Introduction. L’énigme de l’orthographe
Pages 9 à 25
Citer ce chapitre
- CERQUIGLINI, Bernard,
- Cerquiglini, Bernard.
- Cerquiglini, B.
Citer ce chapitre
- Cerquiglini, B.
- Cerquiglini, Bernard.
- CERQUIGLINI, Bernard,
L’affaire semble entendue, le procès clos : la langue française ne dispose pas d’une orthographe conforme à son exigence de clarté, digne de sa réputation d’élégance, propice à son ambition mondiale.
« L’absurdité de notre orthographe, qui est en vérité une des fabrications les plus cocasses du monde, est bien connue. Elle est le recueil impérieux d’une quantité d’erreurs étymologiques artificiellement fixées par des décisions inexplicables. » Dans une conférence donnée en 1935 sur le Bilan de l’intelligence, Paul Valéry, dont la bêtise n’était pas le fort, prenait place au sein d’une longue tradition. Depuis la Renaissance, c’est-à-dire, en matière de réflexion sur la langue française, depuis toujours, la tentation de blâmer l’orthographe est la chose du monde la mieux partagée. Réformateurs de tout poil (ils furent légion), pédagogues, grammairiens s’exercèrent à la dénonciation du désordre graphique ; de grands écrivains également (Ronsard, Corneille, Voltaire, Queneau), et de grands esprits. Valéry était académicien français ; l’éminent philologue Gaston Paris aussi (« Des règles arbitraires et confuses, qui ne peuvent que fausser, après l’avoir torturé, l’esprit des enfants ») ; Louis Havet enseignait au Collège de France (« Compliquée et bizarre, absurde, pleine à la fois de vains raffinements et de contradictions grossières »). Quant à l’immense historien de la langue française Ferdinand Brunot, membre de l’Institut, sa condamnation, au début du xxe siècle, fut sans appel : « L’orthographe est le fléau de l’école…
Date de mise en ligne : 04/03/2026
Ce chapitre est en accès conditionnel
Acheter cet ouvrage
6,99 €