ignorée, du débat hexagonal autour de la repentance et de son refus, elle montre, que loin d’être neutre, la recherche historique ne peut être isolée du processus d’élaboration d’une mémoire historique vivante, politique et potentiellement polémique. En contre-champs des dispositifs institutionnels ou institutionnalisés, d’autres démarches, autonomes, de production de savoir et de transmission mémorielle ont également vu le jour. Portés par l’association Grand Ensemble, née pour donner à la création documentaire un accès ouvert, la plateforme internet « Une guerre, récits d’une rive à l’autre » [2], en ligne depuis octobre 2016, ainsi que les ateliers « Mémoires vives », coordonnés par la réalisatrice Béatrice Dubell, sont un exemple de cette volonté de collecte et de partage d’expériences liées à la guerre d’indépendance et plus globalement à la colonisation. Inversement, Muriel Cohen revient sur les raisons d’une absence dans le cadre d’un dispositif muséographique sur la vie en HLM où ne figurent pas de familles d’origine algérienne [3]. L’hypothèse qu’elle formule pour expliquer cette transmission manquée s’appuie sur l’articulation d’éléments structurels et d’éléments intimes qui, puisant dans l’histoire de l’Algérie coloniale et des migrations de main-d’œuvre vers la métropole, laisse entrevoir des dimensions souvent sous-investies de la présence algérienne en France et de ses mémoires de violence ordinaire dans l’après Seconde Guerre mondiale.