Chapitre d’ouvrage

14. « Au-delà des fleuves de Koush »

Ou comment être juif et noir ?

Pages 321 à 344

Citer ce chapitre


  • Morabito, V.
(2010). 14. « Au-delà des fleuves de Koush » Ou comment être juif et noir ? Dans
  • J. Chrétien
  • et C. Perrot
Afrocentrismes : L’histoire des Africains entre Égypte et Amérique (p. 321-344). Karthala. https://doi.org/10.3917/kart.chre.2010.01.0321.

  • Morabito, Vittorio.
« 14. “Au-delà des fleuves de Koush” : Ou comment être juif et noir ? ». Afrocentrismes L’histoire des Africains entre Égypte et Amérique, Karthala, 2010. p.321-344. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/afrocentrismes--9782811104092-page-321?lang=fr.

  • MORABITO, Vittorio,
2010. 14. « Au-delà des fleuves de Koush » Ou comment être juif et noir ? In :
  • CHRÉTIEN, Jean-Pierre
  • et PERROT, Claude-Hélène,
Afrocentrismes L’histoire des Africains entre Égypte et Amérique. Paris : Karthala. Hommes et sociétés, p.321-344. DOI : 10.3917/kart.chre.2010.01.0321. URL : https://shs.cairn.info/afrocentrismes--9782811104092-page-321?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/kart.chre.2010.01.0321


Notes

  • [1]
    Psaumes 68, 32.
  • [2]
    Talmud, Sanhédrin, 94a.
  • [3]
    R. Beylot (1999), p. 87-89. J. Richard (1957) suppose que le Prêtre-Jean peut éventuellement être identifié avec un roi de Géorgie.
  • [4]
    Voir V. Morabito (1998a) ; C. Conti Rossini, (1912 ; 1925) ; E. Ullendorf et C. F. Beckingham (1982).
  • [5]
    L. Sestieri (1991), p. 200.
  • [6]
    Le syriaque est dérivé de la langue araméenne et appartient à la famille des langues sémitiques. Plusieurs textes religieux ont été rédigés en syriaque. Il est utilisé au Moyen-Orient par des chrétiens et dans la liturgie des Églises orientales de rite antiochien ou chaldéen.
  • [7]
    P. J. Alexander (1985), p. 31-51.
  • [8]
    Dans l’usage ancien, et aussi biblique, nous avons signalé que le pays de Koush (orthographié aussi Kouch, Kush, Couch et Cush) prend le sens tantôt de Basse-Égypte, tantôt d’Éthiopie, mais il désigne souvent la Nubie. Selon les exigences du texte, nous le traduirons par l’un de ces trois termes.
  • [9]
    A. A. Palmer (1993), p. 223.
  • [10]
    Pil peut signifier « l’éléphant » ou être un élément de mots sémitiques indiquant « le poivre ». La sourate 105 du Coran parle des « hommes de l’Éléphant » en désignant par cette épithète les Éthiopiens.
  • [11]
    J. Richard (1957), p. 237-239.
  • [12]
    À la suite du Discours et de certains textes coptes-arabes, l’ouvrage éthiopien Kebra Nagast, « La gloire des rois », rassemblé au xiii e siècle, raconte qu’à la fin des temps le roi d’Éthiopie fera alliance avec le souverain de Rome et que l’Éthiopie sera le dernier royaume chrétien de la terre. Le rôle eschatologique de l’Éthiopie est confirmé et le psaume 68 est cité deux fois. Voir A. Caquot (1990).
  • [13]
    G. Guariglia (1959) ; H. Desroche (1969) ; M. I. Pereira de Queiroz (1968) ; V. Lanternari (1962 ; et aussi l’éd. italienne revue et augmentée de 1974) ; J.-P. Sironneau (1993) ; J. Séguy (1980).
  • [14]
    E. T. Babagbeto (1999) p. 76 avec un léger égarement. Voir G. E. Simpson (1955 ; 1956 ; 1970).
  • [15]
    G. M. Fredrickson (1995), p. 57 ; W. J. Moses (1978), p. 23.
  • [16]
    G. S. Brookes (1937), p. 83 ; P. Hall (1797).
  • [17]
    E. Swedenborg (1842-1846) ; M. Lamm (1936) ; M. Richard (1947).
  • [18]
    G. M. Fredrickson (1995) ; W. J. Moses (1978).
  • [19]
    M. Garvey (1969 [1923-25]). M. Garvey (Jamaïque 1887-Londres 1940), à travers son mouvement (Universal Negro Improvement Association) et ses écrits, a prôné l’émancipation des Noirs. Militant politique, il se référait à l’histoire pour affirmer que la grande culture de l’Égypte pharaonique avait été volée par les Grecs et les Romains et que les professeurs d’Alexandrie étaient des Noirs. Et il faut croire qu’aussi Dieu est noir. On était là au début de l’afrocentrisme.
  • [20]
    E. T. Babagbeto (1999), p. 6, 67. La phrase initiale, sur la future délivrance par un roi d’Afrique, aurait été prononcée avant Garvey, en 1924, par le pasteur J. Morris Webb, d’après une chronique du quotidien Daily Gleaner. A. Edwards (1983), p. 43 ; L. E. Barrett (1977).
  • [21]
    L. S. Nembhard (1940), p. 114.
  • [22]
    E. Cronon (1974).
  • [23]
    La musique est l’outil par excellence de diffusion, et dans les cultes l’élément essentiel de la participation aux cérémonies. Une fusion s’opère entre le rythme musical, les sons particuliers de la langue (voir infra note 26) et le symbolisme religieux et idéologique ; J. M. Aly (1988).
  • [24]
    E. T. Babagbeto (1999), p. 130. Nous rapportons la traduction de l’anglais effectuée par l’auteur.
  • [25]
    Quelques indications de Jésus peuvent toutefois se rencontrer dans des groupes autonomes, par exemple chez la communauté autogérée et communaliste Ethiopian Internal Congress dont le fondateur, guide spirituel et messie, Prince Emmanuel Edwards a assumé des appellations chrétiennes ; les invocations au Père, au Fils et au Saint-Esprit sont rares et de tonalité littéraire. La lecture de l’Évangile est aussi pratiquée, mais de façon sélective ; E. T. Babagbeto (1999), p. 149.
  • [26]
    Le refus de la société de Babylone trouve dans le langage un moyen privilégié de s’exprimer. Dans le code linguistique rasta, les mots présents dans le créole jamaïcain sont composés et décomposés afin de laisser entendre à l’oreille le concept signifié. Ainsi le nom rasta blindgarete, « cigarette », exprime l’interdiction de fumer parce que le ci- de cigarette est l’anglais see, « voir », qui pour exprimer la prohibition devient blind, « aveugle », donnant blindgarete. Le réfrigérateur est, en rasta, la morgue, pour mieux souligner la prescription des seuls aliments frais non conservés. La société babylonienne est un shitstem, un « système de merde » ; voir V. Pollard (1992), p. 157-163.
  • [27]
    Voir l’exemple supra note 25.
  • [28]
    Bob Marley insuffle une nouvelle âme au mouvement musical apparu à l’indépendance de la Jamaïque, en 1962, et devient la figure de proue des revendications des Africains ; B. Chevannes (1994), p. 169, 186.
  • [29]
    La disparition de l’empereur d’Éthiopie a adouci parmi certains groupes les références le concernant, sans pourtant les éliminer totalement.
  • [30]
    En disant que les Rastafari ont des similitudes, faibles, avec les Falachas, nous conduisons de simples réflexions et ne soutenons pas que les Falasha sont nés eux aussi par « autogenèse ». La controverse sur l’origine des Falachas est complexe. Pour des indications préliminaires, voir V. Morabito (1998b), p. 234-238. E. T. Babagbeto (1999), p. 10, se laisse fourvoyer par Salomon, un « ancêtre » mythique des Falachas.
  • [31]
    Nombres 6, 5.
  • [32]
    La ganja poussait sur la tombe de Salomon. Les références bibliques invoquées pour la défense de son usage parlent du bienfait de se nourrir d’herbes, en général ; et la ganja est une herbe.
  • [33]
    T Babagbeto (1999), p. 122-123.
  • [34]
    G. E. Simpson (1955), p. 135-136.
  • [35]
    M. Leenhardt (1922) ; A. M. Goguel (1984).
  • [36]
    B. Sundkler (1948), p. 38-57.
  • [37]
    A. Césaire (1971 [1939]). Sa rencontre avec L. S. Senghor date des années trente.
  • [38]
    L. S. Senghor (1939 ; 1956). Le poème Éthiopiques est une réplique au roman grec en 10 livres, au titre identique, de Héliodore d’Emèse (IIIe ou IVe s.), adapté en français au XVIe s. par J. Amyot sous le titre L’Histoire éthiopique […] de Théagène et Chariclée, imité en espagnol par Cervantès, et d’où des peintres de la Renaissance ont tiré leur inspiration pour des scènes occidentalisées. La protagoniste est une femme blanche d’Égypte. J.-P. Sartre, dans Orphée noir (1992 [1948]), repère l’opposition des termes, signalant que la Négritude contribue par là à la perpétuation de la supériorité des Blancs. La contestation de la Négritude a eu un grand impact littéraire et politique dans les années 1970, et a favorisé le développement des idées de Cheikh Anta Diop.
  • [39]
    Nous trouvons une expérience identique parmi les Africains du Brésil, où le premier journal associatif défenseur des intérêts des Noirs à São Paulo portait en 1915 le titre O Menelick ; C. Moura (1988), p. 206.
  • [40]
    B. Sundkler (1976).
  • [41]
    B. Sundkler (1948), p. 65-72.
  • [42]
    A. Oded (1973), p. 167-186.
  • [43]
    G. Abay-Asmerom (1999).
  • [44]
    H. A. Baer et M. Singer (1992).
  • [45]
    M. Dorès (1992) ; A.-D. Sice (1969) ; P. Cockburn (1996) ; A. D. Cohen (1998).
  • [46]
    P. Diagne (1997), p. 118. Souligné par nous.
  • [47]
    M. Bernal (1996), p. 519. Souligné par nous.

Un nom, Koush, si mince et quasi chétif, d’étymologie incertaine, négligé par l’histoire (réfractaire aux narrations fictives), ne pouvait mieux survivre qu’en servant d’enseigne à une surprenante série de récits. Intimement associé aux écrits et aux événements qui mettent en scène les pulsions et l’attirance, réciproque, des Juifs et des peuples noirs, il devient un des symboles d’une rencontre et en exprime le lieu idéal, parfait et immatériel. C’est son utilisation dans le texte de la Bible qui lui a conféré, en premier ressort, cette fonction évocatrice. Toutefois, la référence à Koush contenue dans le texte biblique est considérée comme difficile à comprendre. Malheur supplémentaire, les références – pareillement ambiguës – à ses deux proches parentes, l’Éthiopie et l’Égypte, ne sont pas faites pour apporter un très grand éclairage.
L’imbroglio dans l’emploi biblique du nom de Koush et de ses homologues est si tenace que s’est révélée vaine l’entreprise destinée à distinguer, d’une façon littérale, le nom du pays, demeuré imprécis, des patronymes dérivés des noms de Koush et de Cham, son père. Par contre, l’histoire de l’ancienne Égypte procure plus de clarté pour localiser Koush ; elle le situe sur un vaste territoire étendu de l’Égypte au Soudan, approximativement compris entre les villes d’Assouan et de Khartoum. Ce même territoire est préférentiellement appelé « Nubie » dans la langue grecque, tandis que celle-ci réserve plutôt le toponyme Koush à l’« Afrique orientale »…


Date de mise en ligne : 20/07/2018

https://doi.org/10.3917/kart.chre.2010.01.0321

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