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6 - L’image neuve, « perception du semblable », surgie hors de l’évanouissement de la mémoire personnelle, contraint à inventer la réalité inédite à laquelle elle renvoie

Pages 263 à 277

Citer ce chapitre


  • Husson, C.
(1990). 6 - L’image neuve, « perception du semblable », surgie hors de l’évanouissement de la mémoire personnelle, contraint à inventer la réalité inédite à laquelle elle renvoie. Alain-Fournier et la naissance du récit (p. 263-277). Presses Universitaires de France. https://shs.cairn.info/alain-fournier-et-la-naissance-du-recit--9782130424826-page-263?lang=fr.

  • Husson, Claudie.
« 6 - L’image neuve, “perception du semblable”, surgie hors de l’évanouissement de la mémoire personnelle, contraint à inventer la réalité inédite à laquelle elle renvoie ». Alain-Fournier et la naissance du récit, Presses Universitaires de France, 1990. p.263-277. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/alain-fournier-et-la-naissance-du-recit--9782130424826-page-263?lang=fr.

  • HUSSON, Claudie,
1990. 6 - L’image neuve, « perception du semblable », surgie hors de l’évanouissement de la mémoire personnelle, contraint à inventer la réalité inédite à laquelle elle renvoie. In : Alain-Fournier et la naissance du récit. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Écrivains, p.263-277. URL : https://shs.cairn.info/alain-fournier-et-la-naissance-du-recit--9782130424826-page-263?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Poétique, 1459 a 8 : « τὸ γὰρ εὖ μεταϕέρειv τὸ τὸ ὅμoιov θεωρεῖv ἐστιv ». Parmi les nombreuses traductions de cette formule fameuse, je choisis une de celles que propose P. Ricœur dans La métaphore vive, Paris, Seuil, 1975, à la page 34. Je la préfère à celle, très proche, donnée plus récemment par Roselyne Dupont-Roc et Jean Lallot, parce que P. Ricœur traduit ici par un seul verbe le verbe grec μεταϕέρειv. (Aristote, La Poétique, texte, traduction, notes par Roselyne Dupont-Roc et Jean Lallot, Paris, Seuil, 1980, p. 117 ; voir aussi Aristote, Poétique, texte établi et traduit par J. Hardy, Paris, Les Belles-Lettres, 1969, p. 65). Et la traduction de θεωρεῖv par apercevoir paraît également bien inspirée, pour rendre compte de l’opération mentale que désigne Aristote, telle que, reprenant et commentant en même temps sa traduction, P. Ricœur la décrit à nouveau (p. 248) : « Bien métaphoriser, c’est voir — contempler, avoir le coup d’œil pour — le semblable. »
  • [2]
    Déjà cité, plus longuement, p. 88-89.
  • [3]
    Citée plus longuement. p. 200.
  • [4]
    B., p. 35-36.
  • [5]
    Déjà cité, plus longuement, p. 154.
  • [6]
    P. 158.
  • [7]
    Poétique, 1458 a 26, trad. J. Hardy, p. 63.
  • [8]
    Poétique, 1457 b 7, trad. J. Hardy, p. 61. Parmi beaucoup d’autres dans La métaphore vive, P. Ricœur fait ce commentaire particulièrement suggestif : « Epiphore... le terme d’Aristote... c’est la transposition, le transfert en tant que tel, c’est-à-dire le procès unitif, la sorte d’assimilation qui se produit entre idées étrangères, étrangères parce que éloignées. En tant que tel, ce procès unitif relève d’une aperception... L’épiphore est ce coup d’œil et ce coup de génie » (p. 248).
  • [9]
    « En effet c’est la seule chose qu’on ne peut prendre à autrui, et c’est un indice de dons naturels », Poétique, 1459 a 6, trad. J. Hardy, p. 65.

Il ne faut plus que nous tardions davantage à nous reconnaître. Ce qu’est devenue la rencontre des impressions, à présent qu’elle a échappé à la volonté, cette suggestion (« l’impression... m’a immédiatement... suggéré les bords du Cher ») irrésistible d’une impression par une autre, et l’énigme même de leur mise en relation, tout contribue à nous tourner d’un même côté et à dégager cette évidence : ce que Fournier trouve en lui-même au terme de cet immense effort intérieur, ce qu’il détient en ne le maîtrisant pas encore, ce qu’il identifie provisoirement comme le pouvoir de sentir, c’est le pouvoir de rapprocher, c’est la ressource de la comparaison.
On se rappelle l’inépuisable constatation d’Aristote dans la Poétique : « Bien métaphoriser, c’est apercevoir le semblable ». Il faut l’avoir toujours présente à l’esprit, afin de revenir régulièrement à l’essentiel ; sinon, à plus ou moins longue échéance, les dénominations particulières, trop vite figées, s’attachant à fixer tel ou tel aspect de l’opération de comparer, en font oublier les traits principaux et constants.
L’essentiel, c’est cette opération ; et, en ce point, qu’on la nomme comparaison ou métaphore importe peu, car un mot comme l’autre en désigne un aspect à chaque fois également inévitable ; et parce qu’aucun de ces mots n’est suffisant à soi seul pour embrasser dans sa totalité l’opération mentale en jeu dans l’acte de comparer, de métaphoriser, au-delà des mots qui la désignent tour à tour, c’est à l’instant de cette mise en contact de deux réalités séparées qu’il faut toujours, inlassablement, se replacer…


Date de mise en ligne : 19/01/2020

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